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Full text of "Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts de Poligny (Jura)"

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Bulletin 


Société d'agriculture, sciences 
et arts de Poligny 




HTDUNNlNÜ 1 

BEQUEST 

ER S LT Y or MICHIGAN 

LIBRARY 




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BULLETIN 


DE LA 

Société d’agriculture, sciences & arts 
DE POLIGNY 



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A 



BULLETIN 


DE LA SOCIÉTÉ 



DE POLIGNY 



POLIGNY 

Jules GINDRE, Imprimeur 

18 82 


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JOURNAL 

DE 

GUILLAUME DURAND 

CHIRURGIEN A POLIGNY 

DE 1610 A 1623 

Communiqué par M. B. Pnovr 

[Suite). 

162 2. 

Dame Perrenetle Coilloz, femme de feu Pierre Oudez, mourut 
le seizième jour du mois de septembre, à cinq ou six heures du 
matin, de l’an mil six cens vingt et deux. Dieu veuille avoir son 
âme. Amen. 

Le vingt-septième jour du mois de septembre de l’an mil six 
cens vingt et deux, monsieur le lieutenant (1), nommé Jean 
Masson, se maria avec la fille (2) de feu Jean Froissard, président 
en la cour du Parlement à Dole, par l’advis de monsieur de Fay, 
son frère, que luy servit de père, avec sa mère, dudict sieur de 
Fay, et aussi son frère de Bresia (3) et messieurs leurs parens. Et 
s’épousèrent à Dole le mesme jour, du grand matin, et s’en 
vindrent coucher à Poligny (A), auquel lieu messieurs de la ville 

(1) Le lieutenant général du bailliage d’Aval, au siège de Poligny. 

(2) Claudine. 

(3) Jean-Simon Froissard, seigneur de Broissia, Monlagna-le-Templier, 
Molamboz, etc. 

(4) Dans sa séance du 18 août 1622, le Conseil, prévenu par le maïeur, 
« que mons r le lieutenant désiroit en bref de s’cspouser avec mademoiselle 
de Maysoz, fille de fut mons r le président de Broissia, » décide « que I on 
dresseroit une compagnie pour la bienvenue de lad. damoiselle; et al esté 
esleuz pour capitaine d’icelle Bonadventure Dagay, escuyer, premier escbe- 
vin, lequel Ion at prier d’en prandre et achepter la charge, et luy at esté 
accorder la somme de quatre vingtz dix frans monnoye pour les fraiz qu’il 
luy conviendra supporter à ce subject. » Arch. de Pol., BB 12, f. 118. — 

1 


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— 2 — 


firent si bien qu’ils gagnèrent les habilans, et firent une bien- 
venue au sieur lieutenant, que il y avoit de l’infanterie, tant de 
musquets qu’arquebuzes, picques, halebardes; et nombre faict 
des soldas, cinq cens hommes. Et pour la cavalerie, il y en avoit 
cinquante, et monsieur le docteur Jaulx le vieux les conduisoit. 
Et pour capitaine de l’infanterie, c’estoit monsieur Bonaventure 
Daguet, et pour l’enseigne, c’esloit Anatoile Doroz, docteur ès 
drois, filz du trésorier Doroz (1). Le tout a esté passé sans aucun 
danger, sinon que à la personne de Claude Bourcier, premier 
sergent, qu’il luy fust donné un coup de pistoulet au visage par 
Poncet Doroz, el un aultre qui fut blessé au bras, eld'aultres 
brûlés par le visage; car cela ne se peut faire qu’il n’y en aye 
quelque souvenance, par le moyen de la multitude de gens. Et 
pour le regard de messieurs de Dole, la mère (2) de la fille estoit 
dans une litière, assistée d’une damoiselle, car la mère estoit si 
vieille qu’elle avoit perdu la veue et la falloit mener à l’esglise; 
monsieur de Fay et monsieur son frère de Bresia, avec d’aultres 
gen^ilhommes, docteurs et autres, tous en bonne couche. Et 
puis, le lendemain, elle fust menée à l’église, et pour sa gardé, 
c’estoit une compagnie de suisses bien accommodés et en bortne 
forme, et qu’il fesoit bon voir. Et puis, dict-on la messe en sy 
grande soulennité qu’elle fust respondue en musique et bien or- 
ganizée (3), le tout bien ordonné. Et puis après diné, le maistre 


Le 25 septembre suivant, le Conseil ordonne que l’on distribuera de la poudre 
aux mousquetaires el aux arquebusiers « qui se trouveront 4 la monstre 
mardy prochain pour la bienvenue de la femme de monsieur le lieutenant.» 
Le Conseil commet ensuite deux de ses membres « pour loger et faire joulier 
le canon. » Ibid., f. 123 v°. — Le Conseil alloua quatre francs à quatre 
individus « pour leurs peines d’avoir sonner les tambourgs à divers jours 
pour les nopces de mons r le lieutenant. » Ibid., f. 124. 

(1) Sur cette famille, V. Chevalier, liisl. de PoL, t. n, p. 348-351; — 
Arch. du Jura, série E, n°* 138-140. 

(2) Claudine Blanchod, que Jean Froissard avait épousée en i 572.V. Labbey 
de Billy, Histoire de l'Université du Comté de Bourgogne ,... 1. 1 , p. 299. 

(3) Avec accompagnement d’orgue. 


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— 3 — 


d’escole, nommé maistre Jean Landry (1), filz d’un orfèvre de 
Besençon, qui avoit espouzé la fille de maistre Jean Fourneret, 
procureur à Poligny (sa mère, du maistre d’escole, s’appelle 
Jeanne Fourneret), iceluy fist représenter par ses escoliers un 
jeu en fourme de pastoreaux ou de pastourelles, puis après allè- 
rent courir la bague dernier l’église, et le plus adroit l’eut; et 
fit-on , en courant la bague , des présens aux dames , de boîtes 
de dragées et de confiture sèche. Voylà ce qu’en est passé. Et 
puis, le jour de Saint-Michiel (2), an susdit, le sieur lieutenant 
avoit faict faire un banc qu’estoit d’ estât (3) à l’église de Sainct- 
Hippolyte, où c’est que sa mère se mestoit, et comme il n’estoit 
pas assez grand, il le fict faire plus grand tant pour sa mère, sa 
femme, ses sœurs, pour ouir le service divin. Il fust un meschant 
garnement, ennemy de l’église, qui le va tout gâter, je veux dire 
tout embrouiller de fine merde, tout au long du banc, sans y rien 
excepter. L’on ea faict des recherches ; ne say-je ce qu’en sera 
et si l’ontreuvera la vérité. 

Denis Gremaud, vigneron, mourut le seizième jour du mois 
d’octobre de l’an mil six cens vingt et deux, d'une hydropisie, et 
puis devint étique. Dieu veuille avoir son âme. Amen. 

Le vingt-huictième jour du mois d’octobre de l’an mil six cens 
vingt et deux, monsieur d’Andreville, soufragant, qu’estoit cour- 
delier et gardien de Dole, et se nomme frère Claude de la Barre, 
enfant de la Loye, consacra et bénit l’église des Ursules, qu’es- 
toit le jour de Sainct-Simon et Sainct-Jude. Et après la messe 
dicte en solennité et qu’il eust communié les révérendes dames, 
il recresma(4) plusieurs tant enfans que aultres; et fust recremée 
Pierrette Durand, ma fille. Et puis le diemanche après, an sus- 

(1) Son frère, Biaise Landry, qui avait auparavant « tenu le collège de 
Saint-Amour, « fut nommé, par le Conseil, le 9 septembre 1620, « recteur 
du collège * de Poligny. Arch. de Pol., BB 12, f. 26. 

(2) Le 29 septembre. 

(3) Banc d’apparat, banc d’honneur. 

(4) Il donna la confirmation. 


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— 4 — 


dict, ledict sieur d’Andreville consacra un autel à Mirry (1), où 
illec il reconfirma Estieune Durand, mon filz. 

Denys Moureau, d’Aulmond (2), mourut le dernier jour du 
mois d’octobre de l’an mil six cens vingt et deux, en la maison 
des héritiers de feu Henry Brun, à trois heures du soir, d’une 
fiebvre continue; et fust mené en Aumond pour l'enterrer, et 
avant que de le mener audict lieu, il fust représenté à Saincl- 
Hippolyte, où illec il fust dict une messe de requiem; et puis 
messieurs de Sainct-Hippolyte avec messieurs les Frères prê- 
cheurs reconduisirent le corps jusques à la porte de Charseny 
avec les sieurs bourgeois de la ville. Et puis le conduit-on en son 
village d’Aulmond, en sa paroisse. C'estoit un homme qui se 
melloit d’admodiation, et estoit fin et eaux (3). Dieu veuille avoir 
son âme. Amen. 

Le huictième jour du mois de novembre de l’an mil six cens 
vingt et deux, mourut Françoise Durand, ma fille, à quatre 
heures du soir, d’une fiebvre pestilentiale, en l’eage de vingt- 
quatre ans. Ft travailloit fort bien en dentelles, et a faict une. 
belle mort. Dieu veuille avoir son âme. Amen. 

Le jour Sainct-Nicolas (4) de l’an mil six cens vingt et deux, 
messieurs de la ville firent un Conseil général (5) pour le regard 
de messieurs de l’Oratoire, tant pour leur imposition que pour 
leur acquisition par teste , et pour le regard du collège. Le pre- 
mier, ils ont offert que de trois ans en trois ans ils fourniroient 
un prédicateur à leurs frais, et qu’ils soyent exems d’imposition, 
et qu’ils n’acquerroient que [pour] cent frans par teste tant en 
rentes que héritages. Et pour le regard du collège, l’on ne s’en 

(1) Miiry. 

(2) AumotU. 

(3) Du latin catus, habile, rusé. 

(4) Le 6 décembre. 

(5) Il y eut bien un Conseil général tenu à Poligny le jour de la S l 2 3 4 5 -Nicolas 
(6 décembre) 1622; mais le registre des délibérations communales reste 

• muet sur la question des Oratoriens. 


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— B — 

est accordé, pour ce qu'ils demandent mille frans tous les ans, 
pour ne faire tant seullement que quatre classes, ny point mon- 
trer les premières choses qu’il faut apprendre aux enfans, comme 
leur croix de par Dieu, ou à lire ou à escrire. Voylà la bonne vo- 
lonté qu’ils ont à l’endroit des habilans de la ville de Poligny. Et 
comme messieurs les ont receus sans faire une assemblée ny con- 
seil général pour un faict tant important, voylà comme ils se 
veullent excuser. Messieurs de la ville dient que ce n'est pas de 
leur faute, et que s’ils vouloient plaider, il fauldroit faire un 
impos pour supporter les frais; cela venant tout de leur faute, 
et sy cela arrivoit, ce seroit là qu’il se fauldroit opposer, parce 
qu’ils dient que la ville n'a pas les moyens de leur donner tous 
les ans mille frans. C’est donc la faute à messieurs, lorsqu’ils 
présentèrent leur requesle. Ils debvoient faire comme messieurs 
de Salins. 

1623. 

Le second jour du mois de janvier de l’an mil six cens vingt et 
trois, messire Cliarle Rigoulet, chapelain et familier de Sainct- 
Hippolyte, a esté receu pour maistre des enfans de chœur, après 
la mort de messire Philibert Aymounin, chantre et maistre des 
enfans de chœur, comme j’ay desjà dict cy-devant (t). 

Le quatrième jour de janvier de l’an mil six cens vingt et trois, 
Léonel Durand, mon filz, sourlit de ma maison pour aller-pren- 
dre l’habit de capucin à Dole, après avoir demeuré avec moy 
par l’espace de deux ans et demy pour apprendre l’art de chy- 
rurgie. Et print l’habit le douzième jour du mois de janvier, 
comme j’ay dict cy-devant, et se nomme frère Théophile. Et avant 
que d’y aller, il fust roy des jeunes hommes; mais comme il es- 
toitappelé devant les Roys (2), il laissa sa place à Jacques Devars, 
et alla en Vaulx, et il print l’habit de capucin à Dole, et y a de- 
meuré environ cinq mois, et s’en est revenu, et a bien faict. 

Le quinzième jour du mois de janvier de l’an mil six cens vingt 

(1) V. page 155, année 1881. 

(2) La fête des Rois. 


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— 8 — 


trois, mourut Denis Soardet, filz de feu Jean Sourdet, à trois 
heures du matin. Dieu veuille avoir son âme. Amen. 

Le vingt-unième jour du mois de janvier de l’an mil six cens 
vingt et trois, fust prins prisonnier Claude Mouréal, d’Aulmond(t), 
qu’estoit fourier de la compagnie de monsieur dé Scey (2), gens 
de cheval. Et comme ledict Mouréal estoit allé en bon aymé suy- 
vre la compagnie, et qu’il ne pouvoit endurer la peine, il s’en 
revint sans dire adieu à son capitaine, comme aussy Poncet 
Doroz, filz de feu noble Estienne Doroz, trésorier de Dole, et 
Léonel Michiel, filz de maistre Claude Michiel, procureur et ta- 
bellion en Bourgougne; et comme estant venu avec chacun un bon 
cheval, et qui fesoient les bons compagnons, et montré qu’ils 
avoieht de l’argent, voyant que tout leur argent estoit tout des- 
pendu, et qu’il se falloit montrer, ils déchevalèrent (3) un mar- 
chant de Genève, parce qu’il leur sembloit pourter des escus. 
Ils firent si bien et mal pour eux, qu’ils l’allèrent attraper au bois 
de la Sevene, qu’est entre Morbier et le Four-de-Plane (4), où 
illec ils luy donnèrent un coup de pistoulet, et mourut. Ledict 
marchant s’appeloit Boulacre, et estoit homme de grand moyen, 
et menoit un sien serviteur tousjours avec luy, lequel se sauva, 
et en remarqua un qui avoit une balafre à la joue. C’est pour- 
quoy la Cour, en estant advertie, commande absolument au prè- 
vost Davon, avec le mandement de capiatur, d’aller prendre le- 
dict Mouréal audict lieu d’Aumond, pour le mener à Dole, à la 
Conciergerie, pour respondre des fais que luy seront proposés 
par messieurs de la Cour. Et quant aux deux aultres, que sont 
Doroz et Michiel, ils sont fugitifs. — Et depuis, aux arresls der- 
niers de la Cour, que sont à la Nostre-Dame de septembre (5), en 
la mesme année, fust renvoyé ledict Mouréal sans amende ny 
despens. Voylà une belle escapade ! 

(1) Aumont . 

(2) Claude de Bauffremont, baron de Scey et de Clairvaux, marquis de 
Meximieux, etc. 

(3) Démontèrent. 

(4) Forêt de la Savine, entre Morbier et Fort-du-Plasne, 

(5) La Nativité de la Vierge, le 8 septembre, 


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— 7 — 


Maistre Jean Bidé, apoticaire, mourut le premier jour du mois 
de mars de l'an mil six cens vingt et trois, qu’estoit le jour des 
Cendres, à minuict ou à une heure après, d’une abondance de 
flegme qui luj bouchoit les vesseaux uretères, et avoit de la pierre 
aux reins, et fust cinq jours sans espancher d’eau, et sans dou- 
leur, et n’alloit point à selle sans artifice. Il estoit un gros gar- 
son, plein de mauvaises humeurs et mal bâty. Et ne fust malade 
que quinze jours ; et l’on a doute que ce n'estoil que d’une mor- 
fée (1) blanche, à cause qu’il ne sentoit point de douleur; et 
avoit une mauvaise mine , qui montrait qu’il n’avoit point de 
sentiment. Dieu veuille avoir son âme. Amen. 

Le quatrième jour du mois de mars de l’an mil six cens vingt 
et trois, advint une querelle entre Poncet Doroz et Denis Sourdet 
contre le recepveur de madame de Dramelet, nommé Cornillon; 
ayant esté batu par Denis Sourdet, et comme il n’ estoit pas le 
plus fort, il demande de l’aide au cbambrier (2) de monsieur de 
Dramelet (3), nommé La Verdure, et d’aultres. Advint qu’entre 
les quatre heures après midy, Poncet Doroz et monsieur de Lé- 
gna (4), venant de Vaulx, y ayant diné illec, ledict Poncet print 
querelle avec monsieur de Légna, jusques à se venir bastre à Po- 
ligny; et s’en allèrent en Charseny (5), où illec Légna descend de 
cheval et mest son cheval chez la Barreta, et s’en va avec Poncet 
Doroz, disant qu’ils s’alloient bastre, et en allant ils trouvèrent 
La Verdure et le recepveur de madame de Dramelet, nommé Cor- 
nillon, où c’est que Poncet Doroz dict à monsieur de Légna : 

« Monsieur, je vous crie mercy. Voyci trois hommes qui viennent 
pour me bastre. Ne veuillez pas estre de la partie. » Advint que 
le recepveur dict k Poncet Doroz : « Nous nous treuverons. » 
Poncet dict : « Tout maintenant. » Ils s’en allèrent vers les Ca- 

(1) « Morphée, nom ancien d'une affection cutanée, mal déterminée, qui 
parait consister en des taches groupées les unes près des autres. » Littré. 

(2) Valet de chambre. 

(3) Claude-Gabriel Mouchet de Battefort, baron de Dramelay, etc. 

(4) Joachim Fèvre, sieur de Légna. 

(5) Charcignv, faubourg de Polignv. 


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— 8 — 


pucins où illec La Verdure dicl à Légna s’il s’en vouloit mêler. 
Légnadict que non. Lors La Verdure montre un-baston à Légna, 
et Légna luy dict qu’il le Youloit trester en vilain, en luy disant : 
« Je suis un gentilhomme. Mest la main à l’espée. » Sitôt dict, 
sitôt faict, et Légna mist la main à l’espée dessus La Verdure, et 
fust si bien tresté de Légna, qu'il le blessa à la leste si avant que 
l’on voyoit la duremère, ayant empourté du crâne la largeur 
d’un sol de roy, tout à un coup, et sur le né, dont il ne tenoit 
pas beaucoup, et deux aultres coups sur les deux bras, dont l'un 
des bras il eust le premier os qui fust coupé et l'autre intéressé, 
le tout sur laditte Verdure; et ne demeura laditte Verdure au 
monde que l’espace de deux jours, car il fut blessé sur les 
quatre heures du soir du sambedi , et mourut le lundy après à 
une heure après midy. Et quant à monsieur de Légna, il fust 
bien blessé, à subjet d’un coup de pierre que luy fust donné par 
un Moureau, mareschal, qui le fist tomber comme mort, et, es- 
tant bas, l’on luy donna deux coups d'espée sur la teste jusques 
aux os, et un coup d’estoc vers l’oureille. Voylà comme il s’en 
est passé. 

Maistre Alexandre Peletier, peintre, mourut le huictième jour 
du mois de mars de l’an mil six cens vingt et trois, à cinq heures 
du matin, d’un quaterre (1) dont cela le suffoqua. Dieu veuille 
avoir son âme. Amen. 

Le sire Pierre Queselot, dict Peletier, mourut le jeudy vingt- 
troisième jour du mois de mars de l’an mil six cens vingt-trois; 
et estoit notaire et son père tanneur. Et ledict Queselot mourut 
à l’eage de soixante et douze ans, d’une galle, et ne fust jamais 
marié. Dieu veuille avoir son âme. Amen. 

(A suivre). 


(I) Catarrhe. 


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— » — 


REGENERATION ARTIFICIELLE DD COIBUSTIBLE 

PAR 

rutlllsation de toute lu partie charbonneuse 
des détritus quelconques 

Par M. Hadert, ex -ingénieur à S'-lothain 

(Suite) 

Il n’est pas un cultivateur qui n’nit observé les merveilleux effets 
des balayures de sa maison incorporées au sol de son jardin, quoi- 
qu’elles soient, à la campagne, toujours mêlées de beaucoup plus de 
poussières purement boueuses qu’à la ville. Il me parait, en consé- 
quence, peu douteux que de véritables balayures , et non plus des or- 
dures, comme les appellent aujourd’hui si justement nos ménagères 
citadines, ne pussent et dussent constituer un excellent engrais, facile- 
ment transportable sous sa forme naturelle. Nul doute, par exemple, 
que la vigne, à laquelle il apporterait à la fois azote cl potasse, ne s’en 
accommodât parfaitement, puisqu’elle se trouve si bien d’une fumure 
aux seuls chiffons de laine. Les quelques cultures jardinières qui ne 
pourraient pas s’accommoder du remplacement du terreau actuel par 
ce sablon de scories, dont j’ai parlé plus haut, trouveraient dans cet en- 
grais des balayures, activé encore par des dissolutions salines, un suc- 
cédané assez abondant du terreau. 

Dès lors, le fumier proprement dit que produisent les villes, et 
qu’elles devraient produire bien plus abondamment encore, si le triage 
des déchets de cuisine que je viens de recommander était pratiqué, ce 
fumier des villes, dis-je, pourrait retourner à sa destination naturelle. 
Cette destination serait, comme je l’ai si longuement développé, à 
propos de l’engrais de ferme, dans la première partie de ce travail, de 
constituer tout à la fois un abondant engrais par son urine, absorbée 
par un excipient terreux, et des masses de houille artificielle par sa fibre 
ligneuse. En outre de cette fibre ligneuse de leurs fumiers, les villes 
jetteraient encore à l’immense fosse disposée pour la houillère artificielle 
ccs masses de détritus surtout charbonneux , qui ne sauraient prendre 
rang dans aucun de ceux que j’ai déjà indiqués comme aptes à régé- 
nérer, soit du combustible, soit de l’engrais. Il existe dans toute ville 
tant soit peu importante d’énormes quantités de détritus charbonneux 


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susceptibles de se ranger dans cette dernière catégorie. Ils sont & peine 
susceptibles de constituer, dans leur état naturel, un produit méritant 
le nom de combustible; mais mêlés à d’autres matières plus ou moins 
ligneuses, et soumis, avec elles, a une fermentation en grande masse 
et suffisamment prolongée, nul doute qu'ils ne doivent aboutir à un 
combustible intermédiaire entre la tourbe et la houille. Les détritus de 
foires et marchés, ceux des chantiers de bois, des magasins à four- 
rages, la sciure de bois, et une foule d’autres substances sont dans ce 
cas. Entassées pêle-mêle avec les litières des fumiers proprement dits, 
en masses suffisantes, et recouvertes ensuite d'une grande hauteur de 
terre afin de produire une pression convenable, ces substances devront 
être retirées de cette fosse, apres un minimum de temps que l’expé- 
rience fixera, dans un état d’agglomération qui en aura fait un véri- 
table combustible. J’ai déjà assez développé cette idée, dans la pre- 
mière partie de ce travail, à propos de la partie ligneuse des fumiers de 
ferme, pour me dispenser d’y insister davantage ici. Je me bornerai 
seulement à rappeler que j’ai déjà'conseillé de pratiquer dans ces masses 
fermentescibles, au moyen de tuyaux en terre réfractaire cuite, une 
sorte de drainage destiné à donner issue aux gaz et autres nombreux 
et utiles produits volatils développés par la chaleur de la fermentation 
et à permettre de les recueillir. La qualité de la houille artificielle pro- 
duite en sera beaucoup améliorée, en même temps qu’on retirera de 
cette longue opération, confiée au temps, toute une série de produits 
accessoires qui viendront en déduction des frais faits pour obtenir le 
combustible. 

Une coutume agricole, autrefois assez générale, et qui persiste mal- 
heureusement encore dans trop de contrées, aura pu facilement con- 
vaincre ceux qui l'ont observée de la tendance de fragments ligneux 
incohérents à s’agglutiner en une masse charbonneuse compacte très 
apte à fournir un combustible, après avoir éprouvé un commencement 
de fermentation. Cet exemple nous est fourni par les cultivateurs qui 
persistent à laisser tout leur fumier de l’année en un tas jusqu’au mo- 
ment des semailles d’automne. Ce fumier, que, dans cet état, on dési- 
gne souvent sous le nom de beurre noir , acquiert ainsi un tel degré de 
cohésion qu’il devient impossible de l’entamer et de le charger sur les 
charriots autrement qu’en le coupant à la bêche. Ces mottes, ainsi dé- 
tachées par la bêche du tas de fumier, sont alors tout imprégnées d’une 
humidité que n’explique que trop la quantité de pluie que le tas, nullc- 


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— li- 


ment abrité, a reçu pendant toute une année. Ces alternatives d’expo- 
sition directe à l’action de la pluie et du soleil ont entraîné & l’état 
liquide et gazeux, la plus grande partie des principes minéraux actifs du 
fumier. Ce doit être alors surtout par sa cendre que le résidu doit agir 
encore sur la végétation. Chacun sent cependant instinctivement, au 
seul aspect charbonneux de ces mottes humides, qu’il suffirait de les 
dessécher quelques temps sous des hangars couverts pour en faire un 
véritable combustible d’un effet calorifique tout autrement intense que 
celui qu'eussent pu fournir les fragments de paille et de crottin dont il 
fut originairement constitué. 

Concevons maintenant qu’au lieu de ces tas de fumier de quelques 
métrés cubes laissés toute une année sans abri, nous ayons entassé un 
volume de fibre ligneuse bien dépouillée d’urine mille ou dix mille fois 
supérieure, pendant un temps décuple, et sous l’abri d’une immense 
cloche, susceptible de résister à une très forte pression. Nous aurons 
pu ainsi recueillir, par une distillation opérée sous la seule influence de 
la chaleur développée par cette colossale fermentation, la totalité de 
l’ammoniaque et autres produits volatils formés. Le résidu ou caput 
morluum de cette immense distillation, confiée à la seule action du 
temps, serait une énorme masse charbonneuse sèche, d’une densité et 
d’une puissance calorifique naturellement bien supérieures à celle de 
notre motte de beurre notr, dont l’aptitude combustible spontanée sau- 
tait déjà aux yeux. Toute cité, aussi bien que toute ferme, sc trouve 
ainsi susceptible de régénérer, avec une partie de scs détritus ligneux, 
indépendamment des autres combustibles que j’ai déjà décrits, des 
masses de bouille artificielle proportionnelles à son étendue et accom- 
pagnées de leurs produits accessoires, fertilisants et autres, dont j’ai 
longuement parlé. La cendre chimique des détritus ligneux qui auront 
fourni cette houille artificielle restera, il est vrai, emprisonnée dans sa 
masse, majs ce ne sera qu’une perte temporaire; car cette cendre sera 
restituée après la combustion de la bouille produite. 

Je n’ai pu et dû naturellement qu’esquisser rapidement dans ces 
pages l’ensemble des vues que je me suis faites, depuis longtemps, au 
sujet d’une utilisation rationnelle de tant de détritus aujourd’hui à peu 
près perdus. Des détails explicites relatifs à une pareille utilisation se- 
raient aujourd’hui prématurés, en même temps qu’ils exigeraient plu- 
sieurs volumes. J’espère cependant qu’il suffira d’une lecture tant soit 
peu attentive de cette esquisse pour juger de la masse de trésors maté' 


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riels dont nous pourrions éviter le gaspillage, qui s’opère si souvent, en 
outre, au détriment de la santé et de la moralité publiques. 

Il y aurait eu toutefois trop de présomption ou de naïveté de ma part 
à supposer qu’il était au pouvoir de cette exposition de hâter tant soit 
peu la fin de ces gaspillages. Eussé-je pu parvenir à la parer d’autant de 
charmes de style qu’elle en est dépouillée, son influence à cet égard 
fut restée nulle. On ne change pas aussi facilement les habitudes elles 
institutions. Mon expérience déjà longue des choses de la vie m’a con- 
vaincu que les progrès de tout genre de notre espèce ne se réalisent 
guère que sous la pression de la NECESSITE. J'ai laissé assez percer 
dans ces pages l'expression de ma conviction à cet égard. Je ne me 
fusse certainement pas décidé à les écrire si, d’une part, la dissolution 
si manifeste du régime du paysan à laquelle nous assistons, et, d’autre 
part, l’épuisement rapide de notre houille géologique, ne me laissaient 
intimement persuadé que nous touchons à l'instant où la nécessité im- 
posera à notre art agricole une toute autre constitution. C'est sous l’in- 
fluence de ccttc persuasion que j'ai pensé qu’il pouvait y avoir une cer- 
taine opportunité à montrer le degré de connexité, si peu soupçonné, 
qui parait exister entre la question d’un plus judicieux aménagement 
des engrais et celle de la régénération artificielle du combustible. Cette 
connexité m’est apparue de plus en plus nettement depuis le jour, déjà 
éloigné, où j’ai pu constater combien une terre poreuse fournissait un 
excipient des fumiers plus avantageux que la paille et autres sub- 
stances charbonneuses qui avaient jusque-là possédé le privilège exclu- 
sif de le fournir. 

Je crois avoir dit ce qu'il y avait d'essentiel sur les deux sujets con- 
nexes que je viens d’examiner ici plus particulièrement; ma tâche serait, 
en conséquence achevée, si une autre expérience, ébauchée dans ma 
carrière culturale, ne m’avait encore inspiré quelques autres réflexions 
qu’il ne sera peut-être pas inutile de consigner avant de terminer cet 
écrit. 

Ma pensée serait certainement bien mal interprétée si l'on devait 
induire, de ce que j’ai dit sur l'insuffisance nécessaire de nos sources 
naturelles de combustible et des moyens artificiels que je viens de 
proposer pour y suppléer, que je regarde la sylviculture comme appelée, 
dans un certain avenir, à ne plus conserver pour notre espèce qu'une 
importance tout-à-fait secondaire. Outre que le bois de service conser- 
vera toujours une valeur propre, que le fer pourra réduire sans jamais 


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- 13 - 


l’annuler, nous aurons sans cesse à demander à nos forêts un appoint 
de combustible qu’il ne sera jamais permis de négliger. De vastes éten- 
dues sur notre planète resteront d’ailleurs difficilement accessibles & 
une agriculture intensive, soit dans les régions montagneuses escarpées, 
de toutes latitudes, soit aux latitudes trop extrêmes, boréales et aus- 
trales. Sur bien des points suffisamment accessibles encore, d’après 
leur climat, les progrès de la botanique forestière ne cessent de nous 
montrer qu’une végétation arborescente constituera encore le meilleur 
mode d’utilisation de beaucoup de terrains de certaine nature. Il roc 
suffira de citer à cet égard les importantes et toutes récentes planta- 
tions d'arbres à quinquina et d' Eucalyptus , ce conifère géant assainis- 
seur des marais. Quelle végétation pourra équivaloir, pour les sables du 
Sahara où l’on pourra amener le moindre filet d’eau, au palmier à dattes? 
Quelle plante pourra remplacer le pin maritime pour fixer les sables 
mouvants de nos dunes? 

Aussi, tout en me livrant à une pratique très active de l’agriculture, 
et bien qu’ayant déjà entrevu cette régénération artificielle du combus- 
tible préconisée dans ces pages, je n’avais pu, frappé des si misérables 
rendements de nos forêts, détacher ma pensée du souci de relever un 
peu notablement ccs rendements. J’avais même tenté à ce sujet quel- 
ques essais, qu’il ne sera peut-clre pas sans intérêt de signaler ici, 
comme complément du sujet principal que je viens de traiter longue- 
ment, l’accroissement de nos ressources en combustibles. 

(A suivre ). 


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— W — 


LES CHAMPIGNONS 

COMESTIBLES ET VÉNÉNEUX 
DE LA FLORE DU JURA 

Par IV. PATOUILLARD, 

pharmacien , membre de la Société de botanique de France , ancien prépa- 
rateur de botanique au Muséum d' Histoire naturelle , etc. 

(Suite) 

2 • SÉRIE. — HYPORHODII. 

Volvarla. 

Les espèces de la section Volcaria ne diffèrent des Amanites 
sans anneau que par la couleur plus ou moins rosée de leurs 
spores; elles sont rares dans le département. Nous indiquerons 
seulement les deux espèces suivantes : 

ESPÈCE COMESTIBLE. 

Agaricus bombycinus Sch. (Ag. soyeux). 

ESPÈCE VÉNÉNEUSE. 

Agaricus parculus Fr. (Ag. à petite volva). 

Ag. bombycinus Sch. — Magnifique espèce poussant sur les 
troncs pourris et très facile à reconnaître. Chapeau large (10 à 15 
cent.) blanc ou un peu jaunâtre , bombé, soyeux , fibrilleux; lames 
couleur de chair, stipe lisse, blanc, ayant à sa base une volve 
blanche très ample. Chair mince, blanche, saveur douce. 

Ag. parculus Fr. — Très petite espèce vénéneuse, croissant 
sur le terreau dans les jardins en été. Chapeau sec un peu soyeux, 
blanc grisâtre, avec un mamelon cendré, 3-4 centimètres. Lames 
couleur de chair. Stipe grêle, soyeux, villeux à la base, blanc. 
Volva déchiré en 3-4 lanières. 


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Pi ut eu»* 

ESPÈCE VÉNÉNEUSE OU SUSPECTE. 

Agaricm cervinus Sch . — (A g. couleur de cerf). 

A g. ceroinus Sch . — Ce champignon croit sur les troncs d’ar- 
bres, les souches pourries en été; il est commun partout. Chapeau 
charnu, campanulé puis étalé (de 5-10 cent.), visqueux par l’humi- 
dité, glabre puis couvert de fibrilles évanescentes, couleur de fu- 
mée ou brun-jaunâtre. Lames blanches puis rosées. Stipe solide, 
blanc avec des fibrilles noires . Odeur forte. 

Entoloma. 

ESPÈCES COMESTIBLES. 

Agaricus prunuloïdes Fr. 

— clypeatus L. (Agaric en bouclier). 

ESPÈCE VÉNÉNEUSE OU SUSPECTE. 

Agaricus lioidus Bull. (Agaric livide). 

Ag. clypeatus 'L. — Chapeau peu charnu, hygrophane , luisant 
par le sec, campanulé, étalé, mamelonné, d’un gris-jaunâtre livide, 
souvent vergeté de roux, surface soyeuse. Lames couleur de chair, 
denticulées sur la tranche. Stipe plein, habituellement courbé à la 
base, blanchâtre, glabre, pruiheux au sommet. Chair blanche et 
cassante. Inodore. 

Commun au printemps sur les pelouses, jardins, etc., en cercles. 

Cette espèce est parfaitement comestible, on la mange dans le 
Poitou sous le nom de Mousseron des baies, ainsi que dans le Midi 
de la France. C’est à tort que presque tous les auteurs la consi- 
dèrent comme vénéneuse. 

Ag. prunuloïdes Fr. — Chapeau charnu campanulé puis étalé, 
avec un mamelon au centre, glabre se fendillant à la fin, un peu 
visqueux, de couleur habituellement jaune-clair , mais parfois 
grisâtre. Livide, blanc -jaunâtre ou blanc. Lames libres, ventrues, 
d’abord blanches puis couleur de chair. Stipe plein, glabre, blanc, 


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— 16 — 


un peu strié. Odeur de farine récente. Diamètre du chapeau, 5 à 7 
cent; hauteur du stipe, 7-8 cent. 

Sur la terre dans les lieux herbeux et ombragés. Eté, automne. 

Il faut se garder de confondre cette espèce qui est comestible 
avec la suivante qui est un poison violent. Toutes les deux ont une 
odeur à peu près analogue, mais le prunuloïdes a le chapeau glabre 
et humide visqueux, tandis que dans l’espèce dangereuse le cha- 
peau est sec et soyeux , ce dernier a de plus le mamelon légère- 
ment pointillé de petites écailles noirâtres. Dans tous les cas, s’il 
reste le moindre doute, on fera bien de s’abstenir. 

Ag. lioidus Bull. — Chapeau charnu, convexe, largement ma- 
melonné, de 5-15 cent, de diamètre, blanchâtre, jaune clair ou roux, 
ou encore gris cendré plus ou moins jaunâtre, à disque ponctué de 
noir. Lames larges, passant du blanchâtre au roux ou à l’incarnat. 
Chair blanche fragile. Stipe grand, solide, ferme, recourbé et renflé 
à la base , blanc. Très-vénéneux. 

Sur la terre dans les bois de la plaine et des basses montagnes. 

Clltopllus. 

ESPÈCES COMESTIBLES. 

Agaricus prunulus Scop. (Mousseron). 

— orcella Bull, (le farinier). 

Ces deux espèces de Rhodospores sont toutes les deux comes- 
tibles, elles portent toutes les deux le nom de Mousseron et ne 
peuvent pas être confondues facilement avec les espèces véné- 
neuses. 

Ag. prunulus Scop. — Stipe épais, cotonneux à la base qui est 
souvent un peu renflée, blanc. Chapeau convexe, blanc ou un peu 
couleur de fumée, happant aux doigts , marge farineuse enroulée. 
Lames étroites, décurrentes sur le stipe, blanches , puis d’un gris 
rosé. Odeur douce de farine. 

Croit dans les bois découverts surtout de sapins. 

Ag. orcella Bull. — Stipe blanc tommenteux à la base. Chapeau 
difforme, ondulé sur les bordsj blanc grisâtre ou incarnat. Odeur 
de farine. 

Joute l’année aux bords des bois. 


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Molanea* 

ESPÈCE COMESTIBLE. 

Agaricus paseuus P. (Agaric des pâturages). 

Ce petit champignon est commun dans les prairies, il a un cha- 
peau membraneux, conique, un peu mamelonné, glabre, strié, 
soyeux, luisant par un temps sec, grisâtre, fauve ou brunâtre. 
Lames à peu près libres, grises. Stipc creux, fragile, fuligineux, 
pâle, strié. 

Difficile à confondre avec les espèces vénéneuses. 

Les sections Leptonia , Eccilia et Claudopus ne présentent pas 
d’espèces intéressant l’alimentation. 

3 e Série. — DERMINI. 

Pholiota. 

ESPÈCES COMESTIBLES. 

Agaricus prœcox Pers. (Ag. précoce). 

— œgerita Fr. (Pholiote du peuplier). 

— squarrosus M. 

— mutabilis Sch. 

ESPÈCES VÉNÉNEUSES OU SUSPECTES. 

Agaricus radicosus Bull. (Agaric à racine de navel). 

— spectabilis Fr. 

La première de ces espèces seule croit sur la terre, les autres 
habitent les vieux troncs d’arbres. 

A g. prœcox P ers. — Chapeau charnu, convexe, plan, mame- 
lonné, uni, glabre, de A cent. 1/2 de large, blanc jaunâtre surtout 
au centre, un peu visqueux par l’humide, luisant par le sec. Lames 
blanches, puis brun-roux. Stipe se creusant à la fin, blanc ainsi 
que l’anneau, farineux puis glabre. 

Sur la terre, dans les jardins, gazons, pâturages. Printemps, été. 
Saveur nulle, odeur de farine. 

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— 18 — 


Ag. œgerita Fr. — Chapeau charnu, compacte, convexe, bou- 
clé, lisse, blanchâtre ou gris-fauve, souvent gercé, crevassé. 
Lames devenant brunes. Stipe ferme, glabre, blanc ainsi que l’an- 
neau qui est persistant. Odeur et saveur agréables, chair blanche. 

Eté, automne, en touffes, au pied des peupliers. 

Ag. squarrosus M. — Chapeau charnu, convexe puis étalé, sec 
(5-10 cent.), d’un jaune safran rouillé avec de nombreuses écailles 
brunâtres redressées. Chair jaune. Lames jaunâtres un peu ver- 
dâtres puis ferrugineuses. Stipe plein courbé, dur, jaune pâle, 
chargé d’écailles. Anneau lacéré, laineux, jaune orangé. Odeur 
forte. Saveur légèrement piquante. 

En troupe au pied de divers arbres, acacia, etc. 

Ag. mutabilis Sch. — Chapeau peu charnu, convexe, un peu 
mamelonné, jaune cannelle plus foncé au centre, glabre; chair 
blanche ou un peu jaune. Lames pâles, ochracées. Stipe devenant 
creux , rigide , couvert d’écailles squarreuses, noirâtres. Odeur 
forte. 

Printemps et automne sur les vieilles souches. 

Ag. radieosus Bull. — Chapeau charnu (6-12 centim.), convexe 
puis étalé, blanchâtre ou jaune de terre, couvert d’écailles appli- 
quées, brun ferrugineux. Chair blanche. Lames pâles puis roussâ- 
tres. Stipe solide, épaissi à la base, se terminant par une forte ra- 
cine, blanchâtre. Anneau large, écailleux. Odeur forte d’amandes. 
Saveur amère, âcre. 

Champignon suspect mais mangé par les animaux. Eté, automne 
sur les souches, dans les bois. 

Ag. 8peetabili8 Fr. — Chapeau charnu, compacte, convexe, 
jaune-roux, devenant pâle et presque blanc, couvert d’écailles 
brunes (diamètre, 8-15 cent.) Lames jaunâtres puis brunes. Chair 
jaunâtre. Stipe grand, plein, puis creux, blanchâtre au-dessus de 
l’anneau, roussâtre et écailleux au-dessous. Anneau membraneux 
persistant. Odeur douce, saveur un peu amère. 

Suspect, comestible pour quelques-uns (Letellier). 

Groupé sur les souches. Eté et automne. 


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Flammula. 

ESPÈCE VÉNÉNEUSE OU SUSPECTE. 

Agaricus flavidus Sch. (Agaric jaune-gai). — Chapeau con- 
vexe, devenant étalé, mamelonné, déprimé, lisse, humide, jaune- 
gai (4-5 cent, de diamètre). Lames aduées, espacées, blanchâtres 
puis d’un jaune plus ou moins rouillé. Stipe plein puis creux, blan- 
châtre au sommet, roux à la base. Anneau frangé (cortine), blanc 
fugace. Chair blanche puis jaunâtre. Odeur désagréable, saveur 
amère. 

En touffes formées d’un grand nombre d’individus sur les vieilles 
souches, dans les bois surtout de pins et sapins. Automne. 

Hebeloma. 

ESPÈCES VÉNÉNEUSES OU SUSPECTES. 

Agaricus fastibilis Fr. (Agaric prétentieux). 

— crustuliniformis Bull. (Agaric échaudé). 

Ag. fastibilis, Fr. — Chapeau charnu, compacte, lisse, vis- 
queux, glabre, couleur de cuir pâle (diamètre, 5-8 cent.), plus clair 
à la marge qui est recourbée, pubescente. Lames espacées, pâles, 
puis jaune-cannelle, portant des gouttelettes aqueuses sur leurs 
bords par un temps humide. Stipe plein, ferme, épais, un peu bul- 
beux à la base, blanc, fibreux, écailleux. Odeur nauséeuse. Saveur 
amère. 

Commun dans les bois. Croit par touffes en été et en automne. 

Ag. crustuliniformis Bull. — Chapeau charnu, convexe, plan, 
glabre, visqueux,' souvent bosselé (diamètre, 4-8 cent.), à bords 
sinueux, jaune pâle puis roux ochracé; surtout au centre. Lames 
d’un blanc jaunâtre tacheté par le sec, avec gouttelettes aqueuses 
sur les bords, à tranchant crénelé. Stipe plein, un peu bulbeux 
blanchâtre, écailleux. Odeur forte, saveur âcre, amère. 

En groupe dans les bois sur la tere, très commun. 


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IVaucorla. 

ESPÈCE COMESTIBLE. 

Agaricus pcdiades Fr. (Agaric dos plaines). — Chapeau peu 
charnu, convexe, plan, déprimé sec (diamètre, 2-3 cent.), glabre, 
jaunâtre, ochracé, pâlissant avec l’âge. Lames cannelles sales, 
brunâtres. Stipe grêle à base un peu bulbeuse, flexueux, soyeux, 
jaunâtre, rempli de moelle, puis creux. Saveur un peu piquante. 

Commun dans les champs, jardins, pelouses. Eté. 

Les sections Crepidotus , Tubaria et Galera ne renferment que 
de petites espèces dont aucune n’est nuisible, mais qui sont diffi- 
cilement utilisables. 

(A suivre 


L’INVASION PHYLLOXERIQÜE. 

Nos lecteurs ont été tenus au courant de l’invasion phylloxérique 
en France. Ils savent que le fléau a, depuis quelque temps, subi un 
arrêt que l’on voudrait pouvoir espérer définitif. Les vignobles de 
la Bourgogne, de l’Orléanais, de la Champagne, menacés l’an der- 
nier par des essaimages de parasites, ont vu ces taches disparaître 
pour la plus grande partie. Dans les pays attaqués par la maladie, 
les viticulteurs ont repris courage et ont commencé résolument à 
replanter les terrains détruits. Ce sont là des espérances que nous 
sommes heureux de recueijllir et de constater. Toucherions-nous 
bientôt au terme du fléau qui a dévasté nos plus riches contrées 
et menacé l’une des branches les plus productives de notre industrie 
agricole? Sans vouloir céder, sur ce point, à des illusions trop hâ- 
tives, il importe néanmoins de faire connaître les résultats acquis 
afin de soutenir l’énergie'des viticulteurs et de leur indiquer ce que 
l’on peut attendre d’efforts bien dirigés. 


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- 21 — 


Les moyens de combattre le phylloxéra, tout le monde le sait, 
sont de trois sortes : la submersion quand la situation des terrains 
permet de les tenir sous l’eau pendant les mois d’hiver, le sulfure 
de carbone qui détruit l’insecte sur les plants légèrement atteints, 
et enfin le remplacement des cépages français par les plants amé- 
ricains sur lesquels le parasite s’est depuis longtemps acclimaté. 

Chacun de ces procédés peut produire de bons effets, quand on 
sait les approprier aux cultures et les employer à propos. Mais leur 
vulgarisation est chose difficile. Le vigneron est naturellement 
porté à la défiance sur le résultat de méthodes scientifiques incon- 
nues. Il ne veut donner ni son temps ni son argent pour en faire 
l’expérience. De très grands embarras se sont donc présentés pour 
déterminer les intéressés à se servir des armes propres à com- 
battre le parasite; mais ils ont en grande partie disparu devant la 
persévérance de l’administration, et l’action intelligente du légis- 
lateur. 

On nous saura gré de rappeler ici comment on y est parvenu. 

Plusieurs moyens ont été mis simultanément en œuvre. 

On s’est d’abord servi de ce qu’on nomme le traitement adminis- 
tratif, c’est-à-dire l’expérimentation directe des procédés curatifs 
par les soins et aux frais de l’Etat. Le gouvernement a choisi, dans 
ce but, parmi les diverses contrées les plus atteintes, certains vi- 
gnobles sur lesquels il a obtenu des propriétaires le droit d’essayer 
les méthodes scientifiques de préservation. 

Là, en présence des habitants de la localité et des localités voi- 
sines, il a submergé ou sulfuré les vignes et il les a rendues à la 
vie. 

Dans beaucoup d’endroits, les vignerons ont offert gratuitement 
la main d’œuvre, dans d’autres, ils ont encore remboursé tout ou 
partie du prix des agents chimiques. Presque partout, le traite- 
ment administratif ainsi conduit a produit d’heureux effets. Les 
populations ont vu, de leurs yeux, les taches disparaître et les cé- 
pages reverdir. Elles sont unanimes à demander l’extension de la 
mesure. 

Le traitement administratif no saurait toutefois être généralisé. 
Il à été autorisé par la loi comme un exemple de démonstration de 
l’efficacité des moyens curatifs. Les ressources budgétaires ne 
permettent pas à l’Etat de prendre l’initiative de ces travaux dans 


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/ 

toutes les régions où ils seraient utiles. C’est à une combinaison 
différente, aux syndicats, que la loi a délégué ce soin. 

Le syndicat prévu par la loi consiste dans la réunion d’un cer- 
tain nombre de propriétaires de vignes rassemblés dans le but de 
combattre ensemble l’invasion phylloxérique. Ces sociétés peu- 
vent être plus ou moins étendues. Il y en a qui embrassent des 
milliers d’hectares, d’autres qui comprennent seulement quelques 
parcelles. Lorsqu’elles sont constituées, le gouvernement se met 
en rapport avec leurs représentants et leur procure tous les moyens 
de revivifier leurs vignes, en y ajoutant des subventions en argent. 

Le progrès de ces associations est devenu très remarquable de- 
puis deiLx ans, à mesure que l’expérience en a fait connaître les 
heureux effets. Ainsi, en 1879, 153 personnes seulement se pré- 
sentaient pour syndiquer 389 hectares et recevoir des subventions 
montant à 46,937 francs. L’année suivante, le nombre des associés 
s’élevait à 1,507, possédant ensemble 6,671 hectares de vignes et 
recevant une subvention de 510,128 fr. Enfin, pendant l’exercice 
de 1881, 6,414 viticulteurs syndiquaient une contenance de 17,135 
hectares de terrains et il leur était payé une subvention de 
1,162,966 fr. 

Ce mouvement n’est pas près de s’arrêter. Il arrive chaque jour 
à l’administration des constitutions nouvelles de syndicats et on y 
remarque surtout, depuis quelque temps, l’entrée de petits vigne- 
rons ou de parcelles de la moindre contenance. C’est évidemment 
la preuve que les efforts tentés par les associations réussissent et 
que les résultats acquis sont appréciés par le public. 

Il serait prématuré de dire que les conquêtes de ces syndicats 
sur l’invention phylloxérique sont très appréciables. Jusqu’à pré- 
sent la dévastation antérieure garde à peu près ses limites ; mais 
si l’on n’a rien encore regagné sur les cultures détruites, on n’en a 
du moins pas perdu de nouvelles. Partout où des taches se pro- 
duisent, le fléau est aussitôt combattu et la contrée est préservée. 
C’est là, ce semble, un résultat qui vaut déjà la peine d’être signalé. 
Limiter l’action du fléau d’abord, puis, quand sa marche sera défi- 
nitivement suspendue, entreprendre de proche en proche lare- 
constitution des vignobles détruits : telle est la double tâche qui 
s’impose aux syndicats. La première est heureusement en action; 
la seconde suivra inévitablement la première si le public persévère 
dans ses efforts. 


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Le gouvernement ne néglige rien d’ailleurs pour faciliter dès 
maintenant cette reconstitution. Il fait expérimenter dans des jar- 
dins botaniques, pépinières et autres endroits publics, le traite- 
ment des cépages étrangers destinés à la plantation et à la greffe 
des nouveaux vignobles. Il fait poursuivre ses recherches sur l’a- 
daptation de ces cépages aux sols et aux climats, sur la résistance 
des plants divers suivant les différents sols, de manière à préparer 
pour chaque contrée les meilleures espèces de repeuplement. 

Il a été déjà obtenu un nombre de boutures suffisant pour être 
distribuées entre les comices et les associations agricoles qui en 
ont fait la demande. Dans certains départements, ces boutures sont 
aujourd’hui expérimentées près de chaque école. Avant qu’il s’é- 
coule plusieurs mois, le prix des nouveaux ceps sera réduit de 
telle manière que tous les vignerons pourront très facilement s’en 
pourvoir. 

Telle est, au moment actuel, la situation exacte de la lutte entre- 
prise contre la dévastation phylloxérique. Cette lutte est conduite 
avec beaucoup d’entrain et le gouvernement, après l’avoir engagée 
presque seul, voit venir à lui maintenant une foule d’auxiliaires 
convaincus par la vue des résultats acquis. Il est essentiel surtout 
que les syndicats se développent et que les pouvoirs publics con- 
tinuent à leur assurer les dotations qui en déterminent le succès. 
La constitution d’un ministère spécial de l’agriculture garantit que 
ce grand intérêt ne sera pas perdu de vue. 

S. d’Ami. 




LA COMÈTE DE \m. 

C’est en 1881 qu’on a obtenu pour la première fois l’image pho- 
tographique complète d’une comète. Nous trouvons à ce sujet une 
notice extrêmement intéressante de M. Janssen dans l’Annuaire du 
Bureau des longitudes. La photographie devra puissamment aider 
à nous éclairer sur les étranges phénomènes qui se produisent 
quand les comètes approchent du soleil. Outre que les document*' 


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— 24 - 


qu’elle fournit sont rigoureusement exacts et impersonnels « l’i- 
mage photographique, dit M. Janssen, peut se prêter à des études 
de photométrie sur les pouvoirs rayonnants de ces immenses ap- 
pendices comélaires, études qui sont absolument nouvelles et qui 
ne pourraient être tentées par aucune autre méthode. 

Les comètes sont très difficiles à photographier; elles ont un 
pouvoir photographique étonnamment faible, et leur mouvement 
est très rapide à leur passage près du soleil. « Moins un objet est 
lumineux, plus il faut augmenter le temps de la pose, et, par con- 
séquent, plus il est nécessaire que cet objet soit fixé ou tout au 
moins animé d’un mouvement très lent pour que la plaque sensible 
puisse le suivre rigoureusement pendant tout le temps de la for- 
mation de l’image. Or il arrive ici que le pouvoir actinique de 
l’astre est tellement faible, que si l’on se plaçait dans les conditions 
où l’on obtient des photographies de la lune avec le collodion hu- 
mide, il faudrait plus de trois journées sans aucun arrêt pour avoir 
une image de la comète avec une portion de la queue s’étendant à 
une minute du noyau; et cette, action lumineuse si démesurément 
prolongée devrait être ensuite dans des conditions de haute pré- 
cision, malgré le mouvement diurne du ciel, compliqué du mouve- 
ment propre très rapide de la comète. » 

Ce qui a permis à M. Janssen de lever ces difficultés, c’est une 
découverte photographique récente, celle des plaques sèches au 
gélatino-bromure d’argent. Ges plaques ont une sensibilité vrai- 
ment extraordinaire, qui permet de réduire la durée de l’action 
lumineuse à quelques couples d^heures. 

Cela semblait encore trop, et M. Janssen a cherché à diminuer 
encore ce temps. * Nous avons pensé, dit-il, à utiliser dans cette 
circonstance, un télescope d’une construction toute spéciale, sem- 
blable à celui qui, en 1871, nous permit de découvrir la véritable 
nature de cette couronne des éclipses totales qui a été reconnue 
constituée par une enveloppe gazeuse très rare et très étendue au- 
tour du soleil. » 

Cet instrument, dont le miroir a 0,50 mètre et seulement 1,60 
mètre de foyer, donne aux images une intensité lumineuse qua- 
druple de celle des télescopes les plus lumineux. Aussi, a-t-il per- 
mis d’obtenir une image très saisissante en une demi-heure. Nous 
ne parlerons pas des précautions particulières prises en vue de 
l’obtenir; on trouvera tous ces détails dans la note de M. Janssen. 


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- 28 - 


L’examen (le la queue cométaire dans l’image obtenue, et qui 
s’étend à deux minutes et demie du noyau, offre un intérêt parti- 
culier. On la voit formée par des faisceaux lumineux presque recti- 
lignes, qui partent en divergeant de la tête : Dans la partie mé- 
diane règne un grand faisceau très étroit et très marqué, qui sort 
tangentiellement du côté occidental du noyau, traverse toute la 
queue, et se prolonge à plus d’un demi-degré au-delà. Le grand 
faisceau figure comme une épine dorsale et, d’après nos mesures 
basées sur la position des étoiles voisines, photographiées en même 
temps que la comète, il est inexactement dirigé dans le prolonge- 
ment de la ligne qui joint le soleil au noyau de la comète. » Cette 
structure en faisceaux rayonnants est un fait curieux qui mérite 
d’être noté et que la photographie fait seule bien ressortir. 

M. Janssen a vérifié par des mesures directes que la qimue co- 
métaire, en la prenant même près de la tète dans une région où 
elle paraît très éclatante, n’envoie pas la trois cent millième partie 
de la lumière qui est projetée par un point moyennement éclairé de 
la pleine lune. Ces chiffres justifient presque le mot dont se ser- 
vait autrefois M. Babinet, quand il appelait les comètes des riens 
lumineux. 


BIBLIOGRAPHIE 

OU SOMMAMBULISME E1V GÉNÉRAL. 

Tel est le titre de l’ouvrage que nous adresse le docteur Chambard. 

Nous allons essayer de donner aux lecteurs du Bulletin une idée du 
curieux ouvrage de notre confrère, une traduction en quelque sorte, de 
la pensée de l’auteur. Dans cette exposition, nous nous efforcerons de 
remplacer par d’autres les expressions employées dans la langue des 
physiologistes. 

L’histoire du somnambulisme est celle des fluctuations de l’esprit 
humain. Tour-n-lour regardé comme une force mystérieuse, un lait 
miraculeux et une imposture, cette maladie nerveuse, cette névrose , a 
conquis, après tant de vicissitudes, la place qu’elle mérite d’occuper 


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dans le monument qui s’est élevé de nos jours & la physiologie et A la 
pathologie des maladies nerveuses. 

« Ce n’est pas, dit l’auteur, que, parmi les ignorants qui étudiaient 
le somnambulisme avec plus de bonne volonté que de discernement, 
et les intrigants qui, aussi bien dans les salons de la somnambule que 
dans la chaumière de la stygmatiséc, et la grotte consacrée à la vierge 
miraculeuse, ont toujours exploité ce que présente d’insolite les névroses 
extraordinaires y il ne soit trouvé des savants positifs et consciencieux 
pour analyser et séparer le bon grain de l’ivraie, mais ce n’est que de- 
puis quelques années que ces hommes ont eu l’énergie de réagir contre 
les préjugés absurdes dont le somnambulisme était l’objet, et de con- 
jurer le mauvais sort que les crédules et les habiles avaient jeté sur 
cette branehe si intéressante des connaissances névrologiques. » 

Du système nerveux . 

Avant d’étudier, dans le système nerveux, les organes dont la mala- 
die peut produire l’affection somnambulique, disons quelques mots du 
système nerveux lui-même. 

Le système nerveux qui met l’être, homme ou animal, en rapport 
avec le monde extérieur, par l’intermédiaire des organes des sens, du 
toucher, de la vue, de l’ouïe, etc., est plus ou moins compliqué sui- 
vant le degré de l’échelle animale à laquelle cct être appartient. 

Chez l’homme, on rencontre un système nerveux très compliqué, où 
la division du travail est poussé à scs dernières limites. Ce système 
nerveux offre l’image d’une puissante et savante hiérarchie. Il consiste 
particulièrement en surfaces sensibles, comme la peau, les muqueuses, 
etc., surfaces qui sont reliées à des organes intérieurs : cerveau, cer- 
velet, moëlle épinière, etc., par l’intermédiaire de ganglions et de 
nerfs qui sont chargés de transmettre les sensations venues du dehors. 

Par exemple, pour ne parler que du sens de la vue, nous dirons que 
l’impression produite par l’image des objets est transmise par les nerfs 
optiques, dans la partie inférieure du cerveau, où se trouvent de petits 
renflements qu’on a nommés quadrijumaux. C’est là qu’est perçue la 
sensation qui nous fait voir ces objets. D’autres parties du cerveau re- 
çoivent également des impressions, des sensations, etc. C’est donc par 
le cerveau, et au moyen de ses nombreux appareils que se produisent 
les fonctions dites intellectuelles, les sensations, etc., comme aussi les 


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- 27 - 


sentiments moraux qui en sont le résultat et qui nous permettent de di- 
riger nos actions à notre volonté. 

Les premières fonctions que nous remarquons sont la sensibilité et 
le mouvement, les secondes sont des facultés psychiques , c’est-à-dire 
intellectuelles et morales, qui sont elles-mêmes susceptibles d’être 
analysées et subdivisées. 

Sommeil. 

Les organes, les sens qui nous mettent en rapport avec le monde ex- 
térieur au moyen des appareils nerveux, en cessant toutou partie de 
leur fonctions, produisent le sommeil, la léthargie lucide, les délires 
généraux, etc. 

Avant que le sommeil ne soit complet, le silence cl 1’obscuritc de la 
nuit donnent souvent à l’esprit un pouvoir d’attention, une activité et 
un ressort qu’il n’a pas au milieu du mouvement et du bruit. Puis bien- 
tôt commence le phénomène de la dissociation des facultés intellec- 
tuelles et morales. Les facultés imaginatives occupent en maîtresses la 
scène de l’intelligence, « la folle du logis » peut donner libre carrière 
h son activité exhubérante et désordonnée. Alors commence cet état in- 
termédiaire d'une sorte d'hallucination qui sera bientôt le sommeil. Les 
centres intérieurs où restent ou se conservent les sensations , les images , 
entrent spontanément en activité ; des profondeurs de la mémoire sur- 
gissent d’anciens souvenirs depuis longtemps disparus; des idées bi- 
zarres, des conceptions singulières, souvent ingénieuses et profondes 
surgissent toul-à-coup, sans qu’une impression venue du dehors par 
l’intermédiaire des sens, et qu’une idée raisonnable puisse les justifier 
et les expliquer encore. Dans le réveil, au contraire, les sens repren- 
nent successivement leur activité (t). 

Somnambulisme. 

Le somnambulisme est produit par un trouble des fonctions de l’en- 
semble du système nerveux, mais tout particulièrement du système 
nerveux de la vie de relation; c’est-à-dire de la vie des sens qui nous 
mettent directement en rapport avec l’extérieur. La vue qui nous per- 

(0 Les animaux rôrcnt; le chien qui rôve de chasse aboie d'une certaine manière. Dans bien 
des cas, le sommeil semblerait devoir commencer par les organes qui ont le plus fonctionné; 
il est toutefois bien différent chez l'homme de peine que chez l’enfant, ou l'homme d'étude. 


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met de voir, le toucher de sentir, etc. , font, comme chacun le sait, 
partie de ccs sens. 

Dans la maladie du système nerveux, maladie que nous appelons 
somnambulisme, la sensibilité des divers sens est diminuée, obscurcie, 
et quelquefois meme complètement perdue; à eette dernière limite, 
nous cessons de voir, de sentir, d’entendre, etc. Dans l’état somnam- 
bulique, il y a donc diminution ou meme suppression complète de la 
conscience que nous avons dans l’état de veille, de ce qui se passe au- 
tour de nous. 

La diminution de plus en plus grande de la sensibilité, pour arriver 
enfin parfois à sa suppression complète a lieu par degrés, et suivant un 
certain ordre. Les différentes formes, ou mieux les différents degrés 
du somnambulisme, dépendent précisément du rapport qui existe entre 
la sensibilité naturelle des organes, vue, ouïe, toucher, etc., et le de- 
gré de sensibilité persistant encore dans ces mêmes organes. Ce sont 
ccs organes ou sens, comme nous l’avons dit, qui nous permettent de 
nous rendre un compte plus ou moins parfait de ce qui sc passe autour 
de nous, suivant le degré de sensibilité qu’ils conservent. 

Comme nous le voyons, le somnambulisme, au point de vue des ma- 
ladies, est une affection à plusieurs degrés, déterminée soit par une 
maladie générale, soit par une prédisposition particulière à l’individu, 
ou meme par une cause toute accidentelle (1). 

Les différentes formes de la maladie nous apparaissent comme les 
anneaux d’une meme chaîne : ils sc succèdent dans un ordre logique 
et (orment une série d’états nerveux de plus en plus simples, comme 
nous allons essayer de le démontrer. 

Les diverses fonctions qui s’accomplissent dans le système nerveux, 
nous le répétons, s’v accomplissent dans différents organes ; le cerveau, 
le cervelet et scs annexes, la moëlle épinière, etc. 

Nous pouvons supposer la destruction, ou simplement l’abolition 
momentanée des fonctions d’un ou de plusieurs organes. Que se pro- 

(1) Certains enfants sont pris pendant le sommeil de terreurs subites. L’onfunt ne reconnaît 
alors personne; il est étranger à tout ce qui se passe autour de lui; il paraît dominé par une 
hallucination qui le terrifie. Lorsque l’enfant est calme, s’il s’endort, il est gai le lendemain et 
ne garde aucun souvenir de ce qui s’est passé. Les contes de revenants, les excitations du soir^ 
qu’il faut trè* soigneusement éviter aux enfuti's nerveux surtout, sont la cause habituelle de 
ccs terreurs nocturnes. 


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— 29 — 


duit-il alors? Nous voyons se réveiller avec plus d’activité les fonctions 
des autres organes chez lesquels persiste la sensibilité. C’est une loi 
générale que les fonctions qui s'accomplissent dans le sÿstcme nerveux 
sont d’autant plus actives qu’elles sont moins nombreuses. 

Comme dans toute machine un peu compliquée, il existe dans le 
corps, dans les différents organes, de nombreux leviers, des poulies, 
des tendons qui tirent, qui se contractent, les uns dans un sens, les 
aptres dans le sens opposé, et qui se font ainsi opposition de forces, 
contrepoids, etc. Si nous brisons le ressort d’une montre, tout le mé- 
canisme se déroule avec rapidité, rien ne ralentissant plus les mouve- 
ments des roues d’engrenage. Cette comparaison, quoique bien gros- 
sière, peut cependant nous aider à comprendre le phénomène qui sc 
produit sur nous. 

Supposons, par exemple, que la propriété excitatrice de la moëlle 
épinière qui préside à certains mouvements se trouve excitée, les mou- 
vements du corps sur lesquels agit la moëlle épinière sc trouveront dès 
lors considérablement exagérés; ils ne sont plus retenus par certains 
centres nerveux supérieurs, le cervelet et le cerveau qui en sont les 
modérateurs, lorsque nous sommes parvenus à endormir, à paralyser 
l’action de ces mêmes centres modérateurs. 

C'est ainsi que certains organes peuvent être excités, et dont les fonc- 
tions sc trouvent alors beaucoup augmentées en puissance. 

Chacun, au reste, sait qu’il existe des substances qui peuvent ré- 
veiller en nous la vitalité de certains organes, la surexciter, tandis que 
d’autres en amènent l’engourdissement, même l’insensibilité. 

Citons des exemples : Dans la léthargie lucide , qui peut durer plu- 
sieurs heures et même plusieurs jours, nous trouvons un singulier 
exemple de l’abolition des fonctions des sens qui nous mettent en rap- 
port avec l’extérieur, qui nous permettent de vivre de la vie com- 
mune. 

Les malades atteints de cctle névrose singulière deviennent entière- 
ment insensibles et perdent tout pouvoir sur leurs organes musculaires, 
mais chez eux la conscience et les facultés intellectuelles sont complète- 
ment intactes, et ils assistent , en pleine connaissance , à tout ce qui sc 
passe autour d’eux. Aussi doit-on être très circonspect dans les con- 
versations qui se font autour de ces malades. 


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— 30 — 


Dans le délire général , dit le docteur Chambart, qui a expérimenté 
sur lui-même les effets du haschiche, on éprouve d’abord une certaine 
lassitude, une paresse à se mouvoir accompagnée d’un moment de 
bien-être, d’un repos complet de l’esprit et du corps, et une indiffé- 
rence absolue pour ce qui peut être chagrin à l’état normal; puis ap- 
paraît la dissociation des idées, qui est le caractère essentiel de tout 
délire. 

Dans le somnambulisme , la conscience, la notion du mot, et par 
suite le souvenir des faits qui ont eu lieu, qui se sont accomplis pen- 
dant l’accès, ne laissent pas de souvenir, ils disparaissent, il y a aboli- 
tion des impressions apportées par les sens à certaines parties du cer- 
veau. 

Au reste, écoutons ce que dit a cet égard le D r Chambart : « Sup- 
posons qu’un individu perde une seule de ses fonctions de relation : la 
conscience. Grâce à Yautomalisme cérébral qui permet d’exécuter sans 
difficulté tous les actes matériels et même intellectuels qui nous sont 
rendus familiers par l’habitude, ou qui se trouvent liés par les associa- 
tions d’idées directes aux actes habituels, nous le verrons vivre de la 
vie commune, aller, venir, faire des affaires, accomplir ses devoirs 
journaliers comme un automate merveilleusement construit, et sauf 
quelques modifications du caractère que M. Azam a signalées et qui 
nous semblent ducs au réveil des instincts moins bien contenus, rien ne 
distingue cet homme des personnes qui forment son entourage. Au bout 
d’un temps qui pourra être fort long, cet homme reprendra le cours 
de sa vie passée, ne conservera aucun souvenir de ce qu’il aura fait et 
appris pendant son accès, et son caractère reviendra ce qu'il était au- 
paravant. » 

A un degré plus avancé de somnambulisme, à la disparition du sen- 
sorium (1) se joint l’obscurcissement, et souvent la disjonction des fa- 
cultés coordinatriccs ; les facultés imaginatives, ainsi que les fonctions 
sensitivo-motrices (2), surexcitées par la perte de leur contre-poids, 
deviennent la source d’un véritable délire de sensations, de pensées et 
d’actions qui peut revêtir des formes nombreuses. » 

(1) On désigne souvent par ce mot le cerveau considéré comme centre de sensations. 

(2) Qui servent en même temps au mouvement et à la sensibilité. 


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A un degré plus avancé encore, au troisième degré, les facultés in- 
tellectuelles disparaissent en masse, le patient est privé de conscience, 
de ses facultés imaginatives, etc,, etc. « Semblable à un animal, dit en- 
core notre auteur, privé de ses hémisphères cérébraux, véritable auto- 
mate, le somnambule est incapable de pouvoir, de vouloir, d’avoir par 
lui-méme une idée, de créer une image; il est le jouet de la volonté 
d'autrui, des impressions extérieures et des réflexes (i) qu’elles déter- 
minent. Cette forme appelée automatisme somnambulique , se traduit 
par des phénomènes que seule, l’expérimentation peut mettre en lu- 
mière, et dont les plus intéressants phénomènes sont l’obéissance et 
l’imitation automatique (2). 

Nous nous arrêtons à ces quelques aperçus, renvoyant le lecteur dé- 
sireux d’avoir de plus amples données sur des sujets d’études aussi 
nouveaux, à l’ouvrage du docteur Chambart, cet auteur s’appuie sur de 
nombreuses et bien curieuses observations de somnambulisme provo- 
quées ou non par le magnétisme. 

LE MÉDECIN DE MOLIÈRE. 

C’est le titre d’une fort curieuse notice que nous a adressée l’un de 
nos plus éminents collègues, M. le docteur Chereau, bibliothécaire de 
la Faculté de médecine de Paris. M. le D r Chereau, nous en sommes 
fiers, se rattache à notre ville par des liens de famille. Cet auteur est 
depuis de longues années bien connu des lecteurs du Bulletin, par ses 
remarquables travaux que nous avons toujours été heureux d’y insérer. 

De la brochure sur Molière et son médecin Mauvillain, nous ne cite- 
rons que le trait de la fin. 

« Dans ce même Médecin imaginaire , où il a osé se mettre lui-même 
en scène, Molière fait ainsi parler Argan et Béralde : 


(1) Se dit de certains mouvements qui succèdent à des sensations ou à des phénomènes de 
sensibilité sans conscience , c'est-à-dire sans la participation du cerveau. 

(3) Chez des personnes douées d'un très bon jugement, on peut par des moyens artificiels, 
développer un état dans lequel nous ne voyons plus les choses comme elles sont. Alors le 
dedans prend le dessus sur le dehors; il y a excès de subjectivité. L’aliénation mentale n’est que 
la persistance de cet état. 

Les animaux eux-mèmes peuvent être soumis à une sorte de somnambulisme par le magné- 
tisme. Ce sont là de curieux effets dont est susceptible l’organisation cérébrale. 


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Argak. C’est un bon impertinent que Molière, avec scs comédies ; et 
je le trouve bien plaisant d’aller jouer d'bonnètcs gens comme les mé- 
decins. 

Beralde. Ce ne sont point les médecins qu’il joue, mais le ridicule de 
la médecine. 

Non, Molière ne nourrissait pas de baine contre les médecins, dont 
il appréciait les qualités, et dont il recherchait le commerce. Par son 
esprit, par son enjouement, par le charme de sa conversation, Mau- 
villain les lui eût fait, du reste, aimer. Mais un malheureux scepti- 
cisme l’éloigna toujours de la médecine, et il refusa avec opiniâtreté 
les secours réels qu’elle pouvait lui apporter dans son triste état de 
santé, n’acceptant que quelques soins dans le régime, l’usage du lait, 
ne comprenant pas que l’on put s’introduire impunément des médica- 
ments dans le corps, et n’ayant confiance que dans les traitements ex- 
ternes. 11 fut victime d’une incrédulité à l’égard d’une science qui eut 
pu sinon le guérir, du moins prolonger ses jours. Né avec une poitrine 
faible, atteint d’accidents graves du côté du cœur ou des gros vais- 
seaux, troublé de passions et de tracas domestiques, dévoré de jalousie 
conjugale, directeur d’une troupe qui lui imposait des devoirs inces- 
sants, comédien luirmèmc, au service d’un roi qu’il fallait amuser quand 
même, il fut emporté dans un crachement de sang, une heure après 
avoir joué sa plus vive satire conlre la médecine, le vendredi 17 fé- 
vrier 1673, à dix heures du soir. Mauvillain lui survécut douze ans, 
regrettant peut-être le rôle qu’il avait joué auprès du grand comédien, 
et se repentant d’une docilité, d’une souplesse, qui ne sont pas dans 
les attributions du vrai médecin. 



Sauria, agron . et méd . 


JULES gindre, imprimeur à poligny. 


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— 33 — 


JOURNAL 

DB 

GUILLAUME DURAND 


CHIRURGIEN A POLIGNY 

DE 1610 A 1623 

Communiqué par M. B. Pbüst 
(Suite). 


Le vingt-huictième jour du mois d’apvril de l’an mil six cens 
vingt et trois, environ les six ou sept heures du soir, il vint un 
étant (1) si rude, que l’on eust bien compté de l’argent, et après 
arriva le tonnerre qui tomba dessus la maison de ville, où c’est 
que l’on faict l’audience, et déchira les toits et rompit tous les 
tielles (2), avec les vitres de laditle audience, avec d’aultres 
choses, et enfonça laditte croisson de la fenestre, qu’est de pierre, 
du costé de la rue du Milieu, à l'endroit que se mestent les fis- 
caulx, Voylà ce que s’est passé de nouveau. 

De plus, le lendemain, à une heure après midy, lorsque l’on 
fesoit le quatéquisme (3), le tonnerre list un si grand bruit avec 
un esclat qui entra au clocher de Sainct-Hippoiyte, où c’est qu’il 
mist ses griffes, et en passant il' gâta la montre (4), et ne fist aul- 
tre chose pour le présent. 

Jacque Quismenet (3), de Salins, fille de Quismenet, tanneur, 
fille de chambre à mademoiselle Sabine de Batefort, fille à feu 
noble de Batefort, chevalier de la Cour de Dole et baron de Dra- 

(1) Éclair. 

(2) Tuiles. 

(3) Catéchisme. 

(4) Le cadran de l’horloge. 

(5) Cussemenet. 

3 


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melet, la fille mourut le septième jour du mois de may, à deux 
heures après minuy, d’une fiebvre putride, et dont la cognois- 
sance estoit au médecin incogneue, pour le regard de ce que l’on 
luy fist pendant sa maladie; et pour souvenance, elle pria qu’elle 
fust enterrée aux Courdelières, parce qu’elle avoit prins sa place 
aux vénérables sœurs religieuses, pour y estre du nombre des 
bienheureuses. Et pour le regard de son enterrement, l’on pria 
messieurs de Sainct-Hippolyte pour y assister le corps et le vou- 
loir conduire avec le père confesseur et son compagnon. Mes- 
sieurs ont respondu qu’ils iraient, pourveu qu’il fust représenté 
à la mère église; ce qu’ils n’ont voulu faire. Messieurs de Sainct- 
Hippolyte, le père confesseur et son'compagnon l’allèrent querre, 
et fust porté au lit (1) desdict[s] Cordelier[s]. Voylà ce qu’en est 
passé. Dieu veuille avoir son âme. Amen. 

Le quatorzième jour du mois de may de l’an mil six cens vingt 
et trois, messire Claude Loysot, fiiz d’honorable Jean Loysot, 
hoste, et en son enseigne, c’est la Croix d’Or, où l'on dict à 
l’Hospital, faubour dePoligny, célébra sa première messe à haute 
voix, au grand autel, avec grande soulennitô, où c’est qu’ils fi- 
rent bonne musique. Et celuy qui le mist à l’autel pour le mons- 
trer, c’est messire Charle Rigoulet, chapelain. Et le fust-on querre 
en procession par messieurs de l’église avec la croix. Et l’on fist 
bonne chère. 

Histoire mémorable advenue à Poligny, au mois de may de 
l’an mil six cens vingt et trois, pour l’amour entre Hiérôme de 
Margny (2) et Guye La Quille, dicte Celier; lequel de Margny es- 

(1) Corbillard. 

(*2) De Marnix. — Sur cette famille, qui posséda en Franche-Comté, du 
xvi« au xviii® siècle, les seigneuries de Crillat, Toulouse, Pymorin, Loisia, 
etc., voy. Dunod, Mémoires pour servir à l'histoire du Comté de Bourgogne , 
p. 271-272; — Chevalier, Histoire de Poligny, t. n, p. 235-236; — La 
Chesnaye- des -Bois, Dictionnaire de la Noblesse , au mot Marnix; — 
Rousset, Dictionnaire historique du département du Jura, t. il, p. 339- 
340, t. ni, p. 448, t. v, p. 381, t. vi, p. 78-80; — « Informations autentic- 


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— 38 — 


toit gentilhomme de quatre lignes, frère de monsieur de Crigla (t), 
avec aultres cinq frères et une sœur, tous bons gentilhommes , 
et sont sortis de Flandre; dont l’un de leur oncle est seigneur de 
Toulouze, le nommant le seigneur de Jtadegonde (2). Celuy 
Hiérôme, qu’est le plus jeune, comme il appert par ceste histoire, 
que en l’an mil six cens vingt-trois, il se amouracha d’une hile 
de chambre que madame sa mère avoit. Et pendant que ledict 
sieur de Margny fesoit l'amour à icelle hile de chambre, ne sa- 
chant si c’estoit pour la surprendre, aultrement pour la des- 
baucher ou pour la prendre en mariage, la mère dudict gentil- 
homme vint à mourir, et donna à sa hile de chambre quelque 
meuble. Elle s’en vint vers sa mère, à Poligny, voyant que ledict 
gentilhomme la poursuivoit. Le gentilhomme a tant faicl, comme 
aveuglé, qu’il l’a hancée par main de prestre, et la vouloit es- 
pouser. Comme monsieur son frère, monsieur de Crigla, sachant 
que la chose estoit sy advant, il envoya un messager à Poligny, 
vers ses officiers de la seigneurie de Telouze (3), pour empêcher 
ledict mariage. Fust envoyé Marc Doroz avec d’aultres à Fronle- 
nay, où c'est que la hile de chambre estoit couchée en la maison 
de son oncle Perreau, et le sieur Hyérôme aussy, la hile estant 
couchée avec sa tante, comme ils trouvèrent, et ledict sieur en 
la chambre en haut. Ces messieurs, Doroz et Cafoullier, de Claire- 
val (4), leur dirent qu’il falloit venir en prison. Elle, qui n’a 
faulte d’esprit, dict qu'il n’y falloit mener que les larrons; à quoy 
on réplique qu’elle avoit prins un sac de pistoles. Elle respond 
qu’il n’y avoit homme ny femme qui le voulût dire, parce que elle 
n’a rien sourty du château que messieurs n'ayent veu. Il arrive 
un nommé Cafoullier, de Clereval, qui dict que si , elle l’avoit 

ques... sur l’ancienneté et noblesse de la maison de Marnix, » dans les 
Œuvres de P h . de Marnix de Sainte- Aide gonde. Écrits politiques et histo- 
riques (Bruxelles, 1859, in-8°), p. 86-93, — Archives du Jura, série E, 
n* 369-5 lt, 881 et 1002. 

(1) Grillât. 

(2) De Sainte-Aldegonde. 

(3) Toulouse. 

(4) Clairvaux . 


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— 36 — 


prins, et qu’il luy ferait partie. Sur ce, l'on les amesne à la con- 
ciergerie, tous deux, à Poligny, pour savoir justifier le larcin. 
Mais tout cela n’a esté que pour empêcher que le gentilhomme 
ne se maria pas. Cela n’a rien faict, sinon que pendant que la 
fille estoit en prison, ledict sieur gentilhomme ne manquoit point 
à l’aller voir en la conciergerie, et la baizoit et caressoit comme 
sa maîtresse. L’on a envoyé à Dole Marc Doroz, comme estant 
celuy qui l'avoit là amenée, et un aultre à Besançon, vers mon- 
sieur le vicaire général, pour pouvoir les départir ; mais ils n’ont 
rien faict, parce que le gentilhomme la veut. Elle demeura en 
prison dois le troisième jour du mois de may jusques au ving- 
tième; laquelle en sourtit avec les circonstances que je diray cy- 
après, selon que monsieur le lieutenant et les sieurs fiscaulx ont 
receu [advis] de la Cour du Parlement de Dole, et par requeste 
de ce que monsieur le vicaire général de Besançon en a dict. Puis, 
le vingtième jour du mois de may, le sieur de Crigla remena son 
frère l’amoureux. Ne say-je [ce] qu’ils en feront. L’on attendra le 
succès, pour plus amplifier l’histoire. Et pour le regard de Ca- 
foullier, que fit partie à la fille, disant qu’elle avoit dérobé le sac 
de pistoles, l’on poursuy t si avant, que la fille demande réparation 
de son honneur et faire amende tant honorable que pécuniaire, 
tant pour les frais qu’elle a faict en prison que pour avoir heu sa 
sœur avec elle et l’avoit noury. Messieurs les fiscaulx l’ont ren- 
voyé avec l’honneur, et ledict Cafoullier à caution pour le regard 
de l’amende, comme j’ay dict. Et pour le regard de la fille, 
nommée Guye La Quille, fille d’un celier françois, ung homme 
de mauvaise vie, et généralement des garsons qu’il a, et a esté 
par sa mauvaise vie destenu en l’hospital de la ville de Poligny, 
tant pour le nourir que pour le coucher, n’ayant rien. Et comme 
messieurs de la ville voyant que sa femme et ses punaises de 
filles estoient braves, l’on a résolu au Conseil de le renvover à sa 
femme et enfans pour le nourrir le reste de ses jours, ayant de- 
meuré par l’espace de huict ans à l’hospital. Voylà l’alliance de 
monsieur de Margny, qui a prins la fille du selier (1). 

(1) Jérôme de Uarnix finit par épouser cette Guie Laguille ou Laquille. 


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— 37 — 

Histoire advenue entre monsieur de la Ronce et damoiselle 
Alix Roillard, dicte de Mantry, et comme laditte damoiselle es- 
toit au service de madame deBissyt(I), deChalon, elle fust ay- 
ruée de monsieur de la Ronce, gentilhomme chalonnois, lequel 
estant passionné de laditte de Mantry, la mère du sieur gentil- 
homme n’y voulant consentir, nonobstant cela, ledict sieur luy 
donna lestre d’assurance de mariage. Il arriva que madame de 
Dramelet la demanda en son service;. elle y vint. Comme y ayant 
desjà demeuré cinq mois, elle eust une fausse nouvelle, que le- 
dict gentilhomme estoit desjà marié'; elle en conçut un sy grand 
regret qu’elle en mourut dans le neuvième jour. Trois jours après, 
ledict sieur gentilhomme, ayant faict résoudre sa mère audict 
mariage, s’en vint à Poligny, où il ne fust pas si tôt qu’il apprint 
la mort de sa maîtresse; et dict qu’il y avoit environ trois jours 
qu’il luy sembloit [voir] voler une ombre devant ses yeulx, toute 
blanche, et que son cheval avoit bronché, entrant au finage de 
Poligny, et fust contraint de meslre pied à terre’ et le faire con- 
duyre à l’hôtelerie, qu'esloit chez Pagny, tout le long de son che- 
min. Après avoir déploré sa triste fortune, il fist prier Dieu pour 
elle. Et laditte damoiselle mourut le vingt-cinquième jour du 
mois de may de l’an mil six cens vingt et trois. Et fust donné par 
le sieur gentilhomme six gros à messire Estienne Boy, pour la 
messe qu’il avoit dict pour elle. Dieu veuille avoir son âme. 
Amen. 

Le onzième jour du mois de juin, qu’estoit la Trinité, Poncet 
Doroz, comme un homme desbauché, et qui a desjà faict chose 
qui mérite d’estre punie, comme verrez en ce livre, en un cha- 
pitre de l’homme de Genève qui s’appeloit Boulacre, et un aultre 
pour le second, lorsque Légna tua La Verdure (2) et pour le der- 

Après sod mariage, il eut d'elle une fille, du nom de Jeanne-Claude, baptisée 
à Poligny le 8 octobre 1 627 ; son parrain fut noble Jean-Claude Blanchot, 
sa marraine Claudine Froissard, femme de noble Jean Masson, lieutenant 
du bailliage de Poligny. Arch. de Pol., GG I, f. 189. 

(2) De llissy. 

(I) Voyez ci-dcrant, p. 7-8. 


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— 38 — 


nier, l’onzième jour du mois de mars (sic), comme j’ay dict, entre 
les huict heures du soir, pour parachever son mauvais dessein, 
va délâcher un coup de pistoulet à son frère. Dieu voulut qu’il ne 
le toucha pas. Et c’est pour ne luy avoir point voulu donner 
d’argent, luy en ayant desjà donné par plusieurs fois. 

Le troisième jour du mois de juillet de l'an mil six cens vingt 
et trois, entre les dix heures du soir, arriva que le temps se 
troubla, ne say-je si c’est par quelque sourcelerie ou par la 
grande chaleur, ou que les astres estoient débourdés contre les 
fruis de la terre et contre le bestail et oyselin. En ceste mesme 
nuict, arriva au Moutier-Villard, que le carreau (1) tomba au 
verger de Pètre Lobeleau , lequel fist beaucoup de perte à des 
arbres, mesme qu’eussiez pensé que ce fust un tanneur, voyant 
l’escorce arrachée; et auprès dudict verger, qu’est chez d’Arin- 
tho (2), il tua deux petites chevrettes. Et ne cessoit pendant ce 
temps de tonner et éluder, que vous eussiez dict que c’estoit la 
fin du inonde. Et pensoit-on à Poligny que tout estoit perdu ou 
gasté, tant les vignes que les blés; et ne se trouva qu’à Grouson 
de gasté une bonne partie des vignes et des blés. Et trouvat-on 
que la gresle estoit grosse d’un jaune d’œuf. La foudre tomba en 
divers endrois à Poligny, ne pouvant raconter les lieux, ou il 
fauldroit eslre trop spéculatif. De plus, il y avoit sous le lillol 
de Nostre-Dame du Vieux-Moutier plusieurs passereaux qui s’ es- 
toient là retirés. Le matin, l’on les trouva tous morts; donc l’un 
des voisins les print et les vouloit accommoder pour son dé- 
jeuné; les aultres voisins luy dirent qu’il ne falloit pas cela faire, 
parce qu’il en pourroit arriver grand mal. Voyià ce que est pour 
la vérité; car il y a des gens eagés d’environ soixante et quatre- 
vingt ans, qui n’ont pas veu un tel temps pour durer comme il 
a faict, comme vous avez peu voir cy-devant (3). 

(t) La foudre. 

(2) Che* les Moucliel de liattefort. 

(3) A sa réunion du 10 juillet 1623, le Conseil « at commis les sieurs 
mayeur et csclicvins [Oudot Renaudot, Bonaventure Uagay, écuyer, Étienne 
Jac’qucmct et Antoine Jault] pour aller treuver le sieur révérand doyen et 


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- 39 — 


Le quatrième jour du mois de juillet de l’an mil six cens vingt 
et trois, fust prins prisonnier Jean Joussot, de Poligny, vigne- 
ron, par le maïeur et eschevins de Poligny, pour les causes et 
raisons que verrez cy- après; qu’est comme les régimens des 
Bourguignons n’estoient pas complets, la sérénissime Infante (I) 
ordonna avec son Conseil de faire faire une recrue en son pays 
et conté de Bourgougne, ce que fust faict. Et vint monsieur de 
Ronchot (2) en lever à Poligny et y faire sa résidence avec ses 
soldas qu’il lèveroit, et leur donnoit-on rançon à chacun six sols, 
en un temps préfix qu’il avoit pour demeurer audict Poligny. 
Le terme estant passé, l’on les emmenoit en Flandre, comme 
firent tous les aultres capitaines; et n’attendant pas qu'ils fussent 
en Flandre, beaucoup se sont sauvés. Les sieurs coronels ayant 
entendu que les soldas venoient, qu’estoient ceux de la recrue, 
et que l’on leur fist entendre qu’ils estoient bien cinq mille; et 
quand l'on les fist passer en montre, il s’en treuva seullement 
cinq cens. Les sieurs coronels voyant cela, et que la princesse 
avoit perdu son argent, monsieur de Balanson (3), avec les aul- 

le prier de donner ordre que l’on porte une procession générale dimanche 
prochain pour prier Dieu pour l'intempérie du temps ; avant laquelle se 
fera une prédication par le s r révérand gardiain des Cappucins, pour faire 
entendre au peuple le subject de lad. prédication, et de plus pour com- 
mander au s r son vicaire ou au s r cxerceant lad. charge de, lorsque le temps 
le roquera, faire les conjurations en tel cas accoustumées. » Arch. de PoL, 
BB 12, f. 160 v». 

Le 14 juillet, le maïeur annonce au Conseil que le doyen a autorisé la 
procession, et que le P. André prêchera. « Pour esmouvoir le peuple à plus 
de dévotion, il at esté délibéré quelle se feroit à blanc. » Le maïeur an- 
nonce en outre que le doyen a ordonné à son vicaire de « faire ce qui est 
de son debvoir avec les conjurations neccessaires lorsque il s’y fera du ton- 
nerre et des esludes, et que le temps le requerra. » Ibid., f. 167 v°. 

(1) L'archiduchesse Isabelle- Claire-Eugénie, infante d’Espagne, gouver- 
nante des Pays-Bas et de Franche-Comté. 

(2) Antoine de Ronchaud, capitaine d’une compagnie dans le régiment 
du baron de Balançon, vint à Poligny, au mois de mars 1623, « pour y dresser 
sa compagnie » et faire des recrues. 11 y était encore au commencement du 
mois de mai suivant. Arch. de PoL , BB 12, f. 146 v°, 157, 161. 

(3) Simon de Rye, baron de Balançon. 


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— 40 — 


très capitaines, firent plainte à Son Altesse. Son Altesse faict 
escrire à la Cour de son Parlement de Dole pour leur faire en- 
tendre ce que dessus. La Cour ayant receu les patentes, firent un 
édit de par le Roy, que tous ceux qui se sont sauvés despuis un 
an en çà, qu’ils ayent à retourner, ou si l’on les trouve en leurs 
pays, l’on ordonne à messieurs les eschevins tant des villes que 
villages, les ayent à prendre et les conduire ès prisons de Sa Ma- 
jesté, et à peine de deux cens livres et d’en respondre, et aux 
sieurs fiscaulx de leur faire leur procès deans quatre jours, et les 
faire pendre et estrangler jusques mort s’en ensuive, pour servir 
• d’exemple, à celle fin que quand l’on lèvera des soldas, qu'ils y 
pensent deux fois avant que de prendre l'argent du Roy. Ce 
jeune homme Joussot n’a jamais voulu obéir son père ny sa 
mère, gens de bien et honneste moyen pour un vigneron. II 
pleut à Dieu d’appeler son père et sa mère, et pour luy empêcher 
des débauches, l'on le maria à une fille d’Aumond, qu’avoit pour 
le moins quatre cinq cens frans. J’ay opinion qu’il en a oclo- 
graphié (sic) les deux tiers, sans le sienne. Voylà de brave al- 
liance 1 II a deux sœurs, qui sont mariées à deux honnestes 
hommes de Poligny, qui, avec le temps, en pourront recepvoir 
un affront, si l’édict a lieu. J'allendray la définition pour dis- 
courir toute l’histoire. Et pour en savoir la vérité, l’on a recouru 
à grâce. Ne say-je [ce] qu’en dira la princesse et son Conseil, car 
il ne fauldroit plus faire d’édict, inesme que l'on l’a observé à 
Dole, car l’on en a exécuté deux pour le mesme subject. 

Le dixième jour du mois d’aoust de l'an inil six cens vingt et 
trois, le jour de monsieur sainct Laurent, patron de Mierry, et 
comme monsieur le curé est curieux d’avoir lousjours un prédi- 
cateur pour faire entendre à ses parochiens le debvoir qu’il faut 
faire à solenniser une si saincte feste, monsieur comme curé de 
bon esprit, se trouvant à Poligny, il se treuve en la maison de 
monsieur Cécille, et treuve le nepveur de monsieur, nommé Jac- 
ques Cécille, qu’est un Augustin, et se nomme frère Philippe, 
lequel prescha et fist une sy belle prédication , en laquelle il 
nomma toutes les peines que monsieur sainct Laurent endura, 


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- 4i - 

avec les tourmens qui sont en nombre de dix, comme je les' vous 
veux déclarer. Le premier est le brûlement avec tables de cuivre 
appliquées dessus son corps, toutes flamboyantes; l’enchaînement 
avec des chaînes de fer; l’emprisonnement en un lieu obscur; 
l’attouchement et battement avec des cailloux; l’extencion de son 
corps sur une claive; le fouet qu’il a enduré; le grand tourment 
avec du plomb versé dessus son corps, tout fondu; l’horrible 
attouchement avec des tenailles enflambées pour estendreson 
corps dessus le gril ; le mesme corps grillé sur le feu; le dixième, 
la pesanteur du gril avec son retour sur le mesme, se fcsant 
tourner de l’autre costé. Yoylà tous les martyres qu’il récita avec 
d’aultres beaux exemples. 

Le sire Claude Pierreau, vigneron , clousier à madame [de] 
Dramelet, mourut le vendredy, le dix-huictième jour du mois 
d’aoust de l’an mil six cens vingt et trois, d’une fiebvre continue, 
et estoit eagé d’environ soixante ans ou plus; au reste, un hon- 
neste homme pour sa profession ou de son estât. Dieu veuille 
avoir son âme. Amen. 

( A suivre J. 


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RÉGÉNÉRATION ARTIFICIELLE DU COMBUSTIBLE 

PAE 

l'utilisation de toute la partie charbonneuse 
des détritus quelconques 

Par M. Hadery, ex -ingénieur à S'-Lothain 
G Suite ) 

Les quelques essais ébauchés, à cet égard, pendant ma pratique ru- 
rale, ont été dirigés par une double pensée : 1° activer la première 
période de végétation des taillis sous futaie, sur lesquels ont porté mes 
essais, de manière à les rendre le plus tôt possible défensables , c’est- 
à-dire en étal de braver les atteintes de la dent des bêtes à cornes; 
2° ces bois ainsi rendus défensables, en même temps que purgés de la 
masse de mort-bois, ou broussaille, qui les envahissent après chaque 
coupe, y allier, jusqu’à la coupe suivante, le produit du pâturage à 
ceux de la sylviculture proprement dite. 

D’après mon expérience acquise dans celle voie, je ne saurais trop 
m’efforcer de signaler à l’attention publique les bons effets d’un dé- 
broussaillemcnt et d’un éclaircissage précoces pour activer et accroître . 
la végétation vraiment forestière des taillis sous futaie. — Mais là ne 
se bornent pas les bons effets de ces deux opérations, débroussaillage 
et éclaircissage précoces. A la faveur de l’aérage et du jour ainsi pro- 
curés au taillis, une assez abondante végétation herbagère tendra à se 
substituer à celle sous-frutescente sauvage que le dcbroussaillemcnt 
avait eu pour but de comprimer. 11 en résultera, si le pcrchis est assez 
élevé pour ne plus risquer d’être abrouti par la dent des hèles à cornes, 
que celles-ci trouveront à pâturer un gazon de graminées qui ne fera 
que tallcr davantage, sous la double iufluence de la dent pâturage et 
des déjections du bétail. 

Les agriculteurs que le défaut de ressources fourragères a pu con- 
traindre, comme moi à mes débuts, à recourir à la chétive pâture natu- 
relle de taillis non préalablement nettoyés, pourront seuls juger de 
l'étendue du gain qu’ils auront réalisé lorsque, à une étendue même 
considérable de taillis embroussaillés, ils auront substitué quelques 
hectares de bois débroussaillé et éclairci. Je connais, en effet, peu de 


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— 43 - 


tâches aussi épouvantablement difficiles que celle d'avoir à garder un 
bétail qui famine dans ces fourrés d’épines et de cépées d’un bois de- 
venu défensable. Pâtres et ebiens sont bientôt sur les dents ; et, chaque 
soir, quelque bétc manque à l'appel du troupeau, qui rentre bien plus 
exténué et déchiré que repu. Le bois une fois nettoyé et éclairci, non- 
seulement le bétail y trouve une pâture de son goût et relativement 
abondante, qui modère l’ardeur d'une course stimulée par la faim, mais 
la tâche de sa garde, à travers cette frondaison éclaircie et partout ac- 
cessible â l'œil et aux jambes, n'est plus qu'un jeu, comparé à la garde 
dans le fourré primitif. 

La différence d'aspect et d'accès du taillis dans les deux cas, c'est-à- 
dire avant et après le nettoyage, offre, en général, un tel contraste, que 
la première impression qui vous saisit est une soçte de frayeur d'avoir 
enlevé trop de bois. Non-seulement toute la végétation sous-frutes- 
cente et frutescente sauvage, ronces, épines, bruyère, genêt, etc., etc., 
tout ce que les forestiers désignent sous le nom de mort-bois , tout cela 
doit avoir disparu, mais encore une partie du bois de repousse propre- 
ment dit a dû être enlevée par l'éclaircissage pratiqué sur la vraie vé- 
gétation forestière. C’est ainsi, par exemple, que, sur des cépées de iO 
à 12 brins, je n'avais souvent laissé que 3 à 4 brins. 11 va sans dire que, 
dans cct éclaircissage, tous les brins mal venants, malingres et chétifs 
avaient été sacrifiés aux plus vigoureux. La serpe avait pratiqué de 
bonne heure ce que la nature. livrée à. elle-même ue finit par accomplir 
qu'après des années de lutte pour V existence, pendant lesquelles tout 
a langui. Ce triage d’éclaircissage constitue une opération délicate qui 
réclame une surveillance attentive. L'expérience m'a appris qu'il est 
toujours bon, dans ce triage d'éclaircissage à opérer, de savoir se dé- 
fendre des entraînements d’une certaine pusillanimité. J’ai pu me con- 
vaincre, à diverses reprises, qu’un seul beau brin substitué à 2 ou 4 
autres mal venants aura bientôt fourni un volume de bois notablement 
supérieur comme valeur vénale ou volume obtenu sans ce triage. Je 
citerai bientôt quelques chiffres très instructifs à cet égard. Pour le 
jnoment, je me bornerai à dire que les effets de cette double opération 
de débroussaillement et d'éclaircissage pratiquée sur des taillis sous 
futaie de 5 à 7 ans d'âge, c’est-à-dire 5 à 7 ans après leur coupe, m’a 
permis de les livrer avantageusement au pâturage l'année même de 
l'opération, exéeutée toujours en hiver, ou, au plus, l'année d’après. 
La vigueur de pousse des brins conservés les avait mis, après ce temps- 
là, parfaitement à l'abri des atteintes de la dent du bétail. 


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- 44 — 


Mais si le bul poursuivi par la double opération exécutée fut atteint, 
au moyen de l'accroissement de valeur vénale du bois et du gain sur le 
pâturage, on se demandera, sans doute, s'il le fui dans des conditions 
économiques acceptables? Dans les circonstances particulières cl sur 
la modeste échelle où j'ai opéré, il me suffisait que le double but visé, 
accroissement de valeur vénale du bois et amélioration du pâturage, ne 
fut pas manqué, pour que l’opération devint recommandable pour moi. 
La main-d’œuvre et les charrois réclamés par l'opération en question 
prirent, en effet, rang parmi ces travaux toujours trop nombreux dans 
une ferme dits travaux exécutés à temps perdu. La nature compacte de 
mon sol et rétentive de mon sous-sol, l'absence de tous matériaux d'en- 
tretien des chemins d'exploitation de la ferme y laissaient malheureuse- 
ment toujours trop de marge aux travaux de celte catégorie. De plus, 
le bois et le mort-bois ainsi enlevés à des taillis de la propriété trou- 
vaient leur emploi pour le chauffage de la ferme et du four, et pour le 
bouchage des cléturcs réclamant toujours tant d’épines. 

Je n’ai jamais pratiqué la double opération de nettoyage et d'éclair- 
cissage de taillis sous futaie que je viens de mentionner en dehors des 
étroites limites de convenance économique duc à sa rentrée dans la 
série naturelle des travaux de la ferme. Dans de telles limites, je n’ai 
certainement eu qu'à m'en applaudir. Sur les 4 à 5 hectares de bois 
ainsi traités, pendant les cinq dernières années de l’exploitation de ma 
première propriété bourbonnaise, j’avais conquis un précieux supplé- 
ment de pâturage. Quant à la plus value forestière duc à l’opération, 
je pus en avoir une mesure exacte au moment même où je vendis cette 
propriété. Mon acquéreur, en vue de réduire ses déboursés, s'empressa 
de vendre la coupe de tous les bois sur pied que je lui avais livrés. Or, 
le marchand qui les acheta et avec qui j’avais été plusieurs fois en 
relations d'affaires, me déclara, à diverses reprises, que, si la totalité 
des coupes par lui achetées avait subi le traitement pratiqué sur les 
4 a 5 hectares mentionnés, il n'aurait pas hésité à les payer le double 
du prix par lui consenti. Tel avait donc été, sans parler du pâturage, le 
résultat financier de l’opération de nettoyage et d'éclaircissage pratij 
quée pendant cinq ans sur ces 4 à 3 hectares de taillis vendus a l’âge 
de treize à quatorze ans. Aussi, tnon exemple fut-il imité par quelques- 
uns des peu nombreux propriétaires-cultivateurs de mon voisinage. 
Mais ce cas n'était qu’une infime exception dons ces localités, où pres- 
que toute la culture était entre les mains du métayage, à qui les pro- 
priétaires se garderaient bien de conférer une pareille faculté. 


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— 45 — 


Aussi, en dehors des conditions tout-à-fait exceptionnelles où j’ai pra- 
tiqué la double amélioration forestière que je viens de décrire, je doute 
fort qu’elle soit susceptible de se présenter comme économiquement 
praticable. La faible valeur du produit de l’opération, réalisé sous sa 
forme naturelle, aura bien de la peine, dans les cas même les plus favo- 
rables, à couvrir les frais d'une main-d’œuvre, d’une surveillance et 
de charrois spéciaux. 11 serait, en outre, plus que téméraire de la part 
des propriétaires de bois, non cultivateurs eux-mêmes, de concéder, 
sans garanties toutes spéciales, le droit de pâture dans de vastes can- 
tonnements forestiers, inégalement défensablcs. Ma pensée s’est repor- 
tée bien des fois sur toute cette scrie d’obstacles, susceptibles, ici, 
comme dans bien d’autres cas, d’aller en s’atténuant beaucoup si la 
double qualité de propriétaire et d’exploitant du sol se réunissait ordi- 
nairement dans les mêmes mains. Je me suis demandé souvent s’il ne 
serait pas possible de retirer du nettoyage et de l'élaguage des bois 
des produits d’une utilité générale notablement supérieure à celle que 
j’en retirais dans mon exploitation. Cette dernière question, bien d’au- 
tres personnes se la seraient également posée et continueraient à se la 
poser, à l’heure qu’il est, si nous en jugeons par l'attention, tout à la 
fois pratique et théorique, que gagne chaque jour la double considération 
de la carbonisation et de la distillation en vases clos, dans des usines 
spéciales, de la partie combustible du produit des forêts. Un de mes 
amis et anciens voisins de campagne, qui a longtemps exercé la phar- 
macie, s’est, pendant bien des années, spécialement préoccupé de la 
création d’une sorte d’industrie foraine, d'après laquelle un appareil 
distillatoirc locornobile parcourerait nos forêts, pour en retirer du char- 
bon et divers produits volatils, comme les batteuses se transportent de 
grange en grange pour séparer le grain de la paille. Avec le nombre et 
la valeur sans cesse croissants des produits volatils qu’on parvient à 
extraire des substances ligneuses, autrefois si négligés, mon ami 
m’exprimait, il y a déjà plus de dix ans, l’espoir que l’industrie qu’il 
avait si longtemps rêvée, n’était plus loin de pouvoir parvenir à une 
phase de suffisante viabilité. 

J'ajouterai que si telle était, alors, l’opinion d’une personne aussi 
compétente, les progrès réalisés, depuis cette époque, par les arts chi- 
miques, les arts mécaniques et les moindres de nos chemins vicinaux, 
doivent avoir beaucoup contribué à la réalisation possibje de ses espé- 
rances. Mais il est un autre élément de la question qui a aussi travaillé, 


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— 46 - 


depuis lors, et qui ne cessera de travailler à la pousser en avant; c’cst 
le renchérissement constant du prix du combustible. C’est ainsi qu’il 
n'y a que peu d'années encore* on ne cessait d'objecter aux reproches 
que j’adressais sans cesse au procédé de la carbonisation en meules de 
nos forêts, qui, outre la perte de tous les produits volatils du bois sa- 
crifie encore plus de la moitié du charbon, que le cliarboirde bois, ob- 
tenu de toute autre façon était absolument inacceptable, aussi bien pour 
les usages domestiques que pour ceux industriels. Or, je peux aujour- 
d’hui constater la création incessante de grandes usines pour la distilla- 
tion et la carbonisation en vases clos du bois : il faut bien que leurs 
produits puissent supporter la concurrence avec les charbons cuits en 
meules forestières. On peut donc, je le crois, affirmer hautement au- 
jourd’hui que tout, progrès techniques, besoins nouveaux, amélioration 
de la vicinalité, raréfaction croissante du combustible, disparition du 
système du paysan, converge et convergera de plus en plus vers cette 
double amélioration de nos forêts tendant à en accroître le produit en 
bois et en pâturage. L'importance d'un tel résultat, à peine visible en- 
core, mais qui bientôt s’imposera largement, me laissera la juste satis- 
faction d'en avoir de bonne heure pressenti la portée, et d'en avoir 
ébauché l'essai, dans les limites de mes faibles forces. 

Quelque satisfaisant qu’ait été pour moi le résultat de l'essai que je 
viens de caractériser et que j’ai prolongé pendant plusieurs années, je 
n'ai pas pensé que la double amélioration en question, supposée même 
poussée bien au-delà de ce que j'avais tenté, fut tout ce qu'il est pos- 
sible d’obtenir dans ccttc voie. J'ai rêvé bien des fois, soit pendant ma 
carrière rurale, soit après, d'obtenir, par une alliance plus intime des 
forces artificielles avec les forces naturelles, d’une superficie donnée, 
tout à la fois son maximum de produit forestier et de produit four- 
rager. Jamais, en effet, je n’ai pu renoncer à ce rêve, caressé presque 
dès mes débuts agricoles, de demander à la forêt un important sup- 
plément aux ressources fourragères ou au moins pacagèresque pouvait 
fournir le domaine cultural proprement dit, dont la superficie fores- 
tière m’est toujours apparue comme une sorte d'annexe naturelle insé- 
parable. 

Dès les premières observations que les circonstances et le hasard 
me permirent de faire, j’avais été vivement frappé d’un double fait. Le 
premier de ces deux faits c’est la supériorité végétative de tout arbre 
ou collection d’arbres poussant sur un sol préalablement cultivé, si 


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— 47 — 


défectueuse qu’ait été cette culture, et comparativement » ce qui a lieu 
lorsque la même végétation s accomplit spontanément sur un sol à 
l’état sauvage. Le second fait sur lequel s’était porté mon attention, 
c’est l’heureuse influence qu’exerce sur la végétation herbifére, ou 
fourragère, toujours plus ou moins associée à la végétation forestière, 
un accès moins parcimonieux de l’air et de la lumière à travers le mas- 
sif forestier. D’après ces deux remarques, je suis arrivé à croire qu’avec 
un nombre très limité d’arbres forestiers, alignés et plantés sur un 
sol préalablement cultivé et enrichi, on pourrait parvenir à créer artifi- 
ciellement des sortes de prairies sous futaie qui pourraient combiner 
le rendement moyen d’une prairie avec celui d’une excellente futaie, 
à rotation bien plus courte que la futaie naturelle ordinaire. Un véri- 
table maximum de bois de service , c’est-à-dire finalement du bois le 
plus utile et le plus précieux, serait ainsi obtenu sans réduction corres- 
pondante dans la superficie de la ferme proprement dite. 

(A suivi'e). 


LES CHAMPIGNONS 

COMESTIBLES ET VÉNÉNEUX 
DE LA FLORE DU JURA 

Par N. PATOUILLARD, 

pharmacien, membre de la Société de botanique de France , ancien prépa- 
rateur de botanique au Muséum d' Histoire naturelle, etc . 

(Suite) 

. 4* Série. — PRATELLÆ. 

Psalliote, 

ESPÈCES COMESTIBLES. 

Agarieus cretaceus Fr. (Agaric crétacé). 

— arvensis Sch . (Boule de neige). 


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— 48 — 

Agarieus pratensis Sch. (Champignon des prés, gros pied) 

— campestris L . (Agaric de couche). 

— eomtulus Fr. 



ESPÈCE SUSPECTE. 

Agarieus sylvaticus Sch . 

Ag. cretaceus Fr. — Chapeau charnu, globuleux, devenant plan, 
blanc de craie puis un peu fauve , sec , lisse ou aérolé , se pelant 

* facilement. Lames libres , très étroites vers le stipe, serrées, res- 
tant longtemps blancheSj devenant carnées ou brunâtres dans la 
vieillesse du champignon. Chair blanche ne changeant pas de cou- 
leur, à odeur agréable mais faible. Stipe creux rempli de moelle, 
ferme, allongé, un peu atténué au sommet, lisse, blanc. Anneau 

* large, retombant avec les bords retroussés, blanc. 

Eté, automne. Dans les prés et les champs. 

Ag. aroensis Sch. — Chapeau charnu, arrondi, campanulé, de 
9-15 cent, de diamètre, floconneux, farineux ou soyeux, écailleux, 
sec, blanc sale, souvent taché de jaune clair. Lames libres, élar- 
gies à l’avant, blanches puis rougeâtres et brunes à la fin. Stipe 
allongé, creux, floconneux intérieurement, épaissi à la base, blan- 
châtre ou un peu rougeâtre. Anneau double , large, retombant, 
l’intérieur membraneux, l’extérieur épais, déchiré. Chair épaisse 
restant blanche, à odeur de farjne de froment. 

Espèce cultivée dans le centre et le nord de la France avec le 
Campestris sous le nom de champignon de couche. 

Croit en cercles dans les pâturages. Eté, automne. 

Ag. pratensis Sch. — Chapeau charnu, ovoïde, de 5-6 cent, de 
diamètre , uni , gercé , ou blanc cendré, sec, à chair blanche non 
changeante. Stipe plus court que le diamètre du chapeau, plein, 
ventru, à base épaissie. Anneau médian simple, blanc, tombant et 
caduque. Lames libres, arrondies en arrière, très étroites , de cen- 
drées devenant sombres brunes. 

Dans les prés et les clairières des bois. Eté, automne. 

Ag. campestris L. — Chapeau charnu, convexe, plan sec, 
soyeux j floconneux ou écailleux, blanc, incarnat ou roux clair, de 


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— 49 — 


5-12 cent, de diamètre, facile à peler. Chair épaisse, molle, rou- 
gissant à l’air et pouvant même devenir brune. Lames libres, ser- 
rées, blanches puis rose chair , et enfin brunes presque noires. 
Stipe plein, uni , blanc, ordinairement plus court que le diamètre 
du chapeau; anneau blanc un peu déchiré au milieu du stipe. 

Cette espèce varie beaucoup par la couleur et les dimensions, 
c’est elle qui forme la majeure partie du champignon de couche 
cultivé aux environs de Paris. Nous distinguerons les variétés 
suivantes : 

Var. alha à chapeau blanchâtre soyeux, à pied très court. Croît 
dans les pâturages un peu secs des basses montagnes. 

Var. sylcicola à chapeau blanc un peu jaunâtre, lisse, luisant, 
odeur d'anis y stipe allongé un peu bulbeux. 

Var. praticola à chapeau brun squamuleux. Chair devenant , 
promptement roussâtre. 

Var. villatica à chapeau très grand, replié sur les bords, squa- 
muleux ainsi que le stipe. Forme des prairies et des bruyères. 

Ag. comtulus Fr. — Petite espèce à chapeau peu charnu, blanc 
jaunâtre, avec le sommet brun, diamètre 8-5 cent., soyeux, fibril- 
leux; chair mince, blanche, jaunissant avec le temps, à odeur très 
prononcée de vanille. Lames ventrues, blanches puis roses et brun- 
pourpre. Stipe creux, grêle, floconneux en dedans, striolé, blanc 
un peu jaunâtre. Anneau médian, mince, blanc. 

Septembre-octobre. Prés et collines herbeuses. 

A g. sylcaticus Sch. — Chapeau charnu, campanulé puis plan, 
un peu mamelonné au centre, à marge fendillée, blanc jaunâtre 
puis brun -rougeâtre, couvert d’écailles floconneuses, plus foncées, 
fugaces. Lames libres, rouge pâle, puis jaunâtres ou brunes. Chair 
blanche devenant rousse au contact de l’air. Stipe creux, renflé à 
la base, blanc sale; anneau blanc, mince, distant, fugace. 

Espèce probablement comestible, bien qu’elle soit indiquée sus- 
pecte par Cordier. Dans les bois à l’automne. 

Il faut se garder de confondre les Pratelles avec différentes ama- 
nites vénéneuses qui, bien que toutes différentes, occasionnent cha- 
que année bon nombre d’empoisonnements. 

4 


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Stropbaria. 

ESPÈCES VÉNÉNEUSES OU SUSPECTES. 

Agaricus œruginosus Curt. (Agaric couleur vert de gris). 

— 8emi-globatus Batsch. 

Ag. œruginosus Curt . — Chapeau charnu, convexe - plan , recou- 
vert d'une couche visqueuse vert-bleuâtre devenant plus pâle., dia- 
mètre 4 cent. Lames molles, brun-pourpre. Stipe creux, bleuâtre, 
fibrilleux ou écailleux au-dessous de l’anneau, fugace. Saveur 
désagréable d’huile rance. 

Sur la terre, dans les bois, les buissons et lieux couverts. Au- 
tomne, très commun. 

Ag. semi-globatus Batsch. — Chapeau de 1 1/2 à 3 cent, de 
diamètre, peu charnu, hémisphérique, uni, jaune; chair blanche, 
un peu jaune. Lames aduées, larges, un peu noires. Stipe creux, 
droit, glutineux, jaune, à anneaux membraneux. 

Sur les terres fumées principalement par des crottins de cheval. 
Eté, automne. 

Hyptioloma. 

ESPÈCES VÉNÉNEUSES OU SUSPECTES. 

Agaricus sublateritius Sch. (Agaric couleur de briques). 

— fascicularis Hud. (Ag. amer). 

Ag. sublateritius Sch. — Chapeau charnu, convexe-plan, gla- 
bre, jaunâtre-roux, plus pâle à la marge qui porte quelques 
franges blanchâtres. Chair blanchâtre compacte à saveur amère 
légèrement piquante. Lames étroites, jaunâtres-sales, puis olive. 
Stipe plein, atténué vers le bas, écailleux, ochracé pâle. Anneau 
cortiniforme blanc puis noir. 

Toute l’année en touffes sur les souches. 

Ag. fascicularis Huds. — Chapeau peu charnu, mamelonné, 
jaune sulfurin ou roux, avec des franges jaunes puis vertes à la 
marge. Chair jaunâtre très-amère. Lames jaunes, puis olives et 
enfin noirâtres. Stipe fistuleux, grêle, citrin. Anneau cortiniforme 
très fugace. 

Très commun toute l’année sur les souches; croit en touffes 
serrées. 




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— Si — 


Les sections Psiloeybe et Psathyra qui appartiennent aux Pra- 
telles, les Panœoli ainsi que les Psathyrellœ qui font partie de la 
5® série ( Coprinarii) ne présentent pas d’espèces méritant d’être 
étudiées spécialement. 

(A suivre ). 


, POÉSIE 

LA LÉGENDE DE MARIE DE MONTFERRAND 


J'ai suivi l'ombre de mes songes.... 

(A. de Musset). 


I 

Voyez-vous sur le roc cette tour chancelante ? 

De voraces vautours on dirait le vieux nid; 

Sur le gouffre profond elle veille croulante, 

Et frémit sous l’autan qui lèche son granit : 

C’est Montferrand ! — Souvent, quand rugit la tempête, 
Quand les vents courroucés s’ameutent sur sa tête, 
Quand la foudre à grands traits illumine les airs : 

On entend du manoir sortir de longs concerts 
Qui s’envolent puissants de sa masse ébranlée, 

Et frissonnent encore au fond de la vallée !... 


Dans cette vieille tour il était autrefois 

Un brillant seigneur franc-comtois : 
Raymond de Montferrand, de sinistre mémoire, 
Dont je veux aujourd’hui vous raconter l’histoire. 
Sur ses vassaux et ses manants 
Il avait des droits étonnants. — 

Il répandait partout une horreur inconnue, 

Car tous les paysans s’enfuyaient à sa vue, 

Et l’on disait bien bas que le seigneur Raymond 
Appartenait au noir démon ! 


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— 52 — 


ir 

Il était gentille bergère 

Qui gardait ses petits moutons, 

Et sous la brise passagère 
Laissait voler ses cheveux blonds. 
Elle avait doux nom de Marie, 

Belle elle était comme une fleur 
Qui rayonne dans la prairie 
D’une éblouissante couleur. 

Germain, le charmant petit pâtre, 

A cette enfant avait juré 
Un matin d’hiver, devant l’âtre, 

De garder son culte sacré. 

Depuis, la bergère gentille 
Rêvait souvent sur le gazon 
A quoi toute petite fille 
Rêve dans la belle saison. 

Et déjà l’hyménée approche, 

La belle sent battre son cœur ; — 
Quand soudain ! un soir sur la roche 
Elle vit paraître un seigneur. 

Il s’avança jusqu’auprès d’elle, 

Et lui dit d’un ton velouté : 

« Mon enfant, que vous ôtes belle ! * 
« J’aime beaucoup votre beauté. » 

« Mon enfant, que vous êtes belle ! 

« J’aime beaucoup votre beauté. 

« Si vous veniez dans ma tourelle 
« Vous seriez mieux, en vérité. 

« De Montferrand, je suis le sire, 

« Voilà mon manoir éclatant, 

« Tout ce que votre âme désire 
< Sera satisfait à l’instant ! » 


N 


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— Ba- 


il dit. Mais la pauvre fillette, 

Toute tremblante de terreur, 

Craintive, car elle est seulette, 

Répond : « Je ne puis, beau seigneur, 

« Germain est le pâtre que j’aime, 

« A lui j’ai donné mon serment... 

— Jour de Dieu! suivez-moi quand même!... 
— Je ne veux pas un autre amant !... » 

III 

Et l’enfant s’enfuyait par les champs toute pâle. 

Dans la gorge du sire on entendait un râle. 

Ses yeux brillants et noirs se remplissaient d’éclairs. 
Dans sa rage, il jurait de vaincre la bergère, 

Il marchait embrasé d’une flamme étrangère, 

Tandis que sur les pins s’entrechoquaient les airs. 


En arrivant, dans l’ombre il reconnut le diable, 

Qui le voyant poussa de sa voix effroyable 
Un long éclat de rire. — Au loin, dans la forêt 
Des chants rauques, longtemps, par l’écho retentissent, 
Les feuilles des buissons et les roches frémissent 
Quand maître Lucifer donne au sire un muguet... 


Le sire avait compris. — Le lendemain, l’aurore 
Dans les prés verdoyants le revoyait encore. ^ 
Et Marie était là.... Raymond la prie.... Enfin 
Elle veut le muguet.... Noire métamorphose! 
L’habile séducteur prend sur la lèvre rose 
De l’enfant, le baiser dont sa rage avait faim!... 


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Le soir à la chaumière on ne vit point Marie. 

Les moutons étaient seuls dans la grande prairie. 
Sa pauvre mère, hélas! bien loin, sur le chemin 
Chercha pendant la nuit son enfant adorée ; 

Et le matin la voit toujours désespérée 
Frapper en gémissant chez le pâtre Germain. 


Germain n’était pas là!... Dans cette nuit entière 
Il n’avait pas froissé sa petite litière. 

Sur le mur dénudé son crucifix pendait. 

Et sur la table encore une lampe fumeuse 
Répandait dans la chambre une clarté brumeuse : 
A genoux devant Dieu sa mère l’attendait. 


Ah ! quel navrant tableau présentent ces deux mères 
Mêlant leurs désespoirs, leurs angoisses amères, 

Se demandant tout bas : ils sont partis les deux?... 
Leur tête se remplit d’incroyables pensées; 

Essaim tumultueux de vagues insensées, 

Cauchemar de l’esprit effrayant et hideux ! 


Tout-à-coup sur le seuil parait le petit pâtre 
Les habits en lambeaux et la face verdâtre ; 

Les femmes, mais en vain, veulent l’interroger. 

Ces seuls mots prononcés d’un ton dur et farouche 
Sortent à chaque instant de sa nerveuse bouche : 

— Raymond ! il me l’a prise ! ah ! je la veux venger! 


A ce nom de Raymond les deux femmes tremblèrent, 

Et d’un torrent de pleurs leurs regards se voilèrent : 

Ce nom, nous l’avons dit, inspirait la terreur. 

Et Germain, fou d’amour et d’aveugle colère, 

Rugit en s’enfuyant crispé, jusque dans l’aire.... 

Arracher la colombe au monstre ravisseur ! 

J. Mathieu. 

( La fin au prochain numéro J 




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— 88 — 


REVUE DES JOURNAUX SCIENTIFIQUES ET AGRICOLES 

Les lecteurs du Bulletin liront avec intérêt, nous n’en doutons 
pas, le remarquable article suivant, emprunté à la Causerie 
scientifique du Temps. . La Rédaction. 

LA LUMIÈRE ÉLECTRIQUE 

L’activité scientifique se porto en ce moment avec une extrême 
ardeur vers toutes les questions qui touchent à l’électricité. Il y a 
déjà un assez grand nombre de revues spéciales sur ce sujet; j’ai 
parlé dernièrement de la seconde édition de l’excellent ouvrage de 
M. Hospitalier sur « les principales applications de l’électricité. » 
Voici un livre de MM. Alglave et Boulard : « la Lumière électri- 
que, son histoire, sa production et son emploi dans l’éclairage pu- 
blic ou privé, les phares,’ les théâtres, l’industrie, les travaux pu- 
blics, les opérations militaires et maritimes. » M. Alglave a fait 
pendant le durée même de l’Exposition d’électricité un grand nom- 
bre d’articles sur les différentes parties de cette exposition; il a 
tout étudié sur place, et il nous donne aujourd’hui le résultat con- 
densé de sa patiente analyse en ce qui concerne la lumière élec- 
trique. 

Il faut bien le dire, il règne encore à cet égard dans l’esprit du 
public une hésitation que n’a point dissipée entièrement l’Exposi- 
tion internationale. On a vu, on a admiré une foule de machines 
productrices d’électricité et de lumière ; on a vu la force se méta- 
morphoser docilement en vibrations lumineuses; on a pu comparer 
toutes sortes de lampes à arc voltaïque, à l’éclat fulgurant, et voir 
les petites lampes incandescentes; mais de tout cela il n’est pas 
encore ressorti une impression très nette sur l’avenir de l’électri- 
cité, commp source lumineuse. 

On doute que l’électricité puisse devenir d’un emploi tout à fait 
domestique; elle semble devoir devenir le privilège de ceux qui 
pourront se donner une force motrice ; et on croit généralement 
que les grands espaces, les énormes surfaces, les grands établis- 
sements, les théâtres, les magasins riches pourront en jouir, par- 
ce que la foroe motrice pourra être mise à leur disposition. Où le 
doute commence, c’est lorsqu’il s’agit des maisons ordinaires, des 


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— Be- 



rnes modestes, écartées, des demeures ordinaires de la population; 
car là, il faudrait que la force motrice fût à la disposition d’un très 
grand nombre de personnes, qu’elle fût peu coûteuse ; enfin , il 
faudrait tout un système compliqué de canalisation, et l’on ne com- 
prend pas encore généralement les principes d’une semblable cana- 
lisation* « Nous n’aurons, disent MM. Alglave et Boulard, l’élec- 
tricité à bon marché que le jour où elle sera distribuée à domicile 
par une canalisation générale comme celle du gaz, et alors elle 
nous apportera la force en même temps que la lumière. » Irons- 
nous jusqu’à dire avec eux : « Ce merveilleux résultat est non- 
seulement possible, mais facile aujourd’hui. Les importants tra- 
vaux de M. Marcel Deprez fournissent une solution complète, 
fondée sur des découvertes qui ont modifié d’une manière notable 
les théories généralement acceptées jusqu’à ce jour. Les premiers 
essais ont brillamment confirmé les prévisions de l’inventeur, qui 
s’apprête à les répéter dans des proportions gigantesques. » 

Quand le problème de la canalisation se posa pour la première 
fois, on ne songea pas tout d’abord à partager le courant électri- 
que au sortir de la machine ; on divisa la machine elle-même : les 
anciennes machines dites de l’Alliance, sont en réalité des groupes 
de petites machines pouvant fonctionner isolément; dans la ma- 
chine alternative de Gramme, les sections de l’anneau induit furent 
séparées afin de pouvoir fonctionner séparément. 

Aujourd’hui on est entré dans une autre voie; on emploie les 
conducteurs en cuivre, assez larges pour qu’on n’ait pas trop à 
craindre leur échaufiement, pas trop forts cependant pour ne pas 
augmenter la dépense; ces fils conducteurs sont enveloppés d’une 
substance isolante : soie, coton, tresse, gutta-percha, suivant les 
circonstances. Le port du Havre est un bon exemple d’une canali- 
sation électrique; l’installation comprend actuellement trente-quatre 
foyers répartis en six circuits : le premier circuit, de quatre foyers, 
éclaire la jetée nord et à 3,900 mètres aller et retour; le second 
circuit dessert le grand quai, il mesure 2,000 mètres; les quatre 
autres, ‘qui éclairent des écluses et une jetée ont de 1,900 à 2,600 
mètres. 

Les machines sont deux machines à vapeur de trente-cinq che- 
vaux mettant en mouvement quatre machines auto-excitatrices de 
Gramme. Le courant est susceptible d’un certain réglage au moyen 


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— 87 - 


d’un tableau de résistance; placé entre la machine excitatrice et les 
inducteurs, ce tableau sert à faire varier la résistance et l’intensité 
du champ magnétique. 

Nous ne parlerons en ce moment que de ce qui regarde la cana- 
lisation. Aux endroits où les cables se réunissent sous le sol, on a 
ménagé des moyens de contrôle et de réparation ; on a pour cela 
des cylindres en poterie remplis de ciment partiellement. Les deux 
conducteurs sont rattachés par un serre-fil, et noyés dans une 
couche de paraffine. 

Dans cette distribution, on a encore des générateurs distincts. 
Etant donné un générateur, comment peut-on, d’une manière géné- 
rale, lui faire alimenter plusieurs récepteurs électriques ? On peut 
mettre ces récepteurs à la suite l’un de l’autre sur un seul circuit; 
ou bien on peut les greffer sur des dérivations du circuit général. 
Dans le premier cas, les appareils sont dits en série ou en tension; 
dans le second cas, ils sont dits en dérivation ou en quantité. 

J’ai déjà expliqué ces expressions, qui sont d’un usage courant, 
et j’ai fait comprendre quel en était le sens par des comparaisons 
empruntéés à l’hydraulique. M. Alglave dit avec raison : « Suppo- 
sons qu’il s’agisse d’utiliser une chute d’eau en faisant mouvoir 
plusieurs roues hydrauliqnes : on pourra mettre celles-ci l’une au 
dessous de l’autre, chacune recevant toute l’eau de la chute, mais 
n’utilisant qu’une partie de sa hauteur : on pourra ainsi les placer 
l’une à côté de l’autre, chacune d’elles utilisant toute la hauteur de 
la chute, mais ne recevant qu’une partie de l’eau qu’elle débite. 
Dans le premier cas, les appareils sont en série, dans le second, 
ils sont en dérivation. 

Il est clair que, dans le premier cas, si l’on veut une nouvelle 
roue hydraulique, il faut augmenter la hauteur de la chute; dans le 
second cas, il faudra augmenter le débit de la rivière. Dans une 
distribution électrique en série, il faudra, pour une source lumi- 
neuse nouvelle, augmenter la tension si l’on veut que l’intensité 
soit constante ; dans une disposition en dérivation, il faudra, au 
contraire, laisser la tension constante en faisant varier l’intensité. 

Les moyens que l’on possède pour régler l’intensité des courants 
sont très nombreux ; ils sont pour la plupart fondés sur la relation 
fondamentale, qu’on nomme la loi de Ohm, en vertu de laquelle 
l’intensité est directement proportionnelle à la force électro-motrice 


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- 68 - 

ou différence de potentiel et inversement proportionnelle à la résis- 
tance. Cette relation fournit deux moyens d’agir sur l’intensité, 
soit en agissant sur la force électro-motrice, soit en agissant sur 
la résistance. 

M. Alglave critique le procédé de M. Edison, qui consiste à faire 
varier les résistances par le mouvement d’une poignée mue dans 
une station centrale. Cette critique ne nous paraît pas très fondée, 
si l’on admet que le réglage ne doit pas être nécessairement auto- 
matique, et nous ne voyons pas bien pourquoi l’automacité serait 
nécessaire. Il décrit aussi les systèmes de M. Lane Fon et de M. 
Hiram Maxim, sans les croire cependant bien efficace,^. 

M. Alglave et M. Boulard décrivent en détail les deux systèmes 
de distribution de M. Gravier et de M. Marcel Deprez. M. Gravier 
a installé une distribution dans une usine en Pologne. Mais ce sys- 
tème oblige à l’emploi de plusieurs machines et ne constitue pas 
un vrai système diviseur. Il est clair que, en ce moment au moins, 
le seul système qui semble avoir de l’avenir est celui deM. Marcel 
Deprez. Nous en avons assez parlé ici pour qu’il soit inutile que 
nous y revenions. 

On lira avec beaucoup d’intérêt ce qui concerne les compteurs 
d’électricité, notamment le compteur de M. Edison, qu’il nomme 
ampéromètre; le compteur automatique de ce même Edison, avec 
ses cadrans semblables à ceux des compteurs à gaz. Nous sommes 
obligés de passer sous silence bien des points pour ne pas nous 
répéter inutilement. Il y en a deux toutefois sur lesquels nous nous 
arrêterons un moment, car nous n’y avons pas encore touché ici; 
nous voulons parler de l’éclairage électrique dans les bateaux à 
vapeur et sur les chemins de fer. 

C’est à M. Eugène Pereire qu’est due l’installation de l’éclairage 
électrique sur le paquebot Y Amérique. Le fanal est placé à la partie 
supérieure d’une tourelle de 5 mètres de hauteur au-dessus du 
pont. 11 éclaire un arc de 225 degrés en laissant le paquebot pres- 
que entièrement dans l’ombre. Une petite machine Gramme est 
actionnée par un moteur à trois cylindres du système Brotherhood. 
La lumière du fanal est intermittente, et l’intermittence s’obtient 
à l’aide d’un commutateur très simple, fixe à l’extrémité de l’arbre 
de la machine Gramme , et qui envoie le courant alternativement 
dans la lampe ou dans un faisceau métallique fermé, de même ré- 





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r 

— 89 — 

sistance que Tare voltaïque, lequel faisceau s’échauffe et se refroidit 
alternativement. Le foyer lumineux est à 10 mètres au-dessus de 
l’eau et la lumière porte 10 milles marins (18,520 mètres). Les ap- 
pareils électriques de ce genre ont été l’objet de vives critiques; 
on a prétendu qu’on a renoncé momentanément à les employer, 
mais il est probable que dans un avenir prochain on en reprendra 
l’usage surtout pour la traversée du nord de l’Atlantique et de la 
région des bancs de Terre-Neuve. 

On a établi un éclairage électrique à l’intérieur de certains ba- 
teaux à vapeur anglais et américains ; on y emploie les petites 
lampes à incandescence du type Swan ou Edison ; mais nous n’a- 
vons point de détails sur ces installations ni sur le prix de revient 
de cette lumière. Sur les chemins de fer, on entre sûrement dans 
la période des essais; voici ce que l’on projette : on voudrait ac- 
tionner des machines magnéto-électriques placées dans le train par 
le mouvement même du train; on utiliserait ainsi la force vive, si 
considérable, du train en mouvement et l’on aurait à sa disposition 
la force motrice la plus commode et la moins chère possible. 

La machine magnéto-électrique, mise en mouvement par le train 
en marche, ne pourrait cependant fournir directement la lumière, 
à moins qu’on n’arrivât par certains artifices à remédier à la varia- 
tion perpétuelle de la force électro-motrice ; car la première condi- 
tion n remplir, c’est la constance et l’uniformité de la lumière dans 
les voitures. Or, si vous vouliez directement prendre une portion 
quelconque de la force vive du train pour la changer en lumière, 
cette lumière serait très brillante quand le train marcherait vite; 
elle s’éteindrait complètement quand le train s’arrêterait. 

Comment remédier à cet inconvénient? On ne peut pas même 
songer à un régulateur, à des résistances artificielles, qui seraient 
d’autant plus fortes que le train irait plus vite; car il reste toujours 
le fait nécessaire des arrêts complets de la force électro-motrice. 

On a donc songé à faire un emmagasinage de force, à faire opérer 
cet emmagasinage par le train, et à dépenser ensuite cette force 
emmagasinée d’une façon tout à fait indépendante de la vitesse du 
train en marche. On a des moyens actuellement de faire ces réser- 
voirs de force électro-motrice. 

Nous avons expliqué longuement ce que sont les accumulateurs 
Faure : ce sont des appareils où l’électricité produit une réaction 


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chimique prolongée ; les effets chimiques qui s f y produisent peu- 
vent ensuite être pour ainsi dire retournés et ce renversement se 
traduit par un retour de force électro-motrice. 

Voici donc ce qu’on peut imaginer : un train de chemin de fer en 
mouvement charge un accumulateur placé dans une des voitures ; cet 
accumulateur une fois chargé devient une source de force électro- 
motrice, laquelle peut directement se changer en lumière et est 
fort gouvernable et durable pendant les arrêts du train comme pen- 
dant sa marche. L’accumulateur est ainsi une sorte d’intermédiaire 
placé entre la force et la lumière, destiné à produire une lumière 
constante avec une force inconstante. 

Si le problème était résolu en ces termes, on aurait une solution 
très élégante d’une question extrêmement délicate et difficile. Le 
chemin de fer de Lyon entreprend en ce moment des expériences 
dans ce sens. Il ne faut pas, sans doute, s’attendre à voir la ques- 
tion résolue très vite, car les difficultés sont grandes; même avec 
de bons accumulateurs de force, et il n’est pas dit que les accumu- 
lateurs Faure sont le dernier mot en ce genre, il y aura encore à 
régler la constance de la lumière dans les petites lampes à incan- 
descence placées dans les voitures. 

Un train en mouvement soumis à toutes les intempéries des sai- 
sons, susceptible d’être composé d’unités de transport changeantes 
d’une gare à l’autre constitue un circuit électrique assez malaisé- 
ment gouvernable. Les difficultés pourtant n’apparaissent pas in- 
surmontables et l’on doit surtout être tenté par cette considération 
tout à fait capitale de l’emploi de la force vive du train, force qui 
semble absolument gratuite et qui reste en ce moment complète- 
ment inutilisée par l’emploi de la lumière. Nous tiendrons certaine- 
ment nos lecteurs au courant des progrès que peut faire cette ques- 
tion si intéressante à tous les points de vue. 


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— 61 - 


H. Alfred Dudouy, membre fondateur de la Société des agri- 
culteurs de France, dédie à la Compagnie Parisienne du gaz, un 
opuscule ayant pour titre : Comptabilité du sol. Notre intention 
est de le reproduire en entier, persuadé qu’il intéressera les 
nombreux lecteurs du Bulletin qui s'occupent d’agriculture. 

La rédaction. 


COMPTABILITÉ DD SOL 


Enlèvement par les plantes et restitution 
par les engrais, 

des substances organiques et minérales qu'il est 
indispensable de fournir aux terres. 

Quatre substances dites organiques concourent à la formation 
des végétaux, ce sont l’Hydrogène, l’oxigène, le Carbone et l’Azote. 

L’air et l’eau fournissent en abondance le carbone, l’oxigène et 
l’hydrogène ; quant à l’azote de l’air, il n’entre que pour partie dans 
la quantité assimilée par les végétaux. 

Onze substances dites inorganiques ou minérales concourrent, 
avec les matières organiques, à la formation de tous les végétaux, 
ce sont ; le Phosphore, la Potasse, la Chaux, la Magnésie, le Sou- 
fre, la Soude, la Silice, le Chlore, le Fer, le Manganèse, et l’Alu- 
mine. 

Les cinq premières peuvent manquer plus ou moins complète- 
ment dans certains sols; les autres existent en quantités suffisantes 
dans la généralité des terres. 


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— 62 — 
Azote. 


QUANTITES 

Enlevées au sol par les plantes, soit par 100 kilogrammes, 
soit par hectolitre, y compris 
les feuilles ou pailles correspondantes. 


Pois ........ 

. . 100 kilog. 

4 

50 

Haricots 

. . id. 

4 

» 

Tabac 

. . id. 

3 

» 

Chanvre 

. . id. 

2 

75 

Colza 

. . Hectolitre 

2 

60 

Vesce 

. . 100 kilog. 

2 

27 

Froment 

. . Hectolitre 

2 

25 

Luzerne 

. . 100 kilog. 

1 

92 

Foin 

. . id. 

1 

82 

Trèfle 

. . id. 

1 

80 

Sarrazin 

. . Hectolitre 

1 

60 

Maïs 

. . id. 

1 

46 

Orge 

. . id. 

1 

40 

Seigle 

. . id. 

1 

40 

Avoine 

. . id. 

1 

20 

Lin 

. . 100 kilog. 

0 

90 

Chicorée 

. . id. 

0 

70 

Ray-grass 

. . id. 

0 

57 

Betteraves 

. . id. 

0 

46 

Millet ' . . 

. . id. 

0 

40 

Pommes de terre . . . 

, . . Hectolitre 

0 

36 

Topinambours .... 

. . . 100 kilog. 

0 

32 

Carottes 

. . id. 

0 

30 

Choux 

. . id. 

0 

28 

Houblon 

. . id. 

0 

25 

Canne à sucre .... 

. . id. 

0 

19 

Navets 

. . id. 

0 

13 

Vigne 

. . id. 

0 

12 


Le trèfle tire la totalité de son azote de l’air. 


L’orge 
Le seigle 
Le colza 
La betterave 
Le blé 


id. 

et du s 

ol 50 °/o. 

id. 

id. 

50 oj». 

id. 

id. 

30 ®/o. 

id. 

id. 

40 ®/o. 

id. 

id. 

50 °jo. 


Il est probable que toutes les plantes en prennent à l’air plus ou moins 
par leur surface foliacée , mais il n’en est pas moins nécessaire, sauf pour 
fa luzerne et le trèfle, de leur eu fournir par les engrais. 


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- 63 - 
Azote. 


QUANTITÉS 

Rendues au sol par les engrais par 100 kilog. 


Sulfate d’ammoniaque 20 00 

Chiffons de laine 16 » 

Nitrate de soude 16» 

Nitrate de potasse à 95 p. % de pureté 18 » 

Guano du Pérou 13 » 

Poils et débris de peaux de lapins 13 » 

Raclures de corne 12 50 

Sang desséché 12 » 

Sacs de laine 10 84 

Engrais de poissons 8 » 

Tourteaux d’œillette 7 » 

— de chanvre 6 20 

— d’arachide 6 07 

— de sézame 5 57 

— de colza 5 55 

Touraillons à l’état naturel 4 50 

Déchets de cuir 4 » 

Tourteaux de ricin 3 83 

Tourbe 3 02 

Déjections humaines à l’état naturel (solides et liquides) 3 » 

Engrais humain (procédé Goux) 3 » 

Raclures d’os 3 * 

Tourteaux de suint 2 80 

Phospho-guano 2 50 

Poudrette de Bondy 1 70 

Mélasse de betterave 1 28 

Urine humaine 1 10 

Poudre d’os de commerce ' . . . . 1 » 

Eaux ammoniacales des usines à gaz ...... 1 » 

Balle de blé 0 72 

Balle d’avoine 0 64 

Marc de pommes 0 60 

Engrais humain liquide, dit engrais flamand .... 0 57 

Guano de Mexillonès 0 50 

Marc de houblon 0 50 

Vinasse de betteraves 0 19 

Vinasse de pommes de terre 0 16 

Tangue ou sable de mer 0 10 

Eaux des égouts de Paris 0 003 


L’azote des matières animales ou végétales se perd en partie dans 1 air 
à l’état de gaz pendant la décomposition de ces matières, taudis que l’a- 
zote du sulfate d’ammoniaque, du nitrate de soude et du nitrate de po- 
tasse est fixe et peut être utilisé en totalité par les plantes. 

(A suivre). 


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— 64 — 

BIBLI OGRA PHIE 

LES MIASMES DE PARIS 



M. le docteur Reinvillier, un savant que notre Compagnie s’honore 
de compter parmi ses membres, nous a adressé un très remarquable 
travail; nous sommes heureux de le signaler aux lecteurs du Bulletin. 

Le D r Reinvillier y compare surtout, au point de vue de l'hygiène, 
le Paris ancien au Paris moderne. Il se félicite des nombreuses et ré- 
centes améliorations qui ont été apportées aux constructions de la 
capitale. Paris, en effet, a été singulièrement amélioré au point de vue 
de l’hygiène et de la beauté des édifices. 

M. Reinvillier attribue surtout aux gaz délétères qui s’échappent des 
égouts insuffisamment nettoyés par un grand volume d'eau, les mala- 
dies qui, dit-il, « existent à peine dans les localités parfaitement 
saines. » Suivant notre auteur, on pourrait prévenir ces maladies par 
la suppression des fosses d’aisances fixes, et par une notable augmenta- 
tion de la quantité d’eau que la ville distribue à ses habitants. 

« Les Romains, dit en finissant M. Rcinvillcr, qui ont été nos mafitres 
en tant de choses, dotaient les pays conquis d'aqueducs et de bains, 
dont les vestiges suffiraient à attester la civilisation de cc grand peuple. 
Il est vrai qu’ils tenaient en haute considération toutes les prescrip- 
tions de l'hygiène, qu’ils multipliaient l’emploi de l'eau autant que 
possible, et qu'ils comprenaient bien les avantages de son abondance. 

« Pour les Parisiens, la situation est solennelle ; il ne s’agit pas seule- 
ment d’un plus grand bien-être de chaque jour et d’une longévité qui 
est toujours bien accueillie. Avec l’étal actuel des égouts, l’eau courante 
est une question de vie ou de mort. 

« Les conditions dans lesquelles se trouve la canalisation souter- 
raine, les miasmes qui s'en échappent multiplieront des épidémies 
meurtrières, des maladies de toutes sortes, et la grande ville rebâtie, 
la cité opulente ne sera plus que nominativement la capitale du monde, 
car ses rues deviendront désertes, ses palais et ses maisons presque 
inhabités. 

« Mais ne maudissons pas l’avenir, espérons que l’édilité chargée de 
veiller au salut commun, ne faillira pas â la charge qui lui incombe, 
et qu’elle viendra mettre eirpratique ce principe que j’ai posé ailleurs : 
Veau ut la vie du grandu cités , son abondance en est le luxe . » S. 


JULES OINDRE, IMPRIMEUR A POLIGNT. 


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— 68 — 


JOURNAL 

DB 

GUILLAUME DURAND 

CHIRURGIEN A POLIGNY 

DE 1610 A 1623 

Communiqué par M. B. Prost 
{Suite). 

Le vingtième jour du mois d’aoust de l’an mil six cens vingt 
et trois, il vint le prévost de Dole avec ses archers à Poligny, 
pour et à l’effect de prendre Philippe Coillon, celuy qui a prins 
femme [à] Arbois , et réduire aux prisons, pour respondre des 
extorsions qu’il a faict sur les villages, et se faire fourier de la 
compagnie de monsieur de Ronchot (1), lorsqu’elle partit de 
Poligny. Et ledict fourier, feignant de prendre les logis pour lo- 
ger laditte compagnie, il prenoit l’argent des villages; et dict-on 
qu’il en a bien prins la valeur de cinq cens frans ou plus. Voylà 
que fit bien à murmurer les villages. Les habitans de Montolier, 
lesquels avoient baillé vingt-deux escus, ont présenté requeste 
à la Cour. La Cour, en estant advertie, en faict faire un beson- 
gné. Ne say-je [ce] qu’en sera, sinon que la Cour a ordonné au- 
dict prévost de le conduire à Dole, ce que le prévost fit; et 
sourlirent de Poligny le vingt-deuxième du présent mois, pour 
respondre de son office de fourier, et s’il estoit fourier de laditle 
compagnie pour aller au service du Roy, et s’il avoit sa ration 
à Poligny comme les autres, et pourquoy il fesoit le fourier, 
pour ce qu’il n’estoit ny ne fust jamais de la compagnie dudict 
sieur de Ronchot; il faut qu’ils y ayent de la faute; ils la reco- 
gnoistront en l’information de monsieur le procureur général. 
En attendant, la Cour l’a renvoyé de fourier, à charge de rendre 

(1) De Roncbaud. — Voir ci-devant, p. 39. 


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— 66 — 

les vingt-deux escus aux habitans de Rabeur et de Ratier, avec 
une amende de cent livres, avec les frais et mises de justice. 
Faict aux arrest de la Nostre-Dame de septembre (1) de l’an mil 
six cens vingt et trois. Voylà un brave fourier, et son honneur 
obligé. 

Messire Jacques Febvre, dict Guichard, prestre, familier et vi- 
caire en l’église collégiale de monsieur sainct Hippolyte de Po- 
ligny, mourut le vingt-quatrième jour du mois d’aoust de l’an 
mil six cens vingt et trois, à une ou deux heures après minuict; 
et mourut de vieillesse, et ne demeura pas à mourir huict heures, 
et ne languit point, car ce mesmejour, l’on tient qu'il dict 
messe et soupa chez messire Estienne Boy, et leur dict adieu, et 
voyant que la force luy defïailloit, il demeura. C’estoit un hon- 
neste homme. En sa jeunesse, il estoit le tambour de monsieur 
de Dramelet, lorsqu’il avoit une compagnie de monsieur le mar- 
quis de Varambon (2), qui avoit un régiment pour aller en 
Flandre et pour aller devant Mastrec (3), où c’est qu’elle fust 
prinse un an après ou demy après la guerre de l’Estoille. Dieu 
veuille avoir son âme. Amen. 

Depuis la mort de feu maistre Jean Bidé, apoticaire, que fust 
le premier jour du mois de mars de l'an mil six cens vingt et 
trois, sa femme se remaria à un drapier de Poligny, qui s’ap- 
pelle Léonel Moureau, où c’est que l’on mena le chervery (sic) 
par l’espace de huict jours, avec intervalle. Et le jour qu'elle se 
maria estoit le vingt-septième jour du mois d’aoust, an que des- 
sus; l’on mena un tel bruit, comme tambour, quasse, mourtier, 
grillot, et de toutes autres sortes d’instrumens à ce mestier, jus- 
ques à la minuict. Ils accourdèrent et donnèrent aux pères Ca- 
pucins, pour le regard des hommes, six escus, et pour les dames, 
aultres six, lesquelles dames les donnèrent aux sœurs de Saincte- 
Claire. Et voylà tout ce que j’en ay peu apprendre. 

(1) Le 8 septembre. 

(2) Y. ci-devant, 1881, p. 292. 

(3) Maestricht. 


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- 67 - 

Le huictième jour du mois de septembre de l’an mil six cens 
vingt et trois, que fust la feste de Vaulx et de Chaucenan, le 
prieur, nommé don Henry Nicolas, leur donna permission d’of- 
frir un cierge, ce que jamais l'on n'avoit faict, à savoir les jeunes 
hommes un, et les jeunes filles un aultre; et fit-on la feste non 
sans querelle , car l’on s’y frouta quelque peu, pour ne laisser 

escouler la mémoire à quelq’un. 

• 

Voylà la fin de ce que mon père en a peu remarquer et 
etcripre; c'est pour quoy je me suis résolu de poursuivre (t). 

Dame Tienette Quoquelin , de Salins, femme à maistre Jean 
Froissard, châtelain de Selières, mourut le jour Sainct-Michiel (2), 
à trois heures du matin, de l’an mil six cens vingt et trois, et es- 
toit tousjours malade. Dieu veuille avoir son âme. Amen. 

Françoise Koignard, fille de Léonel Roignard, de Poligny, 
deffnnt, mourut le huictième jour du mois d’octobre de l’an mil 
six cens vingt et trois, à dix heures du matin. Dieu veuille avoir 
son âme. Amen. 

Maistre Guillaume Durand, mon père, chyrurgicn, de Lon-de- 
Saunier, mourut le jour Sainct-Luc, entre huict et neuf heures 
du soir, qu’esloil le dix-huictième jour du mois d’octobre de l'an 
mil six cens vingt et trois, et mourut d’une jaunisse noire; es- 
tant brave de son mestier. Dieu veuille avoir son âme. Amen. 

Le neuvième jour du mois d'octobre de l’an mil six cens vingt 
et trois, celuy qu’avoit le pain bény, qu’estoit coochant, celuy 
qu'a prins la nièce à messire Guinet Chevalier , que s'appelle 
Benigne Chevalier, et son père Pierre, alla avec les compagnons 
du mestier présenter le chanteau au filz de Jean Benoît, drapier. 
L’on leur respondit qu’il estoit trop gros monsieur, et qu’il ne 

(1) C’est l'un des fils de l’auteur de ce journal, qui prend ici la parole. 

(2) Le 29 septembre. 


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— 68 — 


vouloit pas exercer le mestier. Ceux-cy s’en retournèrent avec 
deux pieds de nez, n’estant camu, fort fâchés, en disant qu’ils 
romproient tout, sans toutefois avoir rien faict, car le proverbe 
dict que tel menace qu’a grand peur. Un jour donc, s'allaat 
pourmener, deux ou trois qu’ils estoient , pourtant une basse, 
passèrent auprès de chez Jean Benoît, où illec sa femme estoit 
dessus leur banc. Ceux-cy menoient avec la basse, tant bien que 
mal , Le montaignon, le montaignon (1), et ainsy par plusieurs 
fois. La femme, qui avoit peur des paroles qu’ils avoient dict, se 
mest viste en la maison et serre la porte sy rudement, en disant : 

« N’est-ce pas ce vouleur d’Estienne Benoît? » et ainsi consé- 
cutivement des aultres, et criant ou appellant les voisins, sans 
que personne jamais sourtit de la maison; eux ne pensant faire 
aucun mal, toutefois ils ne laissèrent de prendre (2) le pain bény 
aux enseignes, que les compagnons n’y voulurent pas demeurer 
au desjeuné; ce fust tant seullement les aprentis et toullon (sic) 
du mestier et d’aultres enfans, lesquels dévorèrent tout. Pour 
conclusion, la femme dict à maistre Aymé qu’il seduct appresler, 
car ce seroit une femme qui l’offriroit, à cause qu’il vouloit ma- 
rier leur enfant. Dieu luy en doint joie. Voylà tout ce que j’en ay 
peu apprendre, le tout sans menterie. 

Le vingt-cinquième jour du mois d’octobre de l’an mil six 
cens vingt et trois, messire Jehan Coillot, dict Calame, fîst son 
oraison pour l’entrée du collège, comme c’est la coutume; en la- 
quelle il en empourta beaucoup d’honneur de plusieurs braves 
gens que y estoient, et célébra messe ce jour là pour prier Dieu 
de le vouloir assister en telle affaire, à l’autel de madame de Dra- 
melet, où c’est qu’il dict le Veni creator. 

Gabriel Regnaudot, filz de monsieur Oudot Regnaudot, mou- 
rut le vingt-neuvième jour du mois d’octobre de l’àn mil six cens 
vingt et trois; et mourut entre sept et huict [heures], en luy don- 

(1) Air populaire du temps. 

(2' 11 faut lire pendre. 



- 69 - 

dant les sainctes huilles. Et avoit environ quinze ou seize ans. 
Dieu veuille avoir son âme. Amen. 

Monsieur de Légna (1) entérina sa grâce d’avoir tué La Ver- 
dure, homme de chambre à monsieur le baron de Dramelet, le 
trentième jour du mois d’octobre de l’an mil six cens vingt et 
trois, qu’estoit un lundy; le tout pour son proffit. 

Monsieur le docteur Regnaudot, filz de monsieur Oudot Re- 
gnaudot, procureur, fist son premier propos le sixième jour du 
mois de novembre de l’an mil six cens vingt et trois, là où il em- 
pourta beaucoup d’honneur; et fist-on bonne chère, et y avoit 
environ trente personnes estrangères au soupé. 

Monsieur le docteur Rateau, le vieulx, mourut le septième 
jour du mois de novembre de l’an mil six cens vingt et trois, en- 
viron les deux ou trois heures du soir; et estoit tout estropié des 
mains, de vieillesse. Dieu veuille avoir son âme. Amen. 

Salland, de Chaucenan, grangier à madame de Dramelet, fust 
tué par Berro, de Boussière (2), proche le Moulin-Dessus, la nuict 
du septième jour du mois de novembre de l’an mil six cens vingt 
et trois; et iceluy Berro s’alla plaindre, parce qu’il estoit blessé. 
Et voylà comme il fust recogneu ; et ne sait-on que s’en sera. 

Jehanne Canivot, religieuse et sœur de Saincte-Claire, mourut 
le vingt-quatrième jour du mois de novembre de l’an mil six cens 
vingt et trois, entre cinq et six heures du matin. Dieu veuille avoir 
son âme. Amen. 

Monsieur le chanoine Froissard, le vieux, qui se nomme Jehan, 
mourut le troisième jour du mois de décembre, a dix heures du 
soir, en l’année mil six cens vingt et trois. Dieu veuille avoir son 
âme. Amen. 

(1) Voir p. 7-8. 

(2) Boussières, faubourg de Poligny. 


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— 70 — 

Claude-Anthoine Fardet print l’habit de capacin à Poligoy un 
jour Sainct-Nicolas (1), et s’appelle frère Lupicin, en l’année mil 
six cens vingt et trois. 

Denise Bobillier, femme de Philibert Glasson, mourut le vingt- 
sixième jour du mois de décembre, qu’estoit le jour Sainct-Es- 
tienne, et mourut d’enfant (2), en l’année mil six cens vingt et 
trois. Dieu veuille avoir son âme. Amen. 

Monsieur Loyseau, apoticaire, mourut le trentième jour du 
mois de décembre de l’an mil six cens vingt et trois; et est mort 
de regret. Au reste bon maistre de son estât. Dieu veuille avoir 
son âme. Amen. 


1624. 


Monsieur Bouvier print possession de chanoine le septième 
jour du mois de febvrier de l’an mil six cens vingt et quatre, en 
la place de monsieur Froissard, le vieux, et a esté fort bien receu 
de tous. Dieu veuille que ce soit pour son salut. Amen. 

Damoiselle Claudine Masson, femme de monsieur Daclin, mou- 
rut le huictième jour du mois de febvrier de l’an mil six cens 
vingt et quatre, d’une liebvre étique. Dieu veuille avoir son âme. 
Amen. 

Messire Claude Louysot print possession de chapelain le qua- 
torzième jour du mois de febvrier de l’an mil six cens vingt et 
quatre, et fusl mis en la place de monsieur Bouvier. 

Le sire Denis Jaud mourut le cinquième jour du mois de mars 

(1) Le 6 décembre. 

(2) En couches. 


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- 71 - 


de l’an mil six cens vingt et quatre, environ les quatre heures du 
soir; et n’est mort que de vieillesse. Dieu veuille avoir son âme. 
Amen. 

Monsieur le chanoine Javourel mourut le vingt-unième jour 
du mois de mars de l’an mil six cens vingt et quatre, environ les 
quatre heures du matin, d’une apoplexie qui le print, et fust des- 
péché en moins de vingt-quatre heures. Dieu veuille avoir son 
âme. Amen. 

Messire Jean Camu célébra sa première messe à voix basse, au 
grand autel de la chapelle des Clercs , environ les six heures du 
matin. Et ceux qui le mirent à l’autel furent messire Jean Mou- 
reau et messire Jean-Baptiste Caseau, tous deux familiers, le tout 
le quatorzième jour du mois d’apvril de l’an mil six cens vingt 
et quatre. Dieu veuille que ce soit pour son salut. Amen. 

Messire Estienne Royer célébra sa première messe le quator- 
zième jour du mois d’apvril de l’an mil six cens vingt et quatre, 
environ les sept heures du matin, à voix basse, à l’autel du Sainct- 
Suayre; et ceux qui le mirent à l’autel furent messire Pierre Ma- 
grot, chapelain, et messire Adriain Aymounin, aussy chapelain. 
Dieu veuille que ce soit pour son salut. Amen. 

Messire Philibert Marion célébra sa première messe le vingt- 
huictiesme jour du mois d’apvril de l’an mil six cens vingt et 
quatre, au grand autel, environ les sept heures du matin. Et ceux 
qui le mirent à l’autel furent messire Pierre Magrot, chapelain, 
et messire Jean-Baptiste Caseau, famijier ; là où il y avoit bonne 
assemblée et où il y receut beaucoup d’honneur. Dieu veuille 
que ce soit pour son salut. Amen. 


Monsieur Simon Darc, doyen de Poligny, mourut le seizième 
jour du mois de may de l’an mil six cens vingt et quatre, à huict 


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heures du matin, et mourut d’une mort subite; et a régné doyen 
vingt-quatre ans. Dieu veuille avoir son âme. Amen (I). 

Monsieur le chanoine Brun, théologal, print possession de 
doyen à Poligny, le dix-septième jour du mois de may de l’an 
mil six cens vingt et quatre, environ les quatre [heures] du soir, 
après vespres, avec un grand honneur. Dieu veuille qu’il fasse 
bien. Amen (2). 

Le sire Ilugue Caseau, courdonnier, mourut le vingt-uniesme 
jour du mois de may de l’an mil six cens vingt et quatre, à dix 
heures du soir, et mourut hydropique. Dieu veuille avoir son 
âme. Amen. 


Continuation du livre des recueils et des choses mémorables 

ADVENUES DANS LE PAIS, TANT A DOLE QUE A POLIONY, ETC. 

L’année 1692, l’Université fut ostée de Dole et mise h Besan- 
çon (31. Sitost après ce changement, trois professeurs moururent, 
sçavoir : messire Louis Tixerant, professeur, médecin, habile 
homme dans la théologie, dans le droit et dans la faculté de mé- 
decine. Cette mort arriva le mois de febvrier. Sa fille de premier 
lict est religieuse aux Repenties de laditte ville, et son fils ainé 
s’cstoit noié quelques années auparavant, en se baignant dans le 
Doux, à Dole. Dieu aye leur âme. Ainsi soit-il. Il est enterré au 
Petit S‘-Jean. 


(I) V. sur ce personnage, CiftvALiER, llisl. de Pol., t. h, p. 127-128. 

(2} Sur ce personnage, voy. Chevalier, Hist. de Pol., t. n, p. 128-130. 

(3) Les lettres patentes de Louis XIV ordonnant la translation de luni- 
versité de Dole à Besançon sont du mois de mai 1691. V. Labbey deBilly, 
Histoire de V Université du Comté de Bourgogne, 1 . 1 , p. 98-100; — H. Beaune 
et J. d’ARBAUMO.vr, Les Universités de Franche-Comté, p. cclxxvii-lclxxxi 
et 185-186. 


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- 73 - 


Messire Jean-François Bidey, professeur royal et doyen de la 
faculté de médecine en laditte université, mourut le 24 mars \ 692, 
environ les neuf heures du matin. Il laissa six enfants. Le pre- 
mier se fit Cordelier plusieurs années avant sa mort, et se nomme 
Jean-Antoine Bidey; la seconde se nomme sœur Marie-Jeanne- 
Baptiste Bidey, religieuse Annonciade à Besançon ; le troisième se 
nomme Constance-Ignace Bidey ; le quatrième se fit encor Cor- 
delier observantin, et s’appelle frère François Bidey; la cinquième 
se maria le quatrième juin \ 696, et se nomme Christine-Thérèse 
Bidey ; elle a pour mary Juseph Muard (1 ), lieutenant de Moirans, 
grand procureur de S‘-Claude et bailly de la Tour du Met (2); le 
sixième est Pierre-Joseph Bidey, présentement confrère de l’O- 
ratoire de Jésus, esludiant en philosophie au Mans. Est enterré 
à S'-Mauris, à la chapelle de mons. de Fallelans-Bussy. 


Messire Charnage, doyen de l’Université et 

de la (3). 


La Chambre des comptes a esté changée en Cour des aides, à 
laquelle on a adjouté la Chambre dorée. Toutes les charges du 
pais, depuis celle de président jusque à celle d’huissier, se sont 
vendues, à cause des grandes guerres qui ont ruiné le commerce 
du roy de France avec ses voisins, le royaume soutenant contre 
tant de monde, pendant si longtemps, une guerre sans pareille, 
outre les cottes royales que l’on a extraordinairement augmen- 
tées, il a fallu payer francs-aleux , amortissement, capitation et 
quantité d’autres inventions que l’on a trouvez pour ruiner le 
peuple. — Il y est arrivé une cherté si grande, que le froment, 
dans des endroits du pais, a valu jusque à neuf frans de nostre 
monnoie, et ordinairement six et sept frans susd. monnoie, le vin 


(1) Muyard. 

(2) La Tour-du-Meix . 

(3) Laissé en blanc dans le manuscrit. — Henri de Charnage, doyen de 
la faculté de droit en l’université de Besançon, mourut en 1695. Voir H. 
Beaune et J. d’Arbaumont, ouvrage cité, p. 199. 


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- 74 - 

deux cens frans le muit. Le peuple a presque esté réduit dans une 
famine ouverte et générale, les vignes depuis plusieurs années ne 
rapportans que très peu de raisins, à cause des grandes gelées 
d’bjver, des grêles presque générales. L’année <696, les vignes 
ont esté entièrement perdues dans Besançon par la grêle, et dans 
le voisinage de presque six à sept lieues de tour. 


RÉGÉBÉRÂTIOB ARTIFICIELLE DD COMBUSTIBLE 

PAR 

l'utilisation de toute la partie charbonneuse 
des détritus quelconques 

Par M. Hadert, ex-ingénieur à S'-Lothain 
(Suite et fin.) 

La création d’herbages permanents, ou au moins temporaires, sur 
è peu près tout sol arable quelconque, qui m’avait tant préoccupé, à 
une époque où la possibilité en était vivcmont contestée, paraît con- 
stituer aujourd’hui un fait acquis à l’art agricole. Les efforts persévé- 
rants du principal auteur de cette importante innovation, M. Goetz, 
semblent avoir eu raison finalement de toutes les résistances naturelles 
et artificielles qui se sont si longtemps dressées devant lui. Or, si, au 
prix de cultures et fumures préalables convenables, on a pu parvenir 
à assurer l’engazonnement de presque tout sol, bien peu de praticiens 
hésiteront à attendre de l’emploi des mêmes moyens le plein succès 
d’une plantation de 80 è 100 pieds par hectare d*arbre3 forestiers d’es- 
sence appropriée aux conditions locales. La rapidité et la vigueur de la 
végétation des massifs forestiers de nos parcs et de nos squares, op- 
posée à la si lente et souvent si pénible croissance des vieilles écorces 
de nos forêts, témoignent suffisamment de l’efficacité de ces soins 
préalables. Vous obtenez ainsi, dans le premier cas, en 25 à 30 ans. 


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un cube de bois qui réclamera souvent plus de 80 ans, dans le second 
cas. 

On peut cependant affirmer que les soins et façons préliminaires 
obtenus par les massifs d’arbres de la plupart de nos parcs restent en- 
core bien insuffisants, et sont loin d’équivaloir à ceux que je con- 
seillerais pour la création des prairies sous futaie que je préconise ici. 
Je concevrais, en effet, que ces plantations forestières fussent alignées 
selon des bandes alternes contiguës. De deux de ces bandes contiguës, 
l’une seule serait implantée d'arbres, alors que sa voisine serait main- 
tenue en état de culture, surtout fourragère. La végétation arbores- 
cente n’y apparaîtrait que lorsque cclle-ei aurait disparu de la bande 
voisine par la coupe des arbres arrivés au terme de leur croissance 
utile. Les arbres qu’on planterait alors sur cette bande maintenue en 
un vigoureux état de culture arable ou pacagère pendant toute la phase 
forestière de la bande voisine ne sauraient manquer de s’y développer 
avec une remarquable vigueur. Et sur la bande contiguë que la cognée 
viendrait de dépouiller de sa parure forestière, le sol, rouvert par la 
charrue, exhiberait ces trésors de richesse dus à son long repos tout à 
la fois forestier et herbager. En apportant toute la discrétion conve- 
nable dans l'aménagement de celte richesse acquise, bientôt secourue 
par d’abondantes fumures et des engazonnements périodiques, on pré- 
parerait, longuement et à loisir, sur cette bande cultivée entre bois, le 
retour d’une seconde phase de végétation de prairie sous futaie sans 
doute plus brillante encore que la première. 

J’ai, il y a quelques années, dans la première partie plus spéciale- 
ment agricole de mes communications à ce recueil, signalé au lecteur 
le danger auquel un repos trop prolongé exposait certains sols natu- 
rellement assez disposés, soit à se couvrir de bois, soit à s’enherber. 
J'ai montré alors que, sous cette influence, d'autrefois si bienfaisante, 
plusieurs natures de sols tendraient à se laisser envahir par la mousse, 
la laiehe', la petite oseille, les lichens et finalement la bruyère, pour 
revenir à l’état sauvage. J’avais cru longtemps cet effet exclusivement 
propre aux terrains d’origine plus ou moins directement cristalline 
auxquels j’avais eu affaire; un séjour déjà assez prolongé dans une partie 
essentiellement calcaire de la région jurassique m’a convaincu que 
l'effet que je viens de rappeler est encore plus général que je l’avais 
d’abord cru. L’expérience a montré à plusieurs cultivateurs franc- 
comtois, aussi bien qu’à leurs confrères du Bourbonnais, du Berry et 


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- 70 - 

de la Sologne, qu’un repos trop prolongé finit par devenir préjudiciable 
à divers de leurs pâturages et même de leurs admirables prés-bois. 

Je peux donc, d’après cette importante remorque, signaler ici, uoc 
circonstance particulièrement faCorable â la création de ces prairies 
sous futaie qui me semblent propres à porter à son maximum la pro- 
duction du bois, sans réduction notable de la superficie arable et four- 
ragère. Cette alternance, par bandes contiguës assez étroites, entre la 
culture arable et forestière, répond spontanément à ce desiralum de 
ne pas soumettre à un repos trop prolongé les parties forestières même 
les plus âgées de nos prairies sous futaie. Si, en effet, le contact direct 
avec la cbarruc risquait de devenir, à un moment donné, préjudicia- 
ble â nos plantations d’arbres, les labours assez fréquents que compor- 
teront les bandes contiguës que la cognée vient de dénuder de leur 
végétation arborescente ne pourront, à cette distance de 2 à 3 mètres, 
au moins, des traits de cbarruc les plus rapprochés, qu’être très favo- 
rables aux arbres qui resteront en pleine végétation dans la bande voi- 
sine, sans risque de nuire à leurs racines. 



Je ne dois pas non plus oublier de signaler, au sujet de ces prairies 
sous futaie, la possibilité de les établir dans des contrées monta- 
gneuses et sur des pentes même assez abruptes. Il suffira, en de tels 
cas, pour rendre nos bandes contiguës alternes suffisamment accessi- 
bles]» la cbarrue et aux cbarriots, d’établir ces bandes suivant des lignes 
à peu près de niveau, étagées sur les talus plus ou moins raides qui 
forment les escarpements. C’est là précisément le conseil que l’on pro- 
digue en ce moment, sans grand succès, à nos paysans vignerons, en 
vue de leur permettre de travailler, sur les côtes, leurs vignes à la 
charrue. Mais si je peux caresser l’illusion jusqu’à penser qu’un jour 
pourra venir où cet appel en faveur des prairies sous futaie sera sus- 
ceptible d’être entendu, je ne la pousse certainement pas jusqu’au point 
de croire qu’il pourra l’être par des paysans. 

Je dois forcément me borner, à l’égard de cette conception, peut- 
être trop fantaisiste, de l’union de l’agriculture avec la sylviculture, à 
ces simples indications, où , je dois l’avouer, l’imagination a la princi- 
pale part. Aucune des assez nombreuses observations que j’ai faites 
dans cet ordre d’idées, qui me préoccupe depuis bien des années, ne 
peut mériter le nom d’essai véritable. Aussi, quelle que soit ma con- 
fiance dans le succès d’une innovation aussi hardie, entreprise par line 


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— 77 


agriculture assez perfectionnée , je dois reconnaître que l’expérience 
en reste tout entière à accomplir. 

Quoi qu’il en soit, ces derniers aperçus que je viens de communiquer 
sur l’accroissement de la production forestière, tout-à-fait en dehors 
de l’extension superficielle de la forêt, auront, je l’espère, convaincu le 
lecteur de l’importance propre que conservera toujours une pareille 
production. Quelque soin que l’on puisse jamais apporter à faire con- 
verger vers une régénération artificielle de combustible toute la partie 
charbonneuse et hydrogénée des détritus quelconques qui pourront 
suffisamment s’y prêter, la valeur, même purement calorifique du bois, 
ne saurait jamais se subordonner beaucoup. Quant à sa valeur de ser- 
vice, les rêves les plus présomptueux de la métallurgie ne sauraient 
certainement aller jusqu’à la pensée de l’annuler un jour. 

Grâce à cette longue et obligeante hospitalité qu’a bien voulu me 
fournir le Bulletin de la Société d’agriculture, sciences et arts de Po- 
ligny, hospitalité dont je crains d’avoir trop abusé, j’ai enfin terminé 
l’exposition des idées que je professe depuis longtemps sur le double 
aménagement, souvent connexe, de l’engrais et du combustible, ces 
deux trésors principaux péniblement conquis par notre espèce. Je 
croirais manquer à tous mes devoirs, si, avant de prendre congé d’eux, 
je ne saisissais cette occasion de remercier vivement cette Société et 
mes lecteurs de la patiente et bienveillante indulgence dont ils ont bien 
voulu m’honorer. J’hésite d’autant moins à leur attribuer envers moi 
la faveur de l’indulgence que je reste plus convaincu que j’ai dû, pour 
beaucoup de personnes, avoir, dans ce long exposé, atteint et même 
dépassé toutes les bornes de l’utopie. L’écart entre la plupart de mes 
vues et ce qu’accepte aujourd’hui l’opinion sur de tels sujets, cet écart, 
dis-je, est tel, qu’il m’eût sans doute été impossible d’opérer une pa- 
reille communication sans l’indulgence à laquelle je suis heureux d’a- 
voir ici à rendre hommage. 

Il n’a fallu rien moins que le ferme espoir qui m’animait et que je 
conserve que les évènements se chargeraient, dans un avenir même 
assez prochain , de justifier certaines de ces insanités , pour m’encou- 
rager à continuer à les publier et à imposer à ce recueil la corvée d’un 
pareil enregistrement. Mes prévisions à cet égard n’ont pas été com- 
plètement déçues. Déjà, comme je l’ai dit dans le cours de ce travail, 
certaines de mes vues ont cessé d’apparaître comme qpssi déraison- 
nables. 


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Ces jours derniers, je recevais d’un de mes amis, lecteur du Bulletin, 
l’intéressante communication imprimée suivante, sous eette rubrique : 
« Les ordures remplaçant la houille . » Les municipalités savent toutes 
les difficultés que l’on éprouve a se débarrasser des ordures et des im~ 
mondices qui proviennent du balayage des rues.... M. de Par ville dit, 
dans les Débats, que la ville de Leeds, en Angleterre, a mis h l’essai 
depuis quelque temps un mode de traitement des balayures des rues 
qui ne manque pas d’originalité. 

« A Leeds, on détruit tout bonnement les ordures par le feu. 

« On a installé dans la banlieue de Leeds, des fours, des distroyers , 
h six cellules en briques, garnies de chemises réfractaires. Chaque four 
occupe un espace de 7 mètres de longueur, 6 m. 80 de largeur et 3 m. 
70 de haut. .On conduit les détritus jusqu’à ces fours. Chaque compar- 
timent peut brûler 7000 kilog. en 24 heures. Les gaz s’en vont par la 
cheminée, les scories, les cendres et le mâchefer sont enlevés toutes 
les deux heures. 

« Dans certains fours, on brûle spécialement les viandes gâtées, les 
vieux vêtements, les articles de literie soupçonnés de pouvoir trans- 
mettre des maladies contagieuses. 

« Une fois un four en feu, il est inutile d’y ajouter du combustible. 
Les détritus se consument parfaitement, et le foyer ne dégage dans 
l’atmosphère aucune odeur. Voilà pour la destruction. Maintenant, 
voici pour l’utilisation : La chaleur produite n’est pas perdue, on s’en 
sert pour faire delà vapeur, et avec celte vapeur on donne le mouve- 
ment à des machines. A Leeds, on met en marche deux moulins qui 
réduisent les scories en poudre; on mélange cette poudre à de la 
cbaux et l’on fabrique un mortier à prise rapide qui se vend à raison 
de 6 fr. 28 (i) la tonne. A côté, on convertit les balayures des rues 
pavées, des halles, des marchés, en un charbon très employé à la fois 
comme engrais et comme désinfectant : on le vend 37 fr. 80 la tonne. 

« Le procédé employé à Leeds a donc un double avantage : il dé- 
barrasse la ville de ses immondices, les transforme en produits utiles 
et fournit en outre de la force motrice. 

« Les ordures remplacent la houille. On cherche en ce moment le 

(1) Ce prix de 6 fr. 25 me parait tellement bas, surtout pour 1* Angleterre, que je ne peux 
m'empêcher de soupçonner qu'il a dû s'/ gHsser quelque erreur. 


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— 79 - 


moyen d’éclairer les rues et les places publiques, à bon compte, avec 
la lumière électrique qui n’exige que de la force motrice. Eneore un 
peu de patience, et les immondices des villes se transformeront comme 
par enchantement, en lumière éblouissante. Eclairer une ville avec ses 
détritus! pourquoi pas? Ne sommes-nous pas en plein siècle a sur- 
prises. » 

Je doute que les quelques personnes qui auront pu me faire l'hon- 
neur de suivre avec quelque attention cette longue série d'élucubra- 
tions que j’achève en ce moment, trouvent dans l’initiative prise par 
la ville de Leeds le meilleur et le plus fructueux emploi de la partie 
minérale et charbonneuse de scs détritus. Elles déploreront sans doute 
avec moi ces torrents d’ammoniaque versés en pure perte par les che- 
minées des fours, et eette énorme masse de chaleur sacrifiée pour 
brûler un combustible le plus ordinairement tout imprégné d'eau. 
Elles s’étonneront à bon droit qne notre ville anglaise, à quelques 
lieues de la mer, ne songe pas à utiliser pour son éclairage électrique 
l’immense force perdue et gratuite des marées océaniques. 

Mais au-dessus de ces critiques de détail trop faciles, il surnagera, 
pour ces personnes attentives, une application pratique décisive de 
plusieurs des vues que je viens de développer. L’idée de régénérer, 
avec l’ordure et l’immondicc, d’énormes masses de combustible leur 
apparaitra peut-être désormais comme moins étrange. Mon autre idée de 
convertir en ciments et mortiers hydrauliques la partie des cendres de 
nos foyers que l’on ne peut soustraire à la vitrification reçoit à Leeds 
une importante et éclatante confirmation. 

La ville de Leeds, comme il doit être, ne peut que se trouver encore 
toute dominée parla seule pensée de se débarrasser, sans trop de désa- 
vantages, d’une partie de ces substances encombrantes et répugnantes 
dont je viens de m’efforcer de faire un peu mieux apprécier la valeur. 

Le jour viendra où, comme tant de ses sœurs, elle devra songer â 
tirer un parti vraiment social de pareils trésors. Sa précieuse initiative 
ne peut et doit donc que m'encourager à persévérer en toutes circon- 
stances dans la tâche en apparence si bizarre que je me suis donnée. 
Puisse aussi cette initiative offrir au Bulletin de la Société d’agriculture, 
sciences et arts de Poligny une juste compensation à sa bienveillante 
hospitalité! J’ose espérer qu’un certain nombre de faits de cette'naturc 
finiront par le convaincre que le singulier enregistrement auquel il a 


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— 80 — 

bien voulu condescendre, et dont je le remercie encore une fois, ne 
constituera pas dans ses collections une série d'élucubrations absolu- 
ment dignes de Charenlon. 


LES CHAMPIGNONS 

COMESTIBLES ET VÉNÉNEUX 
DE LA FLORE DU JURA 

Par M. PATOUILLARD, 

pharmacien, membre de la Société de botanique de France , ancien prépa- 
rateur de botanique au Muséum d' Histoire naturelle , etc . 


(Suite) 

Les COPRINS. — Coprinus. 

Los espèces du genre Coprinus sont très faciles à distinguer; 
tout le monde a remarqué les innombrables champignons qui ap- 
paraissent à la surface des fumiers après les pluies chaudes du 
printemps et de l’automne : ce sont les coprins. Un grand nombre 
d'espèces grêles et délicates se flétrissent et se transforment en un 
liquide noirâtre, après quelques heures d'existence, celles-là ne 
présentent aucun intérêt comme aliment , mais il en est quelques 
autres, à dimensions plus considérables qui, dans leur jeune âge, 
alors que le chapeau ne s’est pas encore ouvert, et que les lames 
sont encore de couleur blanche, constituent un comestible peu dé- 
licat, il est vrai, mais pouvant être utilisé; parmi ces' dernières, 
nous indiquerons les suivantes : 

Coprinus comatus Fr. (coprin chevelu). 

— ovatus Fr. (coprin en forme d’œuf). 

— sterquilinus Fr. (coprin sterquilin). 

— atramentarius Bull, (coprin à encre). 

— Jimetarius L . (coprin fimetaire). 


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— 81 — 


C. comatus Fr . — Chapeau charnu , cylindrique , puis étalé, se 
déchirant rapidement en écaillée éparses, larges et appliquées, à 
bords plus ou moins relevés, striés à la fin, blanc, rose ou roux, 
surtout au sommet, puis noir. Lames libres, blanches, puis purpu- 
rines et noires. Stipe épais, creux, farci de moëlle aranéeuse, bul- 
beux à la base, atténué au sommet, luisant, blanc ou lilas pâle. An- 
neau mobile, blanc, fugace. Hauteur du chapeau 7-8 centimètres, du 
stipe, 14-15. 

Croit en grosses touffes dans les terrains fumés. Eté, automne. 

• 

C. ooatus Fr. — Plus petit que le précédent , à chapeau ové , 
puis étalé, strié, couvert d’ écailles épaisses concentriques. Stipe 
bulbeux, ferme, épais, aranéeux à l’intérieur. Anneau fugace. La- 
melles longtemps blanches, puis noires. 

Solitaire dans les prés et les champs fumés. Printemps et été. 

C. sterquilinus Fr. — Chapeau membraneux, ovale-conique, 
étalé, sillonné , villeux-soyeux, à fines écailles retroussées surtout 
au sommet, marge déchirée, blanc sale, haut de 8-9 centimètres. 
Lames pourprées-noirâtres. Stipe creux, à base solide, sans racine, 
très-long, fragile, blanc, se tachant de noir sous les doigts. An- 
neau oblique vers la base du stipe. 

Dans les jardins, sur les pelouses, au printemps et à l’automne. 
Peu commun. 

C. atramentarius Bull. — Chapeau peu charnu, ové, anguleux 
et sillonné, grisâtre, ponctué au sommet par de petites écailles. 
Lames très ventrues , blanchâtres puis purpurines et enfin noires. 
Stipe épais puis allongé, creux, ferme, zone en dedans, pourvu vers 
sa base d’un anneau fugace. Chapeau de 6-7 centimètres de haut 
sur 4-5 de large, stipe ayant deux fois la hauteur du chapeau. 

Très fréquent, surtout en automne, dans les jardins, les prés, dans 
les cours et sur les chemins. 

C’est avec le liquide provenant de la déliquescence dos lames de 
cette espèce, que Bulliard était parvenu à faire de l’e>.cre. 

C.jimetariuSy L . — Chapeau sub-membraneux en massue, puis 
conique, de 2-3 centimètres de haut sur 4-5 de large, bientôt étalé, 
déchiré et révoluté, à centre saillant, cendré, livide au sommet, ru- 

6 


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gueux, écailleux, gercé longitudinalement. Stipe écailleux, épaissi 
à la base. Lames libres, flexueuses, noires. 

Commun au printemps sur les fumiers. Les poules en sont très 
avides. 


Les CORTIN AIRES. — CkMrtlnarlas. 


Les cortinaires sont caractérisés par la contexture du collier ou 
cortine, qui est arachnoïde. Les lames se décolorent en séchïuit et 
sont à la fin de couleur canelle. 

Aucune espèce de cortinaire n'est indiquée comme nuisible, 
quelques-unes seulement sont amères, et par suite peu propres à 
l’alimentation. 

Signalons, parmi les plus remarquables, les espèces suivantes : 

Cortinarius collinitus Sow. (cortinaire visqueux). 

— v iolaceus L . (cortinaire violet). 

— bolaris Fr. (cortinaire couleur de brique). 

— bivelus Fr. (cortinaire à voile double). 

— armillatu8 Fr. (cortinaire à bracelet). 

— ca8taneu8 Bull, (cortinaire châtain). 

— miloinu8 Fr. 

C. eollinitus Sow . — Chapeau charnu, convexe puis étalé, 7 cent., 
obtus, uni, glutineux , luisant, orangé fauve. Lames serrées, blan- 
châtres ou bleuâtres, puis argileuses. Stipe plein, ferme, cylindri- 
que, voile floconneux, se divisant en écailles concentriques glu - 
tineuses appliquées sur le stipe qui est blanc avec une teinte 
bleuâtre. 

Automne. Sur la terre, dans les bois herbeux, les prés. 

C. cioloceus L. Chapeau charnu, obtus, écailleux, à marge en- 
roulée, violet obscur. Lames espacées d’un violet sombre ^ Chair 
concolore. Stipe plein fort, bulbeux, spongieux, villeux, violet foncé 
à l’extérieur et violet cendré à l’intérieur. Cor tine laineuse bleu- 
clair. 

Commun dans les forêts. Eté, automne. 


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- 83 - 


C. bolaris Fr. — Chapeau charnu, convexe, d’abord jaunâtre, 
puis teinté de rouge safrané . Cortine rouge feu adhérente à la 
marge. Chair jaune, amère. Stipe plein, blanc, puis jaunâtre et en- 
suite rouge safrané. Lames ochracées. 

Groupé dans les bois humides, été, automne. 

C. bioelusFr . — Grand. Chapeau charnu, convexe, obtus, glabre , 
fauve rouillé, plus foncé au centre. Lames fauves. Stipe ferme, sub- 
bulbeux, blanchâtre, cortine fauve sale. Au-dessous de la cortine, il 
y a un voile extérieur blanchâtre chaussant le stipe. 

Eté, automne, dans les bois de la plaine. 

C. armillatus Fr. — Chapeau charnu, campanulé, rouge brique, 
glabre, puis fibrilleux écailleux. Lames rouillées presque brunes. 
Stipe plein, allongé, bulbeux, strié, roux pâle. Voile disposé en 
3-4 zônes concentriques , rouge cinabre , cortine d’un blanc rou- 
geâtre continuant la zône supérieure. Odeur de radis. 

Les zônes concentriques rouges du stipe distinguent aisément ce 
cortinaire de toutes les autres espèces. 

Eté, automne, surtout dans les bois de sapins. * 

C. castaneus Bull. — Chapeau mince, glabre, campanulé, ap- 
plati, châtain , plus obscur au centre. Lames serrées, minces, 
pourpre violet ou rouillées, à arête devenant blanche. Stipe sub- 
fistuleux, glabre ou fibrilleux par la cortine, violacé ou rouge pâle. 
Cortine ténue blanche. 

Automne. En groupe dans les prés et forêts herbeuses. 

C. milvinus Bull. — Chapeau conique, strié jusqu’au milieu, 
gris-fauoe, devenant soyeux et plus pâle par le sec. Marge ornée 
d’écailles blanches. Lames très minces, olivâtres. Stipe courbé, 
lisse, brun-pâle, taché de blanc. Cortine fugace. Espèce petite 
(2-4 centimètres). 

En troupe dans les bois parmi les feuilles. Eté, automne. 


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— 84 — 


Genre gomphidius. 

Le genre gomphidius est caractérisé par un voile universel glu - 
tineux terminé sur le stipe en un anneau floconneux; par un cha- 
peau en forme de toupie continu avec le stipe et par des lames 
très décurrentes molles, mucilagineuses. 

Dans le département, on rencontre seulement deux espèces de ce 
genre, toutes deux comestibles et assez communes en automne 
dans les forêts de conifères. 

Gomphidius viseidus Fr. (Gomph. visqueux). 

— glutinosus Fr. (Gomph. glutineux). 

G. viseidus Fr. — Chapeau mamelonné au centre, visqueux, 
brunâtre, rouge, lisse, compacte charnu (4-5 centimètres), à chair 
jaunâtre. Lames très décurrentes, espacées, pourprées, ombrées. 
Stipe plein, allongé, peu visqueux, fibrilleux, écailleux, jaunâtre. 
Cortine non glutineuse, caduque. 

Eté, automne, commun dans les sapinières. 

G. glutinosus Fr. — Chapeau obtus, glutineux , pourpre, bru- 
nâtre, livide, noirâtre au centre. Lames blanchâtres puis cendrées. 
Stipe un peu épaissi en bas, blanc au sommet et jaune à la base. 
Chair blanche dans le chapeau et le sommet du stipe , jaune à la 
base. 

Var. roseus Fr. — Cette variété est un peu plus petite que le 
type, elle s'en distingue par son stipe qui est rose-incarnat ou plus 
ou moins rouge surtout à la base. Chair un peu carnée. 

Eté, automne. Communs sous les sapins ; la variété plus rare. 


Genre Paxlllus* 

Ici les lames décurrentes sont membraneuses et se séparent 
facilement de Vhymenophore. La marge du chapeau est fortement 
enroulée dans le jeune âge, elle se déroule peu à peu en môme 
temps que le chapeau, se déprime au centre. 


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- MJ - 


ESPÈCE COMESTIBLE. 

PaxilluM involutus Fr. (P. enroulé). 

ESPACE SUSPECTE. 

Paxillus atrotomentosu s Fr. (P. noir-tomenteux). 

P. involutus Fr. — Grand (1-2 décimètres). Chapeau compact, 
convexe plan', puis déprimé, à marge inooluée et t ornent euse, 
ochracé, rouillé et luisant. Lames décurrentes molles, larges, 
anastomosées près du stipe, jaunâtres, tachetées. Chair olivâtre. 
Stipe charnu, solide, ferme, nu, jaunâtre. 

Très commun en automne dans les prés et les bois; vient en 
cercles. 

P. airotomentosus. — Chapeau charnu, de plan devenant in- 
fundibuliforme, marqué de dépressions, couleur d’un fauve rouille, 
marge mince enroulée. Stipe souvent latéral, fort, revêtu d’un 
velours brun- noir. Chair blanche. 

Eté, automne, sous les pins. Rare. 

Les HYGROPHORES. — Hygrophorus. 

Lames à arête aiguë, difficilement séparables du chapeau, 
aqueuses, succulentes, à trame granuleuse. Croissent sur la terre, 
tardivement en automne. 

ESPÈCES COMESTIBLES. 

Hygrophorus ebuneus Bull. (Hyg. ivoire). 

— erubeseens Fr. (Hyg. rougissant). 

— pratensis Fr. (Hyg. des prairies). 

— virgineus Fr. (Hyg. virginal). 

— niveus Fr. ( Hyg . blanc de neige). 

— eoeeineus Fr. (Hyg. écarlate). 

— puniceus Fr. (Hyg. rouge pourpre). 

ESPÈCE VÉNÉNEUSE OU SUSPECTE. 

Hygrophorus murinaeeus Fr. (Hygr. gris de souris). 

(A suivre). 


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POÉSIE 


LA LÉGENDE DE MARIE DE MONTFERRAND 

0 Suite et fin.) 

IV 

Déjà sur la tourelle 
On voit frissonner l’aile 
D’un funèbre hibou. 

Doucement la nuit tombe, 

Et la pauvre colombe 
Dort dans l’antre du loup. 

Elle est seule. Le Maître 
Dans sa chambre, peut-être, 

Converse avec l’enfer. 

Car il doit donner l’àme 
De la timide femme 
Au sire Lucifer. 

« Ah ! c’est vraiment dommage 
« De faire cet hommage 
« Au perfide démon ! 

« Je veux garder cet ange.... i 
Avec un rire étrange, 

Ainsi pensait Raymond. 

Marie en sommeil songe.... 

Mais ce n’est que mensonge 
Ce qu’un cœur peut rêver. 

Elle voit hors d’haleine 
Son pâtre dans la plaine 
Qui cherche à la trouver.... 

Et le muguet du diable 
Scintille sur la table 


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D’un feu sombre, infernal. 
La pauvre enfant s’éveille, 
Pâle, prête l’oreille 
Au son d’un bruit fatal. 

Dans le ciel un nuage 
Pî^se chargé d’orage. 
Minuit sonne au beffroi. 

Et la voix du tonnerre 
Qui fait trembler la terre, 

La plonge dans l’effroi!.... 

Oh Dieu! terreur amère! 
Des cris, ceux de sa mère, 
Ont frappé son esprit. 

Et brillant dans la nue 

Apparaît à sa vue 

Le mot « parjure » écrit!... 

En sa douleur cruelle 
L’enfant dans la tourelle 
Pleure sa liberté. 

Du lit elle s’élance 
Dans l’ombre et le silence... 
Le regard hébété. 

Frémissante en son être 
Elle ouvre la fenêtre : 

Au bas coule le Doubs. 

Et sur le haut parage 
Le gigantesque orage 
Redouble son courroux ! 

Dans son âme en démence 
Un désespoir immense 
Grandit en l’étouffant. 



Et dans l'abîme horrible, 
Poussant un cri terrible, 
Se laisse aller l'enfant ! 


V 

L'orage avait cessé. — Dans la vaste campagne 
Des écumeux torrents tombaient de la montagne. 

Plus brillantes partout se redressaient les fleurs 
Emaillant le gazon de leurs fraîches couleurs. 

Le laboureur partait et la cloche joyeuse 
Appelait dans les cœurs la prière pieusre. 

Sur les rives du Doubs, dans le riant vallon 
Gisaient des chênes noirs brisés par l'aquilon. 

Seul sur le bord affreux du profond précipice 
Où l’enfant avait fait son sanglant sacrifice : 

Raymond de Montferrand regardait étonné 
Bien qu’au fond de lui -même il eût tout deviné. 
Tout-à-coup il tressaille.... et devant lui, sur l’herbe 
Un jeune homme paraît, hautain, hardi, superbe! 

— Je suis Germain, l’amant de Marie, a-t-il dit, 

« Si tu me vois venir dans l’antre du Maudit, 

« C’est pour me venger! » — Et pareil à la panthère 
Sur le sire il s’élance, effrayant de colère. 

Il lui met dans le cou ses nerveux petits doigts, 

Iis tombent sur le sol, se relèvent trois fois. 

Puis retombent encore. Enfin, le cou bleuâtre, 
Raymond plonge un poignard dans la gorge du pâtre. 
Germain fait un effort.... Dans l’abime hideux, 

Corps à corps enlacés ils roulent tous les deux ! 

VI 


On retrouva trois corps sanglants dans la prairie.... 
Et sous un lac fangeux l’herbe s’était flétrie.... 


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vn 


Il est vers cette plaine un creux dans le roc nu. 

Chaque nuit il en sort de plaintives paroles. 

Des mères qui pleuraient leur pauvre enfant perdu 

Y moururent un jour. Et ce lieu peu connu 

Des passants a pour nom : < La Combe des Deux-Folles ! » 

J. Mathieu. 


MINISTÈRE DE L'AGRICULTURE ET DU COMMERCE 


CONCOURS régional agricole d’AUXERRE 

DU SAMEDI 13 AU LUNDI 22 MAI 1882 

ARRÊTÉ. 

Le Ministre de l’Agriculture et du Commerce, 

Vu les arrêtés qui ont jusqu’à ce jour réglé l’institution des con- 
cours régionaux agricoles, les comptes-rendus et les rapports dont 
ils ont été l’objet ; 

Vu les observations présentées par les différents jurys des con- 
cours antérieurs ; 

Vu les vœux émis par les membres du jury, les délégués des 
associations agricoles et les exposants ; 

Le conseil des inspecteurs généraux de l’agriculture entendu, 

Sur le rapport du Directeur de l’agriculture, 

Arrête : 

Art. l #r .— Le concours d’animaux reproducteurs, d’instruments 
et de produits agricoles institué chaque année dans la région com- 
prenant les départements de l’Ain, de la Côte-d’Or, du Doubs, du 
Jura, de la Haute-Saône, de Saône-et-Loire, de l’Yonne et la cir- 
conscription de Belfort, se tiendra en 1882, du 13 au 22 mai, dans 
la ville d’Auxerre. 

On pourra s'adresser au Président de la Société pour avoir des cartes 
d'admission, comme délégué de la Société, au Concours régional. 


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COMPTABILITÉ DU SOL 

(Suite) 


Acide phoaporlque. 


QUANTITÉS 

Enlevées au sol par les plantes, soit par 100 kilogrammes, 
soit par hectolitre, y compris 
les feuilles ou pailles correspondantes. 

Froment 

. . . . Hectolitre 

1 50 

PoiS ••• j •• m 

. . . . 100 kilog. 

1 17 

Houblon 

. . . . id. 

1 16 

Haricots 

. . . . id. 

1 10 

Vigne 

. . . . id. 

1 04 

Colza 

. . . . Hectolitre 

0 96 

Vesce 

. % . . . 100 kilog. 

0 94 

Orge 

. . . . Hectolitre 

0 90 

Seigle 

. . . . id. 

0 88 

Tabac 

. . . . 100 kilog. 

0 87 

Pommes de terre . . 

. . . . Hectolitre 

0 84 

Sarrazin 

. . . . id. 

0 70 

Chanvre 

. . . . 100 kilog. 

0 69 

Maïs 

. . . . Hectolitre 

0 65 

Foin 

. . . . 100 kilog. 

0 52 

Trèfle 

. . . . id. 

0 45 

Choux 

. . . . id. 

0 36 

Avoine 

. . . . Hectolitre 

0 19 

Carottes 

. . . . 100 kilog. 

0 19 

Chicorée 

. . . . id. 

0 17 

Ray-grass 

. . . . id. 

0 17 

Navets 

. . . . id. 

0 16 

Topinambours . . . 

. . . . id. 

0 16 

Luzerne 

. . . . id. 

0 15 

Millet 

. . . . id. 

0 13 

Betteraves 

. . . . id. 

0 07 

Lin 

. . . . id. 

0 07 

Canne à sucre . . . 

. . . . id. 

0 03 


L'azote du sulfate d’ammoniaque convient principalement aux plantes 
à graines, et celui du nitrate de soude et de potasse aux betteraves, aux na- 
vets et aux pommes de terre 


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Acide phoephorlque. 


QUANTITÉS 

Rendues au sol par les engrais par 100 kilog. 


Noir vierge ! . . T 

Noir en grain . . . . 

Guano de Mexilionès . . 

Phosphorite d’Espagne . 
Noir de raffinerie . . . 

Noir de sucrerie . . . 


Poudre d’os du commerce 30 » 

Raclures d’os 23 1 

Phosphate de chaux fossile 20 50 

Superphosphate de chaux des os 17 35 

Phospno-guano 16 18 

Superphosphate de chaux fossile 15 • 

Guano du Pérou li 70 

Cendres de bois 9 90 

Engrais de poissons . 8 » 

Sang desséché 3 36 

Tourteaux de chanvre 3 28 

— de colza 3 » 

I — de ricin 2 48 

Poudrette de Bondy 2 30 

Goémons 2 19 

Engrais humain recueilli par les appareils Goux ... 2 » 

Tourteaux d’œillette 1 66 

Tourbe 1 51 

Défécation de sucrerie 1 50 

Tourteaux de sézame 1 47 

— d’arachide 0 55 

Tangue ou sable de mer 0 46 

Déjections humaines à l’état naturel (solides et liquides) 0 42 

Balle de blé 0 40 

Tourteaux de suint 0 40 

Marc de raisin 0 25 

Urine humaine 0 25 

Boues de Paris 0 18 

Engrais humain liquide, dit engrais flamand .... 0 14 

Vinasse de pommes de terre 012 

Mélasse de betterave 0 081 

Balle d’avoine 0 02 

Eaux des égouts de Paris 0 001 


La chaux transformant rapidement l'azote en carbonate d'ammoniaque 
(gaz très volatil), il faut se garder de mettre les engrais azotés en contact 
avec la chaux (carbonate de chaux) 

(il suivre /. 


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REVUE DES JOURNAUX SCIENTIFIQUES ET AGRICOLES 

Nous empruntons au Bulletin d’agriculture de l’Ailier un ar- 
ticle qui a fait sensation lors de son apparition dans les journaux 
du Midi. 

(La rédaction). 

UNE PLANTE OUI REMPLACE LA VIGNE. 

Sous ce titre, une grave et bonne nouvelle nous arrive du Midi de 
la France. 

Tout le monde sait les pertes énormes qui ont été éprouvées, depuis 
une vingtaine d’années, par notre agriculture nationale, à la suite des 
ravages du phylloxéra ; plus de la moitié des vignes françaises a déjà 
disparu et nul ne saurait prévoir le terme des déprédations du terrible 
dévastateur. Vainement a-t-on employé à son encontre procédés sur 
procédés, ingrédients sur ingrédients; rien n’y fait, et jusqu’ici les 
expérimentateurs en sont pour leurs frais d’expérimentations. Malgré 
les mille et une recettes employées tour à tour pour le combattre et le 
détruire, le phylloxéra ne s’en porte pas plus mal et continue à dé- 
truire, lui, tout à son aise, nos splendides et luxuriants vignobles. 

En présence d’un pareil désastre, un agronome courageux, dont les 
travaux ont déjà reçu la sanction et les encouragements des Sociétés 
savantes, après bien des essais infructueux pour conjurer le mal, est 
parvenu, non à le dompter, mais à le tourner. Abandonnant donc la 
vigne à son malheureux sort, il s'est demandé si l’on ne pourrait pas 
trouver dans un autre végétal les éléments de prospérité qui nous font 
défaut par la disparition du précieux arbuste. 

Cette plante est aujourd’hui toute trouvée : c’est une variété de 
betterave rouge , sans rivale dans le monde entier par ses qualités in- 
comparables, qui serait appelée à recuellir l’héritage de la vigne. 

Comme on le sait, la betterave fournit, en effet, des alcools de pre- 
mier choix; pourquoi sa pulpe, traitée comme le moût du raisin, ne 
donnerait-elle pas une boisson équivalente? 

Le fait est accompli ; cette betterave rouge, fort sucrée, produit par 
la fermentation, un vin qui ne le cède en rien à bien des vins soi-disant 
de nos crus méridionaux. Au surplus, elle a l'avantage immense de 


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— 93 — 

s'accommoder de tous les terrains et principalement sous tous les cli- 
mats» double motif pour la faire rechercher par les agriculteurs. 

Le vin de betterave! c’est U une initiative que nous tenons i signa- 
ler» ne serait-ee qu*en vue de provoquer de nouvelles recherches, ou 
. même de nouvelles ressources i notre viticulture en détresse. 


DESTRUCTION DES VERS BLANCS 

Quand les vers blancs abondent dans un jardin , ce n'est pas chose 
facile de les détruire. On y parviendrait pourtant assez rapidement par 
des labours fréquents durant l'été, qui auraient pour effet de les ra- 
mener à la surface; le soleil en aurait bientôt raison. Mais ce moyen 
n'est praticable que dans les carrés inoccupés. En désespoir de cause, 
on se contente de semer des laitues dans les parties du potager les plus 
endommagés par les vers blancs, et surtout dans le voisinage des 
planches de fraisiers, ou ces larves commettent beaucoup dedég&ts; et 
quand on voit une laitue se flétrir, il suffît de creuser au pied pour en 
trouver le maraudeur. On arrive ainsi à en tuer un certain nombre, 
mais il faut du temps et une surveillance continuelle. 

Un moyen plus expéditif a été employé avec succès par un garde fo- 
restier de Saint-Jean-de-Mont (Vendée). Son jardin, situé en terrain 
sablonneux , était infesté de vers blancs qui rendaient toute culture 
impossible. Pour s’en débarrasser, il creusa de distance en distance, 
dès le mois de mars, des trous de trente centimètres de profondeur sur 
un diamètre de trente centimètres également ; il remplit ces trous de 
fumier en fermentation qu'il recouvrit ensuite avec la terre provenant 
de l’excavation, puis il en marqua la place par des piquets. Au mois de 
juin, par une belle journée de soleil, il ouvrit les trous, dans lesquels 
il trouva un nombre considérable de larves ; le fumier ayant été ré- 
pandu sur le sol , les larves exposées à la chaleur ne tardèrent pas à 
périr. 

La Revue des eaux et forêts , qui rapporte ce fait, assure qu’avec huit 
trous, le garde en question a détruit en une seule année 800 vers blancs 
dans son jardin, dont les légumes ont été complètement épargnés. Ce 
procédé peut être essayé i peu de frais. 


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Au lieu de détruire les vers blancs, il est infiniment plus simple de 
faire lâchasse aux hannetons; c’cst aussi le moyen le plus rapide d'a- 
néantir cette espèce malfaisante, puisque chaque femelle de hanneton, 
pondant en moyenne quinze à vingt oeufs, est la souche de quinze à vingt 
larves. 

Un jour viendra, sans doute, où le hofUK’tonnage sera rendu obliga- 
toire comme l'échenillage; plusieurs conseils généraux l'ont demandé, 
et les Sociétés d'agriculture en ont exprimé le vœu à diverses reprises. 
En attendant que la législation contraigne tous les cultivateurs h pren- 
dre les mesures que leur intérêt bien epteodu devrait leur commander, 
les plus soigneux prennent les devants. Au commencement du mois de 
mai, dès que les premiers hannetons commencent â se montrer, ils ont 
la précaution de secouer de bonne heure, au lever du jour, les arbres 
du jardin ; les insectes, encore engourdis par la fraîcheur de la nuit, se 
laissent tomber; ils les ramassent, les mettent dans des sacs, et pour les 
tuer, ils vident le contenu de ccs sacs dans l’eau bouillaule. Les han- 
netons morts, stratifiés avec de la chaux, donnent un engrais qui a bien 
sa valeur. 

La besogne n'est pas fatigante, et l'on peut y occuper les enfants. 

Pour détruire les hannetons sur la lisière des bois , où l'on ne peut 
aller secouer les arbres, on a proposé d’employer des pièges, dont les 
modèles ont été exposés par M. Voitcllier, de Manies, aux deux der- 
niers concours du palais de l'Industrie. Ccs pièges consistent en une 
lampe placée au centre de réflecteurs, et devant laquelle sc trouve une 
glace non étarnée ; au pied de la glace est une ouverture en forme d'en- 
tonnoir aboutissant à un sac placé au-dessous. Le tout forme comme 
une grosse lanterne posée sur un bâtis assez élevé. À la tombée de la 
nuit, on allume la lampe; les hannetons, attirés par la lumière, se pré- 
cipitent étourdiment sur la lampe, se heurtent à la glace, tombent dans 
l'entonnoir et disparaissent dans le sac d’où ils ne peuvent plus sortir. 

L’idée est ingénieuse; le piège â hannetons doit servir â capturer 
en même temps une foule d’autres insectes nuisibles; malheureusement, 
il coûte trop cher pour les petites bourses. 

Durant sa prochaine session , la Société des agriculteurs de France 
décernera un prix de 200 fr. et une médaille d’argent grand module, 
â l’inventeur du procédé le plus pratique de destruction des hannetons. 

(. Petite République française } 


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— #5 — 


BIBLIOGRAPHIE 

LES EAUX MINERALES A LES EAUX-MÈRES DE SALINS 

(jura) 

Par le D r Durand-Fardel 

(Paris, 1882, in-8° de 24 p. — Chez Gemer-Bail!ière, éditeur). 

Le Bulletin de la Société des sciences et arts de Poligny a publié* 
il y a une vingtaine d’années, sous la signature des docteurs Germain 
js t Dumoulin, des documents intéressants sur les bains chlorurés-sodi- 
ques de Salins. Aujourd’hui, le docteur Durand-Fardel fait connaitre 
le résultat de ses observations sur ces eaux rivales de Kreuznacli, et 
de Nauheim. C’est dire le vif intérêt qu’offre h la médecine et sur* 
tout à notre patriotisme, celte substantielle étude du savant hydro- 
logiste. 

Situées à 330 mètres au-dessus du niveau de la mer, dans une gorge 
étroite où se pressent les ondes écumantcs de la Furieuse, sur la 
communication routière franco-suisse, des huit sources minérales, 
trois sont captées pour l’établissement thermal parfaitement installé, 
muni des engins balnéo-tbérapiques les plus perfectionnés, d’une cen- 
taine de cabinets, d’une piscine-balnéatoire à 30° de température 
constante. 

Les eaux, riches en chlorures (près de 6 0 /q de chl. de sodium), 
contiennent une certaine quantité de bromure de potassium et d’io- 
# dure de sodium; aussi conviennent-elles principalement dans la scro- 
fule et le lymphatisme exagéré. On les emploie non-seulement à 
l’extérieur, mais aussi à l’entérieur, et alors additionnées de gaz car- 
bonique, qui en rend la toléranee plus facile. 


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— 96 — 


Le docteur Durand-Fardel envisage l'efficacité de ccs eaux dans 
chacune de leurs trois modes d’action ; altérante, reconstituante et 
résolutive. Nos confrères trouveront dans les réflexions de l'auteur 
d'excellents préceptes cliniques pour le choix ou la combinaison de ces 
trois effets thérapeutiques, notamment an point de vue de certaines 
localisations morbides. 

Un chapitre est consacré aux eaux-mères, dans la composition des- 
quelles il y a élévation considérable des bromures et de la potasse, et 
au contraire disparition de la chaux. L’effet de ces résidus concentrés, 
employés suivant les indications concurremment avec les eaux minérales, 
est de renforcer les actions altérantes et résolutives. Et l'honorable 
hydrologiste fait remarquer avec raison que la facilité de transporter 
au loin ces caux-mcres permet de reproduire à domicile le bain ther- 
mal chloro-bromo-sodique, à l’exemple des sels analogues que l’on 
tirait de l'Allemagne. 

En résumé, multapaucis : exellente étude, dont la place est marquée 
dans la bibliothèque de tout praticien. 

D r E. Behtherànd (d'Alger). 


IULES GINDRB, IMPRIMEUR A POLIGNT. 


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- 97 - 


JOURNAL 

DE 

GUILLAUME DURAND 

CHIRURGIEN A POLIGNT 

DE 1610 A 1623 

Communiqué par M. B. P a oit 
{Suite). 

APPENDICE 

Dans les noies des pages qui précèdent, nous avons cité, à 
l’appui du journal de Guillaume Durand, de nombreux extraits 
des délibérations municipales de la ville de Poligny, de 1610 à 
1623. Pour être aussi complet que possible, il nous reste à em-, 
prunter à ces délibérations quelques menus faits d’histoire locale 
que n’a pas mentionnés notre chroniqueur. 

1611. 

Le 31 décembre, le maïeur, Bonaventure Dagay, écuyer, expose 
au Conseil qu’il a été insulté par Jean Huguenet, brodeur, qui a 
dit, « en certaine maison de Poligny, qu’il y avoit quatre tunduz et 
rachez qui gouvernoient la ville. » Le Conseil décide qu’on inten- 
tera contre lui une poursuite au Parlement (1). — On ne voit pas 
quelle fut la suite de cette affaire. 

1612. 

Le 23 février, le Conseil, averti « que plusieurs jeusnes enffans 
et aultres se mectent en sy mauvais train de jeux que il est en apa- 
rance d’en résulter perte et scandale, > décide < que l’on fera édict 


(1) Arch. de Pot., BB 6, f. 40 r° et v°. — Sur ce Jean Huguenet on Hu- 
gonnet, voir p. 36-40. 

7 


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v 

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pourtant interdiction à tous de tenir ny permectre lesd.'jeux, à 
peine de soixante solz, dont respondront les pères et mères (1). » 

14 mars. — « Ordonnance à tous de hoster et brûler les chenilles 
estansjsur les arbres et buissons de ‘leurs héritages (2). » 

2 mai.* — 4 Sur remonstrance que plusieurs jeusnes filles se in- 
géraient à donner boquetz à plusieurs passants] par les rues, les 
importunant de leur donner argent, au moyen de quoy en pourrait 
survenir scandale, *> ie Gonseil déclare « que Ton fera édict pour- 
tant interdiction à toutes filles de présenter ny donner bouquetz, à 
peine de soixante solz à commectre par chacune des contrevenans, 
dont respondront les père[s], mère[s], maistres et maistresses (8).» 

Le 4 juillet, le Conseil prescrit de « renouveler Tédict touchant 

(1) Arch. de Pol., BB 7, f. 6 Y®. . , 

(2) Id. BB 7, f. 8. . 

(3) Arch. de Pol.. f. 12. — 11 s’agit ici d'un ancien usage populaire, qui 
a longtemps subsisté en Franche-Comté, sous le nom à' épousées de 

Nous n’avons pas retrouvé dans les archives de la ville de Poligny le texte 
de « Tédit » mentionné plus haut; mais voici plusieurs ordonnances de 
police de la ville de Dole qui y suppléeront : 

5 mai 1528. — « En refreschissant les édictz naguères faict[s] en ceste 
ville de Dole, et pour obvier aux grandes dissolucions que ce font en cested. 
ville, à pluseurs notables personnaiges allans et venans par icelle, par 
pluseurs jeunes filles que de leurs auctoritez privées se ingèrent à faire 
esponsées devant leurs maisons et domicilies.... l’on deilend à tous de faire 
ne souffrir faire doiresenadvent, aux jour de festes, aucunes desd. espou- 
sées, sur peine de l’émande de vingt solx estevenans. » 

l« r mai 1556. — « L’on prohibe et deffend à tous de au présent mois de 
may mectre ès rues publicques et devant les maisons de lad. ville aucungs 
enffans représentans espozées, pour y demander estrainnes d’argent ny 
aultrement aux y passans et repassans , et ce sur peine de soixante solz 
estevenans..,. » 

8 mai 1596. — a Comme l’on a recongneu que plusieurs filles commen- 
cent à faire des espousées par les mes, importunans les passans à leur 
élargir et donner quelque chose, coustume assez malséante, les viscomte 
eur, eschevins et conseil interdisent à tous habitans permectre que 
filles estant soubs leur puissance praoticquent ceste ijaqpn de faire 


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l’ordonnance f&icte à tous de envoyer leurs enffans au oolège à 
peine de dix libvres (1). i 


1613. 

Pendant la journée du 10 janvier et la nuit du 10 au 11, « la 
grand impétuosité des ventz i cause « plusieurs dégatz tant ès 
couvertures des deux corps de logis de la ville, au errologe, cha- 
piteaul que margèles du cloche[r] (2). » 

Le 28 janvier, on publie à Poligny un édit du Parlement de 
Dole interdisant, en Franche-Comté, de transformer les terres ara- 
bles en vignes , et prescrivant c l’arrachement et extirpation des 
plants de gamez, melons et autres semblables (8). » 

10 avril. — Sur l’avis de l’arrivée à Poligny, ce jour même, du 
gouverneur de la province (Clériadus de Vergy, comte de Cham- 
plitte), le Conseil décide que les maïeur et échevins iront le saluer, 
c et luy sera faict présent d’ypocras, et sy madame y est, luy sera 
faict aussi présent de dragée et confitures sesches (4). » 

Le 8 mai , le Conseil décide qu’à l’avenir on célébrera chaque 
vannée, le jour de la Saint-Sébastien (5), la messe en l’honneur de 
ce saint, qu’on avait usage de dire à l’église paroissiale, pour pré- 
server la ville de la peste, et qui n’avait pas eu lieu depuis quel- 
ques années (6). 


d'espousée...* à peinne de l’amender arbitrairement, déclairant que les bas- 
sins et aultres choses qui serviroient aud. usage pourront estre prins par 
le scindicque et sergens pour estre venduz et le pris d'iceulx employez à 
la nourriture des pauvres. » 

Archives de la ville de Dole , n° 153 : A, f. 11, C, f. 64, D, f. 60 v°. 

(1) Arch. de Pol ., BB 7, f. 24 v°. 

(2) Arch . de Pol., BB 8, f. 5. — Cet édit, daté du 20 décembre 1612, en 
renouvelait un précédent, du 1® P décembre 1567. —V. Pétremând, Recueil 
des ordonnances et édictz de la Franche-Conté de Bourgongne , p. 284. 

(3) Arch. de Pol., BB., 8, f. 2 y». 

(4) Id„ BB 8, f. 12 v°. 

(5) Le 20 janvier, 

(6) Arch, de Pol BB.8, f. 16, 19, 21 V, «2. 


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— 100 — 

18 août. -*• Conseil général, où « unanimement a esté résolu que 
l’on demendera les pères Capucins (1). > 

1615, 

Février. — Bruits de guerre, préparatifs de défense : visite des 
murailles, établissement de < guet et garde, » réorganisation des 
dizaine s (milices locales), achat de poudre et de « piques (2). » 

Au Conseil du 7 octobre, le maïeur (Jean Chapuis) ayant exposé 
« que quelques jeusnes hommes insolens et indiscretzavoientcy- 
devant, tant à la ville que aux feurbourgs, faict nuictamment plu- 
sieurs choses par lesquelles non seullement les habitans, mais 
aussi des estrangiers veneus en ce lieu pour le traffique, avoient 
esté grandement incommodez et leurs biens beaulcopt endomagez; 
qu’ilz faisoient ung tumulte et bruy sy grand que le repoz public 
en eatoit aussy grandement troublé; et qu’ilz ne se contentaient de 
ce, mais commectoient encores des larrecins , et que comme ilz 
estoient armez, lesd. habitans ne osoient sortir pour crainte d’estre 
offensez ; que pour obvier à ce par les meilleurs moyens que faire 
se pourroit, seroit expédiant de faire publier édict proïbitif à peine 
de vingt, iibvres ou telle aultre que bon sembleroit, d’aler cy-après 
par la ville et feurbourg avec armes despuis que la cloche sera 
sonnée pour la retraicte et sans pourter lumière, et que les père 
et mère respondroient de leurs enffans et pourroient estre con- 
traintz au paiement de lad. esmande ; lequel édit pourteroit aussy 
interdiction à tous hostes et cabaretiers tant de lad. ville que feur- 
bourgs de loger ny recepvoif* après le son ouy de lad. clocbe aul- 
cung soit de lad. ville ou estrangiers que vraysemblablement ilz 
pourront juger estre desd. perturbateurs ; à quoy les s r# comparans 
ont accourdé et résolu par leurs voix que l’édict seroit faict en la 
fourme avant dicte et publié au plus tost que faire se pourra, y 
adjoustant que tous habitans seront tenus à peine de dix Iibvres, 
pour chacune fois qu’ilz y contreviendront, de sourtir avec armes 
lorsque par leurs dizeniers ilz seront advertiz (8). » 

(1) Arch. de Pol., BB 8, f. 28 v°. Voir ci-devant p. 14-15. 

(2) Id„ BB 8, f. 9 v°-ll. 

(3) /d. f BB 9, f. 34 v*» 


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— iOl — 


1610. 

An Conseil du 2 juillet, c sur advertissement donné qüe plu- 
sieurs se ingéroient de sonner plusieurs coups des cloches lors- 
qu’il décédoit quelques-ungs des habitans et par sy longtemps 
qu’il sembloit ou lieu d’ung y en avoir plusieurs, qu’il sembloit y 
avoir plus de mal que toutefois il n’y avoit, Dieu grâce, à quoy es- 7 
toit requis pourveoir, à éviter maulvaise opinion que l’on pourroit 
avoir^ sur ce a esté délibérer que l’on interdira aux merrelier et 
sonneurs de, advenant le déceps de aulcung des habitans, ne sonner 
que trois coups, assavoir le premier le déceps advenu, ung aultre 
lorsque l’on le porte à l’église, et le tier lorsque l’on le met en 
terre, à peine de dix libvres à commectre par les contrevenans (l).i 

Août- septembre. — Bruits de guerre, préparatifs militaires de 
défense (2). 

Le père Eusèbe, capucin, prêche à {l’église paroissiale l’avent 
(1616) et le carême (1617) (3). 


Î617. 

Le 12 août, le Conseil décide que la ville défraiera l’évêque 
d’Andreville (Claude de la Barre) (4), qui doit arriver à Poligny le 
surlendemain pour bénir l’église des Capucins et la chapelle de la 
Ma ladrerie (5). 

Dimanche 10 septembre. — « Jubilé » avec proteession générale 
et sermon du chanoine Quarré (fi). 

1618. ^ 

Au Conseil du 29 août, il est donné lecture do la requête sui- 
vante : 

(1) Arch. de Pol ., BB 9, f. 61 v°. 

(2) /<*., BB 9, f, 65 v°, 69 v°, 70 r° et v°, 76, 78-79. 

(3) Id. t BB 9, f. 87. — Voir ci-devant p. 10. 

(4) V. ci-devant p. 22. 

(5) Arch. de Pol,, BB 10, f. 25. — J’ai publié l*état des dépenses faites 
à cette occasion par la ville, dans le Bulletin de la Société d’ agriculture, 
sciences et arts de Poligny, 1872, p. 282-286. 

(6) Arch . de Pol., BB 10, f. 26 v°. - Voir p. 18. 


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- 102 


« A messieurs, messieurs les maïeur, eschevins et auitres mes- 
sieurs du Conseil de la ville de Poligny, exposent humblement les 
supérieure et religieuses du troisième ordre dit de pénitence de 
sainct François de l’estroite observance du couvent de Nostre-Dame 
des Anges hérigée (sic) à Dole, que comme très désireuses d’aug- 
menter la gloire de Dieu par l’acroissement des couvent[s] de leurs 
\ (sic) ordre, et ne sçachant lieu plus propre en ce peïs et comté de 
Bourgoingne pour satisfaire à leur (sic) désirs, que la pieuse et dé- 
votte ville de Poligny, dont la religieuse réputation a donné jusques 
à elles, elles ont recours aux susd. s M gouvernant icelle, les su- 
pliant leur bon plaisir estre de les admectre en l’érection et establis- 
sement d’ung nouveaul monastaire de leurd. ordre en lad. ville, et 
ce d’austant plus voluntier qu’elles ne prétendent aulcunement in- 
commoder ny mendier en icelle, mais à leurs propres frais se loger, 
bastir et renter, et de plus vacquer jours et nuictz en prières et 
auitres exercisses religieux pour la conservation tant de lad. ville 
en général quodesd. s” en particulier pour la santé et prospérité 
desquelx elles ont commencé despuis longtemps lesd. prières et 
exercisses qu’elles continueront, espérant de leurs (sic) charité ung 
apoinctement favorable au contenu de la présente requeste. — 
(Signé :) Seur Élizabet de S 1 François , supérieure. » 

La municipalité ajourna sa décision à une assemblée générale 
du Conseil de ville (1). 

Au môme Conseil (29 août), « par le s r maïeur a esté représenté 
que la dernière assemblée [du 22 août] fut rompue et levée soudain- 
nement parce que l'on cria au feug, et que tous y estans arrivés, 
ils auroient trouvé qu’il y avoit jà une maison embrasée dans le 
feurbourg de Boussières et par le moyen de laquelle trois auitres 
auroient esté brûlées, ayant esté le feug sy grand et tellement 
chassé du vent, qu’il auroit par ses estincelles enfflaramé en di- 
vers lieux tant de la ville que d’aultres faubourgs, au moyen de 
quoy l’on ne pouvoit préveoir que une très grande désolation, sy le 
grand Dieu n’y eust beaulcopt opéré par sa miséricorde, comme il 


(1) Arch. de Pol., BB 11, f. 17 r° et v°. — Cette assemblée générale n’eut 
pas lieu en 1618; pour 1619, le registre des délibérationsjnunicipales man- 
que aux archives de la ville. En tous les cas, aucune communauté de Tierce- 
i ne fut fondée à Poligny. 


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- 408 - 

auroit feiot, ainsy que ohaoun le pouvoit assez sçavoir, car ayant 
esté apourté le sainct sacrement de l'autel en une maison voisine 
de celles qui brûloient, tost après le vent auroit cessé et par après 
led. feug, de sorte qu’il sembloit convenable d'en rendre aotionde 
grâce publiquement à Dieu, et de à l'effect de ce suplier messieurs 
de Sainct-Ypolite de s'y vouloir accourder ; ce que ayant esté treuvé 
bon par les s M comparans , auroient esté commis par eulx les s r# 
eschevins [Gabriel et Oudot Renaudot, et Antoine Jault] pour par- 
ler desd. prières ausd. s r# de S*-Ypolite et prendre jour avec 
eulx(l). » 

Les délibérations suivantes gardent le silence à cet égard. 

1619. 

25 février. — Baptême de Guillaume, fils de Bernard Dufresne 
et de Claude Aymonin. Parrain, Guillaume. Simonin, archevêque 
de Corinthe, abbé de Saint-Vincent de Besançon (2) ; marraine, 
Marguerite Canivot (8). 

1620. 

15 mars. — Baptême de Charles- Achilles , fils de Claude-Ga- 
briel de Battefort, baron de Dramelay, etc., et de Anne-Catherine 
du Harlay. Parrain, Charles-Achilles du Harlay; marraine, Barbe 
de Laubespin, fille de Léonel de Battefort, seigneur de Dramelay(4). 

29 mars. — On commence le « jubilé général « ou c pardon ; t 
< procession à blanc, » sermons, etc. (5). 

Au Conseil du 1 er septembre, le Magistrat averti de l'arrivée à 
Poligny, pour le lendemain, du gouverneur de la province et de sa 
femme, décide que « les sieurs mayeur et eschevins et aultres jus- 
que^ au nombre de six qu'ilz pourront avoir pour leur faire com- 
pagnie, yeront au-devant et luy feront tout offre neccessaire ; que 
l’on envoyra ung présent à madame de Dramelay d'une douzairte 

(1) Ârch. de Pol., BB. 11, f. 17 y<\ 

(2) V. ci-deyant p. 22, 31. 

(S) Arch . de Pol. , GG. 1, f. 31. 

(4) 1d. y GG 1, f. 51 yo. 

(5) Id. t BB 12, f. 14 y°. 


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- 104 - 

de perdrix, deux douzaines de cailles avec quelque coc d’inde, le- 
vreaulxetce qu’ilz pourront recouvrer qu’ilz jugeront nécessaire, 
et à madame la contesse demye douzaine de boittes de confitures 
seiches et dragées assorties, et que Ton payerat ou logis les des- 
pens des serviteurs et chevaulx. * — Les dépenses que la ville 
fit à cette occasion s’élevèrent à 60 fr. (1). 

Le dimanche 13 septembre, « prières générales pour l’heureux 
succès de l’armée catholicque en Allemaigne, * « procession géné- 
rale et à blanc, » sermon du Père Lejeune (2). 

Le Père Lejeune prêche à Poligny l’avent (1620) et le carême 
(1621) (3). 

1621. 

Le dimanche 20 juin, c jubilé èt pardon général, » « procession 
générale, i sermon par le gardien des Capucins de Poligny (4). 

Août-décembre. — Bruits de guerre, préparatifs militaires : éta- 
blissement de « guet et garde, » réorganisation de la milice locale 
et des « esleus, » réparations aux murailles de la ville, emprunts, 
achat de poudre et d’armes (mousquets, arquebuses, carabines, 
pistolets, hallebardes, cuirasses, casques, brassards, cuissards, 
gantelets), c reveues et monstres d’armes » (5). 

Décembre. — « Monsieur le marquis de Listenois, bailly et col- 
lonel d’Aval » (6) vient à Poligny c pour affaires concernant sa 
charge de colonel » et « faict visitte des murailles de la ville » (7). 

(1) Arch. de Pol., BB 12, f. 24 r° et v°. 

(2) /d-, BB 12, f. 25 v°. — Le P. Jean Lejeune, prédicateur 

célèbre du xvu® siècle, né à Poligny en 1592, mort à Limoges en 1672. — 
Voir ci-devant p. 49, 66 (note). Le P. Lejeune prêcha encore à Poligny au 
mois de mars 1625 {Arch. de Pol., BB 13, f . 9 v°); à Dole, il prêcha lavent 
1628 et le carême 1629 : la municipalité de cette ville lui alloua à cette 
occasion la somme de 150 fr. (Arch. de Dole, n° 646). 

(3) Arch . de Pol., BB 12, f. 21 v°, 37 v. 

(4) îd., BB 12, f. 43. 

(5) Arch. de Pol, BB 12, f. 47, 49, 53,54-57, 58, 59 r>, 60 y, 62-63 v°, . 
64 v°, 65 v°-66 v°, 72, 73 v°, 74, 75, 76 v°, 77 v°, 78, 80-81. 

(6) V. p. 45. 

(7) Arch. de Pol, BB 12, f. 66 v°. 


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— 408 - 

1622. 

• 2 avril. — Conseil général convoqué « pour adviser quelle rès- 
ponce l’on feroit au.souveraiq Parlement de Dole sur l’advis qu’es- 
toit demandé au Magistrat pour une nouvelle religion de Tordre de 
la Visitation que Ton désiroit ériger aud. Poligny. * Le Conseil 
décide « unanimement que Ton fera entendre à lad. Cour toutes les 
raysons et incommoditez pour lesquelles lad. maison ne debvoit 
estre dressée aud. Poligny, et que ce ne seroit le bien ny utilité de 
la ville ny du public (1). » 

6 juillet. — Le Conseil décide que Ton demandera « l’adjonction 
de messieurs de la ville en la cause intantée par monsieur le pro- 
cureur général contre ceulx qui ont poilu le cimytière (2). » 

Juillet-août. — Bruits de guerre, préparatifs militaires : achat 
de poudre, visite des portes et des murailles « guet et garde,» 
* reveue d’armes, » achat de chevaux, emprunts, etc. (3). 

1623. 

Au Conseil du 22 mars, on se plaint t des insolances et querelles 
qui se font nuictamment sur le pavez par la trop grande licence de 
la jeunesse qui vat en trouppe soubz prétexte qu’il n’y en at aul- 
cune interdiction saulf pour les villes de Dole et Gray (4). » 

Le 30 août, le Conseil décide que t Ton fera publier une proces- 
sion générale pour dimanche prochain, et avant icelle. sera faict 
une prédication et 'après sera chanter le Tedeon (sic) Idudama* 
avant la messe parrochiale pour rendre grâces à Dieu de TheurOuse 
victoire obtenue par l’armée catholicque contre ceulx de la religion 
prétandue réformée, et en forme de réjouyssance sera tirer le 
canon (5). » 

Le 22 octobre, le Conseil délègue un échevin pour aller féliciter 
â Clairvaux le marquis de Listenois de la naissance de son fils (6). 

(1) Arch. de Pol., BB 12, f. 88.— Les Visitandines ne furent pas autorisées 
'à fonder une maison à Poligny. 

(2) Arch. de Pol., BB 12, f. 106. 

(3) Id., BB 12, f. 108 v°- 110 v°, 111 v°, 112-113 v°, 114 v°- 
119, 120, 122. 

(4) Arch . de Pol., BB 12, f. 148 v°. 

(5) Id., BB 12, f. 173. 

(6) Id., BB 12, f. 178 v« 179. 


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- 106 - 


Les lecteurs du Journal du chirurgien Durand trouveront, 
nous l’espiérons, un certain intérêt à lire la note que nous don- 
nons sqr Sellières, et qui semblerait en quelque sorte faire partie 
du journal du chirurgien, 

SELLIÈRES. 

Le 17 juin 1722, le comte de Midelbourg, seigneur de Sellières, 
honora dette ville de sa visite. 

On trouve dans le registre des comptes de la communauté le dé- 
tail des sommes dépensées par la ville en l'honneur du nôble sei- 
gneur. 

Item. 6 livres 10 sols qu’il a payés pour 12 bouteilles de vin de 
garde pour l’arrivée de monsieur le comte de Midelbourg, seigneur 
de Sellières. 

Item. Une journée faite par ledit rendant avec Charles Myat à 
Châtel-Chalon pour aller chercher ledit vin. 

Item. 50 sols qu’il a payés au marchand Perruche pour achapt 
de poudre et de rubans pour l’arrivée dudit seigneur comte. 

Item. La somme de 7 livres 15 sols qu’il a payée au nommé 
Pierre Ridey, de Saint-Germain, pour dépenses faites chez iuy 
par les jeunes hommes que furent au devant de monsieur le comte 
de Midelbourg > seigneur de Sellières. 

Item, 9 livres pour 12 bouteilles de vin de Bourgogne â 15 sols 
la pinte, prises à Dole, pour l’arrivée dudit seigneur. 

Item. 4 livres qu’il a payées à deux joueurs d’autbois et de tam- 
bour quë l’on lit venir de Poligny pour l’arrivée dudit seigneur. 



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- 407 - 


LES CHAMPIGNONS 

COMESTIBLES ET VÉNÉNEUX 
DE LA FLORE DU JURA 

Par IV. PATOUILLARD, 

pharmacien , membre de la Société de botanique de France , ancien prépa- 
rateur de botanique au Muséum d' Histoire naturelle , etc. 

(Suite) 

H. eburneus Bull . — Tout blanc. Chapeau de 4-5 centimètres de 
large, visqueux, charnu, tini, glabre, à bord replié etpubescent au 
début; lames décurrentes; chair blanche. Stipe d’abord plein puis 
creux, visqueux, ponctué au sommet par de petites écailles. Odeur 
agréable. 

Commun dans les bois en octobre et novembre. , .. 

H. erubescens Fr. — Chapeau charnu, d’abord gibbeux puis 
convexe-plan, atteignant 9 centimètres de large, visqueux, à fond 
blanchâtre ou jaune, pointillé de rouge vineux surtout au centre dy 
chapeau, marge enroulée et glabre. Chair blanche, rougissant à 
la longue. Lames blanches ou jaunâtres, maculées de rouge, 
épaisses et décurrentes. Stipe solide, à sommet rouge ponctué. 

Dans les bois en automne. 

H. pratensis Fr. — Chapeau convexe-plan de 3-5 centimètres 
de large, glabre, gibbeux au centre, marge mince, jaune mêlé de 
fauve. Lames plus pâles, très décurrentes, arquées. Stipe atténué 
à la base, plein, uni, ayant au moins un centimètre d’épaisseur* 
Odeur agréable. Ce champignon varie par la couleur, on en voit de 
blancs, gris, rougeâtre, ou jaune-aurore. 

Croit en petits groupes dans les gazons. Septembre. 

H. virgineus Fr . — Chapeau charnu, convexe-plan, très mince 
sur les bords, souvent fendillé, aérolé, humide blanc devenant jau- 
nâtre. Stipe plein, ferme, atténué à la base, ayant au plus 5 millinu 
de diamètre. 

Gazons, bords des chemins, bois. Septembre. 


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- «* - 

H. nioeuë Fr. — Chapeau sub-membraneux , tenace, convexe, 
puis ombiliqué [, glabre, humide, strié,' visqueux. Stipe creux, 
mince, égal. Lames décurrentes, arquées, distantes. Champignon 
tout blanc. 

Pelouses sèches, prés moussus. Octobre. 

H. coccineu8 JFV. — Chapeau de 2 à 3 1/2 centim., mince, con- 
vexe, obtus, visqueux, écarlate. Chair orangée. Süpe lisse, jaune 
à la base, le testant concolore au chapeau. Saveur désagréable. 

Prés et bois. Octobre. 

H. punice us Fr. -r- Chapeau de 3-4 centim. de large, charnu, 
mince, campanulé, obtus, recourbé, visqueux, fragile, rouge écar- 
late, pâlissant. Lames distantes jaunes. Stipe creux, ventru , strié, 
blanc À la base. 

Dans les prés en automne. 

H. murinaceus Fr . — Chapeau mince campanulé, puis étalé, 
irrégulier, visqueux, gercé, écailleux par le sec, cendré, fuligineux, 
tigré de petites lignes plus foncées. Lames larges, distantes, 
blanches, puis glauques. Stipe souvent tordu, poli, blanchâtre. 
Odeur forte, nitreuse. 

Pâturâges et clairières des bois. Automne. 


Les LACTAIRES. — Lactarlus* 


Les Lactaires sont assez nombreux en espèces dans notre région. 
Ils sont essentiellement caractérisés par la présence, dans leurs 
tissus d’un suc laiteux qui s’écoule en gouttelettes lorsqu’on pra- 
tique une incision en un point quelconque du champignon. Ce suc 
est une sorte de latex analogue à celui qu’on rencontre dans un 
grand nombre de phanérogames. Sa couleur est fréquemment 
blanche, mais dans beaucoup d’espèces elle ne tarde pas à s’altérer 
au contact de l’air et à devenir jaune, rouge, grise, etc., plus rare- 
ment le latex non modifié par l’action de l’air est d’une teinte autre 
que le blanc; dans notre région, il n’y a guère que le L. deliciosus 
qui soit dans ce cas. 


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- 100 - 

Très abondant chez le plus grand nombre des Lactaires, le latex 
devjent presque nul dans certains espèces (X. vellereus), surtout 
lorsqu’elles sont adultes. . / 

Sauf quelques espèces à peu près sans suc, les lactaires ne peu- 
vent être confondus avec aucun groupe voisin. Il y en a plusieurs 
de comestibles, mais nous n’admettrons comme tels que ceux dont 
l’innocuité est reconnue par tous les auteurs, et nous rejetterons 
dans la catégorie des suspects tous ceux sur lesquels il reste en- 
core quelques doutes. 


ESPÈCES COMESTIBLES. 

Lactarius controverms Fr. (Lactaire controversé). 

— pargamenus Fr. (Lactaire poivré). ’ 

— piperatus Seop. (Lactaire poivré, eauburon). 

— delieio8Ü8 Fr. (Lactaire délicieux). 

— pallidus Pers. (Lactaire pâle). 

— colemu8 Fr. (Lactaire orange). 

— mitissimus Fr. (Lactaire très doux). 

— subdulcis Fr. (Lactaire douçeâtre). 

— camphoratu8 Bull. (Lactaire camphré). 

ESPÈCES VÉNÉNEUSES OU SUSPECTES. 

Lactarius scrobiculatus Scop. (Lactaire alvéolé). 

— tormino8U8 Seh. (Lactaire à coliques). 

— turpis Fr. (Lactaire sale). 

— fascinans Fr. (Lactaire brun-rougeâtre). 

— in8ul8U8 Fr. (Lactaire insipide). 

— zonarius Bull. (Lactaire zôné). 

— blenniu8 Fr. (Lactaire glaireux). 

— uüidus Fr. (Lactaire humide). 

— pyrogaluê Fr. (Lactaire caustique). 


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- HO — 

'' Làetariu» plumbeus Fr. {Lactaire plombé). 

1 ûcris Fr. (Lactaire âcre). % 

— chrysorheub Fr. (Lactaire à lait doré). 

■ oellereus Fr. (Lactaire à toison). 

— iheiogallus'Fr. (Lactaire à lait jaune de soufre). 
oiefus Fr. (Lactaire à suc gris). 

— rufus Fr, (Lactaire roux). 

— mammo8U8 Fr. (Lactaire à mamelon). 

— -fuliginosm Fr. (Lactaire fuligineux). 

— serifluus Fr. (Lactaire à sérum). 

Afin de faciliter les recherches, nous donnons ci-après un tableau 
analytique des espèces de Lactaires dput nous pous ocpuperons. 


„ TABLEAU ANALYTIQUE DES ESPECES. 


Lait et chair orangés puis verdâtres, 
plante croissant sous les conifères L. 
Lait blanc, au moins en s’échappant 
du champignon 

Lait changeant de couleur au contact 

de Pair 

Lait blanc, ne changeant pas de couleur 

Lait d’abord blanc, puis devenant jaune 

— — fauve L . 

— rougissant L. 

— devenant lilas L . 

— —grisâtre L . 

Stipe blanc . . L. 

— roux-fauve L . 

— jaunâtre, alvéolé, oomme lacu* 

neux 7 ..... L. 

— blanchâtre, puis pçhracé ou 


delicio8U8 Fr. 


insulsus Fr. 
acris Fr. 
ucidus Fr. 
metus Fr. 

ekrysorheus Fr. 
theiogalm Fr. 

scrobiculatu8 Seh. 


cendré ... L. fuliginosus Fr. 


( Lait toujours doux 
( — Acre, au moinf 


Acre, au moins à la longue , 


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— 144 — 


ô ( Chapeau visqueux, couleur ctfé au lait L* paMdus Pe^s. 

* -w* sec . . 7. 

Chair blanche, saveur uu peu amère 8. 

— rougeâtre ou rousse ..... 9. 1 * 

/ Chapeau jaune d’or fauve , grandeilr 
\ 8-15 centimètres . , 4. polemu* F r. 

I Chapeau couleur de teique clair, 

( grandeur 8-9 centimètres . . . . .Z. mitUaimus Fr. 

i Lait apre-doux, chapeau avec un petit * \ 

! ' mamelon . i . ........... Z. aabdulci a Fr: 

Odeur de mélilot, surtout par dessi- 
cation camphorçktus Fr. 

\ Lait ayant l’apparence de sérum . . L. aerifluua Fr. * . 

Lames changeant de couleur en 

vieillissant 14. 

Lames immuables 12. 

Lames ochracées-pâles, puis rousses, 
chapeau à la fin. en entonnoir, 
marge enroulée blanchâtre, saveur x 

âcre, brûlante L. ru/us Fr. 

Lames blanchâtres, puis rouillées, 
chapeau mamelonné pointu, tait 
tardivement âcre L. mammoaua Fr. 




Chapeau visqueux, marge tomen- 

teuse 1 18: 

Chapeau visqueux, marge nue ... 14. 

— sans cuticule, sec .15. 




Chapeau ochracé, pâle ou rosé, rare- 
ment blanc, marge laineuse btanohe Z. torminoëus Sch. 

Chapeau olivâtre , tacheté de noir et 
de vert, marge cotonneuse, jaune 
olivâtre Z. turpis Fr. 

Chapeau blanchâtre, zôné et maculé 
de pourpre sanguin . i . i .... L. eontroveraus Fr. 

Chapeau très glabre, brun-rougeâtre, 
marge pubescente Z. faacinana 


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— us - 

( Chapeau zôné, plie-orange ou fauve- 

jaune . L. zonariuê Bull . 

Chapeau olive pâle ou gris-verdâtre L . blermius Fr. 

f Chapeau à peu près blanc 16. 

b [ — de couleur foncée . P . . . 17. 

/ Chapeau et stipe finement velouté, 

1 lames blanchâtres, à reflets ver- 

\ dâtres L . vellereus Fr. 

j Chapeau compact, dur, plan, puis 

I en entonnoir L . piperatus Seop. 

• ^ Chapeau mince, convexe, pyis plan L. pargamenus Fr. 

/'Chapeau grisâtre, cendré, puis jau- 

17 ] nâtre . L. pyrogalus Fr. 

( Chapeau fuligineux, puis brun-noir L. plumbeus Fr » 

(4 ivture). 


BIBLIOGRAPHIE. 


Nous lisons dans la Revue scientifique : 

MM. Doassans et Patouillahd (1) ont eu l’idée de publier une 
Mycologie accompagnée d’exsiccata. L’ouvrage dont il est ques- 
tion ici , et qui témoigne de nombreuses et patientes recherches , 
donne à la fois l’espèce en nature et un dessin montrant le port à 
l’état frais et les caractères anatomiques essentiels de l’espèce. 
Chaque échantillon est en outre accompagné d’une étiquette, où la 
synonymie et la bibliographie sont indiquées complètement. Cette 


(1) Les Champignons figurés et desséchés , par MM. E. Doassans, docteur 
en médecine, et N. Patouillard, pharmacien. Tome I, 1™ partie, Atlas ; 
2»* partie, Exsiccala. Chez Y» F. Henry, libraire, 13, rue de VÊcole de 
Médecine, Paris. 


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— 113 — 

tentative désintéressée mérite certainement de recevoir un accueil 
très sympathique. 

Ce premier volume contient cinquante espèces choisies dans les 
différents groupes mvcologiques ; le volume suivant est en prépa- 
ration et paraîtra prochainement. 

Nbus ajouterons que cet ouvrage vient d’être honoré, par l\As- 
sociation française pour V avancement des sciences , d’une sub^- 
vention de quatre cents francs. 

C. S. 



LE MOUSTIQUE 

Appartenant à un genre très voisin de celui du cousin, le 
moustique (de l’espagnol mosquitô, petite mouche) porte en 
arabe le nom de riamous. Il abonde dans les pays chauds et hu- 
mides, dans les jardins, les vallées, et sur le littoral de l’Algérie. 

Cet insecte , très bien étudié par Réaumur et Duméril {Mé- 
moires de l'académie des sciences, 4860), est aussi insuppor- 
table par le bourdonnement sifflé, qui résulte de l’agitation ra- 
pide de ses ailes horizontalement étendues, que par sa piqûre 
douloureuse , suivie de démangeaisons agaçantes. On le recon- 
naît à son corps grêle, cylindrique, mou ; — à ses pattes minces, 
allongées, poilues; à sa tête, petite, munie de deux yeux à fa- 
cettes, plus grands chez les mâles;— à ses deux antennes soyeu- 
ses, longues, velues chez la femelle, plumeuses comme des pa- 
naches chez le mâle; — enfin à sa trompe buccale, cornée, for- 
mant la gaine d’un suçoir cylindrique, terminé par un renflement 
à deux lèvres mobiles et charnues. Dans une rainure de cette 

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gaine existent cinq filets, terminés chacun par une pointe plate, 
acérée et armée de dentelures, dirigées un arrière. Quand le 
moustique a pris place, il tâtonne la périphérie cutanée avec la 
pointe fine sortie de la trompe, et il cherche le point le plus ri- 
che en vaisseaux sanguins. Une fois cette place trouvée, il fixe la 
trompe, à l’aide du renflement bilabié, puis enfonce son dard 
dentelé , dont la flexibilité permet de lui faire suivre une direc- 
tion courbe. 

Pendant que l’insecte suce à son aise le sang de sa victime, la 
trompe laisse suinter une humeur transparente qui, d’après Ré- 
aumur, aurait pour propriété d’amortir, d’engourdir la sensibi- 
lité des tissus. C’est l’amas de cette sérosité aqueuse, narcotique, 
qui forme promptement une ampoule dure et rénitente, au mi- 
lieu de laquelle se trouve l'imperceptible piqûre. En peu d’ins- 
tants, le moustique s’est gorgé de sang; son départ précipité 
coïncide avec une vive démangeaison , accompagnée d’une dou- 
leur plus ou moins aiguë , selon que l’individu a la peau plus 
fine, plus délicate et satisfait plus longtemps le besoin, souvent 
irrésistible, de se gratter. Cette cuisson est parfois assez vive, 
chez les personnes très nerveuses, pour déterminer de la fièvre. 

Sommes-nous donc désarmés complètement devant ce chétif 
insecte sanguisuge, ennemi acharné de notre repos et de notre 
sommeil ? Certes non ; et nos moyens de défense sont de deux 
ordres, les uns préservatifs, les autres curatifs. 

1° Préservatifs. — ■ Puisque le moustique se montre surtout 
vers la chute du jour et dans les régions humides, il faut fuir les 
endroits où ces insectes se plaisent, ainsi ne pas fréquenter le 
soir les bords des étangs, des rivières, de la mer. C’est surtout 
sur la lisière des eaux dormantes, ou sur quelque objet qui flotte 
à sa surface , que la femelle pond ses œufs , tout d’abord vis- 
queux et blanchâtres , passant bientôt au gris verdâtre , et tous 
collés ensemble en forme de chapelet ou de barquette. Deux 


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jours après, a lieu l'éclosion : chaque trois semaines s’opère en 
trois fois le changement de peau, et les eaux’se couvrent, par pla- 
ques, des débris de ces dépouilles. 

Or, les moustiques comptent 6 à 7 générations dans une an- 
née. Chaque femelle produisant plus de 350 œufs, un seul cou- 
ple aurait, dans le cycle annuel, une descendance de cinq mil- 
lions de milliards ! Fuyons donc les endroits où pullulent ces 
innombrables légions. 

Le moustique est attiré dans nos demeures par une vive lu- 
mière; modérons l'éclat de nos éclairages par des verres dépolis 
ou de couleur. Multiplions à nos croisées, à nos portes intérieures 
de communication, autour de nos lits et des berceaux d’enfants, 
les étoffes de mousseline ou de gaze à mailles serrées, vulgaire- 
ment utilisées sous le nom de moustiquaires, et dont malheu- 
reusement l’appropriation tend à disparaître de plus en plus des 
coutumes algériennes. Que de nuits agitées leur emploi pourrait 
prévenir I 

Les hirondelles et les martinets font des curées pantagruéli- 
ques de ces insectes : respectons leurs n|ds, et au besoin favori- 
sons leur installation près de nos demeures. 

Les poissons sont friands des moustiques et de leurs œufs : 
multiplions ces auxiliaires dans les étangs et les cours d’eau. 

.De même pour les chauves-souris, qui dévorent ces diptères in- 
commodes, avec une voracité surprenante. On a remarqué que 
dans les villes qui possèdent de vastes et vieux monuments, re- 
fuges habituels de ces carnassiers ailés, les moustiques et les cou- 
sins sont fort rares. A Agen, à Toulouse, dans le Nivernais, sur 
les bords de la Loire , la destruction de très anciens manoirs, 
d’antiques castels, a toujours été suivie de l’invasion des mous- 
tiques, par suite de la disparition forcée des chauves-souris. 

On a inventé une lampe à moustiques qui mériterait d’étre ré- 


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pandue : c’est une sorte de petite nasse, au fond de laquelle brûle 
une veilleuse dont la clarté attire les moustiques; ceux-ci une 
fois entrés ne peuvent plus s'échapper et se brûlent les ailes à la 
lumière. 

Pour écarter ces insectes, on a conseillé de fermer les croisées, 
de brûler dans l’appartement du sucre, du papier gris, de la pou- 
dre à canon, du tabac, sur une pelle rougie, puis, au bout de 
quelques minutes, de renouveler largement l’air de la pièce. Ces 
moyens réussissent médiocrement. 

2° Curatifs. — Dès que la douleur indique que le moustique 
a accompli son travail sanguisuge , on est tout naturellement 
porté à gratter le siège de la piqûre : il faudrait, au contraire, 
résister à cette tentation, car les frottements augmentent l’irrita- 
tion et les démangeaisons. 

Les uns cherchent à combattre le développement de l’ampoule 
et des souffrances , par des applications d’ammoniaque, de vi- 
naigre, d’eau sédative, demie!, d’eau froide; les autres, par une 
tranche ou du jus de citron, de la salive, de l’huile, de l’eau salée, 
du persil, des pommadés opiacées, etc. 

Tous ces remèdes ne valent pas le vinaigre de Pennés, soit en 
frictions, soit en poussière fine sur lès points attaqués et même 
dans la région où bourdonnent les moustiques. Ce composé aro- 
matique non-seulement arrête sur le champ la course de ces in- 
sectes, mais encore dissipe en quelques secondes les douleurs, le 
prurit et l’induration que leur piqûre avait produits. Je ne con- 
nais pas de moyen plus rapide pour obtenir des résultats aussi 
satisfaisants et aussi précieux, surtout quand le sommeil est 
troublé par le bourdonnement ou la blessure de ces hôtes in- 
supportables. 

Le Prophète des Musulmans a bien dit dans sa Médecine « que 
les mouches s’emploient très avantageusement en frictions sur 


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les piqûres de guêpes, de scorpions, sur les gonflements des 
paupières; » Mais il est douteux qu’une peàu fine et délicate, sur 
laquelle les moustiques s’acharnent toujours avec une prédilec- 
tion marquée , soit utilement et sans crainte maculée du sang 
plus ou moins pur de ces moustiques malpropres, trop peu scru- 
puleux sur les contacts multipliés qu’ils se permettent avec tou- 
tes sortes d’êtres vivants. On observe parfois, en effet, au milieu 
de la tumeur qui résulte de leur piqûre, un petit amas de séro- 
sité noirâtre, entouré d’un cercle rouge-foncé, et d’où l’on peut 
inférer que l’insecte y aurait déposé une matière septique. 

Défions-nous donc des moustiques; car, on ne sait jamais 
« quelle mouche nous pique . » 

D r E. Bertherand (d’Alger). 



LA NOTION DU PROGRÈS. 

Chaque jour, chaque année, dans la vie de l'humanité, peuvent se 
caractériser par un progrès; il y a des siècles, des générations qui 
brillent d’un éclat inusité, dans une direction nouvelle et justifient une 
appellation distincte. Nous avons eu le siècle delà Renaissance artisti- 
que et littéraire (1450-1550); le siècle actuel, le XIX e s’appellera 
certainement, dans l’histoire, le siècle de la science. Jamais, en efîct, 
les découvertes des savants et surtout leur application h l’industrie 
agricole, manufacturière ou commerciale n'ont été plus nombreuses ni 
plus importantes : la vapeur, l'électricité ont été asservies par l’homme; 
les ballons commencent à sillonner l’espace; une industrie nouvelle, 
celle des produits chimiques, est sortie toute armée, nouvelle Minerve, 
du cerveau des savants, armée, hélas! pour le mal comme pour le bien, 
la dynamique et les engrais chimiques, tandis qu’une autre science nous 
fournissait les canons rayés et les moissonneuses mécaniques. 


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Mais, tout cela, moyens de détruire les hommes, moyens de les 
nourrir, c'est toujours le progrès. Les Indiens de l’Amérique, les Zou- 
lous de l’Afrique, luttant avec leurs arcs, leurs flèches et leurs zagaies 
contre les fusils modernes, ont eu la preuve pratique de l’inéluctable 
nécessité du progrès ; à mesure que l’on perfectionne les engins de 
guerre, la guerre devient moins meurtrière. La sécurité d’une nation 
est devenue une question de balistique tout autant que de génie diplo- 
matique. Des armées nombreuses, instruites, bien armées, bien con- 
duites, peuvent, aujourd’hui plus que jamais, prétendre à la domina- 
tion du monde! 

Dans la civilisation moderne pourtant, l’empire n'appartient pas ex- 
clusivement au soldat, au marin ; il ne dépend pas seulement des ar- 
mées, des flottes et des généraux; l’invasion armée n'est pas le seul 
mode de conquête. Il est une autre invasion, pacifique celle-là, silen- 
cieuse, incessante, opiniâtre, celle des produits industriels, qui pénètre 
dans un pays jusque-là riche, prospère, confiant en lui-mème, s’em- 
pare des débouchés, inonde les marchés, fait baisser les prix, obtient 
la préférence, ruine les fabricants, enlève le travail aux ouvriers et 
pèse bientôt sur le consommateur. Cette lutte internationale n’est pas 
sans analogies avec la première, car la victoire y est aussi à celui des 
deux peuples qui est le plus riche en intelligence, en capitaux et en 
machines perfectionnées. 

Le vieux monde, confiant dans les résultats acquis par les généra- 
tions qui s’y sont succédé, s'est jusqu'ici endormi imprudemment; il 
a tressauté, lorsqu’il a vu le monde nouveau l’inonder de ses laines, 
de son bétail , de ses grains, tout en s’organisant pour produire lui- 
meme ce que, jusqu’ici, il nous avait acheté. Accoutumée à fournir de 
ses produits l’univers tout entier, la vieille Europe a vu son commerce 
troublé, ses usines encombrées, ses marchés inondés; elle est tombée 
un instant dans le découragement et commence à peine à reprendre ses 
sens. 

Les uns ont voulu lutter par une guerre de tarifs commerciaux qui 
nuirait à tout le monde sans profiter à personne; car, cela, c'est le 
progrès; et le progrès, dans l’ordre matériel comme dans l'ordre mo- 
ral , on peut le comprimer, le retarder en l'enrayant, mais il marche 
dans l'ombre, il grandit et il finit par produire une explosion plus ter- 
rible. Les autres plus sensés ont demandé la liberté et ils ont eu rai- 


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- 110 - 

ton, car c’est le progrès vers la division du travail dans la production, 
c’est un paç vers la fraternité des peuples, c'est, en un mot, un pas de 
plus dans le progrès. 

Avez-vous observé ce qui s'est passé lors des premières expositions 
universelles (1855-1867), alors que les industries du monde entier 
purent rassembler et comparer leurs engins de production et leurs pro- 
duits? Chacun, étonné, effrayé même, se mit bientôt à l'étude, cher- 
chant les points forts et faibles de ses concurrents, profitant de tout cc 
qui lui parut une amélioration ; les vieilles machines furent mises à la 
ferraille, on réorganisa les ateliers, on les meubla d’outils nouveaux, 
on rechercha tout ce qui pouvait accélérer le travail, améliorer la qua- 
lité et abaisser le prix de revient des produits. Ce fut une révolution 
silencieuse mais inouïe, grâce à laquelle nous avons pu soutenir la 
lutte et souvent avec succès. Les petits fabricants, les industriels igno- 
rants ou pauvres, ne pouvant se transformer, durent disparaitre; le 
champ resta à ceux-là seuls qui savaient, voulaient et pouvaient suivre 
le progrès. Et il en sera toujours ainsi. 

L’industrie agricole a beaucoup moins profité de cet enseignement 
que l’industrie manufacturière; c'est que ceux qui la pratiquent ne pos- 
sèdent généralement, par malheur, ni la même intelligence, ni les 
mêmes capitaux : on ne comprit pas, ou, si l'on voulait, on ne pouvait 
suivre le mouvement. La petite culture qui, à force de travail et de 
privations, était parvenue à économiser d’assez fortes sommes, les em- 
ployait à acheter encore de la terre ou a des acquisitions de rente ; la 
grande culture, plus riche en terres qu’en argent, sc contentait de per- 
cevoir les fermages toujours croissants de ses propriétés et se lançait 
dans le tripotage des valeurs publiques ou privées. Seuls, quelques dé- 
partements du Mord faisaient de la culture vraiment industrielle et 
tiraient du sol et de leurs capitaux un revenu élevé; les autres vivaient 
tant bien que mal. 

Mais pendant cc temps, par delà l’Atlantique; un peuple nouveau que 
l’on avait pu croire pour longtemps abattu par une terrible guerre ci- 
vile, les Etats-Unis, un peuple qui nous égale comme nombre déjà, qui 
nous surpasse en richesses, qui dispose d’un territoire neuf et presque 
vingluple du nôtre, organisait ses manufactures, installait sa produc- 
tion agricole et entreprenait de se faire le fournisseur du vieux 
monde. 


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— 120 — 


La crise des laines causée par l'Australie en 1866, la erise céréale 
déterminée par la récolte extraordinaire de 1863, bien dépassée depuis, 
n'ont rien de comparable à la panique qui s'empara de nous en 1879 
et 1880, lorsque nous vimes, à la suite de nos deux récoltes de céréa- 
les insuffisantes, les Etats-Unis nous inonder de blés qui, rendus au 
HAvre, pouvaient se vendre au cours de nos années moyennes; lorsque 
/ nous apprimes que l'Angleterre recevait déjà de l’Amérique septen- 
trionale 100,000 bêtes à cornes de boucherie. Mais tout cela, encore 
une fois, c'cst le progrès, profitable à tous et d'ailleurs impossible a 
enrayer; c’est la lutte désormais continuelle à laquelle il faut nous 
préparer, lutte dont le champ s'élargit et s’élargira encore, car ce n'est 
pas la seule que nous ayons à redouter; notre industrie fromagère est 
depuis longtemps, en concurrence avec celle de la Suisse : noire pro- 
duction céréale a longtemps redouté la concurrence de l’Egypte et de 
la Russie : nos éleveurs de bestiaux ont longtemps réclamé la protec- 
tion contre les produits allemands; nos vignerons demandent qu'on les 
arme contre les vins d’Espagne et d’Italie, etc., etc. 

Ne serai t-it- il pas temps que l’esprit des cultivateurs s'ouvrit à la 
notion du progrès, seule raison d'être de l'humanité. Dans la vie indi- 
viduelle, nous luttons pour l'existence; de même dans la vie sociale, il 
nous faut produire pour la lutte internationale. La lutte est partout, 
toujours fatale ; clic est plus ou moins acharnée ; quel qu’en soit le vain- 
queur, elle est toujours le progrès direct ou indirect : prenons-en donc 
notre parti, puisque nous ne pouvons faire autrement. Mais rappelons- 
nous que, presque fatalement, les crises marquent une étape et ont 
pour conséquence, chez un peuple énergique, un progrès nouveau. 

Par malheur, la génération actuelle, mal préparée encore par l’ins- 
truction primaire, endormie dans une confiante sécurité, tourmentée 
principalement par le désir du bien-être matériel, accoutumée surtout 
à voir l’Etat gérer ses intérêts, ne sait guère que crier au secours, lors- 
qu’une crise se produit, manque d’intelligence pour en comprendre les 
causes, d’initiative et d'énergie pour la surmonter. 

Ecoutez les personnes qui se disent et sont intelligentes, mais qui 
manquent d’instruction spéciale en agriculture ; écoutez-les repousser 
le progrès sous la plupart de ses formes, en vous disant : « Nous som- 
mes des hommes pratiques et non des utopistes; donnez-nous des 
moyens pratiques; vous n'êtcs pas un homme pratique, etc., etc. » Ce 


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- 121 — 


sont tout simplement des routiniers qui Ae veulent que le connu, des 
routiniers comme ceux qui repoussaient les chemins de fer et le gaz 
d’éclairage, des routiniers comme ceux que l'on affuble du nom de 
paysans. 

Mais les paysans ont une excuse : ils peuvent avoir l’intelligence, 
mais ils n'ont trop généralement qu’une instruction limitée; pauvres 
et contraints de travailler de leurs bras, ils n'ont voyagé que dans un 
rayon très restreint où ils n’ont vu que les pratiques dans lesquelles ils 
ont été élevés. Ne sont-ils pas autorisés à croire que ce qu’ils ont tou- 
jours vu faire et toujours -fait est le nec plus ultrà de la perfection? 
Avez-vous observé que les moins rebelles au progrès sont les anciens 
soldats qui ont voyagé avec leur régiment, qui ont parcouru d’autres 
pays, vu d’autres pratiques, qui ont pu comparer et juger? Aujour- 
d’hui, par des raisons d’économie trop justifiées, les garnisons ne sont 
que rarement changées, nos jeunes conscrits voyagent moins et sont 
placés dans des condftions moins favorables. D’un autre côté, les che- 
mins de fer rendent les voyages plus rapides et moins coûteux, éten- 
dent progressivement pour chacun la zône explorable. Les voies ferrées 
jouent un rôle éminemment civilisateur. Joints à la navigation à va- 
peur, ils auront, avant qu’il soit bien longtemps, enchevêtré à ce point 
les intérêts commerciaux de tous les peuples que la guerre sera deve- 
nue moralement impossible. 

Il est plus difficile qu’on ne le pense, de faire pénétrer dans l’esprit 
des gens sans instruction des idées d’un ordre qui leur a été étranger 
jusque-là; ils ne veulent pas sortir du connu; le nouveau, c’est pour 
eux l’aventure; de tous ceux qui ne sont point eux-mêmes, ils se dé- 
fient: les idées de comparaison, de calcul, leur sont répulsives ; ils 
feront semblant parfois de se laisser convaincre, mais ils résisteront 
ensuite par la force d’inertie appuyée de toutes sortes de faux-fuyants. 
Crédules à l’excès en politique, ils sont sourds aux conseils agricoles. 
Ce sont des routiniers, des empiriques, des ignorants, des hommes pra- 
tiques; ce sont les clients des rebouteurs et des charlatans, ce sont les 
ennemis de ceux qui, avec le désintéressement le plus notoire, cher- 
chent à porter un peu. de lumière dans leur esprit. 

Sur ceux-là nous avons bien peu de prise; ils sont adultes; leur 
siège est fait; leurs idées, lorsqu’ils en ont, sont formulées; leurs pères 
ont toujours vécu faisant ainsi ; ils ne craignent pas de mourir de faim? 


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— lit — 

il n'est pas d’éooles pour eux et d’ailleurs ils n'y iraient poioi; spéne 
s’ils savent lire, ils ne lisent point, ils n’ont guère de rapports qu'entre 
eux; ils veulent continuer à dormir en paix et il faudrait un cataclysme 
pour les réveiller. Quelques-uns , rare exception , se laissent toucher 
par des faits patents, indiscutables, renouvelés; ils expérimenteront 
petit à petit; ce sont les plus intelligents et les autres les traitent de 
fous ; mais même avec ceux-là, une vérité, pour faire une lieue, mettra 
un siècle. 

C’est par la base qu'il faut prendre l'œuvre ; e'est à la jeunesse de 
nos écoles qu'il faut inculquer; sous toutes ses formes, la notion du 
progrès; ce sera l'affaire de trois, de quatre générations, mais c’est en- 
core le moyen le plus rapide et le plus sûr. Encore, faut-il bien se 
garder de les froisser, nos jeunes élèves, lorsqu’on veut les convaincre 
que ce qu'ont fait leurs ancêtres pouvait avoir sa raison d’être, vu le* 
conditions dans lesquels ils vivaient, mais que, ces conditions ayant 
changé, il faut modifier les pratiques si l'on veut marcher avec son siè- 
cle et faire de la production économique. 

H y a soixante-dix ans environ, les deux tiers du territoire de la 
commune de Cinquétral (près de Saint-Claude, Jura) étaient cultivés 
avec des charrues attelées chacune de dix hommes; personne aujour- 
d’hui ne voudrait sc soumettre à ce pénible et presque humiliant tra- 
vail; niais les petites machines suisses à battre à bras y jouissent d’une 
grande vogue. On fait aujourd’hui comme il y a un siècle, peu de fu- 
mier, on le traite aussi mal, on en laisse encore perdre plus de la moi- 
tié, et l'on ignore le nom même des engrais chimiques . Chacun, sur le 
plus élevé de nos plateaux; se croirait voué à une famine imminente, 
s’il ne récoltait, chaque année, pour lui et sa famille, le blé nécessaire, 
bien que, avouant parfois qu'il lui coûte le double du prix auquel il 
pourrait l'acheter. On remue d’immenses surfaces de terre mal tra- 
vaillées, mal fumées, pensant que c'est la superficie qui fait le profit. 
Ailleurs, dans la région du vignoble, ce sont les propriétaires de Bour- 
cia et des communes environnantes qui répondent aux délégués chargés 
par le Préfet de constater la présence du phylloxéra dans leurs vignes 
et d’en préparer la destruction : « Vous ne mettrez point le pied dans 
nos propriétés, dussiez-vous nous faire couper le cou; c’est Dieu qui 
nous a envoyé le phylloxéra, c'est Dieu seul qui nous en délivrera. » 
Ignorance, fanatisme, superstition, routine, pratique ! 


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- ilS - 

Gomment faire comprendre à de jeunes paysans que, si la torre 
tourne sans cesse sur elle-même, l'humanité marche aussi sans inter- 
ruption? Que le but de l'homme, c'est le progrès? que ceux qui ne vou- 
dront point marcher seront étouffés et broyés par la foule pressée 
d'arriver? En faisant à ces enfants l’histoire de l'humanité, de l'homme, 
du globe. 

Les premiers hommes vivaient de pèche et de chasse, se vétissaient 
de peaux de bêtes, habitaient les arbres, les cavernes ou les grottes ; 
ceux-là étaient forcément nomades; nomades encore les pasteurs qui 
leur succédèrent, mais pourvus de chariots et de tentes. Puis ils devin- 
rent cultivateurs, se firent sédentaires, se construisirent des habita- 
tions, se groupèrent en hameaux, en villages, puis en villes; se consti- 
tuèrent en famille, puis en tribus, enfin en nations; organisèrent une 
administration, des moyens de défense et aussi d'agression. Souvent 
opprimés, conquis, réduits en esclavage, les peuples poursuivaient 
plus ou moins opiniâtrément la conquête de leur liberté , sans tenir 
compte du sang et des larmes qu’elle coûtait. Jacques Bonhomme a la 
vie dure, il est immortel , il plie et ne rompt pas. Mais que de maux il 
a endurés! C'est lui qui a défriché, défoncé, desséché, planté le sol 
qui nous nourrit. C'est lui qui l'a défendu de son sang, arrosé de scs 
sueurs, fécondé de son travail ; il nous l'a légué en usufruit, nous avons 
le droit d’en user, non d'en abuser, car nous devons à notr^tour le 
transmettre à nos descendants plus riche et plus fertile encore. 

Jacques Bonhomme a souvent éprouvé la faim, le froid, la soif; il a 
traversé des famines, des pestes, des guerres terribles; à force de per- 
sévérance, il a conquis une sorte de liberté et d'indépendance maté- 
rielle : il est encore sous le joug néfaste de l'ignorance; c’est à l'éman- 
ciper que doivent tendre tous nos efforts. Apprenons-lui donc l’histoire 
de ses ancêtres et enscignons-lui à regarder actuellement autour de 
lui. 

Nous qui jouissons de l'héritage matériel et intellectuel de Jacques 
Bonhomme, nous qui nous sommes enrichis de ses découvertes succes- 
sives, pourrions-nous vivre aujourd'hui par les mêmes moyens que lui? 
sur un territoire peu peuplé, on choisissait les meilleures terres, on les 
égratignait, on répandait la semence et, quelques mois après, on venait 
faire la moisson; l’année suivante on emblavait un autre champ, tandis 
qu’on laissait le* premier se reposer. N'avait-on pas d’ailleurs des fo- 


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- 124 - 

réts et des landes dont on pouvait, à peu de frais, tirer de bonnes ré- 
coltes durant quelques années? Mais, la population a augmenté, les 
réserves de l'avenir 6e sont épuisées, le sol est devenu plus rare et plus 
cher, il a fallu supprimer la jachère et employer les engrais; la main - 
d'œuvre sollicitée par l’industrie et le commerce, l'armée et l’admi- 
nistration, émigre vers les villes et il faut la remplacer par des instru- 
ments; le sol ne produit plus en raison de son prix, il faut le défoncer, 
l'amender, l'homme qui vivait de pain sec et d'eau claire, éprouve le 
besoin de manger de la viande et de boire du vin, de s’habiller chau- 
dement et confortablement; les besoins augmentent; le prix de la terre 
et celui des salaires s'élèvent : pour payer tout cela, il faut que le sol 
produise beaucoup par rapport à sa superficie ; il faut ne lui demander 
que les récoltes qu’il peut fournir en plus grande abondance ’ct au plus 
Las prix ; il faut enfin lutter contre la concurrence intérieure et sur- 
tout contre la concurrence étrangère qui tendent à abaisser le prix de 
la laine, du beurre, du fromage, de la viande, du blé, du colza, de la 
garance, etc., etc. Celui qui, aujourd’hui, voudrait cultiver comme le 
faisaient ses ancêtres, il y a un siècle; celui qui voudrait multiplier par 
la copie à la main les exemplaires d'un livre; transporter des marchan- 
dises a longues distances par le halage sur les rivières ou le roulage 
sur les routes; filer de la laine au rouet; tisser des étoffes à la main, etc., 
etc., ferait un métier de dupe. 

À mesure que les demandes de la consommation, que les moyens de 
production, que les circonstances du marché, que le mode meme, chan- 
gent, il faut modifier les procédés et les moyens de l’industrie ; il faut 
surtout savoir, vouloir et pouvoir se transformer en temps utile. Voilà 
ce que la génération actuelle n’a pas encore suffisamment compris dans 
les classes agricoles, et ce qu'il est important de persuader à celles qui 
s’élèvent. . 

11 serait imprudent de se confier, pour cela, dans le seul enseigne- 
ment tiré des faits trop souvent mat interprétés; il faut faire pénétrer. 
In notion du progrès dans les . jeunes cerveaux par tous les moyens et 
sous toutes les formes possibles, En ce qui nous touche, c'est à l'Ecole 
rurale, c’est à l’instituteur que revient cette tâche. Il faut donc l’élever 
à cette hauteur par renseignement qu’il reçoit à l’Ecole normale ou il 
est désirable de voir introduire des notions élémentaires d’économie 
politique et sociale. 


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— 125 — 

Sorti de ]a campagne, vivanldans leç. champs, l’instituteur doit s’at- 
tacher à expliquer à ses élèves les faits journaliers dont ils sont té- 
moins-; c’est pour lui l’occasion de leur inculquer des notions de phy- 
sique, de chimie, de mécanique, de physiologie animale et végétale. 
Dans l’histoire, c’est bien plus l’histoire de l'homme que celle des 
hommes qu’il doit enseigne/*; la marche graduelle de l’humanité, les 
progrès de là civilisation, bien plus que celle des règnes, des batailles, 
des mariages et des intrigues. On a trop souci, partout et i tous les 
degrés, de faire des savants , pas assez de faire des hommes . Surtout, 
que l’instituteur habitue ses élèves à réfléchir, à comparer, a déduire; 
qu’il leur apprenne non-seulement a regarder , mais encore à voir; 
qu’il leur persuade que la terre est le siège d’une lutte .constante' ou 
chacun doit chercher le triomphe pour éviter la défaite, lutte que la 
nature a réglée, équilibrée, pondérée; qu’il les convainque que lorsque 
l’harmonie sc trouve rompue, ce n’est jamais qu’à la suite de l’igno- 
rante ou imprudente intervention de l’homme, qu’il les pénètre enfin 
que nous n’avons que peu ou pas de droits, mais que nous avons une 
multitude de devoirs , ûon-seulemcnt envers nous-mêmes, mais encore 
à l’endroit de ceux qui nous ont précédés et plus encore à l’égard de 
ceux qui nous succéderont. Le progrès lui-même est un devoir, puis- 
qu’il est la conséquence de la loi imposée à l’humanité -et qui constitue 
le plus grand profit de l’individu comme celui de la collectivité. 

Tout progrès agricole est dans les mains de l’instituteur r.ural ; il 
faut donc qu’il se mette promptement en mesure de le vulgariser. Cela 
fait, il aura rendu à la France le plus grand, le plus précieux de tous 
les services qu’elle peut réclamer de ses enfants. 

A. Gobin, 

Professeur d’agriculture du Jura. 


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REVUE DES JOURNAUX SCIENTIFIQUES ET AGRICOLES 


De l’ensilage des Plantes fourragères 

La Société des agriculteurs de France a plus d’une fois appelé l'at- 
tention sur les avantages que peut offrir J’ensilage des plantes fourra- 
gères dans les grandes fermes ou de nombreuses bétes à cornes sont 
entretenues, soit pour être employées comme bêtes de Irait ou de la- 
bour, soit pour être engraissées et livrées au commerce de la bouche- 
rie ; dans l’un ou l’autre cas, comme de puissantes machines à fabriquer 
du fumier nécessaire à l’exploitation. Or, ces utiles auxiliaires de l’a- 
griculture ne peuvent produire beaueoup de travail , ni beaucoup de 
chair sans recevoir en échange une somme équivalente d’éléments nu- 
tritifs et réparateurs. Pour que l'étable donne, le grenier doit donner : 
ils sont solidaires. Les provisions en fourrage ne sauraient donc jamais 
être trop grandes ; et rien ne doit être négligé pour en accroître la 
quantité, et faire en sorte qu’il ne.s’en perde ni ne s'en altère la plus 
petite parcelle. 

L’ensilage est appelé à remplir ces deux conditions en contribuant 
pour une large part à augmenter la quantité et à prévenir la détério- 
ration et la perte. Pour en fournir la preuve , je n’aurai qu’à exposer 
les résultats obtenus par l’adoption de cette pratique, dans le domaine 
de M. Goubet aîné, et dans ceux de son fils et de son frère, à S l -Satur- 
nin-lès-Avignon. L’expérience a porté sur environ cinquante têtes de 
gros bétail engraissé pendant l’hiver. 'Dix années de succès en ont dé- 
montré les avantages. 

L’ensilage y est appliqué à la conservation du foin, de la luzerne, des 
feuilles de mûriers et autres. En ee qui concerne ces plantes fourragères, 
on sait à quel point et trop souvent les pluies prématurées de l’automne, 
le temps humide et brumeux, en compromettent la dernière coupe, en 
s’opposant à leur dessiccation ou en les soumettant à des alternatives de 


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séchage et de mouillure. Or, l’ensilage permet de les soustraire à ccs 
intempéries en les transportant toutes fraîches, à l’heure même du fau- 
chage, du champ qui les produit à la fosse qui doit les conserver. 

Mais c’est surtout les tiges de maïs que M. Goubet traite par l’ensilage; 
les détails dans lesquels je vais entrer à ce sujet s’appliqueront également 
aux autres produits herbacés; et l’ensilage devra leur être appliqué, 
toutes les fois que sc produiront des conditions défavorables à leur 
bonne préparation. Pour eut, la pratique de l’ensilage est condition- 
nelle; elle est invariable et forcée pour le maïs, dont la tige forte et 
aqueuse ne pourrait arriver à une dessiccation complète. 

Le mais semé pour être consommé en fourrage est le maïs exotique 
à grand rendement, dit le corona, ou celui à dents de cheval; l’un et 
l’autre donnant des tiges de 3 à 4 mètres d’élévation, et pouvant pro- 
duire, le premier surtout, de 80 à 100 kilos (1) à l’hectare, abondance 
inappréciable, vraiment providentielle. 

On sème le maïs en avril dans un terrain frais, autant que faire se 
peut, ayant préalablement reçu une fumure ordinaire. Dans le cas où la 
quantité de fumier disponible serait un peu faible, on la renforcerait 
par l’addition de 800 kilos de superphosphate de chaux par hectare. 

Le maïs est semé en lignes distantes de 50 à 88 centimètres les unes 
des autres, afin de faciliter le passage de la houe à cheval et l’opération 
du buttage, qui doit être faite dès que la plante s’élève à 50 centimètres 
au-dessus du sol. Elle n’exige pas d’autres soins jusqu’à la récolte. On 
doit procéder à celle-ci, dès que l’épi développe ses stigmates; a ce mo- 
ment , la tige a atteint toute sa hauteur. Coupées à la faucille par des 
femmes, les tiges sont apportées toutes vertes près du silo. Là un hache- 
paille, mis en -mouvement par un manège à cheval, découpe ces fortes 
tiges en disques de 2 à 3 centimètres de longueur au plus. 11 serait pré- 
férable de leur donner une épaisseur moindre, ce qui leur permettrait 
de mieux s'arrimer dans le silo, d’y occuper moins d’espace, d’y laisser 
moins d’intervalle entre elles et d’y rendre l’accès de l’air plus diffi- 
cile, tontes conditions essentielles pour en assurer la bonne conserva- 

(1) L’auteur a voulu dire, uns doute, 80.000 à 100.000 kilos. 


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tion; maïs il en résulterait ua surcroît de travail*, de dépense et de 
temps; il est indispensable d’agir avec célérité, un commencement de 
dessiccation avant l’ensilage aurait pour effet de soustraire, par l'éva- 
poration, une partie de l’eau infiltrée dans les cellules et dé Vy rem- 
placer par de Pair, dont la présence, en proportion plus grande dans la 
masse du silo, y provoquerait comme conséquence une fermentation 
désordonnée et une détérioration plus ou moins considérable. D’où 
l’absolue nécessité , pendant tout le temps que l’on emploie à remplir 
le silo, d’en comprimer fortement les souches successives. Et pour cela, 
un homme le piétine constamment, au fut* et à mesüre que la matière 
est déposée, jusqu’au moment où le silo est entièrement rempli, ou la 
provision de maïs épuisée. Alors et sans retard, on étend a la surface 
une couche de balle de blé ou de menue paille, épaisse de 15 à 20 cen- 
timètres, sur laquelle on opère une dernière et permanente compres- 
sion à l'aide d'une couverture lourde faite de briques, de moellons, dé* 
pierres, combinée de manière à soumettre toute l'étendue du silo à un 
poids de 500 kilos par mètre carré. 

On peut procéder à la confection du silo par un temps ^humide et 
meme pluvieux; il ne s’en conserve pas'moins bien. 

- / (A suivre ). 

{Bulletin de la Société d'agriculture de Vaucluse.) . 



JULES OINDRE, IMPRIMEUR A POLIGNT. 


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AVI S. — H. Pbost désirant faire de nouvelles recher- 
ches dans les archives de Poligny pour compléter son. étude 
sur le Journal de Guillaume Durand, nom ajour- 
nons à un de nos prochains N™ la publication de ce travail. 


CONTRIBUTION 

À L'HISTOIRE DE L’INSTRUCTION PRIMAIRE 

EN FRANCHE-COMTÉ 

Marché* conclu* par de* commune* rurale» 

avec de* maître* et de» maltresee* d’école 

(1638-1790) 

Les archives départementales du Jura possèdent un certain 
nombre de marchés conclus par des communes rurales avec des 
maîtres et des maltresses d’école (1). J’ai publié déjà plusieurs 
de ces intéressants documents (2). Ils ne remontent pas malheureu- 
sement à une date bien ancienne, et ne sont guère antérieurs, 
en général, au milieu du xvm* siècle. Le plus ancien acte de ce 
genre que j’aie trouvé jusqu’à ce jour est de l’an 1633. En voici 
le texte : 

V 

« Constituez en leurs personnes vénérable messire Pierre Hum- 
bert, d’Arhois, prebstre, vicaire des églises M r S 1 2 George des 
Champs et madame S u Catherine de Chilley, d’une part, Claude 
Girod dict Benoit, de Chilley, et Claude Gavain le jeusne, de Fré- 

(1) Série C, n°» 147, 148, 149, 554, 669, 674, 795, 799, 906, 1028, 1035, 
1059, 1078. 

(2) Annuaire du département du Jura, année 1878, p. 59; année 1879, 
p. 21, 89, 115; année 1.880, p. 138; — Bulletin de là Société d'agriculture > 
sciences et arts de Poligny , année 1879, p. 225; — Mémoires de la Société 
d'émulation du Jura , 1879, p. 163, 166. 


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— 130 — 

buari (1), eschevins desd. églises, assistez de Pierre^Gfarfd^'ëict 
Salins, eschevin du village de Chilley, Jean Pinot ét Guillaume 
Magnin, tous de Chilley, Claude Larehoi* et Hugues Virent, de 
Frébuan, pour eulx et les autres habitans tant dud. Chilley que de 
Frébuan et S‘-George, absentz, d’autre part, lesquelz par devant 
moy, led. Leignier, notaire et commissaire que cy devant, ont fait 
et font entre eulx les accord, convention et promesses que s'en- 
suyvent, à sçavoir que led. sieur Humbert, prebstre, vicaire, at 
promis et promet ausd. eschevins et habitans des lieux que dessus, 
de, pendant le temps et terme de son vicariat esd. églises, jà com- 
mencé le jour de fèste 8 e - Jean-Porte^Latdne (2) derrier, sonner en 
l’église Sainte-Catherine de Chilley les matin, midy et soir de cha- 
cun jdur de l'année 1 2 3 , pendant le susdit temps, pour la salutation 
angélique, les coups de cloche accoustumez faire aud. lieu et en 
toutes autres églises pour mesme fait; comme aussi ouvrir et fer- 
mer la porte de lad. église de Chilley soir et matin chacun jour, 
balier et nettoyer ou faire nettoyer lad. église quand besoin en 
serat, et de fournir l’eau en lad. église pour faire bénédiction pur 
icelle à toutes fois il serat nécessaire, et aussy de, pendant le temps 
de sond. vicariat, tenir escolte aud. Chilley et enseigner aux en- 
fans de lad. parroisse que luy seront envoyez et mis en charge les 
bonnes lettres et bonnes meurs, le tout que dessus bien et ,dehue- 
ment et à la descharge de lad. paroisse, à peine de tous despens 
et intérestz. Et moyennant ce, lesd. eschevins et dénommez que 
dessus, tant en leurs noms que de tous les autres habitans des 
susd. lieux, ont promis et promettent par cestes de payer, bailler 
et délivrer aud s r vicaire acceptant la somme de trente francz, mon- 
noye du comté de Bourgongne, à luy payable, sçavoir la moytié 
d'icelle à chacun jour de feste S l -Martin en hyver (3), et l’autre 
moytié au jour de feste SWean-Porte-Latine ensuyvant, par cha- 
cun an de cestes. Et au regard des escoliers qui luy seront en- 
voyez dois leurs domiciles pour estre enseignez au sien de jour à 

(1) Ârbois , chef-lieu de canton de l'arrondissement dePoligny.— Saint - 
Gêorg&des-Champs, section de Frébuan*, paroisse de ChïüyAe-VignoMe , 
canton de Lons-le-Saunier. 

(2) Le 6 mai. 

(3) Le 11 novembre. 


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autre, ils ont promis et promettent luy payer par chacun mois de 
l’anode qu'il les enseignera deux groz (1) par chacun escolier. Le 
tout aux peines, intérestz et despens que dessus, avec promesses 
que toutes parties ont (ait d’une part et d’autre d’avoir et tenir tout 
le contenu que dessus pour ferme, stable, vaillahle et aggréable, 
et de l'accomplir chacune eh droit soy, soubz i’pbligation de leurs 
biens, que respectivement elles ont submis aux cours et seel de Sa 
Majesté Catholique d’Espagne (2). Renonceans à toutes exceptions 
contraires. Fait à Chilley, en la maison du sieur de Vannoz, avant 
midy, le virtgt-sixiesme jour de may mil six cens trente trois. Pré- 
senta honorable Claude Gerrier, de Courbozon (8), et Gabriel Ber- 
nard, demeurant aud. Chilley, tesmoings requis. 

(Signé) « P. Humbert , J. Ptjnot et C. Leignyer (4). » 

Comme on le voit, cet honorable ecclésiastique cumulait, à 
bas prix, les fonctions de desservant, de sonneur, de sacristain 
et enfin de maître d’école. La commune, en vérité, en avait 
pour son argent. 

De 1633, nous sautons au milieu du xvni e siècle, faute de do- 
cuments intermédiaires. Les marchés qui vont nous passer sous 
les yeux fournissent quelques utiles renseignements. Le premier 
de ces actes, de l’année 1763, est ainsi conçu : 

« L’an mil sept cent soixante -trois, le trente octobre, après 
midy, par devant les notaire et témoins en bas nommés, ont com- 
paru Grégoire Fusier, échevin actuel de la communauté de la Chas- 
sagpe (5), Grégoire Lagut, Désiré Baoheloy.... (suivent 17 noms), 
tous habitans paroissiens dud. lieu de la Chassagne, assemblés en 
corps sur la place publique dud. lieu au son do la cloche, en la 

(1) Le gros était la douiième partie du franc. 

(2j Philippe IV. 

(3) Courbouâon, commune du canton de Lons-le-Sannier. 

(4) Archiva du Jura. Série G, terrier de la cure de 8aint-Qeorges-dcs* 
Champs et de Sainte-Catherine de Chilly, reg. in-4«, pap;, xvii* siècle, 
f. 49-50. 

(5) La Chauagne , commune du canton de ChanQUMgy.. » 


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— 132 — 

manière accoutumée, et le sieur Désiré Éterlin, recteur d’école 
aud. lieu de La Chassagae, lesquels, des approbation et consente- 
ment du sieur François Ozanon, prestre, curé aud. lieu, icy pré- 
sent, ont fait les marché et conventions suivants : sçavoir que led. 
sieur Éterlin a promis et s’est obligé de continuer ses services de 
recteur d’école en la paroisse dud. la Ghassagne, pendant le teins 
de six ans, à commencer le premier novembre prochain, pour finir 
à pareil teras six ans finis, expirés et révolus, et en cette qualité 
s’acquitter exactement des fonctions de son employ, accompagner 
le sieur curé dud. lieu et tous autres prestres déservant en son 
lieu et place , pour porter les sacremens aux malades de la pa- 
roisse, tant de nuit que de jour ; assister à tous les offices divins 
qui seront célébrés en l’église dud. lieu, sans pouvoir s’absenter 
en aucun tems ny s’écarter de son devoir sans l’agrément et per- 
mission expresse dud. sieur curé ; étudier et enseigner fidellement 
les enfans de la paroisse qui luy seront envoyés, leur apprendre à 
lire et à écrire, suivant leur capacité, et mesme l’arithmétique et 
plain chant. Pour lesquelles classes, sera payé régulièrement, à 
la fin de chaque mois, aud. sieur recteur d’école, par les pères, 
mères et tuteurs desd. enfans, sçavoir pour ceux qui apprendront 
à lire seulement quatre sols, cinq sols pour ceux qui apprendront 
à lire et à écrire, sept sols pour ceux qui apprendront l’arithméti- 
que, et dix sols pour le plain-chant ; s’obligeant led. sieur recteur 
d’école de tenir régulièrement classe, sauf pendant les teins de se- 
mailles et de récoltes. Et pour les gages et salaires des services 
dud. sieur Éterlin, recteur d’école, lesd. habitans cy comparans 
promettent et s’obligent de luy payer par chacun an, par les éche- 
vins en exercice dudit la Chassagne et de Sergenaud (1) parois- 
siens en ce premier lieu, la somme de cent livres monnoye du 
royaume, sans requérir, aux peines de droit; promettant en outre 
lesd. habitans de faire incessamment rétablir et mettre en deu état 
la maison d’école, à défaut de quoy led. sieur recteur d’école ne 
sera point tenu de faire classe, sans que pour ce on puisse luy faire 
une diminution sur le prix du présent marché; suivant que le tout 
a été convenu. A l’effet de quoy les habitans cy comparans obligent 
les biens et revenus de leur communauté, et led. sieur Éterlin les 

> rgmauw , commune du canton de Chaumergy. 


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- 183 - 

siens sous le soel du Roy requis. Fait, lu et passé sur la place pu- 
blique dud. la Chassagne, les an, jour et mois susd., par devant 
Jean-Claude Petitperrin, notaire royal résident à Rye (1), en pré- 
sence d’Hipoîito Junier et Christophle Lagut, de Fay (2), témoins 
requis et soussignés, avec ceux sçaehans écrire.... » (suivent les 
signatures au nombre de 22, y compris celles du recteur d’école, 
du curé et du notaire). . ✓ 

Ce traité fut homologué par l’intendant de Franche-Comté le 
30 juillet 1764 (3). 

Autre exempte do traité analogue, de 1765 : 

« Nous soussignés , échevin et habitans de ta communauté de 
Darbonnay (4), confessons avoir engagé le nommé Antoine- Joseph 
Jeannin, demeurant à la Favière, près de Nozeroy (5), pour nôus 
servir en qualité de maître d’école pour le tems et terme de trois 
ans, à commencer au premier d’octobre de l’an mil sept cens soi- 
xante-cinq et finir à pareil jour de l’an mil sept cent soixante-huit, 
du consentement de M r le curé, et a la réserve que si Tune dés 
parties n’est pas contente de la première année, [elle] devra avertir 
l’autre deux mois auparavant; et c’est pour le prix et somme de 
vingt-quatre écus, à trois livres pièce, quatre sols par mois par 
chaque enfant qui viendra à l’école, cinq sols par chaque mort ou 
un dîné, cinq sols chaque mariage ou le diné, et de plus une quette 
de vendange, chacun à sa volonté. Led. Jeannin s’oblige de faire 
toutes les tailles du Roy et tout écrit de communauté, et de sonner 
tous les coups des messes, ot même pour le teins et pour les morts, 
l’angélus le matin, à midi et le soir, faire la prière tous les diman- 
ches et pendant tout le carême. De plus, il s’oblige de chanter les 
messes des congréganistes et toutes celles des morts, avec réserve 
que son gage sera payé par l’ëchevin en deux termes, le premier 
dans le milieu de l’année, et l’autre à la fin du présent marché. 

(1) Rye, commune du même canton. 

(2) Les deux Fays , commune du même canton. 

(3) Archives du Jura. Série C, n° 147. 

(4) Darbonnay , commune du canton de Selliéres. 

(5) La Favière . commune du canton de Nozeroy. 


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Fait doublé à Darbonnay, àe vingt-deux septembre mil sept^ent 
soixante-cinq * (suivent les signatures, au nombre de onze). 

Homologation de l'intendant, en date du 15 août 1760 (1). 

Ainsi, le maître d ecole était en même temps chantre, sacris- 
tain, sonneur et ce que nous appelons aujourd’hui « secrétaire 
de la mairie. » Il réunissait généralement ces diverses attribu- 
tions. Quelques autres textes de marchés achèveront dé nous 
renseigner à cfct égard. 

« L'an mil sept cent soixante et douze, le vingt-cinq mars, après 
inidy, au lieu de Saint-Lamain (2), en la maison des Courvoisier, 
où nous nous sommes retirés à cause du mauvais tcms, par devant 
le notaire royal soussigné, et en présence des témoins en bas nom- 
més, furent présents Claude- Ambroise Bulîard, ancien recteur 
d'escole en différentes parroisses, résidant actuellement à Passe- 
nans (3), d’une part; le sieur Estionne-Joseph Paget, résidant à 
S^Lamain, et Guillaume-François Buffard, de Passenans, y de- 
meurant en qualité de procureurs spéciaux de la parroisse S % -Es- 
tienne de S‘-Lainain, eu vertu d'acte ad hoc soub seing privé, en 
date du quinze du courant.... tendant à leur doauer pouvoir de 
procurer un recteur d'escole à ladite parroisse; et ayant fait sonner 
la cloche de lad. parroisse en la manière ordinaire, pour que lesd. 
parroissiens ayent à s’assembler pour consentir ou dissentir au pré- 
sent marché, les habitans de Bréry (4), coparoissiens de lad. es- 
glise S^Estienne de S^Lamaiu, n’ayant point comparu, quoique 
sommés par exploit du sergent Blondel, du vingt-trois du cou- 
rant....; lesquelles parties, sçayqir led. Buffard et les procureurs 
spéciaux au nom qu’ils agissent, ont fait par cette les marcbefs et 
conventions qui suivent, sçavoir que led. Buffard promet et s'oblige 
par cette de servir de recteur d’escole en lad. parroisse pendant le 
tems de six ans consécutifs, qui commenceront au premier d’a- 

(1) Archives du Jura , Série G, n° t47. 

(2) Sainl-Lamain , commune du canton de Sellières. 

(3) Passenans , commune du même canton. 

(4) Dréi'y, commune du oanton dp Sellières. 


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vril prochain et à pareil jour finiront, avec déditte réciproque à la 
fin de chaque année, en s’advertissant un mois auparavant, sçavoir 
de chanter les offices divins , suivant la coutume, d’enseigner la 
jeunesse, la catéchiser deux fois par semaine, luy enseigner le 
chant, l’escriture et l’arithmétique, pendant tout led. teins, de 
tenir classe deux fois par jour d’ouvriers, et généralement faire, 
au regard de tout ce que dessus, tout ce qu’il est d’usage en lad. 
parroisse en pareil cas. Moyennant quoy, les comparoissants, pro- 
cureurs spéciaux et led. s r Paget, tant en cette qualité que de fa- 
bricien en lad. parroisse, promettent au nom d’icelle qu’il sera payé 
aud. Buffard, par chaque année, par les eschcvins en exercice 
composant lad. parroisse, ainsy qu’il est d’usage, la somme de soi- 
xante-trois livres, à chaque vingt-cinq décembre, dont le premier 
terme et payement se fera à pareil jour de la présente année, et 
ainsy successivement d’années et de termes à autres, sans re- 
quérir; de laquelle somme il sera fait jet et répartement par les 
commis en exercice de chaque année, suivant la coutume. Ainsy 
le tout convenu, stipulé et promis entre les parties, à peine d’inté- 
rests et dépens, qui ont, pour cet effet, soumis et obligé tous leurs 
biens, présents et futurs, soub le scel du Roy, et lesd. procureurs 
spéciaux les biens et revenus de lad. parroisse, pour y estre con- 
traintes, en renonceant à toutes exceptions contraires. Fait, lu et 
passé dans lad. maison par devant Jean-Pierre Fauconnet, notaire 
royal, résidant à Frontenay (1), les an, mois et jour susdits, en pré- 
sence de Jean-Denis Estiévant, domestique, résidant aud. Passe- 
iians, et de Claude Vibcrt, aussy domestique, résidant aud. S 1 - 

Lamain, tesmoins requis et soussignés avec les parties Auquel 

marché ont assisté Jacques Charnoz, commis en la copununauté 
dud. Passenans, Pierre-Nicolas Buffard, Sébastien et François 
Courvoisier, eschevins en exercice en la communauté de S‘-La- 
main, et Alexis Bassand, dud. SMLamain. Le présent marché 
tombe à la charge dud. Buffard, recteur d’cscole^ » Suivent les* si- 
gnatures, au nombre de dix, y compris celle du notaire (2), 

« L’an mil sept cent quatre-vingt-six, le sept may, nous sous- 

(1) Fronlenay, commune du cauton de Voiteur. 

(2) Archives du Jura. Série C, n° 799. 


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signés, commis, échevin et habitans de la communauté ‘de Crote- 
nay et la Prax (3), assemblés en la manière ordinaire, au son de la 
cloche, à Tissue des vêpres, à l’occasion du sieur Claude-Louis 
Passard, qui s’est présenté pour être maître d’école aud. lieu, nous 
avons convenu avec led. Passard, de Sirod (4), pour nous servir 
de recteur d’école pendant une année seulement, à commencer le 
huit du présent. Led. Passard s’oblige d’accompagner M r le curé 
dans toutes les fonctions de son ministère, et chanter tous les of- 
cices et messes qui se diront dans la paroisse, sonner l’angélus 
trois fois par jour, ainsy que les offices publics, ainsy que d T allu- 
iner la lampe ardente devant le S^Sacrement, voiler et dévoiler 
l’autel dans toutes les solennités et balayer les aragnées du chœur. 
Led. Passard s’oblige par le présent d’enseigner les garçons, leur 
apprendre à lire, écrire, le chiffre et le plain-chant et leur appren- 
dre à servir la messe. Pour rétribution de quoi, lesd. habitans 
payeront aud. Passard cinq sols par mois pour les commençans et 
six sols pour ceux qui écriront et apprendront le plain-chant et le 
chiffre, par mois* qui se payeront par les parens des enfans à la 
fin dp chaque mois. Lesd. habitans payeront aud. Passard la somme 
de cent vingt livres en deux termes égaux, payables par l’échevin 
en exercice, pour le premier terme, qui se payera pour la Tous- 
saints, et le dernier terme à la fin de l’année révolue. Led. marché 
a été fait, et convenu entre les parties d’effedtoer lad. convention, 
et le tout sous le bon vouloir de monseigneur l’intendant eides su- 
périeurs ecclésiastiques. Fait double, les an, mois et jour susdits. 
Nous avons encore convenu de donner aud. Passard une portion 
de bois par feu, comme un autre habitant, et il aura encore du bois 
tout comme un habitant qui payera cinq livres de cotte, dans les 
coupes en usance. » Suivent les signatures, au nombre de quinze. 


L’acte est suivi de l’approbation du curé de Crotenay, conçue 

en ces termes : 


(1) Crotenay , commune du canton de Champagnole. — La Prat, section 
de Crotenay. 

(2) Sirod, commune du canton de Champagnole. 


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- 137 - 


c Informé des bonnes vie, mœurs et capacité de Claude-Louis 
Passard, de Sirop, je consens qu’il soit recteur d’école à Crotenay, 
à condition qu’il n’admettra point dans sa classe les filles, sous 
quelque prétexte que ce soit. A Crotenay, le sept may mil sept 
cent quatre-vingt-six. » 

(Signé) C.-2?. Olivier , curé de Crotenay . 

L’homologation de l’intendant est à la date du 14 avril 1786 (i). 

(A suivre ). 


DISCOURS 

de réception de M. PASTEUR à l’Académie française . 

Il y avait, le 27 avril dernier, grande fête à l’Académie fran- 
çaise. Un savant de premier ordre, dont le Jura, et la partie même 
du Jura dont notre recueil est l’organe, s’honore le plus justement, 
faisait son entrée à l’Académie, en remplacement de M. Littré. Le 
savant franc-comtois, dont les sympathies pour les doctrines mé- 
taphysiques du spiritualisme ne sont plus, depuis longtemps, un 
mystère pour le public, avait à faire l’éloge de l’érudit positiviste, 
c’est-a-dire, pour bien des gens, matérialiste, dont il venait occu- 
per le fauteuil vacant. Et, d’autre part, la réplique devait lui être 
donnée par le fin et si spirituel sceptique, M. Renan. C’était là un 
programme de great attraction , s’il pouvait en être; ef, depuis 
longtemps, les abords du palais du pont des arts n’avaient vu pa- 
reil encombrement. 

* 

Tout ce qui se pique en France de goûts littéraires ou philoso- 
phiques a tenu à lire in extenso , ou en comptes-rendus explicites, 
' ce qui s’est dit ce jour-là à l’Académie. Les abonnés de ce Bulle- 
tin ne me sauraient dès lors qu’un gré bien médiocre d’entre- 

(t) Archives du Jura. Série C, n° 795. 


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- 188 - 

prendre à leur intention un nouvel et minuscule compte-rendu de 
cette solennité littéraire dont ils ont tous les détails essentiels en- 
core présents à la mémoire. Aussi, tel n’est pas mon but en reve- 
nant sur cet évènement déjà lointain dans le courant rapide des 
faits journaliers. 

Je n’ai pas à intervenir non plus dans cet épisode littéraire en 
vue de protester, au nom de l’académicien défunt, contre rien, je 
ne dirai pas d’offensant, mais même de désobligeant, pour sa mé- 
moire, dans tout ce qu’a dit son illustre successeur. En homme 
évidemment stylé de longue date pour l’Académie, M. Pasteur a 
pris son rôle assez au sérieux pour avoir tenu à faire de son pré- 
décesseur un éloge absolument irréprochable. Je me reconnais en- 
tièrement incapable de donner à<les lecteurs, sur M. Littré, une 
opinion aussi avantageuse et exprimée en aussi excellents termes 
que celle qu’ils ont pu puiser dans le discours du récipiendaire. Je 
les laisserai donc tout entiers à leurs iippressions à cet égard. 

Mais tous’ les charmes de style du nouvel académicien ne sau- 
raient me faire oublier qqe je suis, dans ce pays natal de M. Pas- 
teur, l’un des rares représentants, et représentant sans réserves, 
des doctrines d'Auguste Comte, dont M. Littré a répudié la prin- 
cipale partie. Et si le nouvel immortel a poussé l’aménité et les 
égards envers un collègue jusqu’au point de ne formuler envers 
lui d’autre blâme que celui consistant à rééditer en quelque sorte 
le reproche déjà adressé à M. Littré de « s'être fait disciple lors- 
qu'il pouvait être maitre y » il s'en faut que son langage ait été 
aussi réservé envers celui que le défunt s’est honoré d’avoir eu 
pour inaitre. :On avait répété, dan$ une certaine presse, longtemps 
avant la séance du 27 avril, que M. Pasteur devait opérer une exé- 
cution pour son entrée à l’Académie : et il a tenu à justifier cette 
attente. La victime désignée était le fondateur du positivisme, 
l’illustre Auguste Comte. 

Laissant pour un instant de côté la nuageuse réfutatioadu posi- 
tivisme tentée, dans son discours, par le récipiendaire, et dans la- 
quelle je doute que nombre de ses plus sincères admirateurs srien- 
tiliques doivent trouver un de ses plus brillants succès, j’aborde 
de suite la partie de sa critique qui trahit plus particulièrement 
l’acrimonie et la passion. Etait-il dignç, par exemple, de répéter, 


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- 139 - 

à près d’on demi-siècle de distance/ce qu’Àrago, dans un mouvez 
ment de passion, que, de l’avbu d’un certain nombre de ses col- 
lègues de l’Institut, il a dû plus d’une fois regretter, avait dit de 
Comte : < Il n’a de titres mathématiques, ni grands, ni petits. > 
Arago fut incontestablement, en astronomie physique et en physi- 
que* l’une de nos gloires nationales ; mais sa compétence mathé- 
matique était assez peu admise parmi ses collègues. C’est au point 
qu’une tradition de l’époque, qui n’est pas encore éteinte de nos 
jours, lui attribuait les plus grandes difficultés à lire la mécanique 
céleste de Laplace. 

Tous ceux qui sont au courant de la vie d’Auguste Comte savent 
qu’en dehors du professorat mathématique auquel il dut se livrer 
longtemps pour vivre, il n’avait aucune prétention à l’érudilion 
mathématique. C’est surtout sur la philosophie mathématique qu’il 
a insisté dans ses écrits. A cet égard,' son influence, depuis un 
demi-siècle, est incontes able, Il n’est pas une véritable réforme ^ 
ou tentative de réforme dans l’enseignement mathématique où sa 
trace ne soit très manifestement perceptible. Nous devons, en ou- 
tre, au seul traité didactique spécial qu’il ait publié, à sa Géomé- 
trie analytique , d’avoir enfin convenablement édifié l’opinion sur 
l’incomparable valeur de cette création fondamentale de notre im- 
mortel Descartes. Le nom seul que portait alors cette branche de 
la mathématique, Application de V Algèbre à la Géométrie, sutu- 
rait à prouver, quelque vicieuse que reste encore la dénomination 
de Géométrie analytique , combien peu encore l’on appréciait la 
profonde originalité de la création de Descartes. Le nom même du 
créateur restait alors inconnu à plusieurs de ceux qui étudiaient 
son œuvre. Si un oubli aussi irrévérencieux n’est plus possibl^ de 
nos jours, c’est certainement à Comté qu’on le doit. 

De tels faits, qu’il est permis à M. Pasteur moins qu’à tout autre 
d’ignorer, auraient dû le détourne^ de se refaire l’éditeur d’une ac- 
cusation qu’Arago ne voudrait certainement plus répéter, à l’heure 
qu’il est. j , 

Y a-t-il vraiment plus de bonne foi de la part de M. Pasteur à 
attribuer à la science sociologique fondée pàr Auguste Comte les 
illusions pacifiques de 1850 de M. Littré? Si, pour mon illustre et 
vénéré maître, l’une des caractéristiques des temps modernes* est 


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- 140 - 

la substitution de l'activité industrielle A l’activité guerrière, vérité 
qui crève les yeux des moindres observateurs, n’a-t-il pas aussi 
répété à satiété qne l’état d'anarchie mentale et morale propre à la 
difficile transition présente laissait toujours redouter les plus dé- 
plorables complications politiques? Qu’après cela, M. Littré ait cru 
pouvoir prédire, en 1858, pour son propre compte, oela ne regarde 
que lui et nullement le positivisme. 

Il était facultatif à M. Pasteur d’affirmer magistralement, au nom 
de sa prétendue identité entre l’idée de progrès et celle d’inven- 
tion, « qu’on ne peut vraiment attribuer l’idée d’invention à la loi 
dite des trois états de l’esprit humain, pas plus qu’à la classifica- 
tion hiérarchique des sciences, qui ne sont, l’une et l’autre, que 
des à peu près, sans grande portée. »> 

Ce dédain des d peu près est au moins étrange chez un savant 
qui, ayant franchi le domaine de la pure déduction mathématique, 
devrait avoir constaté bien des fois que toutes nos notions scienti- 
fiques ne sont au fond qu’un ensemble d’approximations, le plus 
souvent trop peu approchées, môme pour nos besoins les plus im- 
médiats. M. Pasteur se flatterai t-il que sa méthode favorite d’ob- 
servation ne l’a jamais encore conduit qu’à l’expression absolue et 
immuable de la vérité? Les vicissitudes déjà subies par l’une des 
innovations pratiques qu’il a le plus fortement préconisée, d’après 
ses vues théoriques, devraient avoir modéré ’sa confiance en des 
inventions qui ne seraient pas toujours des progrès. 

Que les deux lois sociologiques des trois états et de la classifi- 
cation hiérarchique de la science abstraite , découvertes par Au- 
guste Comte et que M. Littré admirait si justement, ne soient pour 
M. Pasteur que des « à peu près sans grande portée » c’est un ju- 
gement dont le positivisme se consolera, en remarquant la si faible 
compétence de son auteur en de tels sujets, tout-à-fait en dehors 
du champ de son microscope. Pour quiconque, en efiet, est tant 
soit peu familiarisé avec les travaux d’Auguste Comte, il ressort 
manifestement que c’est à peine si M. Pasteur s’est initié à ces tra- 
vaux par nue lecture aussi superficielle que rapide des seules pu- 
blications faites par M. Littré. 

Il n’est, pour ainsi dire, pas une ligne, pas un mot, dans la partie 
assez étendue de sop discours du 27 avril que le nouvel académi- 


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— 141 


cien, de'son propre mouvement, ou par ordre de ses patrons, a con- 
sacré à la réfutation du positivisme, qui né témoigne combien un 
tel sujet lui est étranger. Mieux édifié à ce sujet, l’auteur eut assu- 
rément, dans le propre intérêt de son rôle spiritualiste, donné à sa 
thèse une contexture se prêtant moins à une accusation qui va sans 
doute vivement le surprendre lui-même , ainsi que plusieurs de 
sas lecteurs, celle de matérialisme. Suivant une lumineuse analyse, 
substituant enfin des réalités tangibles à ces débats stériles de 
mots et d’entités, Auguste Comte a, en effet, donné du matéria- 
lisme upe définition déjà fort en faveur dans le langage philoso- 
phique. Pour lui le matérialisme est cette tendance oppressive des 
sciences inférieures envers les supérieures qui, normalement, doi- 
vent exercer une certaine supérintendance générale sur les pre- 
mières. C’est là une conséquence aussi directe qu’utile de la loi de 
classification hiérarchique de la Science abstraite. Il doit naturelle- 
ment résulter de cette sage discipline, alliée à un système général 
d’instruction vraiment encyclopédique, un plus noble et plus fruc- 
tueux emploi des faibles forces cérébrales de notre espèce. 

Ayant classé la science abstraite d’après le principe coordinatif 
aujourd’hui admis dans toute classification vraiment digne de ce 
nom, celui de la généralité décroissante et de la complication crois- 
sante des phénomènes correspondants, Auguste Comte a ensuite 
examiné et décrit les divers procédés d’investigation propres à 
chacune des sept catégories scientifiques établies par lui. Ces ca- 
tégories sont, en procédant par ordre ascendant, 1° celle relative 
aux grandeurs en général, et aux phénomènes de forme et de mou- 
vement en particulier : c’est la mathématique; 2° celle relative aux 
phénomènes astronomiques : c’est l’astronomie; 8° celle relative 
à des phénomènes dus à des influences susceptibles de modifier 
les propriétés et même l'état apparent des corps, mais sans en 
changer toutefois la composition intime : cette catégorie porte le 
nom de physique; 4° celle des phénomènes dans lesquels, par 
suite de leur réaction les uns sur les autres, la composition intime 
des corps se trouve modifiée : c’est la chimie ; 5° celle relative aux 
phénomènes propres à ces corps doués d’une organisation et de, 
propriétés toutes particulières par lesquelles se caractérise le grand 
acte de la vie. Auguste Comte a appliqué à cette catégorie le nom 


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de biologie. Le fondateur du positivisme a également créé et ap- 
pliqué le nom de sociologie à la catégorie suivante qui concerne 
les plus élevés des phénomènes qui sont des conséquences de la 
vie. Certaines espèces animales sont en effet susceptibles de for- 
mer des sociétés et de vivre en associations qui constituent le prin- 
cipal élément de la conservation et du perfectionnement de ces es- 
pèces. La sociologie étudie les lois propres à ces manifestations 
sociales, envisagées surtout chez l'espèce humaine. 

Auguste Comte s’en était longtemps tenu à la considération de 
ces six grandes catégories de phénomènes : mathématique, astro- 
nomie, physique, chimie, biologie, sociologie. Leur étude succes- 
sive remplit les six volumes de son premier ouvrage , la philo- 
sophie positive à laquelle s’est bornée l'adhésion de M. Littré. 
Quelques années avant sa mort, il avait cru devoir compléter cette 
série par une septième catégorie que, sous le nom de morale , il 
consacrait à l’étude de phénomènes de l'ordre correspondant. Il se 
proposait d'écrire sous le nom de morale positive un ouvrage où, 
pour la première fois , la morale aurait été traitée en dehors de 
tout surnaturalisme et de toute métaphysique. Cet important tra- 
vail est annoncé dans le système de politique positive. Une mort 
aussi prématurée que regrettable a empêché la réalisation de cette 
œuvre, sur laquelle Auguste Comte ne laissait qu'un plan ou es- 
quisse manuscrite. Ce cadre a été scrupuleusement et remarqua-? 
blement rempli par le successeur théorique d'Auguste Comte, M. 
Pierre Lafftte, dans une magistrale exposition orale, qui a duré 
deux années. 

La construction de l’édifice scientifique abstrait, d’après un mode 
surtout déductif, fut un de ces rêves présomptueux que notre es- 
pèce, encore trop peu consciente de ses forces, se complut à ca- 
resser pendant son adolescence. Elle ne parvint à édifier ainsi que 
la partie préliminaire de la mathématique, ou l'induction intervient 
d'une manière si spontanée que son rôle y reste souvent inaperçu. 
En faisant une part beaucoup plus large et avouée à l'observation, 
la science ancienne parvint aussi à des approximations assez re- 
marquables sur les mouvements célestes, et elle ébaucha la phy*- 
sique. 

Mais, par des motifs inexplicables avant la découverte de la loi 


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* — f43 — 

des trois états de Comte, et toüt en nous laissant des données em- 
piriques des plus précieuses sur l'art médical et l'art politique, la 
science abstraite des anciens dut se borner là. A peine , Sous la 
pression des mêmes obstacles, èt malgré le secours constant de- 
mandé aux prodigieux efforts du génie d'Aristote, l'humanité pût- 

• elle franchir cette première étape scientifique, avant le seizième 
siècle de notre ère. Une application do mode d'investigation in- 
ductive suffisamment émancipée de théolôgisme et (Je métaphy- 
sique et qui aboutissait à la découverte du double mouvement de 
la terre, suffisait à assurer les succès ultérieurs de l'observation 
sur le mode purement déductif incapable d'aboutir le plus souvent 

» à autre chose qu’à ce vain et ridicule verbiage doht Molière a fait 
finalement j ustice. 

Le triomphe décisif de l'exploration inductive, seule assez appro- 
priée à la faiblesse de l’intelligence humaine, a enfin permis à l’es- 

# prit humain, suffisamment émancipé, de constituer la science mo- 
derne et de t’étendre à toutes les catégories de phénomènes. M. 
Pasteur est justement frappé de l’excellence d’une méthode, qu'il 
proclame hautement la sienne, sans qu'il paraisse bien exactement 
fixé sur son appellation exacte. Nous l’entendons, dans son dis- 
cours, la désigner tantôt sous le nom d'observation, tantôt sous 
celui d’expérience et aussi d'expérimentation. Les succès des sa- 
vants modernes, ceux de M. Pasteur lui-même, tiennent bien moins 
à ce qu'ils ont expérimenté, qu’à ce qu’ils ont su condescendre à 
interroger les faits, eu lieu de vouloir les déduire de principes ab- 
solus acceptés à priori. Mais on n'interroge les faits relatifs aux 
êtres étudiés que d'après les manifestations par lesquelles ces 
êtres peuvent être accessibles à nos sens. On n'expérimente pas, 
par exemple, sur des êtres qui, comme la plupart des astres, ne 
noua sont accessibles que p$r la vue. Appliquée à des corps vi- 
vants, l'expérimentation est forcément restreinte à des limites bien 
resserrées, en dehors desquelles, ou la vie a cessé, ou l’être inter- 
rogé accuse des phénomènes morbides qui masquent ou altèrent 
ceux qu'on désirait connaître. Bien certainement si les biologistes 
n'avaient eu* de la méthode inductive, que la seule expérimenta- 
tion, M. Pasteur ne se serait pas illustré par son microscope. Ces 
classes d'infiniment petits doués de la vie dont il a fait sa spécia- 
lité seraient sans doute encore à découvrir. 


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La même méthode inductive, apanage essentiel de la science 
moderne, doit donc forcément transformer ses procédés d’invesü- 
gation selon la nature des phénomènes à étudier. Nous devons pré- 
cisément à Auguste Comte une étude philosophique approfondie 
de ces divers procédés d’investigation spontanément éclos sous la 
sagacité de divers investigateurs, d’après les nécessités même de 
leurs recherches. Pour la simple investigation chimique, les inap- 
préciables travaux de M. Berthelot, nous ont appris avec quelle 
délicatesse infinie l’expérimentation doit être maniée, pour ne pas 
conduire à des réponses trop grossières. Auguste Compte signa- 
lait déjà ces précautions il y a près d’un demi-siècle. 

Aussi, dès le domaine chimique, la méthode inductive a-t-elle 
dû subir une modification encore inconnue jusque-là dans l’his- 
toire de la science. Il en est résulté l’artifice des ùomenclatures 
qui doit surtout être étudié à cette source. Sans cet artifice, l’ex- 
périmentation proprement dite, qui reste essentiellement propre à 
la physique, eût été impuissante à débrouiller le chaos chimique. 
Certainement le chimiste expérimente encore ; car c’est le propre 
de toute science supérieure d’avoir a faire usage, mais seulement 
dans des limites assez étroites, des méthodes propres aux sciences 
qui la précèdent dans l’échelle encyclopédique, tout en dévelop- 
pant surtout la méthode qui lui est propre. 

L’expérimentation, telle que la pratiquent avec tant de succès 
les physiciens et M. Pasteur, est loin d’avoir rendu à la biologie 
les services qu’avaient osé en espérer ceux qui, au préjudice mo- 
ral de notre espèce, en ont le plus abusé. Il suffit, pour s’en con- 
vaincre, de voir la réprobation soulevée, au sein même des physio- 
logistes actuels, par les excès des vivisecteurs. On s’étonnera & 
bon droit de voir M. Pasteur borner aux cinq noms suivants la liste 
des < vrais fondateurs » de la méthode scientifique : Archimède, 
Galilée, Pascal, Newton, Lavoisier. On s’expliquera difficilement 
que des hommes tels que Boerhaave, Linnée, Lamàrçk en soient 
exclus; à moins d’admettre comme M. Pasteur semblerait l’insi- 
nuer, qu’en dehors de cette limite extrême tracée par la chimie, 
toutes nos autres connaissances scientifiques ne soient que « des 
à peu près, sans grande portée. » 

Cette exclusion serait d’autant plus singulière que c’est précisé- 


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- iw - 

ment aux confins de la biologie que M- Pasteur, en vrai savant 
allemand, Fachgelehrte (savant de compartiment) est aüé. choisir 
le compartiment où il trône. Or, c'est bien moins à l’expérimenta- 
tion qu’à l’emploi de cette modification particulière de l'observation 
à laquelle Auguste Comte a donné le nom de méthode de compa- 
raison que les biologistes, presque sans microscopes , ont dû la 
notion de ces infiniment petits organisés sur lesquels s’exerce pré- 
sentement M. Pasteur. 

Enfin , c’est à une autre modification du, mode sous lequel les 
phénomènes sociaux avaient été observés avant lui , qu^Auguste 
Comte a dû de pouvoir enfin fonder la sociologie positive. C’est en 
sortant de l’observation purement statique des sociétés pour inau- 
gurer leur observation dynamique, c'est-à-dire à l’état de mouve- 
ment, au lieu de l’état du repos, qu’Auguste Comte a du la décou- 
verte de sa grande loi des trois états, acceptée par bien des pen- 
seurs compétents comme le fondement d’une sociologie vraiment 
positive. Véritable inventeur de la méthode, en même temps que 
créateur de la science correspondante, Auguste Comte a appelé la 
première méthode de filiation historique , qu’il ne faut pas confon- 
dre avec ce que Ton a appelé critique historique . 

La sociologie ne serait pas près d’être fondée s’il eût fallu l'as- 
seoir sur cette base expérimentale que M. Pasteur lui reproche de 
ne pas posséder. On sait ce que valent et ce qu’il reste de ces ex- 
périmentations sociologiques plus ou moins analogues à celle ten- 
tée au Paraguay par les Jésuites. Celles des deux dictatures napo- 
léoniennes nous ont-elles coûté assez cher et nous ont-elles assez 
arriérés ? 

En résumé, au-delà du premier échelon de l’échelle encyclopér 
dique, la mathématique, ou l’emploi de la méthode déductive peut 
suffisamment prévaloir, la méthode inductive devient noire prin- 
cipal instrument d’investigation pour tous les autres échelons. Mais 
cette méthode n’y développe sa puissance qu’à la condition de. s’y 
modifier progressivement pour s’adapter au degré de complication 
croissante des phénomènes. Comme conséquence de l’incompa- 
rable étude philosophique à laquelle il a soumis la série scientifi- 
que abstraite, Auguste Comte a dû dénommer chacune de ces mo- 
difications successives de la méthode inductive, Conservant les 

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- 14 #- 

noms qu’il a trouvés établis et en en créant là où ils manquaient, il 
regarde l’astronomie comme ayant pour méthode caractéristique 
l’observation simple, la physique comme caractérisée par l’expéri- 
mentation , la chimie comme recourant surtout à l’artifice des no- 
menclatures, la biologie comme devant ses principales acquisitions 
à la méthode comparative, et, enfin la sociologie comme constituée 
par cette modification de l’observation à laquelle il a appliqué le 
nom de filiation historique. 

Ajoutons ici, pour compléter l’ensemble des résultats les plus 
essentiels dus à cette étude philosophique de la science instituée 
par le fondateur du positivisme, que, précisant un aperçu spontané 
de la raison générale, Auguste Comte établit expressément que le 
degré de précision des prévisions scientifiques sera forcément en 
raison inverse du degré d’élévation sur l’éehelle encyclopédique 
de la science correspondante. Si l’astronome prédit A la seconde, 
le sociologue ne pourra pas toujoursrépondre du siècle. Si c’est 
ce qu’entend M. Pasteur quand il parle d’d peu près pour les pré- 
visions d’un ordre supérieur aux siennes, il a raison. Le moindre 
candidat au baccalauréat ès-sciences eût pu exprimer la môme 
idée, en meilleurs termes, pour peu qu’il eût eu la chance de ren- 
contrer parmi ses professeurs, un homme ayant lu quelques pages 
positivistes. Mais de là à nier toute portée aux spéculations d’ordre 
supérieur, il y a loiq. 

Après avoir fait passer aussi rapidement que possible sous les 
yeux du lecteur ces principaux résultats de l’examen philosophique 
de l’ensemble de la science accompli par le positivisme, je n’aurai, 
je l’espère, pas de peine à fixer la vraie portée de la singulière et 
verbeuse argumentation par laquelle M. Pasteur prétend dénier & 
Auguste Comte toute valeur comme penseur. Quant à sa valeur 
morale, il n’y a pas même à en parler ; car ce serait surtout celle 
de M. Littré qui aurait contribué, selon lui, au succès de la doc- 
trine. 

On peut voir nettement maintenant à quoi se réduit cet argument 
formidable et finalement unique invoqué par le nouvel académi- 
cien pour proclamer le résultat de ses propres recherches si supé- 
rieur A celui des travaux de Comte, et malheureusement de bien 
d'autres aussi. Q’est que ses recherohes sont basées sur l’expéri- 


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mentation et les autres non. N’est-ce pas le langage affolé d Or- 
gueil d’un homme qui, parvenu au troisième échelon d’une,éthelk 
qui en aurait sept, prétendrait s’ètre élevé Ken plus haut qup ceux 
arrivés au sixième et au septième; et c eja parce que rqche|qn 
atteint par lui est le TROISIÈME} ! N,’avai$-jp pas fai?on, Jorsr 
que je disais plus haut que, mieux a u courpnjt de^ travaux 4* Au- 
guste Comte,' et mis ainsi à même de connaître sa définition, seule 
scientifiquement acceptable du matérialisme, M. pasteqr put donné 
une autre cpn tenture à son argumentation contre le positivisme, né 
fût-ce que par la crainte de prêter le flanc è une accusation dp gro- 
tesque matérialisme. Ou, peu,Uêtrei ce qui fût été mieux pour 
réputation de savant utile , ne se fût-il pas prêté é cette tentative 
de dénigrement. basée sur l’autorité de son nom. Cette tentative, 
grâce a la si fine ironie de M. Renan, digne çonliouaijeur de nos 
grands hommes du xviii* siôçle, ayant au moins le courage de 
douter, si la force de croire leur manquait encore, cette tentative, 
dis-je, est tombée dans le ridicule. Elle n'a pas tourné plus à la 
gloire du savant qu’au profit de ceux qui espéraient exploiter son 
nom. 

Quant au positivisme, la nouvelle critique çontre lui mise dans 
une houche supposée autorisée ne saurait plus le toucher qu'un 
jugement sur les couleurs porté par un aveugle » dont elle a juste 
la valeur, comme je viens d’essayer de le démontrer. 

Que l’on me permette encore un mot, puisque l’ocoasio® s’en pré- 
sente, avant de clore cette appréciation déjà trop longue. Ce n’est 
pas sans un sentiment de pénible étonnement que plusieurs per- 
sonnes, qui suivent avec intérêt le mouvement scientifique, enten- 
dent chaque jour exalter les travaux de M. Pasteur, sans que ja- 
mais encore que je sache, ni lui ni aucun de ses admirateurs aient 
songé à rapporter à son véritable auteur l’origine de pareilles re- 
cherches. M. Pasteur ne fait en effet, que poursuivre une voie ou- 
verte par Raspail avec une préparation cosmologique nullement in- 
férieure et des études biologiques autrement profondes et com- 
plètes. Seuls l’outillage et les appuis officiels firent aussi complè- 
tement défaut à Raspail qu’ils furent prodigués à son continuateur. 
Et cependant, à une génération d’intervalle, ce dernier arrivait à 
rééditer, aux applaudissements du monde officiel, à peu près les 


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mômes théories accueillies par les rires et le sarcasme du môme 
monde. 

• Si les méditations du vieux savant n’ont pas été perdues pour 
son jeune continuateur, puisse celui-ci éviter les écueils sur les- 
quels estveque échouer line carrière théorique à laquelle Auguste 
Cbmte ne dédaigna pas d’assigner la plus haute destination. Le 
savant tribun ne sut, malheureusement pour sa tâche théorique, 
pas assez apprécier la profonde Sagesse du grand principe positi- 
viste de la séparation de la théorie et de la pratique. Il voulut être 
à la fois savant, grand commerçant et homme politique. Après 
avoir été longtemps pauvre, il mourut riche, très riche et comblé 
des marques de la conflanèé et des sympathies populaires. Mais, 
au profond regret de ceux qui avaient espéré en Raspail le grand 
' législateur biologiste, le savant aurait été étouffé sous les agitations 
et les préoccüpations de la Vie pratique. 

Si M. Pasteur ne sait pas assez mûrir la sévère leçon de ce grand 
avortement théorique, il pourrait bien mourir moins riche, moins 
honoré et surtout moins chéri du peuple que ne le fut son maître, 
sans toutefois laisser une mémoire de savant plus stable. Il ne 
faudrait pas beaucoup d’abus de son nom de la nature de celui que 
je viens d’examiner pour que le savant s’en trouvât notablement 
effacé. M. Pasteur vient de nous dire assez clairement qu’il n’est 
que physicien; qu’il sache se borner à la tâche utile qu’il a su se 
donner dans cette voie, où il peut être assuré qu’on lui sera recon- 
naissant des services rendus. 

A. Hadbet. 



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LES CHAMPIGNONS 

COMESTIBLES ET .V3ÉNÉNEUX 
DE LA FLORE DU JURA 

Par IV. PATOUILLAHD, 

pharmacien, membre de la Société de botanique de France , ancien prépa- 
rateur de botanique au Muséum d' Histoire naturelle, etc . 

(Suite) 

L . controcersus Fr. — Chapeau de 2-8 décimètres de diamètre, 
dur, floconneux, glabrescent, visqueux, blanchâtre, xôné de pour- 
pre sanguin; marge d’abord enroulée, cotonneuse. Stipe épais, 
strié en haut, blanc. Lait blanc , âcre. Lames très serrées, d'abord 
blanches puis incarnat ou lilas. Odeur de raves. 

Dans les forêts en automne. 

L. par gamenus Fr. — Chapeau coriace, élastique, flexueux, con- 
vexe puis plan, glabre, blanc, jaunâtre à la fin. Lait blanc, âcre. 
Laines serrées, étroites, blanches puis jaune paille. Stipe plein, 
mou à l’intérieur, blanc, glabre, atténué à la base. 

Dans les forêts. Eté, automne. 

L. piperatus Fr. — Chapeau compact, plan puis en entonnoir , 
blanc. Lames serrées, décurrentes, blanches, à peine un peu jau- 
nâtres. Lait blanc, âcre. Stipe court et épais, lisse, blanc et prui- 
neux. 

Dans les forêts. Eté, automne. 

L. deliciosus Fr. — Chapeau charnu, ombiliqué, visqueux, 
orangé ou rouge-brique, élégamment zôné, devenant à la fin ver- 
dâtre, écailleux. Stipe devenant creux, orangé pâle, taché. Lait ef 
chair orangés puis verdâtres. Saveur amère puis douce. Lames 
orangées verdissant. 

Dans les forêts de sapins en automne. 


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L. pallidua Pers. — Chapeau ombiliqué, glabre, visqueux, cou- 
leur eafè du eu routée. liait, blanc, insipide. 

Lames blanchâtres, serrées! 

Dans les forêts eit âutomne. 

L . Dolemus Fr^-r-. Chapeau charnu, rigide v dur, jaune fauve, sec. 
atteignant 15 centimètres de diamètre. Lames serrées, blanc-jau- 
nâtre. Lait blanc, abondant, doüx. Stipe solide, dur, pruineux, 
fauve-pâle. 

Eté, automne. Excellent aliment. 

L. mitissimua Fr. — Çhapeau d’abord papillé, puis déprimé, 
petit (3-8 centimètres), brique clair. Lait abondant blanc. Lames 
serrées plus pâles. Stipe creux à la fin, lisse, glabre, de même 
couleur que le chepçau. 

Dans les bois à la fin de l’automne. 

L. subdulcis Fr. — Chapeau mince, mamelonné, roux. Lait 
blanc. Chair rouge» douceâtre. Lames serrées, roux pâle. Stipe 
concolore, pruineux. 

Commun dans toutes les forêts. Eté, automne. 

L. eamphoratus Bull. — Chapeau charnu, convexe puis déprimé, 
peu zôné, rouge-chatain. Chair molle, rougeâtre, à odeur de foin 
lorsqu’elle est sèche. Lait blanc. Lames serrées, rougeâtres-sâles. 
Stipe plein, spongieux, allongé concolore. 

Dans les forêts herbeuses. Automne. 

L. scrobieulatus Se. — Chapeau charnu, à la fin déprimé, jaune 
ochracé, visqueux, marge tomenteuse, enroulée. Lait blanc, deve- 
nant sulfurin au contact de l’air. Lames serrées, blanchâtres. Stipe 
gros, jaunâtre avec des taches blanches en creux. 

Bois de sapins. Eté et automne. 

L. torminosus Sch . — Chapeau charnu, mou, déprimé, jaune 
pâle ou rosé, peu zôné, marge enroulée blanche et laineuse. Lait 


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- m - 

blanc. Lames blanchâtres. Stipe épais, plein puis creux, plus pfile 
que le chapeau. 

Lieux herbeux. Eté et automne. 

L. turpis Fr. — Chapeau solide, déprimé, visqueux, olive pâle, 
taché de noir et de vert ou zôné. Marge enroulée, cotonneuse. 
Chair blanche puis rousse. Lait blanc. Lames serrées, blanchâtres, 
se tachant de brun. Stipe plein, dur, plus pâle que le chapeau. 

L. faseinans Fr. — Chapeau mince, déprimé, lisse, visqueux 
par Thumide, brun-rougeâtre; glabre, excepté à la marge quLest 
pubescente. Lait blanc devenant très âcre. Lames jaunâtres dont 
quelques-unes fourchues. Stipe fragile, creux, renflé à la base. 

Prés et bruyères. Eté, automne. 

L. insulsus Fr . — Chapeau fragile, ombiliqué, ondulé, lisse, 
visqueux, â zônes rousses peu apparentes; pellicule du chapéau 
séparable. Chair jaunâtre. Lait blanc devenant fauve. Lames blan- 
ches puis jaunâtres. Stipe à la fin creux, dur, blanchâtre. 

Clairières des bois. Eté, automne. 

L. zonariu,8 Bull. — Chapeau déprimé, lisse, glabre, orangé, 
élégamment zôné. Marge longtemps enroulée et pubescente. Lait 
blanc. Lames blanchâtres. Stipe ferme, plein, atténué en bas, gla- 
bre, sec, blanc un peu jaunâtre. 

Sentiers et clairières des bois herbeux. Eté, automne. 

L. blennius Fr. — Chapeau gris-verdâtre, déprimé, zôné, glu- 
tinëux; marge enroulée, plus pâle. Lait blanc. Lames serrées, 
blanches, tachées de cendré. Stipe lisse, visqueux, olivâtre pâle. 

Bois de hêtre. Eté, automne. 

L. uvidus Fr. — Chapeau déprimé , visqueux , livide. Lait et 
chair blancs, devenant lilas. Lames blanches se tachant de violet 
par le toucher. Stipe pourvii de petites fossettes, visqueux, creux, 
jaune pâle. 

Bois humide. Eté automne. 


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— m — 


L. pyrogalu a Fr. — Chapeau déprimé à surface raboteuse, gla- 
bre, un peu zôné, cendré puis jaunâtre. Chair grumeleuse. Lait 
blanc. Lames ochracées. Stipe creux, atténué en bas, grisâtre. 

Dans les bois. Eté, automne. 

L. plumbeus Fr. — Chapeau grand (1-2 décimètres), compact, 
en entonnoir, sec, couleur de fumée puis brun-noir. Lames ser- 
rées, blanches, puis jaunâtres. Lait blanc. Stipe plein, gros, gris. 

Sous les sapins. Eté, automne. 

L. aeriê Fr. — Chapeau charnu, irrégulier, peu zôné, fuligineux, 
taché. Lait blanc, rougissant. Lames devenant jaune-rougeâtre. 
Stipe plein, puis creux, courbé, fragile, pâle. 

Bois en été et automne. 

L. chrysorheti8. Fr. — Chapeau déprimé, jaune-incarnat. Chair 
et lait blancs prenant à la cassure une teinte jaune soufre, âcre. 
Lames blanchâtres. Stipe long, creux, pruineux, blanc puis taché 
de roux. 

Bois. Eté, automne. 

\ 

L. cellereus Fr. — Chapeau compact, en entonnoir, grand (1-2 
décimètres), blanc, finement velouté. Chair et lait blancs. Lames 
pâles, blanchâtres. Stipe court, plein, blanc, velouté. 

Commun dans tous les bois. Eté, automne. 

L. theiogalus Fr. — Chapeau convexe puis déprimé (4-7 cent.), 
visqueux, roux-fauve, zôné. Lait blanc puis sulfurin. Lames d’un 
jaune-roux. Stipe plein puis creux, lisse, roussâtre. 

Sous les sapins. Eté, automne. 

L. oietus Fr. — Chapeau ombiliqué, lisse, visqueux, incarnat 
ou livide, pâlissant par le sec. Lait blanc puis grisâtre, à la fin 
“ p . Lames blanchâtres. Stipe plein puis creux, lisse, glabre, 

grisâtre. 

Eté, automne, dans les forêts. 



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L. ru/us Fr. — Chapeau déprimé, sec, floconneux, soyeux, roux- 
brun, marge enroulée, subtomenteuse. Lait blanc, âcre, brûlant. 
Lames rousses. Stipe plus pâle que le chapeau, blanc, pubescent 
à la base. Très vénéneux. 

Sous les sapins. Automne. 

L. mammosu8 Fr. — Chapeau ayant un petit mamelon au centre, 
sec, tomenteux, gris-brun; marge blanche, pubescente. Lait blanc. 
Lames blanchâtres puis rouillées. Stipe à la fin creux, pubescent, 
blanc. 

Dans les bois (surtout de bouleaux). Eté, automne. 

L. fuliginosus Fr. — Chapeau déprimé, couleur de cuir, couvert 
d’une pruine fuligineuse. Chair blanche devenant rosée puis jau- 
nâtre à l’air. Lait blanc. Lames blanches puis jaunâtres. Stipe 
spongieux, blanchâtre ou cendré. 

Bords de bois. Eté et automne. ' 

L. serifluus Fr. — Chapeau convexe puis déprimé, sec, glabre, 
brun-fauve. Chair roussâtre. Lait blanc ayant l’apparence de sé- 
rum. Lames roussâtres serrées. Stipe plein, souvent courbé, bri- 
que ou fauve pâle. 

Dans les bois. Eté, automne. 

(A suivre.) 


CONCOURS DE POÉSIE 

i 

Sur la demande de la municipalité de Lons-le-Saunier, la 
Société d’émulation du Jura met au concours un poème en 
l’honneur de Rouget de l’Isle. 


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Conditions : 

1* L’œuvre sera lue immédiatement avant que la statue soit 
dépouillée de son voile qui tombera ensuite au chant de la Mar- 
seillaise. 

2° Le poème ne devra pas dépasser 50 vers. 

8° Une médaille d’or de 800 francs offerte par moitié par la ville 
de Lons-le-Saunier et la Société d’émulation du Jura sera attribuée 
à l’auteur de l’œuvre couronnée et il sera en outre décerné deux 
mentions honorables. 

4° Les concurrents devront adresser leurs manuscrits avant le 
81 juillet au Président de la Société d'émulation du Jura à Lons- 
le-Saunier. 

N.-B. Les manuscrits ne devront porter qu’une devise qui sera 
répétée sur une enveloppe renfermant le nom de l’auteur. 


REVUE DES JOURNAUX SCIENTIFIQUES ET AGRICOLES 


Les réserves de combustibles 

Il est une question qui s’impose toujours aux études et aux observa- 
tions des économistes et des industriels, et le débat reste constamment 
ouvert, parce qu'on ne saurait lui donner une solution certaine et pré- 
cise. 

La houille, qui est l’agent le plus actif de la civilisation moderne, se 
consomme chaque jour dans des proportions de plus en plus grandes 
et ne se reproduit pas, tout au moins d’une façon appréciable; il arri- 
vera donc un moment où elle fera défaut aux générations & venir. 

En ce qui concerne la Grande-Bretagne, M. Richard Meade, conser- 
vateur-adjoint des documents statistiques relatifs à l’exploitation des 


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— 1B5 _ 


mines* vient de pübliér un volume qui fournit d'intéressantes données 
sur la durée probable de la richesse houillère du pays. 

D'après l'inventaire dressé par la commission royale des mines, les 
gisements de charbon dans le Royaume-Uni comprennent une étendue 
de 7,876 milles carrés cl contenaient, en 1880, 135,288,613,038 
tonnes de houille qui, en prenant pour base la consommation de 1880, 
ne seraient épuisées que dans 920 années. 

Cela ne revient pas à dire, à coup sûr, que toutes les mines ont celte 
longue production assurée : quelques-unes d’entre elles n'ont à ce 
moment que quelques années d’existfence devant elles, leurs gîtes sont 
épuisés, sans que de nouvelles recherches leur aient permis, soit en 
profondeur, soit en surface, de déplacer leur extraction ; d'autres, au 
contraire, comme celles du district de Bristol, auraient, en prenant 
pour base la production des dix dernières années, une marge de travail 
de plus de 5,000 années; les mines du Pays de Galles pourraient main- 
tenir leur extraction au niveau actuel pendant plus de 2,000 années. 

Il y a lieu, toutefois, de croire que la moyenne précitée tendrait è 
- s'établir, parce que les mines en activité devraient combler les vides 
des ndnés épuisées. 

La Grande-Bretagne peut donc compter, d'après la richesse connue 
de scs houillères, qu’elle trouvera pendant dix siècles encore, le char- 
bon nécessaire à son industrie et h son commerce d'exportation. 

Si l'on se reporte à un siècle en arrière, et si l’on songe aux im- 
menses progrès qui ont été réalisés pendant cette période , si l'on ad- 
met que les progrès s’engendrent les uns les autres parce qu’ils décou- 
lent d'une connaisance plus complète des forces et des lois de la na- 
ture, on peut être sans inquiétude sur le sort de nos descendants, 
même si nous ne leur transmettons que des houillères épuisées. 

A ce moment, il est très probable que l’on aura su utiliser toutes les 
forces encore inactives de la nature. 

Notre civilisation est heureuse de tirer p.arti de la chaleur recueillie 
et accumulée dans les gisements de houille; la civilisation plus avancée 
des siècles futurs saura sans doute utiliser directement la chaleur so- 
laire, peut-être même en perfectionnant dans les plus grandes propor- 
tions les appareils de MM. Mouchot et E. Pifrc dont les essais sont 
d^jà très probants. 


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L’électricité, dont les progrès ont été considérables dans ces der- 
nières années, dont les lois sont étudiées et chaque jour mieux con- 
nues, paraît devoir être une des principales ressources de l’avenir, 
comme agent de force, de chaleur et de lumière. L’identité des phéno- 
mènes physiques et des calculs applicables à la chaleur et à l’électricité, 
ouvre, sur l’avenir des vues extrêmement importantes au point de vue 
des découvertes de premier ordre dont l’avenir pourra tirer parti. 

En attendant ces véritables transformations qui devront correspon- 
dre aux progrès des sciences pures et appliquées, le génie moderne 
fait œuvre utile en s’appliquant à découvrir de nouveaux gisements de 
houille. Lors même que l’heure de l’exploitation de ces nouvelles mines 
n’est pas arrivée è cause de leur situation géographique ou topogra- 
phique, on n’en augmente pas moins les réserves de l’avenir, parce 
que ces mines embryonnaires sont destinées fatalement è grouper au- 
tour d’elles des centres de consommation et à favoriser rétablissement 
des voies de communication qui les rattacheraient aux grandes voies 
de communication. 

D’ailleurs, le perfectionnement des procédés industriels tend chaque 
jour à réduire la quantité de combustible nécessaire pour obtenir un 
résultat donné. . , 

Le rapport de M. Mende nous fournit un exemple frappant : il ex- 
pose qu’en Angleterre avant 1780, il fallait 7 tonnes de charbon pour 
produire unetonne de fontes; dans l’espace de 10 ans, cette quantité 
fut abaissée à 6 tonnes, et au commencement de ce siècle elle n’était 
plus que de 5 tonnes. 

Le progrès ne s’est pas arrêté depuis lors, car en 1873, lorsque la 
consommation du charbon dépassa un moment la force de production, 
le comité de la Chambre des communes chargé d’une enquête sur les 
moyens de diminuer la consommation houillère, constata qu’on ne dé- 
pensait plus que 3 tonnes de combustible pour une tonne de fonte et 
en 1880 celte quantité a été encore réduite et n’a plus été que de 2 
tonnes 3 cowetts 3. 

Cette réduction à 3 tonnes et 3 cowetts 3 a procuré pour la produc- 
tion de la fonte de 1880, une économie de 6,265,070 tonnes. 

L’épuisement des sloks de charbons non-seulement ne saurait 
éveiller la moindre inquiétude pour la génération présente, mais en- 


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core ne saurait provoquer le regret de gaspiller le fonds de nos descen- 
dants auquel notre siècle lègue un immense héritage de travaux scien- 
tifiques et de découvertes qui sont le point de départ des grandes trans- 
formations dont ils sont appelés n bénéficier. 

N. H. 


De l'ensilage des Plantes fourragères 

(Suite et fin.) 

Le but dé l'ensilage est de pouvoir conserver durant six mois, un an 
et même plus, un fourrage, tel que le mais, qu’on ne pourrait servir 
au bétail que passagèrement et en vert. Relativement aux autres four- 
rages, foin, luzerne, feuilles de mûrier, etc., il fournit un moyen sûr 
de soustraire leur troisième coupe, ou regain, à l’action détériorante de 
la pluie et des brouillards. La méthode à suivre pour l’ensilage de ces 
dernières récoltes ne diffère pas de celle adoptée pour le maïs; seule- 
ment) il n'est pas nécessaire de les passer au hache-paille; le char suit 
les faucheurs; l’herbe récemment coupée, encore humide de la pluie, 
du brouillard et de la rosée, est jetée dans le silo, convenablement 
stratifiée et fortement tassée et comprimée, ainsi qu'il a été prescrit 
plus haut. * 

Le hachage du maïs n'est même pas, à la rigueur, indispensable 
pour assurer sa conservation, et on peut s'en abstenir, lorsque les bras 
manquent ou sont employés à des travaux plus inpérieux ou lorsque tout 
autre cause y met obstacle. Dans ce cas, on dépose dans le silo les tiges 
dans toute leur longueur; aucune ne doit rester en travers; les couches 
superposées horizontalement les unes sur les autres; couverture et 
chargement faits dans les conditions indiquées. Le hachage est reporté 
au moment de l’ouverture du silo, et le maïs employé à l’alimentation 
du bétail. 

t 

Le maïs gagne en valeur nutritive par son séjour dans le silo. Il y 
aurait certes de l’exagération à prétendre qu’il rivalise avec le foin et' 
la luzerne, et qu’il en possède les qualités; mais on peut affirmer, et 
l’affirmation est démontrée par l’expérience acquise, que, même em- 
ployé seul, il maintient les bêtes qui s’en nourrissent en bonne santé 
et le», pousse même à un état de graisse très satisfaisant. 


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— 188 — 


Plusieurs écrivains qui font autorité, Georges Ville et autres, ont 
démontré que la cellulose des végétaux qui est insoluble dans ces vé- 
gétaux restés h l'état naturel, devient soluble et assimilable chez ces 
mêmes végétaux, dans la proportion de la moitié, lorsque, concentrés 
dans le silo, ils ont subi la fermentation alcoolique. L'ensilage a donc 
pour ciïct d’augmenter la valeur alimentaire des plantes. L'entrain, 
la gloutonnerie avec laquelle les animaux les dévorent, au moment des 
repas, est un témoignage non équivoque de l'assertion. 

C'est d'après ces données, que l'ensilage a été employé pour utiliser 
les résidus, les débris des plantes potagères et de celles que l'on a 
laissées grainer, tels que les tiges de sainfoin, de luzerne, etc., qui, re- 
jetées comme fourrage, à cause de leur dureté, étaient mises au fumier. 
Ces liges, passées au haebe paille, et ensilées concurremment avec des 
plantes vertes, se ramollissent et s'améliorent en s'imprégnant des sucs 
qu'elles empruntent aux plantes avec lesquelles elles sont stratifiées 
dans la proprtion d'un cinquième environ. 

L'agriculture peut également avoir recours à l'ensilage pour conser- 
ver les récoltes dérobées, seigle, orge, etc., lorsqu'elles sont fauchées 
en vert; leur culture s' harmonisait parfaitement avec celle du maïs et 
contribuant à augmenter la provision du fourrage, qui n'est jamais en 
excès. , 

Il nous reste à faire connaître la manière dont les silos sont cons- 
truits : les uns sont en terre, les autres en maçonnerie. Pour mettre 
ceux-ci à couvert, on les place sous de vrais hangars, dont l'étendue 
en détermine les dimensions, à savoir : 2 mètres environ de hauteur 
sur 2 mètres 50 cent, de largeur; on doit donner à leur intérieur la 
forme elliptique en arrondissant les deux extrémités, afin de supprimer 
les angles, dans lesquels la compression ne s'effectuerait qu' imparfaite- 
ment, quelque soin qu'on apportât à l'opérer. 

L'ouverture de service, placée à celle des extrémités dont l’accès est 
le plus facile, est soigneusement murée au moment de l'ensilage, et 
n'est démurée qu’au moment où le silo est attaqué, il doit l’être par 
tranches verticales comprenant toute la hauteur, plus ou moins épaisses 
suivant la ration exigée par l'importance du bétail, ration que le bou- 
vier porte chaque jour à la crèche dans de grandes corbeilles. 

Les murs des silos doivent avoir une épaisseur do 80 centimètre? 


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— 189 — 

pour qu'ils puissent résister à la poussée du chargement dont le poids 
est, on l’a vu plus haut, considérable. 

Le silo en terre doit être établi à proximité de la ferme, dans un 
lieu où le terrain présente une certaine élévation ; sa forme et ses di- 
mensions ne diffèrent paB de celles du silo en maçonnerie. L'ouverture 
placée sur un des cdtés, a un point déclive, doit être maçonnée et 
murée* 

Tels sont les enseignements qui se dégagent d'une pratique de dix 
ans et qui ne laissent aucun doute sur les avantages qu'elle offre dans 
une ferme où un certain nombre de bêtes a cornes, bien entretenues, 
doivent rendre avec libéralité en travail, en chair et en fumier l'équiva- 
lent de la nourriture qui leur est fournie et dont l'ensilage contribue 
puissamment à assurer l'abondance. 

Dans l'exposé que je viens de faire, je n’ai rien mis de mon propre 
fonds; je n'ai fait que recueillir les renseignements que me donnait le 
modeste agriculteur dont je visitais le domaine et répéter ses paroles 
mêmes. 

(. Bulletin de la Société d'agriculture de Vaucluse.) 


Quelle est la meilleure époque pour récolter 

le loin? 

% 

Le temps de récolter les foins approchant et chacun n'étant pas 
d’accord sur le meilleur moment pour les couper, je me suis permis de 
poser la question ci-dessus; invitant les agronomes compétants à bien 
vouloir émettre leurs idées sur ce sujet. Comme notre pays fournit 
principalement du bétail, et par le bétail du lait, du beurre, du fro- 
mage, etc. Il serait bon d'être basé sur les données sûres, pour savoir 
quand nous devons faucher nos foins, pour en retirer le meilleur 
produit. 

En deux mots j'assayerai de donner mon avis sur ce sujet. 

Le meilleur moment pour faucher et récolter les foins, à mon avis, 
c'est celui où les plantes sont en pleine floraison. Seulement ici comme 
en tout ce <jui a rapport à l'agriculture il ne peut y avoir de données 
précises, et il est nécessaire que l'agriculteur ait beaucoup de jugement, 
et surtout un esprit d’observation suivi. 

Par exemple , l'on ne devra pas faucher une esparcelte, lors même 
qu'elle serait en pleine fleur, si le temps est pluvieux et cela pour deux 
cAuses; l’une, c'est que le foin fauché se détériore beaucoup plus que 
celui qui est encore sur pied; l’autre, c'est qu’en fauchant un champ 
de sainfoin par un temps pluvieux, l'ont court le risque de voir cette 


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— 160 — 


plante périr par excès d’humidité. Si après avoir fauché un sainfoin il 
survient plusieurs jours de pluie, l’eau pénètre dans le tuyau de la 
plante, ouvert par le fauchage et finit par l'altérer pour ensuite la faire 
périr. Il est donc essentiel do faucher et récolter les foins par un beau 
temps et le plus rapidement possible. L'on entend souvent les agri- 
culteurs dire lorsqu'ils commencent à faner : Le foin est trop tendre, il 
diminue beaucoup en séchant; puis l’on suspend le fauchage pour 
quelques jours en attendant que le foin durcisse. C’est là une grave 
erreur. Il faut nécessairement que les premiers foios fauchés soient 
tendres, pour que les derniers ne soient pas trop durs. Si l’on tient comp- 
te que 80 à 90 kil. de foin fanés en pleine floraison équivalent à 112 
et 120 kilog. fauchés après floraison, l’on arrive à trouver que deux 
chars des premiers en valent trois du second, sans compter 
qu’il y aura beaucoup plus de regains là où le foin aura été fauché le 
premier. Il y a donc tout avantage à faner de bonne heure, soit quand 
les prairies sont en pleine floraison. 

Pour avoir du foin de première qualité, il est essentiel qu’il ne re- 
çoive ni pluie ni rosée, pour cela jl faut mettre en las chaque soir, le 
foin coupé le matin. Quand après une journée chaude, le foin est aux 
trois quarts sec et qu’il reste étendu la nuit, si la rosée est forte, il 
s’humecte fortement, et lorsque les premiers rayons du soleil viennent 
évaporer cette humidité, en s’évaporant, elle enlève une partie des sucs 
de la plante, principalement l’arôme du foin. C’est ce qui explique cette 
bonne odeur que l’on sent après la pluie, lorsque le soleil commence à 
se montrer. Un autre avantage résultant du fanage opéré de bonne 
heure, c’est que le regain peut aussi sc faucher plus tôt, par le fait 
qu’il est plus mûr; et chacun sait que pour le regain il ne faut pas 
renvoyer en automne où les jours devenant courts, il est très-difficile 
à sécher, ce qui oblige de le manipuler pendant plusieurs jours et lui 
enlève la majeur partie des feuilles et partant la qualité. 

(Journal d’agriculture suisse). 


ALvfs. — Un membre de notre Société, M. Virgile Roussel-Galle, de 
Port-Lesney, vient d’obtenir, au concours de Champagnolc, la médaille 
d’argent de l’industrie laitière pour son fourneau de fromagerie avec 
foyer économique. — Dans le prochain Bulletin nous reproduirons le 
cliché de ce nouvel appareil de chauffage, et nous en donnerons la 
description. Voici, en attendant, l’extrait d’une lettre du président de 
la fromagerie de Montbarrey, qui en fait connaître les principaux avan- 
tages : 

« Il y a beaucoup de tirage et pas de fumée du tout. On y brûle 
toute espèce de bois, mais surtout des fagots. Il y a certainement un 
tiers d’économie de combustible, si ce n’est pas davantage. » J, P. 


mis GINDAI, lMPRIMIUft À POUONT. 


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— 161 — 


CONTRIBUTION 

À L'HISTOIRE’ DE L’INSTRUCTION PRIMAIRE 

EN FRANCHE-COMTÉ 

Marchés conclus par des communes rurales 

i avec des maîtres et des maîtresses d’ecole 

(1633-1790) 1 

• t ■ . ’ » » ■ 

Communiqué par fl. B. Pro*t i , 

(Fin). ■ ■ ' ' 

« L’an mil sept cent quatre-vingt- six, le treizième may, après 
rnidy, sur la place publique de Doucier (1), Furent présents Jëan- 
Etîenne Roux ci Julien Bailly, les deux oschevins en exercice de 

la communauté de Doucier, assistés de Claude-Henry Monnier 

(suivent 36*nôms), tous habitans des Villages de Doitcier, Chnmbly, 
Collondoiiet Grande-Chiette (2), représentant et composant en- 
semble la paroisse dud. Doucier, d’une part, et Claude-Marié 
Jannin, d’Annières, paroisse de Rothonay (3), d’autre part, les- 
quelles parties ont Fait les marcheFs et conventions que s’ensuivent, 
scavoir que led. Jannin promet et s’oblige de servir dans la pa- 
roisse de Doucier en qualité de recteur d’école, et d’y bien remplir 
ses Fonctions, au gré et contentement du sieur vicaire et des habi- 
tans, comme s’ensuit : 1° Ledit Jannin s’oblige de répondre et 
chanter tous les oFfices qui se Feront pour le service de ladite pa- 
roisse, les dimanches, Festes et autres solemnels (sic), 6t autres 
tous les oFfices que le sieur vicaire sera obligé de Faire tant pour 
acquittement de Fondations que pour messes d’enterrement et au- 

(1) Doucier, commune du canton de Clairvaux. 

(2) Chambly , Coüondon , sections de la commune de Doucier. — Les 
Grandes-C Mettes, section de la commune de Denezières , canton de Saint- 
Laurent. 

(3} Asnières , granges dépendant de la commune de Rothonay, canton 
d 'Orgelet. 

44 


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— 162 — 


très ; 2° il sera obligé de sonner tous les coups de la messe de 
paroisse à des heures réglées qui luy seront indiquées par ledit 
sieur viçajijo, e\ morts*, c’est-à-dire tparisqpups.par cha- 

que personne décédée, lorsqu'il en sera requis; plus l’angélus, 
matin, midy et soir, et aura soin, chaque fois, d’allumer la lampe 
de l’église; 8° il assistera ledit sieur vicaire en chef dans toutes les 
fonctions de son ministère, tant pour l’administraliori du baptême 
que Célébration du manage, pour laquelle H sera obligé de chanter 
la messe, lorsqu’il en sera requis; 4° il s’oblige de bien et deu- 
ment soigner les écoliers qui luy seront confiés, tant pour la piété 
que pour la doctrine, et de tenir régulièrement la classe tous les 
jours, matin et soir, pendant toute l’année, sans qu’il puisse s’en 
absenter, pour quelque prétexte que ce soit, ny commettre d’autres 
a sa place pour enseigner, sans la participation et permission du 
sieur vicaire, qui verra par luy-meme si la chose est nécessaire. 
Le présent marchef prendra son commencement au présent jour 
et durera pendant six ans et finira à pareil jour, moyennant la 
somme de cent cinquante-neuf livres, monnoye du royaume, an- 
nuellement, que les eschevins de chacune desdites communautés 
luy payeront en deux termes et payemens égaux, savoir le pre- 
mier au quatorze septembre, et l’autre au quatorze may de chaque 
année, à peine d’intérêts et dépens; sur quoy ledit Jannin sera 
tenu et obligé de se procurer un logement à ses frais. Promettent 
lesdits habitants et communautés de Doucier, Ghamhly, Collondon 
et Grande-Chiette de payer audit Jannin, recteur d’école, par cha- 
que mois et par écolier, sçavoir cinq sols pour ceux qui commen- 
cent à lire, six sols pour ceux qui commencent ou apprennent à 
écrire et lire, et sept sols pour ceux qui apprennent le chiffre et le 
plain-chant. Quo celle des parties qui le voudra pourra discéder du 
présent marchef au bout des trois premières années , à charge à 
celle qui en voudra profiter d’en avertir l’autre trois mois aupara- 
vant. Ainsy le tout a été stipulé, convenu et arreté entre lesdites 
parties. Pour sûreté de quoy, elles ont chacune à leur égard res- 
pectivement soumis et obligé tous leurs biens, sous le scel du 
Roy, et spécialement lesdites communautés, les biens et revenus 
d’icelles, en renonceanl à toutes exceptions contraires. Fait, lu et 
passé les an, jour et mois susdits, par devant Jean-François Per- 

i i 


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rçnet, notaire royal à Marigny (1), eu présence du sieur François- 
Damien Nabothe, prêtre, vicaire audit Doucier, et de Jean-Baptiste 
Jacquot, demeurant au Villard (2), rencontré audit Doucier, les 
deux témoins requis et soussignés avec ceux des comparants qui 
savent écrire, les autres étant jllitérés de ce interpellés. » Suivent 
les signatures au nombre de 27, y compris celles du notaire, du 
maître d’école et des deux témoins. 

Homologation de l’intendant, datée du 18 juillet 1786 (3). 

Tels sont les principaux types de marchés conclus, au xviii 0 
siècle, entre les communes rurales et des maîtres d'école. Il me 
reste maintenant à faire connaître les traités du même genre 
relatifs aux maîtresses d’école. 

Le premier qüe j’aie rencontré jusqu’à présent porte la daté 
de 1780. Je l’ai publié ailleurs. Un autre marché, en date de 
178Ô, entre dans d’intéressants détails : 

« Entre les habitans et communauté de Sellières (4), représentés 
par nous soussignés, Charles Daloz et Charles Vauvilley, leurs 
échevins en exercice, agissants ici en vertu de délibération dos 
conseil et notables dudit Sellières, en datte du 8 novembre cou- 
rant, d’une part et demoiselle Thérèse Petitbenoit, rectricc d’é- 
cole audit lieu, aussi soussignée, d’autre part, a été convenu ce 
qui suit. Premièrement, ladite damoiselle Petitbenoit s’oblige de 
faire les fonctions de rectrice d’école audit Sellières, comme elle 
les a déjà faites dès le mois de novembre dernier mil sept cent 
quatre-vingt-huit, et recevra à son école toutes les petites filles 
dudit lieu qui lui seront envoyées, pour leur enseigner à lire, 
écrire^ calculer et même tricoter, etc., chacune selon leur capacité. 
— 2° Son école sera ouverte à sept heures du matin dès la Tous- 
saint à Pâques, et à six heures du matin dès Pâques à la Toussaint. 

(1) Marigny, commune du canton de Clairvaux. 

(2) Villard-sur-V Ain. même canton. 

(3) Archives du Jura . Série C. n° 147. 

(4) Sellières , chef-lieu de canton de l'arrondissement de Lons-le- 
Saunier. 


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La 'réntï’ée- de’l’apvès-muli sè feéà à une heure en hyver et à ileiii 
heures ‘en été: — 3° La durée de chaque classe sera d’enviédA 
quatre heures, pendant lesquelles elle fera réciter deux leçons à 
chacune do £és écolières; dont furie sur des écritures a main pour 
celles qui en seront capables, et l’autre sur un bon livre ; et ne souf- 
frira dans la classe aucun livre tant soit peu suspect.'— 4 6 ETlé 
conduira ses écolières à la messe tous les jours de classe, et aura 
soin de veiller à ce qu’elles ayeut leurs livres à la main pôur ydire 
quelques prières, et que celles qui ne sauront pas lire ayent, s’il se 
pèhV, des chapelets. Elles iront à la infesse déuxà dèux, et en*re- 
viéndront de ! mèmé ;*efcè stevâ à ühe des 'Messes (pii' sera annoncée 
par les ‘cloches; de la paroisse. — 5 9 Elle leur enseigner^ les prières 
du matin et du soir, comme elles sont dans le catéchisme du dîor- 
çc$o, qt les l^urfera faire à tour, à la fin de chaque classe. Elle leur 
fera aqssi réciter à chacune Un chapitre du catécnismp, (Jeux’ fois 
par scinaînei à savoir les iuardj et samedi. — 6“ Enfin elle veillera 
autant qu’elle pourra sur leur conduite, et procurera SeWout son 
possible leur bonne éducation. — 7° Pour rétribution de tous ces 
services, il lui sera payé annuellement, pendant la durée dès pré- 
sentes conventions, la somme de quatre-vingt livres par la commu- 
nauté dudit Séllières, au premier novembre de chaque, anhée T et 
dont le premier terme -est déjà échu dès la Toussaint de Ta pré- 
sente année. — 8° Il lui sera en outre payé par les parents des éco- 
lières qui lui seroiil envoyées, seavoir cinq sous par mois pour 
celles qui n’écrivent pas encore, et six sous par mois pour celles 
qui apprennent à écrire; laquelle rétribution sera exigible par la- 
dite demoiselle roctrice d’école, quoique les écolières se sèroient 
absentées plusieurs jours de la classe pendant le mois, qui sera 
réputé complet dès que l’écolière y aura été quinze jours ; désirant 
par celte condition engager les parents à les y envoyer assîdue- 
inènt. — 9° Elle recevra et enseignera gratuitement dans son école 
les six pauvres écolières qui seront nommées par monsieur le curé 
et les sieurs commis eu exercice chaque année, ou deux fois l'an- 
née, comme il est d’usage. — 10° La durée des présentes conven- 
tions sera de six années, commencées, comme il est dit ci-dessus, 
dès la fête de la Toussaint mil sept cent quatre-vingt-huit, avec la 
clause* de résillement fèic) pour celle des parties qui voudra s’en 


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prévaloir, et qui sera tenue d’en avèrtir l’autre trois mois d’avanee, 
à la fin de la troisième année. — Fait double à Séllièresi le douze 
novembre mil sept cent quatre-vingt-neuf. » (Sigrto) : Charleè 
Efaloz , Charles Vauviley, Thérèse Petitbenoit. Vi’ 

Le 20 novembre 1789 , l’intendant de la provinè'é hônïbldgdô Cè 
marché, « à charge par la maîtresse d’école y dénommée, de se 
faire' '‘approuver en cette qualité, en conformité IVéTl'filt'd’àvril 
1096,' si elle ne l^est pas encore (1). » ! • ' 

■l •' ■ : r ••• . • - MJ *. t 'r 

.Un : dentier, exemple dp ^inrçhé complétera les doqpé$ft;flu,ij 

pr^dp^. „j •' , , t-.b.-rvl 


« Les paroissiens et fahricicns de 1 eglise de Mignovillards (i\ 
ftltt'lait convention le 11 octobre 1789 aVecld homméè Mhffei-Jyn- 
gôl© (ajwodj-du môme liep, pour leur seniri -de maîtresse dféodle 
pétulant ne,^. années. Çlle est obligée d’enseigner les petites, (jl^s 
l|\ ; parpiss(.\,à jirc, j. -écrire et de leur apprendre les. prinjqipep et, 
les vérités dfc la religion,; de les conduire à la messe et au caté- 
chisme et de veiller' À ce que ces enfans rentrent cHez lettré p’d- 


rents en sortant de classe ; elle doit aider à orner les autels, sur- 
tout la veille des? jours,, de fêtes solennelles; de blançhp*, soigner 
et raccommoder les linges do l’église; et ce moyennant la somme 
annuelle de 30 livres, tant pour gages que pour Trais de blanchis- 
sage des linges ; mais il hii sera payé six sous pni 1 chàCu ti flék en- 
fans qiéeUé' instruira. Elle’ est restreinte bxprcs^émeitt J à rré rece- 
voir dans sa clasSe que ’ifes enfans de son sexe, et en cettiô’ èdrtëi 1 f 
déràtibri elle eh a le droit exclusif. Elle est obligée l , : éh oüU*e , de', 
résider dans là maison dèstirtée , à Mignbvillards, aux écoles dcsl 
petitefe ’fiiVes , sans pouvoir y rien détériorer: Et pour l’engager à ! 
miehx soignei* les enfans’ qui lui seront confiés, il a été cohVcnu 
qu^bllè serait! ekemptfr de toufeS imposîtioiïs.... Cette 'fhaîtresse 
d’école a été choisie par la paroisse parmi les filles dgées, cdtnmc 
la jdus propre pour- ces fonctions;, elle, est approuvée par le, dio- 
césain. » . - .. . r . * r ! ‘ # , 


(J) Archives du Jiira, Série C, n° 799. 1 ^ c- ,f 

(2), Mignoviiiard, commune du canton de Nozerov. . ( _ 


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Sur le rapport du subdélégué de Quingny, rapport auquel j’em- 
prunte lé résumé de marché qu’on vient de lire, l’intendant homo- 
logua le traité, le 26 mars 1790, « sauf en ce qui concerne le privi- 
lège exclusif accordé à lad. maîtresse d'école, et à charge par elle 
de supporter toutes impositions. » 

Ces quelques documents, choisis comme types entre tous les 
actes de même nature conservés aujourd’hui dans les archives 
du Jura, suffisent, je crois, à donner une idée assez exacte de 
l’a situation de l’enseignement primaire et dé ses agents en 
Franche-Comté, pendant le cours du xviii* siècle, jusqu’à là 
Révolution. 

U me reste à donner un spécimen des règlements en vigueur 
à la même époque dans un collège de petite ville. J’emprunte 
encore aux archives du Jura le texte du « règlement » établi 
en 1786 par l’évêque de Saint-Claude, — M* r Joseph Meallet de 
Fargues, r- pour le collège de Saint-Amour. 

Règlement pour lè collège de Saint-Amour . 

Puisque c’est dans les collèges que se forment les sujets qui se 
destinent à l’état ecclésiastique, et à remplir les différents et prin- 
cipaux employs de la Société, nous avons regardé cet objet comme 
celui qui mérite nos principales attentions, puisqu’il fait une des 
principales espérances du diocèze, c’est pour cela que nous avons 
jugé nécessaire de donner le présent règlement qui animant l’at- 
tention, l’assiduité, le travail, et le zèle dçs sieurs régents contri- 
buera à exciter la pitié, l’amour de l’étude, la régularité .et l’appli- 
cation des écoliers. 

Atit. l*. — L’entrée du matin des écoliers sera en tout temps à 
sept heures et demie, celle des régents à huit, la sortie à dix, en- 
suite la messe du chapitre, où les régents conduiront leurs écoliers, 
et veilleront sur la manière dont ils s’y comportent. 

Art. 2. — L’entrée du soir sera en tout temps à une heure et 


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deinye ppur les écoliers, à deux heures pour les régents, et la 
spolie depuis la Toutsaints à quatre jusqifà Pasque inclusivement 
et depuis Pasque à quatre et demie jusqu’aux grandes vacances. 

Art. 3. — Les régents conduiront en ordre les écoliers aux pro- 
cessions de la paroisse. 

Art. 4. — : Les régents auront soin de préparer avant la classe 
les thèmes, explications, et généralement tout ce qu’ils doivent en- 
seigner, ' 

Art. 5'. — Un régent qui aura un mécontentement considérable 
d’tm écolier ne pourra le renvoyer sans l’avis du principal etfde M. 
le maire qui examineront mûrement ensemble si le cas le mérite, 
comme seroit d’avoir joué aux cartes, fréquenté les personnes de 
différents sexes, s’estre masqué et baigné si on n’est conduit au 
bain par des parents, ou personnes de confiance. 

) Art. h. — Los régents engageront les écoliers à parler lâtin 
entre lé premier, et le second et pendant toute la classe dès qu’ils 
seront en état de le faire. 

[ - 1 ■ ' •• / . * • 

Art. 7. — Lorsqu’un écolier se présentera pour entrer au col- 
lège il s’adressera au principal- qui l’examinera pour scavoir s’il 
est en état d’entrer dans la classe qu’il demandera. 

Art. 8. — L’entrée du collège sera fixée au second de novem^ 
bre, à deux heures et demie, et la sortie des classes pour les gran- 
des vacances à la veille de S^fathicu, jour où se feront les exfer- 
cices littéraires, les congés du courant de l’année seront les jours 
de dimanche, de festes, de foires le matin, le jeudy de chaque se- 
maine, on entrera le lundy et le mardy de carnaval, pendant l’avent 
et le carême, on prendra à la place du jeudy l’un des jours de cha- 
que semaine où il y aura sermon afin que lés écoliers puissent y 
assister, les régents s’y rendront pour les y contenir, et le pre- 
mier aura soin de se faire rendre compte par les rhétoriciens de 
l’ordre, et de la forme du sermon, afin de les former et de leur 
donner du goût, les vacances de Noël commenceront l’après-midy 
de la veille de Noël et finiront le premier jour de l’an inclusive- 
ment, et celles de Pasque commenceront le mercredy saint et flni- 


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— 108 — 


ront la troisième feste de Pasque, inclusivement, et il ne sera ^ 
l’avenir accordé aucun antre congé, sous quelques raisons et pré- 
textes que ce puisse être. 

Art. 9. — A la rentrée des classes le premier régent fera com- 
poser les écoliers de chaque classe pour sçavoir s’ils sont en état 
de profiter dans la classe qu’ils demandent, et fera descendre ceux 
qu’il trouvera trop faibles. 

Art. 10. — Tous les samedis les régents feront à la classé du 
soir le catéchisme à leurs écoliers pendant la dernière demy heure 
l'un d’eux, à l’alternative aux messes, vespres de paroisse, et caté- 
chisme, et veillera sur la manière dont ils s’y comportent. 

Art. 11. — Chaque régent obligera ses écoliers à se confesser 
tous les mois et à aporter un billet de confession. 

Art. 12, — Pour connaître le progrès des écoliers et former 
leurs; talents chaque régent fera à la fin de l’année un exercice lit- 
téraire sur les sujets qui ont raport à leurs étude (sic) èt a leurs 
avancement afin que le temps qu’ils y emploiront serve à faire de 
nouveaux progrès. % 

Art. 13. — A la fin de chaque année les deux régents convien- 
dront ensemble des auteurs qui seront expliqués l’année suivante 
dans chaque classe. 

Ponno à S*- Amour dans le cours de nos visites le vingt-six 
octobre mil sept cent chjquante-six, 

• ' | 

Signé : Joseph, évêque de S^Clàdde (1). 

(l),Ari;h. dtf Jura. Série D„ Collège de S l -Aujq^r. 


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— 466 — 


Les nombreux 'articles die S.HAUfeRY sut' tes EHgfdls, u êt' ] là 
régénération artificielle du Combustible par l'utilüatiôn 
des parties charbonneuses- des détritus/ que les lecteurs: du 
Bulletin oril suivis abec tant .d'intérêt, «ont paraitre en un 
L vohme grand in- 4 3, de grés de. 500 pages i L’auteur fait 
précéder son ouvrage de l’avis suivant, qui mérita à plu f 
• d’un titre, d'être reproduit. 

! -i : ' ■ ,-»• : i J- 

' ■ : ! ' ■■'■■■{ -h' - 

AVIS AU LECTEUR, , 

• . • . • 1 ; tl %, * i , 

Cette réunion de pages ne constitue pas un livre, dans Je sens 
vraiment rationnel du mot : elle n’en a ni la coordination, systé- 
matique , ni l’agencement méthodique. .On y trouvera, au con- 
traire, tout le déco, u su que comporte son origine. E)lé esi résul- 
tée d'une impression supplémentaire de communications, du 
sortes de causeries écrites adressées, dès <869, au Bulletin de là 
Soéietê d’agriculture, sciences et aïlsde Poligny. Je Vfaiàiïs' pri- 
mitivement d’autre butl, en entariiarit cés pages, qde d’acqirflter; 
par un article de bîénvenuè, rrià' dette ehvet*s cette Ibtèéesskritë 
Société, qui venait de me faire l'honnear'de m’adbietlre parmi 
ses membres, t’ accueil sans doute trop bienveillant ijui fui fdt 
fait, transforma bientôt ce projet d’article en une éériè' très Më- 
gulièredé communications, qui s’est prolongée péh'd'abt trtiize 
ans. / I ’" i 

. - » t ’ 1 ■ , “ i < ! i ' ( I • • t • . * t i , , , ; 

Dans cet intervalle, ma rjature, toujours afla,mée d’idéal, s’est 
livrée avec trop peu de discrétion, au charme d’épancher, au sein 
d^un petit miiiëa dé lecteurs sympathiques, Oôiiribred’é'cfes fèves 
en faveur du noble art cultural', enfantés dans les angoisSëS soli- 
taires d’une jkatiqde de fret art accomplie, pendant vingt 'âhnées, 
dans les ÿ>1us dépriiiian tés conditions. Datis 1 là 1 d o uloii i'e ü s ë phaSé 
de transformation Sociale que nous traversons', l’ïigricnKtirè'a 




— i70 — 


surtout besoin d’,ètre envisagée à (travers le, prisme consolant do 
l’avenir. 

J'ai le ferme et doux espoir que le temps transformera aussi 
successivement les misérables procédés du métier de notre paysan 
actuel ert ces pratiques d’art industriel que j’ai esquissées et qui 
peuvent sembler" empruntées à quelque récit de féérêe. Mais il 
n’y a nullement à se dissimuler que «*tte trahsforjnutèoB'tfcec- 
niqqe reste et restera étroitement subordonnée à celle morale et 
sociale dans laquelle nous nous débattons, et dont la réalité est 
pourtant contestée par bien des personnes. Plusieurs des vues 
et des innovations que j’expose peuvent donc être destinées à 
rester reléguées plus ou moins longtemps encore dans le domaine 
des chimères. Dans de telles conditions, les manqués nombreux 
et divers qu’on pourra trop justement reprocher à la forme de 
cette exposition, devront finalement apparaître comme peu re- 
grettables,. , , 1 

Si j’ai, en effet, poussé inconsciemment dans cet écrit l’art ru- 
ral dans une voie vraiment chimérique, m^es torts seront d’autant 
moindres que j aurai employé à, cet effet des formes moins sédui- 
santes. Si, auicontrpirp, d'inéluctables et impérieuses nécessités 
doiyent^ conformément à mes prévisions, imposer, bien plus tôt 
qu’on ne le suppose généralement, la recbefche.de voies de salut 
toutes nouvelles, j’aur,aj satisfait au devoir de saisir l'occasion 
qui m'était offerte de signaler celles que les circonstances ina- 
vaient révélées. Dans le degré d’urgence que je redoute, l’impor- 
tance du fond subordonnera complètement celle de la forme. 

Si, enfin, mon erreur doi t se réduire à une,pqfe, bévue de date, 
quelque lourde qu’elle puisse être; siTagriculUtre du, paysan, 
dont je crois .entendre le râle, doit nous .nourrir encore pendant 
plusieurs siècles, qu’importe aussi un peu plus ou moins d’èlo- 
gançe,; d'ordre et,de.inêtbp4ç f de parcimopfe ou de profusion de 


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- 171 - 


détails envoi* la description tio procédés que vingt générations 
encore né devront pas connaître ! Si quelque értidit devait ex- 
humer demain quelque vieux manuscrit du moyen-âge , où la 
constitution scientifique et économique de l’une de nos grandes 
industries modernes serait nettement caractérisée et annoncée, 
quelle sensation ne produirait pas un tel document, et qui donc 
songerait, en dehors des garanties d’authenticité, à s’inquiéter de 
son style I 

A.'Hadert. 


LES CHAMPIGNONS 

COMESTIBLES BT VÉNÉNEUX 
DE LA FLORE DU JURA 

Par IV* PATOU1LLARD, 

pharmacien, membre de la Société de botanique de France, ancien prépa- 
rateur de botanique àu Muséum d' Histoire naturelle, etc . : 

{Suite) 

' ' ' » î 

Les RUSSULES. — Rusaula. 


Ce genre (Thymenomycètes est très voisin du précédent , H en 
différé principalement par l’absence du suc lditeü*. Les Rüèsüles 
ont en général un chapeau charmi, d’abord uonvexe, puis étalé et 
enfin déprimé à la longue, un sti^pe sans partie corticale et d'une 
consistance spongieuse; les lames sont rigides, fragiles et à peu 
près toutes de la môme longueur. La couleur des Russules est! 
parfois très brillante, mais son manque de stabilité dans ta méine 


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— 17 * — 

eapèoefatt-qftiao /na dnit ne servir de Ce tmw t &t tï qt'w s c jèro^ 
cpup 4 e prudftwe pour te déienaiaMico, Ges champignons «oui 

fréquents dan$ toutes \(*< forêts à la fin de tété et en automne* pou$ 
indiquerons .seulement c^ux d'entre eux qn’ou rencontre le plus 
souvent et qui offrent de l'intérêt soit comme aliment, soit comme 
pWson. 1 * '* ' ;I " ! ’ ’ ' ' 

* * i 

-i - * •' ' ■ i 

.* ; ’ • • Î| „ . * , , ÇO#I6T*£LES, . . , , , . . « tyt „ 

• r t> 0 « ■ 

Rtfttyla cirescens Schœff . — (Hussule vert-de-gris). 

— cyanoxantha Schœff. 

— heterophylla Fr. 

— aurata Fr. 


ESPECES VÉXKXEl'SES OU SUSPECTES. 


Russnla nigricans Bull. (Hussule noircissante). 


furtfaia &r. ^ 
fœtens Vers. , 
fragilis Per s. 


U 


23J 


’t fii 


R cirescens Sch. — Chapeau de 6-7 centimètres de large, cou- 
leur vert-de-gris* SétMé, Æu^êift renferme, étalé puis om- 

biliqué, marge droite, unie sans strie. Stipe spongieux, blan- 
châtre. liâmes serrées, fcméchires, hlànehes. Chair blanche, saveur 
douce. 

Dans les bois, automne. 


R . eganoxantlxa)Sctiœ$l — Chapeau convexe, plan, puis dé- 
yrjimv.ljsac ou çidé, ..visqueux, lilas, ou ppurp^o^puis ^doyant, 
s<WVeqt yauuùtçç, au centra* u^gq portait des atriesr^spatiées, 
jurées ou pourpre. livide* Chair Maeche, pourprée sous la ^Ui-, 
cule idu chapeau; saveur douce. liâmes Wançhesj fourql ppa, qsr 
pacfas« .Stipe .plein, ferme, dévouant paverjieuxà la fiu f .glabre, 
lisse*. Waaç.î » . », .. .. -, (li m j 

Pu«print^amps à l'automne dans le^bois* / -u - •» \ ■ 


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- m - 

» R. hMejMpJiyUa Ffi* ^Xhapeteiioh^iw^îfiaifl^i.deyeoant d^ 
prâttél griarolive, liJacé;, livide ou feu^e püfy souvent wéolé^ue 
peu jvii^eux*- faiblement strié sur la i narge. Chair blanche, saveur 
douce. Lames blanches, puis jaunâtres, étroites, très serrée 8 » ihér 
gales et.souvent bifides. Stipe plein, , ferm^, blanchâtre. 

Bruyères et bord des bois. Eté, automne. 

; ' 1 1 t * • • » : 1 • ü..’ ■ l f • ; 1 * p . * .. . 1 ‘ \ 

>R..aufrataiiïr*+r- Chapeau char nu frigide, luisant, mafge. striée, 
éaune-orangé plus ou moins mêlé de pourpre ; pellicule visqueuse 
par Thumide f séparable. Chair blanche, jaune; citron souts la pellir 
cule;, sa^eur ; douce puis légèrement âpre. Lames réunies >par des 
veines, larges, blanches puis jaunâtres, à trançJ}QniJaunp dor$ T 

Eté automne, dans les forêts calcaires., . , , 

t . 

R. nigricans Bull . — Chapeau charnu, compact, déprimé, bords 
sans stries, pellicule non séparâble, olive. Chair blanche rougis- 
sant à l’air. Lames blanc-jaunâtre, épaisses, espacées. Stipe so- 
lide, obèse, devenant noîK'Savèiif'a la fin âcre. Tout le champi- 
gnon devient noir en vieillissant . 

Commun dans tous les bois. Eté, automne. 

R. delica^Fr. — Chapeau charnu, ferme, ombiliqué, uni, luisant, 
. irihrgë* sans striés èt pellicule non séparables! Lamés dêcurrérttcs, 
espacées, minces, larmoyantes. Stipe solide, compact. Le eham- 
pignon est 1 entïèr*ertienfr blàtià. ; '* '*■ ». * * » : * 

On \ieiti confondre cette espèce avec Lactarius vellereus, mais 
l’absence de suc le rend facile à distinguer. 

Dans tous les bois. Eté, automne. 

R.furcata Fr. — Chapeau charnu, compact, convexe-plan, puis 
en entonnoir, lisse! glabre, v & marge non striée ot a pellicule rare- 
ment séparable ; plus ou moins vert avec des taches rousses ou 
jaunes. Chair blanche,' caséeuse, amère! Lames esp&eéeS décur- 
rentes, fourchues, blanches; Stipe plein, ferme, lisse, blanc. 

Bois humides. Eté, automne! 

” 1 * i . . * . 

R.foeten * P ers. — Chapeau globuleux, .très visqueux , jaune- 


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sale, à marge membraneuse; * à stries tuberculeuses, petticute sépa- 
rable. Chair mince, pâte, à odeur très fétide, â saveur âcre. Lames 
serrées, blanchâtres, larmoyantes. Stipe gros, blanc sale, plein 
puis creux. 

Dans les prés et les bois. Eté, automne. 

R.fragilis Pers. — Chapeau très mince, mamelonné, plan, puis 
déprimé, petit (3~4 centimètres), pellicule facilement séparable, 
visqueuse, incarnat, pâlissant; marge striée, tuberculeuse. Chair 
blanche, très âcre. Lames minces, serrées, blanches. 

On rencontre quelquefois une variété entièrement blanche, et 
une autre rose livide. < . . 

Dans les forêts. Eté, automne. 

(A suivre). 


Nqus sommes heureux d’offrir à nos lecteurs les deux poésies 
suivantes que nous avons çté autorisés à détacher d’un recueil, 
actuellement sous presse, qui paraîtra prochainement. 


J. P. 


POÉSIE 


A RUYSDAEL 

Ruysdaôl , 6 grand maître , ô sublime songeur ! 
Que de fois en passant devant tes sombres toiles, , 
J’ai ressenti l’angoisse amère de ton cœur ! 
Angoisse que l’on sent transpirer sous les voiles 
Que laissent retomber tes ciels mornes et gris: 


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Elle te pénétrait, l’indicible tristesse • ' J 

Que les brurties du Nord jettent sur ton pays. # 

Ne re9pirais-tu pas arec elle Tivresse 

Que la nature en deuil procure aux cœurs blessés, 

L’ivresse des soupirs et l’ivresse des larmes 

Que dans nos yeux brûlants sèchent les vents glacés? 

Ah! tu les as connus ces bonheurs insensés ! 

Nul jamais mieux que toi n’eu exprima les charmes. 
Ton âme frémissait ainsi que ton pinceau 
Devant les horizons menaçants ou livides, 

Balayés çà et Jà de nuages rapides 

Dont tu vojxiis courir l’ombre aux flancs d’un coteau, 

Devant l’immensité d’une plaine ondulée, 

Près des hêtres penchés sur les ravins étroits, 

Près des châtéaux pensifs perdus au fond des bois, 

A l’aspect du sentier rampant dans la vallée, 

Ou des dunes que ronge upc mer en fureur. , 

Ne frisâonnais-tu pas de plâisir et d’horreur ' 1 

A voir les noirs torrents gonflés par les orages , 
Soulevés et fouettés par les vents déchaînés, 
Promener au hasard leurs terribles ravages 
Au milieu des débris des pins déracinés? 

O poète, ô penseur qui nous livres ton Ame 
Dans tes œuvres où passe une si sombre flamme, 

Tu pénètres le sens, les symboles secrets 
Que la nature a mis sous ses mornes aspects. 

Tu traduis son langage austère. Ce nuage 
Dont l’om’bre fuit au loin dans la plaine est l’image 
De la brièveté de la vie. Et là-bas 
Ce pauvre homme ployant sous le faix et qui lutte 
Contre le vent du Nord qui retarde ses pas, 

N’est-ce pas l’ètre humain que le sort persécute ? 

Où mène ce chemin montueux? Nul ne sait. 

Où le chemin finit, c’est le ciel qui commence. 


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~t76^ 

Par dessus le chemin* ften.-quc le cijal immense; : 
L’œil interrçge en vain le ciel sombre .et muet. : « 

Aussi vaine est pour nous^ la recherche obstinée . /. 

Du mystère irritant de notre destinée. ' . i 

Mais ce .triste rayon de soleil, au* lueurs : / ! 
Pâles comme- sourire étouffé sous les pleurs 
Qui frange les contours de ce nuage intense, 

Et surin, soi jaunUombe furtivement, , 

N’est-ce pa$> n’est^e pas la timide espérance . , , 

Qui sur nos désespoirs plane éternellement? . , 

* Louis Ghenot. 

• .. • t. ' m: * •• • • * ‘ i 


THAÏ, XS TUE QUESTION 


Un jour il nous sembla que la nature entière 
D’un long voile de deuil se couvrait sous nos yeux, 

Que d’un cœur désolé l’inutile prière 
S’élevant vers le ciel n’y trouvait plus les Dieux. 

Quand nous cherchions l’appui d’une main paternelle, 
N’entendimes-nous pas une voix nous crier..: 

« Vain espoir! au-delà de ce grand ciel d’acier, 

« G!est le néant, le vide et la nuit éternelle. 

« Ici-bas tu n’auras plus d’appui désormais; 

« Tous les cœurs sont glacés, toute bouche est menteuse ; 
« La vie est une voie étrange et douloureuse ; 

« Marches-y sans espoir, désespère à jamais ! » 


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— 177 — 


Qu’est-ce donc que la Mort? Est-ce un sommeil sans rêve, 
Celui que nous dormions dans les bras du chaos? 

Est-ce la délivrance et l’éternelle trêve, 

Et l’éternel repos ?, 

Quand nous aurons tranché d’une main téméraire 
Le câble qui nous lié au néfaste rocher, 

Quand nous^aurpps trompé le vautour sanguinaire 
Qui, poumuStm'nos cœurs, revient nous y chercher, 
Pourrons-nous faire entendre un long cri de victoire, 
Aurons-nous triomphé de l’aveugle destin, 

Aurons-nous du passé vu sombrer la mémoire, 
Sècherons-nous nos pleurs dans un oubli sans fin ? 

Ou faudra-t-il sortir des ténèbres profondes? 

Faudra-t-il que nos yeux versent encor des pleurs? 
Faudra-t-il à jamais dans l’infini des mondes 
Promener nos douleurs ? 

Faudra-t-il pénétrer dans d’horribles géhennes 
Où l’on entend des cris avec des bruits de chaînes, 

Où nous retrouverons l’inflexible Malheur, 

Où Sisyphe retourne à son ingrat labeur? 

Serons-nous arrachés à la paix de la tombe 
Pour pousser avec lui le rocher qui retombe, 

Et pour l’éternité serons-nous condamnés 
A vivre en expiant le crime d’être nés ? 

Qui le dira? C’est là le terrible problème, 

Le secret éternel, la question suprême 
Vieille ainsi que le monde et la fatalité, 

Qu’un impassible sphinx pose à l’humanité ; 

La question qu’Hamlet dans un trouble ineffable 
Se posait sur le bord de l'abîme insondable 

42 


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178 — 


1 


Du funèbre fossé, — ce pays inconnu 
D’où nul explorateur encor n’est revenu. — 

Les hommes ont en vain interrogé lèurs sages, 

Leurs prêtres, leurs docteurs, les croyances des âges; 
Nul du gouffre n’a pu sonder la profondeur : 

Devant ce gouffre, Œdipe est l’éternel chercheur. 
Hélas! le dernier homme aura vu cette terre 
S’abîmer sous ses pieds; son regard stupéfait 
Aura vu l’Univers se réduire en poussière^* 

Avant qu’il ait au sphinx arraché son secret. 

Louis Chenot. 


L’AGRICULTURE JURASSIENNE 

Par M. A. Goifn, professeur d’agriculture du Jura. 


Le département du Jura, formé d’une partie de la Franche-Comté 
(baillagc d’Aval), comporte une superficie totale de 499,401 hectares, 
dont 57,628 sont incultes ou occupés par les eaux, les routes, les 
villes, etc. Los 441,773 hectares en culture se divisent a peu près 
ainsi : 


Céréales * • 

Pommes de terre 

Plantes industrielles 

Prairies naturelles et artificielles . 

Vignes • 

Vergers, jardins 

Jachères 

Pâtures et communaux .... « 
Bois et forêts 


131,000 

11,000 

4,000 ( Z< ”’ 0W l 

85.000 ) I 

..... 19,700 ; 441,673 b. 

2,873 i 

20.000 ) \ 

48,000 [.188,000 

120,000 ) J 





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— 179 — 

En y comprenant les pâtures et les communaux, aussi bien que les 
prairies naturelles (53,000 hcct.) cl artificielles (32,000 hcct.), ce se- 
raient 133,000 hcct. consacrés à la production des fourrages, pour 
166,800 hcct. de culture arahlc (jachères comprises), proportion bien 
insuffisante de fourrages, ou mieux trop considérable de culture 
arable. 

Le territoire se divise irpeu près comme il suit, au point de vue de 
l’altitude : 

1” zônc > ,a plaine ou la Bresse (altit. moy. 210 m.) 143,000 b. 
2« — le vignoble ou bon pays ( — 245 m.) 45,400 

3* — premier plateau . . . . ( _ 450 m.) 128.603 

4« — second plateau ( _ 800 m.) 103,296 

5' — troisième plateau . . . . ( _ 1,050 m.) 79,102 

Total 499,401 h. 

Le sol de la plaine (diluvium de la Bresse) est plat, humide, froid, 
réclame le dessèchement, le défoncement et la chaux; celui du vigno- 
ble est argilo-calcaire, lourd et difficile à travailler; il appelle presque 
partout le drainage; la terre des plateaux est formée d’humus, d’un 
peu d argile, de sable et de chaux ; elle manque surtout de profon- 
deur. 

Dans la plaine, ce sont la moyenne propriété et la moyenne culture 
qui dominent, ainsi que sur les plateaux; dans le vignoble, ce sont la 
pclilc propriété et la petite culture. 

Presque partout le sol est morcelé, mais rarement enclavé, si ce n’est 
quant au* prés et aux vignes. La culture par fermage est la plus usitée 
dans la plaine, celle par métayage dans la montagne; la vigne se cul- 
tive presque toujours è moitié fruits. 

La population du Jura n’était, en 1790, que de 249,600 âmes, en 
1841, elle était montée & 316,884 habitants; c’est le maximum qu’elîc 
ail atteint, et depuis lors elle a progressivement descendu à 287 634 
en 1876 et n’est remontée qu’à 288,823 en 1880. La surface en culture 
arable (prairies artificielles, vignes et jardins compris) étant de 200,773 
hectares, chaque habitant est censé cultiver 70 arcs par an, à la char- 
rue ou à la main, sans compter près de 84 ares en prés, jachères, pâ- 
tures et bois. On se plaint souvent que la main-d’œuvre fait défaut, on 


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— 180 — 


répondrait à bien plus juste raison, en ce qui nous concerne, que c’est 
la culture arable qui occupe trop de superficie, d’autant plus que le 
bétail est insuffisant à produire l’engrais nécessaire. 

De 1840 à 1866, la statistique officielle (il n’y en a malheureusement 
pas de plus récente) a constaté la diminution de 11,251 bétes à laine, 
2,365 bétes chevalines, 3,388 porcs, et par contre, une augmentation 
de 8,597 bétes à cornes, 666 bétes caprines, 332 bétes mulassières et 
84 bétes asincs. 


En prenant les chiffres officiels de 1866, nous pouvons construire le 
tableau suivant de la population animale en têtes de tous âges: 

vQDdrv Nombre total Chiffre Equivalent ma tète a 

fiot'ELis. de tètes. diviseur. de gros bétail. 

Chevaline 16,641 2 8,320 

Mulassière 880 1,20 733 

Asinc 629 3 210 

Bovine 170,148 2 85,074 

Ovine 34,868 15 2,325 

Caprine 5,610 15 374 

Porcine 34,112 8 4,264 

Ensemble 101,300 


C’est donc l’équivalent de 101,300 têtes de gros bétail pour 200,773 
hect. de terres, ou environ une demi-tête par hectare. Cette propor- 
tion parait relativement élevée, au premier abord ; mais il faut savoir 
que, sur les plateaux, durant six mois au moins de l’année, le bétail vit 
dans les communaux où il perd son fumier; que la litière y est rare, le 
fumier peu abondant, mal traité; qu’entassé pendant un an, sans fosses 
h purin, il est lavé par les pluies, desséché par le soleil et perd cons- 
tamment son ammoniaque. Les engrais sont k peine mieux traités dans 
le vignoble et dans la plaine. Les irrigations sont à peu près complète- 
ment inconnues ou mal pratiquées, et l’on ignore k peu près complète- 
ment le nom même des engrais complémentaires de commerce. 

Tout semble faire défaut au Jura : l’exemple et le capital ; peu de 
grands propriétaires exploitants; une foule de petits propriétaires, fer- 
miers, métayers, dpnt le capital se compose surtout de leurs bras et de 
ceux de leur famille; le morcellement du sol, qui rend très difficile 
l’emploi des instruments perfectionnés. La routine règne en maîtresse; 


— 181 — 


l’amour de la terre, j'entends le déair de la posséder, est, comme dans 
une grande partie de la France, la passion dominante : ensemencer de 
castes espaces, c’est l'ambition générale, ambition ruineuse pour cha- 
cun et pour tous. 

1 Dans la Bresse, on pratique encore l’assolement triennal : 1° pommes 
de terre, betteraves ou maïs; 2° blé d'hiver; 3° orge ou avoine de prin- 
temps, et c'est le plus souvent au froment qu’on applique directement 
la fumure. On entretient et on élève quelque peu vaches et bœufs de 
race femelinc plus ou moins pure, dont le lait est converti en beurre 
et en fromage; quelques poulains de trait moyen ; des moulons exposes 
à la cachexie; mais beaucoup et de bons porcs et gorets. Cette région 
réclame l’assainissement par des canaux, puis par le drainage, le dé- 
foncemcnt puis le chaulage; elle vient d’essuyer trois récoltes céréales 
au-dessous de la moyenne. 

Dans le vignoble, on trouve 19,700 hectares en vignes et 25,700 . 
hectares en culture arable ou en prairies, la vigne sur les côteaux, les 
cultures à mi-côte ou dans les plaines et les prairies dans les vallées. • 
C’est là que le sol est le plus morcelé, chacun possédant des parcelles de 
terres, prés et vignes. A l'exception des labours de la culture arable, 
tous les travaux sc font h bras : hersages, sarclages, buttages, dans les 
champs comme dans les vignes. C’est alors l’assolement triennal, dans 
lequel on introduit parfois la navette d’hiver semée à la volée, ou le 
chanvre. Les bœufs accomplissent presque tous les travaux de culture 
et de transport; le lait des vaches est porte aux fruitières; on fait peu 
d’élèves. 

La culture de la vigne a à lutter contre celle des céréales et elle en 
souffre souvent; les travaux ne lui sont pas toujours donnés en temps 
opportun. La plantation est trop serrée, eu égard au climat (12 à 
16,000 ceps par hectare), l’écbalassage trop avare, pas d’accolage ni 
de rognage; pas de drainage, rarement du fumier, on provigne par 
creux ou fosses; au nord de Lons-le-Saunier, on cultive plutôt les 
plants fins, on égrappc, et c’est dans celte partie que l'on récolte les 
meilleurs vins; au sud, ce sont surtout des gros plants, on n’égrappe 
pas, on obtient plus de quantité et moins de qualité. La situation des 
vignerons est, depuis quatre ans, précaire : printemps humides, étés 
nuageux, oïdium, coulure, gelée d’hiver (1879-80), grêle, et, par- 


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182 — 


dessus tout, menace incessante du phylloxéra qui nous entoure au sud, 
à l’ouest et au nord (Ain, Saône-et-Loire et Côte-d’Or). 

De 1863 à 1880, nos récoltes en vin peuvent se classer ainsi : 


Hectolitres. 

2 1res bonnes récoltes (1866, 1875), moyenne 782,068 

3 bonnes récoltes (1865, 1874, 1878), moyenne •. 541,31^ 

8 récoltes moyennes (1863, 1864, 1867, 1868, 1869, 1870, 

1871, 1877, moyenne 424,832 

3 récoltes médiocres (1872, 1876, 1879, moyenne . . . ! . 184,086 
2 récoltes très mauvaises (1873, 1880), moyenne 30,220 

Moyenne générale .. . . . 392,504 


C’est donc pour cette période des 17 dernières années, un produit 
moyen de 20 bcctol. par hectare; celui des très bonnes années a été de 
40 hectol.: des bonne» années de 27 hectol.; des années moyennes de 
21 hectol. 66; des années médiocres de 9 hectol. 41; enfin celui des 
mauvaises années de 1 bcctol. 54. 

Depuis 1871, nous avons obtenu une très bonne récolte, deux bonnes, 
deux moyennes et cinq médiocres ou mauvaises, soit la moitié. Aussi 
le découragement commenee-t-il à sc montrer et les propriétaires ne 
trouvent-ils plus aisément à faire cultiver b moitié fruits. 

Sur les plateaux (311,000 hectares) la forêt prend une grande part 
(80,000 hectares) et les pâturages communaux une part presque égale 
(78,500 hectares), soit juste, ensemble, la moitié de la surface; il reste 
155,000 hectares en culture, prés ou pâturages privés. Les prés occu- 
pent les vallées, généralement étroites ; les pâturages sont situés sur 
les pentes, et les cultures sur les petits plateaux. Le bétail passe dé 6 
a 7 mois en stabulation, nourri au foin et & la paille, à peine pourvu de 
litière, calfeutré dans des étables étroites, basses, dépourvues de toute 
ventilation. Presque tout ce bétail consiste en vaches et élèves dont le 
lait est, dans les fruitières par association, transformé en beurre et en 
fromage (gruyère, scptmonccl, chevret). Cette industrie se trouve 
gravement menacée, en ce moment, par la concurrence étrangère 
(Suisse et États-Unis) pour le gruyère, et par la concurrence intérieure 
(Gard, Hérault, Aude) pour le scptmonccl, analogue du roquefort. Le 
meilleur moyen de lutte serait dans l'amélioration du régime d’hiver 
des vaches , dans l’adoption de la culture du topinàmbour, dans une 


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— 188 — 

diminution de* prix de revient (fourneaux de cuisson, fabrication du 
beurre à lq fcuiijéfej, et surtout d$ns la modération de récrémagè du 
lait. 

Les améliorations capitales à introduire dans la culture du Jura me 
paraissent être les suivantes : 

* 1° Dans la plaine, ^création de syndicats pour le dessèchement du 

sol; drainage p choqlago ou emploi des phosphates de chaux; défonce- 
✓ ment par labours profonds ; accroissement de la culture des fourrages 
et des racines aux dépens de celle des céréales. 

2° Dans le vignoble, drainage, fumure des vignes, leur mise en lignes 
pour la culture à la charrue. 

3? Sur les plateaux, limitation de la culture céréale à la production 
de la paille* litière; extension de la culture fourragère; culture du topi- 
nambour; création de prairies temporaires; amélioration du régime 
d’biver des vaches; perfectionnement de la fabrication du beurre; amé- 
lioration des fromages par un écrémage plus discret. 

4° Partout, fabrication mieux raisonnée des fumiers; leur complé- 
ment par les engrais du commerce; amélioration dans le logement in- # 
salubre du bétail; suppression graduelle, et par les progrès de la cul- 
ture, dq parcours des communaux où le fumier se perd, cl nourriture 
sur des pâturages et à l’étable; adoption de la culture en lignes pour 
toutes les plantes sarclées (pommes de terre, belteravcs, maïs,, na- 
vettes, fèves, etc.) et delà boue à cheval pour leur nettoyage, du. but- 
teqr pour leur bullage; etc., etc. , 

Malheureusement, toute amelioration culturale entraîne, une dépense 
en travail ou en argent, qu’il s’agisse de drainage, d'irrigation, de 
chaulagc ou d’engrais; elle suppose aussi que l’on veut, que Vo% sait 
employer fructueusement ce travail oq cet argent. Le progrès est à ces 
conditions : vouloir, savoir et pouvoir. Et il serait imprudent de se 
laisser pousser par une inexorable nécessité; aujourd’hui, ceux, qui n’a- 
vancent pas reculent. En toute industrie, cl l’agricullure n’csl qu’une 
industrie, il faut savoir, vouloir et pouvoir se transformer â temps, si 
l’on ne veut succomber dans la lutte. Or, telle est la vraie situation 
poilr nous, en présence des progrès qui partout s’accomplissent. 

15 septembre 1881. 


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— 184 — 


REVUE DES JOURNAUX SCIENTIFIQUES ET AGRICOLES 


Les Sociétés protectrices des animaux 
et les progrès de l'agriculture. 

Ou nous reproche à nous, proteclionisles, de nous occuper trop ex- 
clusivement des animaux, quand tant d’êtres humains subissent des 
souffrances inutiles qui pourraient être évitées. 

,Nous pouvons répondre que nos efforts se rapportent aux hommes 
comme aux animaux; qu’en cherchant à améliorer la position des êtres 
inférieurs, nous contribuons à rendre nos semblables meilleurs et à 
diminuer les peines que trop souvent nous nous imposons sans motifs 
sérieux. 

Tel est, en effet, notre but, mais nous pouvons faire mieux; nous 
# devons nous occuper directement du bien-être des hommes et nous 
arriverons par ce moyen à établir sur les bases les plus solides, sur 
‘ridre* intérêt, la protection des êtres qui font l’objet trop exclusif de 
flbtrc sollicitude. 

Eloigner autant que possible des animaux les causes de souffrance, 
les douleurs, les privations, etc., c’cst diminuer leurs déperditions et 
contribuer à leur amélioration. Celte thèse que j’ai plusieurs fois traitée 
dans nicè ouvrages est mon meilleur titre à la flatteuse récompense 
que vous rb’avez décernée h votre dernière séance solennelle, per- 
mettez-moi de la développer encore. 

Le bien-être est le plus puissant soutien de notre santé, de nos 
forées; c’cst ce qui contribue le plus à nous faire vivre longtemps. Le 
désir que nous avons de nous le procurer est le plus légitime, le plus 
digne, le plus honorable mobile de notre activité. 

Celte heureuse influence est trop méconnue. Cherchons, nous, pro- 
tecteurs, à la faire reconnaître, afin de faire comprendre tout l’intérêt 
que nous avons à protéger les animaux. 

Ce résultat, nous pouvons l’obtenir en étendant le champ de no$ tra- 
vaux, en étendant notre sollicitude sur les branches les plus négligées 
des occupations rurales. 


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-185 - 


J'ai beaucoup voyagé en France pour étudier l'agriculture, la pro- 
duction, l'élevage des animaux. J'ai partout remarqué que l'aisance, la 
richesse générale, sont en rapport avec la somme de bien-être dont 
jouissent les habitants et avec le désir qu'ils ont de l’accroitre. 

Pendant cet été, j'ai fait on voyage assez long dans quelques dépar- 
tements. Mes observations ont confirmé celles que j’avais faites il y a 
cinquante ans. J'ai toujours remarqué que la richesse du pays a pour 
mesure le désir du bien-être et les moyens de sc le procurer dont dis- 
pose le cultivateur. L'homme cherche à faire tourner les ressources à 
produire ce qui lui est nécessaire , même le superflu , non-seulement 
en denrées communes qui forment la base de notre subsistance, mais 
aussi en produits délicats qu’on n'est habitué à voir que sur les tables 
somptueusement garnies. Ces produits concourent encore à accroître 
sa fortune : le cultivateur, quand il en a en abondance, en vend sans 
s'imposer des privations pénibles ; les privations volontaires qu'il s'im- 
pose font encore sa joie. Elles augmentent les recettes de son exploi- 
tation. 

De très grandes améliorations dans la culture ont été réalisées. De- 
puis un demi-siècle, les plus importants progrès ont été effectués. Je 
l'ai constaté dans des campagnes très peu favorisées par la nature, sur 
des sols naturellement inféconds et sous des climats rudes; par des 
drainages, par des défonccments plus ou moins bien faits, par l'emploi 
de la chaux, des terres d’une ingratitude sans pareille sont devenues 
des terres passables et quelques-unes de bonnes terres. 

L'araire antique, qui pendant tant de siècles a été l'unique instru- 
ment employé pour les labours, est partout remplacé par des araires 
modernes dont l'araire Dombarle forme le type. La batteuse se trouve 
partout, et dans beaucoup d'exploitations on emploie les moisson- 
neuses, les faucheuses, etc. 

Le blé, le méteil, ont remplacé le seigle; les meilleures plantes four- 
ragères sont connues partout et sont cultivées dans la plupart des 
communes. 

Mais les opérations secondaires des fermes, ce que j'appellerai les 
travaux intérieurs, en sont encore au point où je les voyais dans ma 
jeunesse. 

Aucun progrès n'a été réalisé dans la production des veaux. Comme 


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je lo voyais faire, il y a soixante ans, on les engraisse en les laissant 
téter deux, trois, quatre vaches; on produit ainsi de la viande excel- 
lente, mais qui paie excessivement mal Le lait consommé. 

Et il serait si facile de faire mieux, de réaliser de plus grands béné- 
fices, tout en réservant pour la consommation des ouvriers très mal 
nourris, et même pour porter nu marché le produit en beurre et en 
fromage qu’on pourrait retirer du lait. 11 n’y aurait qu’à imiter ce qui 
se fait dans les contrées où on sait mieux apprécier les bienfaits de 
l’aisance, des bons soins, du bicn-ctro, eu un dot. 

La culture des arbres fruitiers est complètement négligée. A quoi 
servent les fruits, me disait-on? On les consomme à la maison et ils ne 
rapportent rien; on ne mange pas une livre de pain de moins. 11 n’est 
tenu aucun compte de la satisfaction qu’on éprouverait en les consom- 
mant. 

Les pommiers, les poiriers, considérés au point de vue de la produc- 
tion du cidre et du poiré, qui pourraient être cultivés dans un si grand 
nombre de departements, restent encore l’apanage des contrées où on 
les cultive depuis un temps immémorial. 

La cherté du vin, l’exigence des ouvriers qui ne sc contentent plus 
d’avoir de l’eau pour boisson, devraient engager les cultivateurs à 
multiplier ces arbres ; ils n’y songent pas. 

Si on leur demande, pourquoi ne plantez-vous pas des pommiers, 
des poiriers, dans vos clôtures, dans vos vergers cl dans tant de ter- 
rasses où ils ne porteraient aucun préjudice sensible aux autres cul- 
tures, on vous répond : ces arbres ne produisent pas tous les ans; ou 
bien encore on vous dit : ils ne rapportent aucun revenu. Ôn ne tient 
aucun compté du bicn-clrc que l’usage du cidre répandrait dans les 
ménages, de l’efTct nutritif et fortifiant que produit celte boisson. 

Le jardinage, qui pourrait fournir de si précieux moyens d’améliorer 
la nourriture dans les campagnes, est complètement négligé. A l’excep- 
tion des plantes fourragères qui étaient connues du temps d’Olivier 
de Serres, on n’a aucun légume dans beaucoup de fermes. Il a fallu la 
prodigieuse fécondité, les incroyables avantages de la pomme de terre, 
pour en foire entrer la culture chez tous les cultivateurs. 

Les meilleures variétés du chou, du navet, de la laitue, de la ro- 
maine, de l’endive, de l’csctfrolc, de la carotte, du haricot, du pois, etc. 


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restent inconnues. Je ner parle pas du melon. Oserait-on demander la 
culture de ce fruit si estimé sur la table du riche dans toutes les fermes 
où il prospérerait. 

Je n’ai pas besoin $c faire remarquer que ccs améliorations ren- 
draient service aux citadins, tout en augmentant les recettes des fermes, 
par l’exploitation des produits dans les villes. 

Les moyens de communication sont cependant aujourd’hui si faciles! 
On ne songe pas à en profiter. 

Je ne saurais compléter l’indication que l’amour du bien-être ferait 
réaliser. Je dois cependant signaler encore, parce qu’elle se rapporte 
directement à l’objet de nos préoccupations, la tenue des fermes, la 
malpropreté des étables. Les vacheries, les cours même, dans bien des, 
fermes, sont de véritables cloaques; on ne peut y marcher qu’avec des 
sabots, et encore ! 

Le cultivateur néglige le couchage de scs animaux, comme il néglige 
le sien propre. Il lui serait cependant si facile de se donner des lits 
propres où il pourrait se bien reposer et réparer ses forces. Mais il ne 
songe pas plus à ses propres habitations qu’à celles de ses bestiaux. 

Des perfectionnements sont encore à réaliser dans quelques détails 
des grands travaux de fermes, mais le principal est fait, tandis qu’op 
ne tente rien pour les diverses opérations de fermes qui auraient le 
plus d’influence sur le bien-être des ouvriers ruraux. 

Les sociétés d'agriculture, les comices agricoles s’attachent aux 
grands travaux qui forment la base des exploitations rurales, lorsqu’ils 
négligent les opérations secondaires sur lesquelles je voudrais appeler 
l’attention de mes collègues des sociétés protectrices^ 

C’est à ces sociétés à s’en occuper. Il leur appartient de démontrer 
les avanlages du bien-être au point de vue de la santé, de l’hygiène 
et même du revenu des fermes. 

Ces améliorations que je voudrais voir réaliser ne sont pas tentées, 
parce que l’avantage pécuniaire qu’elles produisaient n’est pas assez 
apparent. Il deviendrait cependant considérable, cela est démontré 
dans beaucoup de localités. Mais le cultivateur ne l’entrevoit pas; il ne 
voit pas la facilité. de vendre les produits nouveaux qu’il obtiendrait. 

Le stimulant doit donc être le désir de bien-être ; Ve désir de con- 
sommer des fruits, des légumes, des fromages, du beurre, dont le 


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cultivateur* est privé; d'avoir & sa disposition des boissons plus agréa- 
bles, plus salubres que l’eau, si mauvaise en été dans un grand nom- 
bre de villages. 

Aux sociétés protectrices a démontrer que dans ccs questions il ne 
s’agit pas seulement de satisfaction morale, de plaisir physique, mais 
de questions qui se rapportent n des avantages matériels, qu’il s’agit de 
moyens propres à combattre le manque de numéraire qui fait la déso- 
lation de tant de cultivateurs. 

Notons que sur tous les sujets que j’énumère l’amelioration serait 
facile. 11 ne s’agit pas d’innovations n réaliser. Il n’y a qu’à imiter ce 
qui, heureusement se fait dans un grand nombre de départements, ce 
qui se fait même dans quelques régions entières. 

Il y a beaucoup de personnes qui recommandent les privations, 
l’austérité comme des choses méritoires, qui blâment la recherche des 
choses pouvant procurer l’aisance, le bien-être. Nous ne saurions 
mettre en doute la douceur de caractère, les intentions humanitaires 
de ccs personnes, mais nous devons les considérer comme recomman- 
dant des pratiques, des habitudes contraires à la protection. 

L’homme ne saurait être doux pour les animaux s’il est dur pour 
lui-même. Celui qui considère comme étant naturel de s’imposer des 
privations, de sc priver de douceur qu’on pourrait se donner, ne sera 
pas compatissant pour les animaux. 11 ne songera pas à leur faire 
épargner des peines, des fatigues, dont les conséquences fâcheuses lui 
échappent; il ne tiendra pas à vies satisfactions qui, à ses yeux, n’ont 
d’autre effet que de procurer un bien-être passager, qui n’est lui-même 
qu’un luxe superflu. 

Les actes de brutalité que nous combattons avec tant de persévé- 
rance, contre lesquelles les sociétés protectrices dirigent tous leurs tra- 
vaux, ne disparaîtront que lorsque le principe de la protection aura été 
admis dans les familles comme un des moyens d’accroître la richesse 
par ce bien-être des hommes et des animaux. 

A quoi aboutissons-nous par nos efforts incessants ? à faire punir 
quelques actes isolés, mais ces actes que sont- ils en comparaison de 
ceux qui restent ignorés ! ^ 

C’est en voyant ce que sont les pères et les mères que les enfants se 
forment l’esprit. Ils contractent des habitudes d’indifférence qui ne sont 


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— 189 — 


pas éloignées de la dureté de caractère, quand ils voient que leurs 
parents n’ajoutent pas d’importance aux souffrances. 

Mais loin de contracter ces habitudes d’indifférence envers de pauvres 
animaux en détresse, ils deviendraient sensibles, compatissants s'ils 
avaient appris que les souffrances sont non-seulement une source de 
peines morales, mais aussi une cause d’amaigrissement, de faiblesse et 
de perte pour les propriétaires ! 

(Bulletin de la Société protectrice des animaux ). 


De l’Économie mal entendue. 

Je me souviens qu’un jour un de mes voisins, le père Charles, avait 
cru sans s’en être aperçu pourtant, s'étre foulé le poignet. Or, au lieu 
de recourir, comme on doit le faire en pareils eas, h l’homme qui par 
sa science est seul apte à guérir fractures ou foulures, c’cst-à-dire au 
médecin, vite on alla quérir le rcboutcur. 

Le poignet malade fut tâté, retâté, ployé d’arrière en avant et d’a- 
vant en arrière, et enfin entouré de ligatures ; lè tout, comme bien vous 
pensez, accompagné de souffrances atroces de la part de mon malheu- 
reux voisin. 

Mais quel ne fut pas son étonnement le lendemain à ce pauvre père 
Charles, en voyant son mal changé de bras ! il reconnut alors que sa 
forçure était un rhumatisme et qu’il avait été la dupe d’un charlatan. 

Eh bien ! pourriez-vous croire, après une pareille leçon, que plus 
tard, la même personne ayant dans son écurie une vache malade, pût 
encore préférer les consultations du maréchal à celles du vétérinaire? 

C'est fort, hein! Qu’en dites-vous? c’est tout ce que voudrez, mais 
enfin c’est comme ça. 

La vache était atteinte de ce qu’on appelle vulgairement la picote; 
elle avait la peau couverte de petites pustules rougeâtre que des soins 
vigilants et de la propreté eussent parfaitement suffi et en peu de temps 
à faire disparaître. 

Mais le maréchal fut appelé. 


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— 190 — 


Comme il ignorait absolument la nature de 1a maladie et que cepen- 
dant il ne voulait point rester à court, il ordonna alors L’emploi de 
certaine drogue qu’il ne connaissait que de nom et dont les effets lui 
étaient inconnus. La vache en «fut frottée, les boulons disparurent 
mais pour sc mêler au sang et le vicier, et trois jours après la pauvre 
bête était morte. 

Et dire que de parcHs tours sc renouvellent à chaque instant dans 
nos campagnes! dire qu’un homme, dont l’occupation de toute la vie 
a etc de forger le fer sur une enclume, inspire plus de conhance lors- 
qu’il s’agit de soigner un animal malade qu’un autre qui sur l’art vété- 
rinaire a fait de longues et sérieuses études. 

C’est l’histoire renouvelléc, mais encore plus drôle, de cet individu 
qui, ayant besoio de chaussures, alla trouver son charpentier. 

Franchement, tout de même, c’est à désespérer de la partie. 

Question d’ignorance, dira-t-on peut-être ; mais question d’éco- 
nomie surtout. 

Le lendemain, en effet, j’allai trouver le père et lui demandai la raison 
de cette préférence pour le maréchal. 

« Mais, sais-tu, me dit-il, que si X.... avait pu guérir ma vache, 
c’était une pièce de 5 fr. d’épargnée, et 5 fr. chez nous, c’est tout une 
somme; puis le vétérinaire lui-meme ne réussit pas toujours? 

» Parfaitement, père Charles, lui répondis-je, mais lui au moins sait 
ce qu’il y a à faire; et grâce aux études spéciales qu’il à faites sur ce 
point et à l’expérience qu’il acquiert chaque jour, il connaît lui la na- 
ture de la maladie et les soins qu’elle réclame. 

» Et tenez, père Charles, croyez moi : quand vous aurez besoin 
d’une pelle ou d’une pioche allez trouver le maréchal, mais si malheu- 
reusement il y avait chez vous un animal malade, n’assayez pas à faire 
d’économie, car vous ne vous en êtes que trop aperçu déjà, ec serait 
de l’économie mal entendue, et ne craignez pas de dépenser 5 fr. en 
allant chercher le vétérinaire, lui seul est apte, par ces connaisances, 
à guérir vos animaux: » 

Maître Jacques . 


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Extrait du rapport de M. J.-B. Dumas 
sur le sucrage des vins (1). 

Comparaison du sucrage et du vinage. — Lorsqu’on admettait 
que la fermentation du sucre avait pour résultat de le convertir en 
alcool et en acide carbonique seulement, le vinage pouvait paraître 
l’opération la plus appropriée à l’amélioration du titre des vins, 
d’autant plus qu’en augmentant leur richesse en alcool on dimi- 
nuait leur acidité par la précipitation de la crème de tartre 6n ex- 
cès. Depuis que les recherches d’un grand nombre de chimistes, 
et spécialement celles de M. Isidore Pierre, ont fait connaître les 
composés éthérés toxiques, variables avec les circonstances : al- 
cool amylique, éther acétique, adéhyde, qui se manifestent au cours 
des fermentations alcooliques; depuis que M. Pasteur a reconnu, 
parmi les produits de la fermentation du sucre, la présence de deux 
substances exerçant une action très appréciable sur la saveur du 
vin, l’acide succinique et la glycérine, on n’est plus autorisé à en- 
visager V addition de ï alcool pur au vin comme ayant les mêmes 
effets qu'une production d'alcool correspondante , obtenue par la 
fermentation du moût. Le vinage peut être bien considéré comme 
une pratique devenue nécessaire; mais le sucrage mérite, dans les 
limites où il serait sage de le maintenir, le titre de pratique bien- 
faisante. 

En effet, qu’une année froide ait laissé la vendange pauvre en 
matière sucrée, tout en lui fournissant les autres matériaux servant 
de base à la composition du vin , qui ne comprend l’utilité de l’in- 
tervention du sucre pour rétablir la composition normale d’un moût 
de qualité moyenne? De même, n’est-il pas évident que, par une 
addition d’eau sucrée sur les marcs,, on peut déterminer une nou- 
velle fermentation, capable de mettre à profit des sels, des ma- 
tières tannantes,* extractives ou colorantes, que ceux-ci contiennent 
encore, et qui fourniront, à l’aide des produits de la fermentation 
du sucre, un vin acceptable dans la consommation courante ? 

0) Ce rapport a été présenté à la Société nationale d'agriculture dans sa 
séance du 17 mai 1682. 


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A côté de l’usage légitime, sans doute il y a l’abus. Séduit par 
la présence d’une quantité de matière colorante capable de donner 
à une troisième cuvée les apparences du vin, on a conseillé d’y 
avoir recours, et quelques vignerons semblent avoir mis cet avis 
en pratique. Mais il sera toujours facile de prévenir l’abus du pro- 
cédé et de soumettre le commerce des vins à une surveillance ca- 
pable de préserver le consommateur de l’intervention de ces pi- 
quettes n’ayant plus du vin que l’alcool et la couleur. 

Le sucrage légitime, tel que nous l’avons défini, constitue une 
opération honnête, avouable et praticable au grand jour; le sucrage 
exagéré ne serait plus qu’une fraude tombant sous le coup de l’ar- 
ticle 423 du Gode pénal , relatif a la tromperie sur la nature de la 
marchandise vendue. 

Sans doute, il existe entre les vins naturels de crus différents 
d’années diverses et de cépages variés des modifications larges de 
composition, et l’analyse chimique pourrait laisser parfois les ex- 
perts et les tribunaux incertains; mais il arriverait souvent aussi 
que les excès du sucrage ou ceux du vinage, car les mêmes abus 
peuvent s’y produire, motiveraient des condamnations et la des- 
truction des liquides suspectés. Quelques exemples suffiraient 
pour rendre des fraudeurs moins hardis et pour éclairer les pro- 
priétaires de bonne foi. 

(A suivre). 


JULBS GIN DE!, IMPRIMEUR A POLI ONT. 


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— 193 — 


PROGRAMME 

DU 

Concours agricole de 1882 


Ce Concours aura lieu le mardi 26 septembre 1882, à 
9 heures 1/2 du matin, àu Champ de foire de Poligny. 

Seront distribuées les primes et les médailles ci-après : 

I. BÉTAIL 

TAUREAUX 

1® Taureaux de 6 mois à 2 ans 

1 er prix, médaille et 30 francs. 

2 e id. id. 20 

2° Taureaux au-dessus de 2 ans 

1 er prix, médaille et 60 francs. 

2* id, id. 40 

3« id. id. 10 

0 

GÉNISSES ET VACHES 

1° Génisses de 1 à 2 ans 

i er prix, médaille et 30 francs, 

2 e id. id. 20 
3® id. id. 10 

13 


i 


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— 194 — 


2° Vaches de 2 ans et au-dessus 
3MMA : -00mS 
1 er prix, médaille et 60 francs. 

2° id. id. 50 
3« id. id. 35 



2. ENSEIGNEMENT AGRICOLE 

Ce, deuxième Concours, se fera, le même jpursi à rfjôfel- 
de-Ville de Poligny, de 9 heures à 10 heures 1/^du ma- 
tin, ëntre lés élèves des différences écoles. 

,11 consistera dans, un# composition écrite dont le sujet 
sera choisi par le jriry d’exafneh. * 

Les récompenses seront, par ordre de mérite, des li- 
vrets de 20, 15, 10 et 5 fr. accordés aux élèves qui au- 
ront le mieux traité lés questions proposées, et des mé- 
dailles décernées aux. instituteurs des, laipréats.. 

3. CHARRUES VIGNERONNES 

, . . * * . ' ,, ■ • . 

Un Concours de charrues vigneronnes aura aussi lieu 
à 11 heures, même 1 •daté', dans’ lin' champ Ü’éJtpérience 
préparé par les soins de'M. le Maire et dè ; la Municipa- 
lité de Poligny. ‘ 1 1 ; ' ; 

» 

Une prime de 50 francs sera décernée par la ville au 
possesseur de l'instrument lé plus pratique. Des mé- 
dailles pourront aussi, s’il y a lieu, êti^e accordées par 
la Société. 

La Société décernera* en outre, des récompenses : 

1° Pour travaux de défrrfchements, de drainages et d’ir- 
rigations d’une certaine étendue; 

i 


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2° Aux fromagers qui établiront que, depuis six ans 
ktf hidibs 1 ,’ dâWè" l'a même’eoWtWurie ôii dânSdéùxéom- 
mütiëé ' dlfl&reYitês Sëafëment, ils dht fabriqué' tieè pfo- 
dtiits îi'répi’èkÀi'àblëb àpprëfclés des ùiàrchàhds eti gfbs. : 

‘ ûorqme les années precedentes, et pour, le, Concours 
dé feetaiL seulement, la totalité de la prime ne s'èra d,éii- 
vrpe qu’aux membres de la Société de Poligny, ou à ceux 
qui se seront fait inscrire au moins huit jours avant le 
Concours. Les concurrents étrangers à la Société ne 
recevront qu'e! la moitié de la prime qui" leur Sera attri-, 
Méë: ' ■; 

Aucune récompense fté sera accordée pour tih animal 
primé dans d’autres Concours. : i 1 

Seront sèüls admis à concourir, les propriétaires, fer- 
miers, cultivateurs, etc., du canton de Poligny et des 


cantons circonyqis^ M i( 

Les demandes renfermeront les nom, prénoms et do- 
micile des concurrents; elles devront parvenir franco à 


M. Sauri 
le 16 sept! 


avant 
les dé- 


frichements, l’enseignement agricole et les fromagers. 
Les exposants d’animâux sont dispérisê^ de fournir 


leur |déclaratiop $ l’avance. Ils, devront la présenter, à 
à ï^p’^e. du Concours,, et elle devra, çoqtenir les indien? 
tipps.isqivAUte?,: l’origine, la race, l’âge, le signalement 
et la durée de possession., , • .... , ,[ 


•a Tous- les animaux présentés devront être dans unéttet 
parfait de propreté, sous peine d’exclusion. 

’ Les taureaux devront être pourvus de mouchettes. 

La. distribution^ des récompenses aura lieu le même 
jour, à 3 heures 1/2. 

Le, Président, Ch. SAURIA. 



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Nous croyons être agréable à nos lecteurs en Insérant 
dans le Bulletin le discours prononcé par M. Gascon à 
la distribution des prix du collège ç).Çi,PaUgny. Ce dis- 
côurs est, en effet, tout d’actualité, dans un moment où, 
à l'exemple des Grecs, nos dignes précurseurs, la France 
a enfin compris que les exercices corporels doivent né- 
cessairement faire partie d’un système complet d’édu- 
catibn. 

On nous saura également gré, nous l’espérons, de 
donner, à la suite, l’allocution éminemment patriotique 
et littéraire adressée aux élèves par M. le Sous-Préfet 
Chenot qui présidait la solennité. 

La Rédaction. 


Discours de M. Gascon 


; DES JEUX PENDANT LES RÉCRÉATIONS . 

Messieurs et chers élèves, 

Je lis sur tous vos visages le désir ardent et bien naturel de re- 
cueillir promptement vos lauriers, et de quitter la maison du tra- 
vail pour vous élancer dans la voie des vacances, et jouir des heure? 

de loisir que vous avez si légitimement gagnées. 

/ 

! Permettez, cependant, que je vous retienne quelques instants en- 
core sur le seuil de notre Collège, non plus pour prolonger le cours 
de vos labeurs, non plus même pour vous donner des conseils con- 
cernant vos études, mais pour m’entretenir avec vous des moments 
pendant lesquels votre métier d’élèves consiste à vous amuser, de 
vos récréations au collège, et des jeux auxquels vous les con- 
sacrez. Né craignez pas que je veuille imposer des règles étroites 
à vos distractions, calmer yotjrearçtaur, mesurer vos pas, compter 


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vos mouvemênts. Je veux, au contraire, vous conseiller d'apporter 
le plus d’animation possible dans vos jeux, et de fuir l’indolence 
et la paresse aussi bien dans la cour que dans la salle de classe. 

Comme la nourriture, comme l’étude, cette nourriture de l’intel- 
ligence, le jeu est nécessaire à l’homme. Une tension trop grande 
et trop prolongée engourdirait l’esprit, l’atrophierait et le rendrait 
enfin incapable de tout travail. Il faut donc du repos à l’esprit ; et t 
comme les deux parties qui constituent la grande unité de l’être 
humain, si je puis m’exprimer ainsi, sont liées de telle sorte que 
le repos de l’une appelle naturellement le travail de l’autre, la 
meilleure manière de reposer l’esprit , c’est de faire travailler le 
corps. 

Celui-ci, d’ailleurs, a besoin d’exercice. Personne ne conteste 
que le mouvement active le jeu de nos organes, que les exercices 
physiques renforcent le tempérament et la santé, et que les hommes 
que l’on cite comme ayant vécu le plus longtemps sont ceux qui se 
sont donnés le plus de mouvement. De même que les intelligences 
les plus vives et les mieux douées perdent peu à peu dans l’inac- 
tion toutes leurs qualités naturelles , de même , les corps les plus 
robustes, les mieux charpentés qui sont privés d’exercice* perdent 
toute leur vigueur native. Et un corps débile affaiblit l’âme ; un 
corps vigoureux la fortifie. Ce sont là des vérités incontestables, 
reconnues par les moralistes et les philosophes de toutes les épo- 
ques, et mises en pratique dès la plus haute antiquité. Vous savez 
tous, par les livres que vous avez lus ou étudiés au collège, quelle 
place tenaient dans l’éducation du jeune Grec, et du Romain de la 
République, les jeux et les exercices physiques. Tous, vous avez 
entendu citer cet adage antique si connu et si vrai : Mens sana in 
cor pore sano. 

Le divin Platon, dans sa* République, s’occupe des jeux des en- 
fants : il traite longuement pt sérieusement de leurs courses, de 
leurs luttes, de leurs délassements. Sénèque laisse entendre que 
plus les enfants jouent, mieux ils étudient. Rabelais, Montaigne et 
J. -J. Rousseau partagent cette opinion. 

Jouez donc, jeunes amis, soyez vifs et ardents dans vos amuse- 
ments. Les jeux les plus efficaces, ceux qui donneront le plus de 


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vigueur à vos corps, ceux qui seront le plus utiles à vos esprits, 
sont les plus actifs, les plus hardi^ même. Aussi, — et de cela je de- 
mande bien pardon à vos tendras rpères pour qui la moindre égra- 
tignure, la plus petite blessure est un sujet d’alarmes et de vives 
inquiétudes, — ne redoutez pas trop les accidents, ne soyez pas trop 
attentifs à éviter tout jeu où il y a quelque petit risque à courir. 
Rien ne dégourdit, n’assouplit les bras comme d’avoir a protéger 
la tête ; rien né rend le coup-d’œil juste et prompt, comme de ga- 
rantir les yeux; rien ne donne de l’élasticité aux jambes comme 
l’obligation de courir très vite afin d’éviter une balle, ou de sauter 
haut et loin pour franchir un obstacle imprévu; rien énfin ne déve- 
loppe la poitrine comme de se lever, de se baisser, d’incliner a 
gauche où à droite pour ne pas être atteint par un projectile. Les 
jeux par trop inoffensifs sont toujours joués mollement et, par con- 
séquent, seront moins que ceux dont je parle profitables a vos corps 
et à vos esprits. Nos corps et nos âmes sont si étroitement unis 
que toute qualité de i’un implique presque toujotrrs une qualité de 
l’autre, du moins quand aucune influence étrangère ou pernicieuse 
ne vient déranger l’ordre de la nature. A cette justesse duxxnip- 
d’œfl acquise dans vos jeux, qui vous fera voir et apprécie* nette- 
ment, clairement tous les caractères des objets matériels et les 
phénomènes qui les affectent, correspondra 'la rectitude ’ du juge- 
ment. Quand vous serez devenus habiles à éviter les petits dan- 
gers courus dans vos jeux, vous saurez mieux vous garer des dan- 
gers morarix et repousser lés mauvaises inspirations. Enfin, après 
la récréation, quand, le cerveau reposé, vous rentrerez en élasse 
ou en étude, vous n’éprouverez pas de ces malaises qui épaissis- 
sent l’intelligence et la rendent incapable d 'attention; voua ne sen- 
tirez pas de ces vapeurs lourdes et somnifères qui engendrent & 
paresse. 

Mais, me direz-vous peut-être, la gymnastique que l’6n enseigne 
au collège ne produit-elle pas les mêmes résultats ? Oui , dans une 
certaine mesure ; mais élle né peut remplacer les jeux qui ont une 
allure franche et libre, un caractère d’imprévu et d'originalité 
qu’elle ne comporte pas. 

Considérez donc les jeux comme le complément de la gymnas- 
tique. Celle-ci d’ailleurs est insuffisante à un autre point de vue : 


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une ou deux heures à peine lui sont consacrées dans nos établisse- 
ments universitaires. Ce temps peut être difficilement dépassé , vu 
Timportanoe do vos études et le nombre toujours croissant, grâce 
aux progrès de l’intelligence humaine, de* connaissances que l’on 
est obligé* par la force même des choses, d’exiger de vpus. Néan- 
moins, M. Ferrv, notre éminent ministre* comprenant l’utilité de 
l'enseignement physique et participant à ce grand moqvemeptî paT. 
triotique, qui porte la France entière vers l’instruction civique et 
militaire, et qui multiplie sur notre territoire les sociétés, du gym- 
nastique et de tir, a rendu obligatoire la gymnastique dans toutes 
losj écoles, ot chaque apnée consacre d’importantes sommes pour 
Fâchât d’appareils. .. , , 

Répondez donc à la sollicitude de MJ 'le Ministre err vous adon- 
nant avec ardeur à l’étude de la gymnastique. Vous répondrez 
aussi à ses intentions, j’en suis persuadé, en n’abandonnant pas 
vos jeux. Ne restez pas plus oisifs en récréation qu’en étude, Je 
né sais sfr je me trompe ; maië il më semble que généralement il y a 
une tfetidaneé parmi les élèves, : — je ne ptlrle pas des plus petits; — 
à pàaser leurs récréations dans l’inaction. Cette inaction est rare- 
ment absolue, 1 il est vrai; mais on ne joue pas et on remplace les 
jeux ppr ikes occupations peu mouvementées* peu actives. On se 
prqmèfiG lentement de long en large* en causant comme de graves 
philosophes péripatétieiens; on se livre à des plaisanteries d’un 
goùtplue ou moins douteux ; ou bien encore, à la manière des laz- 
zqroni de Naples, on se chaulle mollement aux rayons du soleil 
printanier ;* en été , on* recherche l’ombre. Une récréation passée 
ainsi , avouez-le ,' ne peut délasser que très imparfaitement votre 
cerveau fatigué, et est incapable de rendre. à votre esprit la sou- 
pteB6e> l’élasticité dont vous aurez besoin pour votre travail de toutr 
à-l’heure. Faire la conversation n’est certes pas une mauvaise 
chose, Je la considérerais même comme un excellent exercice qui 
ne pourrait qu’être profitable à votre intelligeèce y et vous habituer 
à vous Servir habilement de votre langue, si elle n’avait lieu qu’in- 
cideûnnent, si surtçut elle roulait sur des sujets bien choisis : mais 
trop Souvent ces sujets sont ou frivoles ou trop ambitieux, étran- 
gers à vos connaissances, à vos études, et dépassent lasphèrë 
dans laquelle vous agissez, dans laquelle vous vivez. Par cela 


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même que voue êtes jeunes, et par conséquent curieux et géné- 
reux, vous embrassez toutes les idées qui vous paraissent nobles 
et grandes, vous vous laissez séduire par tout w qui répond à vos 
aspirations, et; comme l’expérience vous manque, vous raisonnez, 
vous tranchez les questions sans les éléments nécessaires ; par 
suite, vous vous méprenez, vous vous faites des idées fausses, des 
illusions qui plus tard seront cruellement déçues ; vous rem- 
plissez enfin votre esprit de préoccupations qui ne peuvent que 
nuire à vos études. Croyez-moi, chers élèves, vous avez le temps 
d’être graves. Vous aurez malheureusement votre part des pas- 
sions, des souffrances et des misères humaines, c Le monde que 

< vous devez traverser, » a dit Rollin, le père, le soutien et l’ami 
de la jeunesse, < est une mer dangereuse semée partout d’écueils, 
partout battue des flots et 1 de la tempête. » Profitez donc du calme 
dont, vous jouissez dans ce port tranquille et sûr qui s’appelle le 
collège y hâtez-vous de faire provision de tout ce qui peut vous 
préserver des dangers de la traversée. Le jeu est un de ces 
moyens; il est l’image de* la vie; et c’est par le jeu qu’il faut que 
l’enfance s’essaye à la vie. Soyez donc enfants pour le moment : 
c’est le meilleur moyen d’être des hommes plus tard. 

Livrez-vous donc bonnement, sans arrière-pensée, aux plamirs 
de votre âge. C’est la loi de nature, et, avouez-le, elle n’est pas 
difficile à suivre. < Nature a maternellement observé cela » a dit 
notre charmant philosophe Montaigne, « que les actions qu’elle 
« nous a enjoinctes pour nostre besoing fussent aussi volup- 

< tueuses, et nous y convie non-seulement par la raison, mais 

< aussi par l’appétit. » Cet appétit de mouvement, d’exeroices, de 
jeux, que vous sentez, satisfaites-le donc. Vous vous rendrez heu- 
reux, et en même temps vous ferez plaisir à ceux à qui est con- 
fiée votre éducation. En effet quelle joie, quelle satisfaction intime 
n’éprouveraient pas vos maitres à voir une cour où l’on s’adonnât 
aux différents jeux. Ici s’engage une partie de barres, noble àmu- 
sement qui est l’image de la guerre. Plus loin, la balle ou la paume 
trace dans l’air de magnifiques paraboles. Ce jeu, connu dès la 
plus haute antiquité, était très pratiqué par les écoliers de Rome. 

11 jouissait en France d’une grande faveur chez les plus grands 
seigneurs qui lui consacraient des salles spéciales dans leurs chi- 


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teaux : telle la salie où eut liéu, le 20 juin 1780, le fameux serment 
du Tiers-Etat. Là, tes boules lancées par un bras vigoureux, cou- 
rent sur le sable. Puis viennent la eourse, la lutte, le cricket pour 
lequel nos voisins d’Outre-Manefae ont une véritable passion , et 
tant d’autres jeux propres à exercer la force et l’adresse^ et que je 
n’ai pas la prétention de vous faire connaître. Bref, l’aspect d’une 
cour de récréation où Tou jouerait ainsi, serait aussi bien fait pour 
réjouir la vue de vos maîtres que la vue (Tune étude où règne 'la 
plus grande application. Une telle cour présente l'image delà vie 
active et heureuse. Et le spectateur philosophe se fer a la meilleure 
idée des élèves et de leur éducation. • 

En effet, s’il est vrai que l’homme sage est l’homme complet et 
à l’élat normal, s’il est vrai que le but de la société est d’arriver à 
n’en avoir que de tels, s’il est vrai, par conséquent, que le devoir 
des éducateurs est de mettre ceux dont ils ont charge dans les con- 
ditions les plus favorables à l’hygiène du corps et de l’esprit , les 
jeux sont le complément nécessaire de l*édùcati'tAi dü jeune homme 
au collège. Tous les grands écrivains qui ont traité de l’éducation, 
Rabelais, Montaigne, Locke, Fleury, Rollin, différents sur tout le 
reste, sont d’accord sur ce point. « Il faut que le corps ait de la 
« vigueur pour obéir à l’ame, » dit Rousseau* Puis il ajoute que 
méchanceté vient de faiblesse. La vérité de cette dernière asser- 
tion n’est peut-être pas absolue ; mais si nous laissons de côté ce 
qu’elle peut avoir d’exagéré, nous devons du moins reconnaître 
que souvent l’homme n’est méchant que parce qu’il e$t faible. Les 
hommes forts sont généralement bons. La bonté est la source de 
toutes les qualités de l’âme : c’est elle qui charme le commerce de 
la vie. fit voyez les conséquences ; Etant bons vous serez toujours 
et partout ce que vous devez être : car les bonnes intentions du 
eœur produisent les bonnes inspirations de Teepriti 

Apportez donc, 'chers élèves, là plus gràndè ardeur dàns vos 
jeux comme dans vos travaux. Ce conseil m’est dièté par l’intérêt 
le plus vif, et par le désir que nous avons de vous voir réussir 
dans vos études d’abord, et de vous lancer sur la scène du monde 
munis de toutes les quahtés physiques, intellectuelles et 'morales 
qui constituent le bon citoyen. Croyez-le bien, une éducation 
sage et bien entendue n’assure pas la félicité particulière des uns 


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sans t contribuer au bonheur deioUs.Si vous Pavez reçue cette édu- 
Gatioo r vous ferez desioiteyens pleins de force et de vie; Vous 
mettrez toutes vos qualités au service de la France votre patrie, de 
la France qui a un long passé, maàsf qui m’est pas vieille, comme 
quelques personnages morosés l’assurent; et copune le prétendant 
les ennemis^ qui, récemment, l’ont meurtrie, * foulée aux pieds, 
écrasée; mais n'ont pas réussi à la tuer.j Après une enfance pénible 
qUi s’est développée a travers les luttes sanglantes et les ténèbres 
épaisse* tlu moyen^age; après uné adolescence rude niais féconde, 
elle Voit eiifin; depuis la grande Révolution, S’ouvrir devant elle 
un immense avenir, vers lequel ka guident la liberté et toutes les 
idées nobles, généreuses et sublime^ qui se .résument dans, ce mot : 
Rqpqblique, 


, Discpurs dp M. Clxenot 

bhers élèves, * } 

Dans qtidlques* instants, nous allons Vous donner les récom* 
pénsea qhëVous ônt méritées vos efforts pendant cette année sco- 
laire. — Je tte voudrais pas 1 retarder ebcore; le^motoent Or rmpa- 
tièhimènt attendu par vous, et cependant 'je ho pnis résister au 
dé^r dé féliciter' l’auteur du teès intéressant discours que vous 
venez d’entendre el de Vous recommander de toettret n profit ses 
conseils.» J f ai à cœur aussi de remercier en vdtre nom toutes ' les 
pèrsottnes qui, en venant assister à cette cérémonie, Vous ont 
dbnné une preuve de l’intérêt qu’elles portent à vos travaux et à la 
grande cause dè l’instruction publique.-— J’ai non moins# nourrie 
féliciter, publiquement M. le Principal des effort^, heureux qu’il a 
faits! -depuis sqn arrivée au milieu de. npu^.pour relever le Collège 
dÆ,Paligw àja hauteur de sa vieille réputation. 

< Enfin, j'ai le devoir de remercier au nom de tous, l’administration 
municipale -dés sacrifices qu’elle consent pour le maintien el* la 
prospérité de cet établissement »où l’instruction est distribuée d’une 
façon éi largë et si libérale, C’est à vous, mes -chers amis-, de 


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reconnaître ces* imèrifices -et cette Hienveilhwrce è votre^if^ard J>ar 
votrte bonne conduite jf et par des' efforts de pliis en plus soutenus 
pour acquérir lès connaissances qui Vohs rhanqüeirt enooCe. 1 

On ne saurait trojjVous’ïè répétet : nristriictiOn ëstdeVénueùn 
besoin uhivèrsel, e!t, dans notice société il ri *y a pliis 'de 

place pourTîgnôrarit et le paresseux. ’ : 

• î '•■■.(!/ • * ' . < ' i • ■ 1 , « : t ‘ ■ • » t ^ 1 * ' t . i - * ’ 1 1 î - • : . 

Voup ne i^eve? pas oublier que, comme vp£ devanciçr^, vops 
aurez un rôle a remplir dans le monçle. k’ayçnir yqus tient ejirp^ 
serve des travaux, des luttes, des revers, peut-être, mais aussi, 
jé l’ësj)èré, des succès. — ftuarid vous ’sbre^ àtix prises avec les 
inévitables difficultés dé là 1 vie vous sentirez lé v t/rix! P de I’inàtruc-i 
tiôh que vous aurez acquise dans vôtre ' jèünessë fel qiil’lseüiè 
pourra vous assurer une place utile et honorable dans notre 1 grandè 
famille française. 

On disait, il y a vingt ans à peine, qiie dans un pày^s de’siiffrà^e 
universëï , tout citoyen devait savoir lire et écrire; — Âiijourd’huî 
un pareil vœu ri‘e hoité Semblerait guère ambitieux ; tes teipps ont 
marché en effet ; ■ — les besoins sociaux se sont accrus avec lés pro- 
grès de la liberté, et, dans une démocratie telle qué là hêtre, oii 
chacun a sa part dans la direction des affaires publiques , il n’est 
plus permis à personne de rester étranger à ce mouvement inces- 
sant qui emporte les intelligences dans la voie de la civilisation et 
du progrès. On vous rappelait tout-à-l’heure le précepte classique : 
Sit mens sana in corpore sano. C’était la devise de l’antique sa- 
gesse; que ce soit encore la vôtre, puisque l’homme n’est vérita- 
blement achevé et en pleine possession de lui-même que si ses 
forces physiques et ses facultés intellectuelles se sont harmo- 
nieusement et simultanément développées. 

En même temps que vu us * MRP triton wer tz à ces exercices cor- 
porels qui seront pour vous une récréation, vous vous efforcerez 
d’étendre le cercle de vos idées dans les arts, dans les sciences, 
dans les lettres : vous chercherez une saine direction dans l’étude 
de notre histoire nationale. Vous puiserez dans cette étude, avec 
l’amour de la patrie, celui de nos institutions ainsi qu’une foi pro- 
fonde dans l’avenir de la République. 

k II y a quelques mois, lorsque je visitai pour la première fois vos 


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salles d'ëtude, je me rappelais que sur ces bancs o& vous étiez 
assis, — sut» ces bancs si vieux, si incommodes, si usés, et qui 
portent l'empreinte indélébile des outrages que leur ont infligés 
plusieurs générations d’écoliers, — que sur ces bancs, dis-je, 
s’asseyait, il y a quelque soixante ans, un jeune écolier comme 
vous qui A méfité par l’intégrité de sa vie et la fermeté de ses prin- 
cipes les plus hautes récompenses que pouvaient lui décerner ses 
concitoyens dans une république. J’ai nommé M. Jules Grévy, 
ancien élève du Collège de Polignv. 

Eh bien! mes çtyers amis, que ce grand exemple soit toujours 
présent devant vos yeux. Qu’il vous fasse comprendre que dans 
une démocratie telle que la nôtre toute noble ambition est légitime 
parce que le but constant de la démocratie .est d’asseoir le règne 
de l’intelligence. 

Préparez-vous donc dès maintenant au rôle modeste ou glorieux 
auquel vous donneront droit vos aptitudes, vos connaissances ac- 
quises et Votre travail; soyez bons écoliers aujourd’hui pour de- 
venir demain de bons citoyens, utiles à votre patrie, — utiles à la 
République que vous ne cesserez jamais, je l’espère, d’aiiner et 
de servir. 



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LES CHAMPIGNONS 

COMESTIBLES ET VÉNÉNBU'^ 

DE LA FL0BE DU JUBA 

Par IV. PATOUItLAED, 

pharmacien membre de la Société de botanique de France v ancien prépa- 
rateur de botanique au Muséum d’ Histoire naturelle, etc, , 

t {Suite ). 

Genre maraamlua. 

, , . .. .. . , ■ 

ESPECES COMESTIBLES. 

Marasmius oreades Boit* r(Mousse*oa d’automne). 

— alliaceu8 Fr, 

i - ■ EsràcBS vétoWeusbs ou suspectes. j < 

Maratmius urens Bull, 

— peronatus Boit, 9 

M, oreadeê Boit, — Chapeau charnu devenant coriace, élasti- 
que, ’convexe-plan, glabre, roux plus ou moins pâle surtout par le 
sec. Chair blanchâtre â odeur agréable, se développant par la des- 
sication; lames roussâtres, espacées, molles. Stipe plein*, tenâce, 
villeux, plus pâle que le chapeau. 

‘ Croit en grand cercles dans le gazon des bruyères, aux bords 
des champs, dans les prés, pendant la plus grande partie de 
Tannée, mais surtout en automne. 

M, alliaceus Fr, — Cette espèce est très facile à distinguer par 
sa taille élancée, sa teinte noirâtre et son odeur alliacée très mar- 
quée et persistante. Chapéau membraneux, campanulé puis ouvert 
(â à 4 centimètres), strié sur les bords, blanc lorsqu’il est jeune, 
puis brunâtre. Lamelles assez espacées , brunâtres. Stipe élancé 
(8-10 centimètres), rigide, comme corné, creux, noirâtre et velouté. 

Dans les bois parmi les feuilles en décomposition. Eté, automne. 


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— *06 — 

M. urens Bull . — Chapeau coriace, mince, écailleux (6-8 cent.), 
cendré-jaunâti.HÛM j&infël MsArM£trd/$^jLames réunies 
en un anneau qui entoure le stipe, jaune -rougeâtre à la base et 
jaune soufre vérp la tranche. iStipé fibreux, jaunâtre, recourbé, 
cotonneux, blanc à la , i 4 ; w 

Dans les bois ^y-e^iÿ^py^le^ fguiyes^Eté^ putomne. 

"Ml peronatus Boit, -^‘Ghépeau membraneux, mou, rugueu*, 
campanulë puis plan, jAÛhe-d*ous$âtre, marge sillonnée. Chair 
blanche , brûlante. Lames libres , jaunâtres, puis rousses. Stipe 
plein, fibreux, atténué au somrrtét, jaunâtre, velu , hérissé à la 
base de poils jaunes-roux. 

Dans les bois, parmi les feuilles avec les précédents. 

• ‘ ! " } * Genre i%auü. 

Les espèces de *ce genre soatdlabord charnues puis deviennent 
coriaces et presque ligneuses en vieillissent^ Elles croissent toutes 
sur les arbres. Nous ne signalerons quÇ là suivante qui esrlVès 
commune sur les vieux troncs de rëutoriirie au printemps. 

i , ')' <i . I 1 '*» M l ■ ! ’ t / 4 - , - ’M J !' • j * I.* • , ■ »*.* I - \ \; 

Pqtfu* -r- Chapeau §ec f! ^IpstiqUje, minçp, r&ii- 

PSMt , Qeuiimètrq^, , /df’o,çije fi4^s»pjt ayçq Vâgç, 
cçç^eë. ’pnçgqHftjécailjpu^. Laipçs tr,ès sprrép^.iétrqjfiee, ipjpçe?> 
couleur cannelle. Chair blanc-sale ,à,' saveur,,, aslfli,ngçu^e. /t Stjpç 
P^iq, ^cp^rt, rec*QUi‘i)é, attaché spr le.côté du chapeau, pâ|e-i^u- 

nâtrq.p^ineùxl ; ; ' i,î„ ,T’t ' .1 ‘ ^ '' . 

Croit par touffes sur les troncs. Yémènçw. ; , , ,- nf ; 

! V .*• -, I .l.î *»., M! ■ I -- ‘A ‘ V ’ \« 

. * .‘i ••• ’ ’• *[%*-' ! . *.* -rju,.' 1( ■ « i „ 

’ i* n- < -!.*•! :iut, . , /n*. ■■ ■ 1: » j *• , n • • 

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1 » A 


— 4 07 — 

. : »i . V . 

- .. • i, : ■ ■ Uî -.IM' * n * -.a 

FAMILLE DES I*Q^YFQJEJUfc». 

'--i :f. ..S • '■« 

Cette famille se distihgue de» la pitàeédêirtepaF<hr présence de 
tubes au lieu de lames à la faoei supérieure de l’feymenophore. 
Moins vaste que celle dçs agaviciuées, elle contientj&iéanmoins un 
assez grand nombre d’espèces utiles et aussi quelques poisons. 
Ces espèces sont distribuées dans les trois genres Boletus , Poly- 
porus et Fistulina; le premier contient des champignons terrestres, 
les deux autres sont surtout formés d’espèces arboricoles. 

Tubes soudés entre eu*, mais facilement bVparàBles ' 1 

du chapeau ^ ‘. v . . . ’ Boletus . 

Tubes soudés entre eux, ne se séparant pas du tissu 

du chapeau . . . . . I . 'J.'. . . . ) . .' . K'Polyporus. 

Tubes libres, non soudés entre eux ' Fistulina . 

v * i-,* /i» a . m, . v 

Les 30LETS. -r . 

1 ’ « 

■ ■ !'■ : ■■ • -■ ' 

Les bolets ou ceps sont des champignons charnus, putrescents, 
dqqt lftyiueniuin J^pisae'la face interne de tubes pylindriqoe&ou 
anguleux, plane sous Je .chapeau et qpi sont simplement aocolés 
lep une aux autres sans être soudés par une trama plus, ou moins 
épaisse coince çqjfl.a ho^dans les Polypores- dl^eont en généré 
de grande diipensipn et souvent cornés do teintes brillantes ; dans 
quelques-uns la chair change rapidement dérouleur au CQntaotdô 
l’air et de blanche devient rouge ou d’iyi bleu plus ou moins foaçé, 
on ne devra rhanger ceux qui présentent ce phénomène, qu'après 
les avoir examinés avéc soin, car plusieurs d’fentre eux sont dan- 
gereux. On devra également rejeter tous ceux qui x opt j’prifiçe ^es 
tubp§ rouge ou orangé. , ” . . . t ,, . , . . slJ|tl 

•. M i ESPÈCES COlfBÇffIBLESv : ‘<i • ■».:»» j 

Boletus luteus.L. (Bolet jaunâtre). fi) 

— granulatus L. (Bolet granulé). 

— bovinus L. (Bolet du bouvier). ' 


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— 208 — 


Boletus badins Fr. (Bolet bai). 

— edulis Bull. (Bolet comestible, cèpe de Bordeaux). 

— ^ÆriAiV ButL (ftèlët bronzé). * ii,f ' 

— oiseidus L. (Bolet visqueux). 
oersipellis Fr. (Bolet à peau changeante). 

— seaber Fr. (Bolet rude). 

- — ■ eastaneus Bull. (Bolet marron). 

ESPÈCES VÉNÉNEUSES pU SUSPECTES. 

Boletus piperatus Bull. (Bolet poivré). 

— ehrysenteron Bull. (Bolet chrysenteron). 

— subtomentôsus L. (Bolet cotonneux). 
s — ycalopus Fr. (Bolet à pied rouge). 

— paehypus Fr. (Bolet à gros pied). 

— satanas Leux. (Faux cèpes à tubes rouges). 

— lupinus Fr. (Faux cèpe à gros pied). 

— Luridus Seh\ ‘(Bbïet vénéneux, faux cèpe). 

— cyanescens Bull. (Bolet bleuissant). 

Boletus lutéus L. — Chapeau de 5-7 centimètres enduit d’un 
mucus brun évanescent; Chair blanchâtre ou très légèrement jau- 
nâtre à odeur agréable et à saveur fade, puis un peu piquante. 
Tubes petits, jaunes, gorgés d’un suc blanc dans leur jeune âge. 
Stipe jaunâtre, pâle, souvent ponctué de brun au sommet. Anneau 
large, membraneux, blanc puis brun. 

Commun en été et en automne dans les bois de pins. Cette es- 
pèce peut être mangée, mais parait d’une digestion difficile. 

B. grdntilaîus L. — Chapeau de 4-5 centimètres, convexe, jau- 
nâtre, couvert d’une glu évanescente brunâtre, ferrugineuse. Chair 
jaune pâle, molle. Tubes anguleux à orifice granuleux, jaunes, 
présentant souvent des gouttelettes laiteuses blanches. Stipe sans 
anneau , jaunâtre, ponctué, granuleux au sommet. 

Dans les bois de pins; été , automne. 


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«.tlcx-Viu* 


O- varia 


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r -Js^i 






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B. bovinus L. — Chapeau aplati , à marge incurvée au début, 
ilaftchè, ‘ flrjoïïe; hl$üi$E#h!t ^u^ueifl^âlpar 
places. Tubes anguleux, jaunes-gris, puis bruns. Stipe égal, uni, 
concolore au chapeau, parfois rougeâtre-carminé. 

En tChittéi J dflis ftitiousse^ibii aiitofalilé^ 

j'i 'V *-f lyww? '.1 >Ur. 

B. badius Fr. — Chapeau mou, couleur de tan, visqueux, lui- 
sant par le sec. Chair molle, blanchâtre, bleuissant un peu près 
des tubes, grands, anguleux, jaunes-sales, verdissants. Stipe égal, 
sans Anneau, jaünâtrë, couvert d’une pruine brune. 

Dans les sapinières; été, automne. 

B. eduliê BèUl. — Lô bolet comestible ou cèpè proprement dit 
se reconnaît tliéément à son chapeau compact, épais, large de 1 à 2 
décimètres, brun-châtain ou fauve , dont la chair blanche, rou- 
geâtre sbus ! la pellicule est odorante et sapide ; les tubes sont d’a- 
bord à peu près blancs, puis ils deviennent Verdâtres à mesuré qüe 
le champignon vieillit. Le stipe est fauve-grisâtre’ très-gros, 
renflé en oeuf près de la base, et à la partie amincie du sommet 
recouverte par un réseau blanc. 1 

Dans les forêts toute l’année, mais surtout à l’automne. 

B. œneus BulL — Ce bolet est très voisin du précédent, il en 
diffère surtout par son chapeau brun souvent noirâtre, bronzé, re- 
couvert d’une pellicule sèche , écailleuse , tandis que dans l’édulis 
la pellicule est glabre et souvent humide. Sa chair est aussi plus 
délicate. 

Dans les bois, en été. 

B. viscidus L. -r Chapeau convexe, '6-1Q centimètres, mou, 
visqueux j grisâtre, livide ou jaunâtre et vert-de-gris. Chair molle, 
grisâtre, inodore. Tubes grisâtres, verdâtres puis brun^. Stipe 
Visqueux, de même couleur que le chapeau, réticulé au sommet, 
et pourvu d’un anneau très mince et déchiré. 

Forêts de conifères. Automne. 

j (4 suivre). 


44 


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V 


— m — 

REVUE m JOURNAUX SCIENTIFIQUES Br AGRICOLES 

Extrait du rapport de M. J,-B.Dumas ,, 
sur le sucrage des vins 

:'i - 7 .< :i ' ' ■ . : ■■ • • » • ■ I 

. . (Suite) . , i 

1 Quelle espèce de sucre convient-il d'employer au sucrqge t — 
Assurément, quand on sait que tous les raisins contiennent du 
sucre de raisin et non du sucre de canne, l’idée qui se présente 
na.tu^pllen^eftt à l'esprit, c’est que, pour sucrer les yi m trop pauvres 
pn sucre, il faut les enrichir ep , sucre de raiew*, Aussi, u’y «t-t-U 
pas lieu de s’étonner qu’un des, plus habiles. mwmfaciuriers de 
notrq pays, Mollerat, voulant assurer jadis PapjpJjcatipa étendue <hi 
sqcrage des vins proposé par Çhaptal, ait eu pereé? de l’effestuer 
au^moyen.du spcre de (poulet II avait à petto intention^ moult sur 
une grande échelle lafpbrioa^iou dupe sucre, jet il Pobtepait dans 
un état de pureté qui paraissait à tous les chimistes y éritablem^o t 
parfait et très remarquable. Mais combien il faut être réservé; et 
prudent lorsqu’il s’agit de produits organiques élémentaires destinés 
à être conservés et à subir les aotioas lentes- du temps! Les vins 
auprès par le sucre de .fécule ou les glucoses ont amené des mé- 
comptes fàqbeux. Peu à peu, la finesse de leur saveur s ? est perdue; 
une amertume appréciable s’est manifestée elle commerce a frappé 
les vins glucosés d’une dépréciation dont cette pratique ne s’est 
pas relevée, ( . , 

Pour rester dans le vrai, il est juste de dire ici aue la question 
n’a peut-être pas attiré èùffisamrfient l’attention du commercé : ou 
celle dés Chimistes. 

; Én effet , le suçre de raisin nécessaire pour renforcer les moûts 
faibles pourrait être obtenu par la voie du commerce, si, les 
pays où la vigne abonde encore et où la fabrication du vin n’est 
pas l’objet de transactions actives, on se contentait de concentrer 
les moûts et d’en fabriquer des moscouades, qui apporteraient à 
nos vins faibles tous les éléments dont ils manquent, sucre, tartre, 
sels, matières extractives, — 

i i 


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- 211 — 

ft’est-ce pas ce genre d’importation du reste qui, sous la forme 
particulière de raisins secs, s’effectue aujourd’hui sur une échelle 
relativement considérable atteignant 60 millions de kilogrammes 
par pin, comme l’indique le tableau suivant : 

Raisins secs importés en kilogrammes : 


PAYS 1881 


1880 i879 


Angleterre ... 
Espagne . 
Turquie . . 
Autres pays . . 


2.817.479 

4.539,066 

37.322.870 

23.265.576 


7.719.190 

4.247.155 

35.220.210 

32.103.414 


5.491.050 

5.210.323 

21.389.890 

13.917.532 


67.934.991 78.289.970 50.008.795 


Personne n’admettrait, d’un autre côté, qu’il fût au-dessus des 
forces de la chimie actuelle d’obtenir un sucre de raisin débarrassé 
des Impuretés capables d’altérer le goût des vins et de leur com- 
mu^iquey Tamerturne signalée par tous les vignerons qui ont fait 
usagé dés gtoeoses commerciaux. Mais, tout en considérant ce pro- 
blème comme abordable et soluble, nous ne pouvons conseiller à 
personne de s’appliquer à sa poursuite. Les prix de revient du 
ghicose et du sucre de canne sont trop rapprochés, quand on ne 
tient pas compté des droits, pour qu’on puisse espérer que la fà- 
briéatiOn d’un glucose pur puisse lutter arec celle du sucre de 
canné dans leur application au sucrage des vins. 

H faut donc en revenir au procédé conseillé par Ghaptal. L’ém- 
ploi du sucre de canne a d’ailleurs fait ses preuves. Il est déjà 
mis en usage sur une échelle étendue, et, si son intervention pour 
l’amélieration de nos vins n’est pas plus considérable, c’est que 
les droits dont le sucre de canne est chargé viennent diminuer dans 
une large mesure les avantages résultant de son emploi. 

' C’est donc par des motifs sérieux., conformes aux doctrines les 
plus sàines dé la science et confirmés par une pratique irréfutable, 
que la viticulture réclame l’usage à prix réduit du sucre de canne 
ou de betterave, de ce sucre cristallisé qui, en ajoutant au vin l’al- 
cool, la glycérine, l’acide succiniqüe et quelques produits éthérés 
agréables de la fermentation, n’y fait rien intervenir qui puisse en 
altérer l’usagé salubre, le bouquet ou la saveur. 

Comment réduire le prix du sucre cristallisé f — Les auteurs 


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— 212 — 


du projet de loi relatif au sucrage des vins n’ont pas hésité à pro- 
poser la dénaturation du sucre cristallisé comme moyen d’en assu- 
rer l’usage à prix réduit/ en faveur des vignerons. Le sucre ainsi 
dénaturé , ne pouvant plus rentrer dans la consommation usuelle, 
serait livré à la viticulture en payant un droit fixe et unique de M) fr. 
par 100 kilog* 

On a étové diverses objections au sujet de cetteiléitàfcuration du 
sucre. 

L’administration des finances considère comme plus difficile de 
suivre le sucre jusque chez les producteurs de vin que lorsqu’il 
s’agit de i’àlcool. L’emploi du sucre dénaturé et converti en sucre 
cristallisable pour le sucrage lui paraît d’ailleurs conduire à l’em- 
ploi direct ou détourné du glucose. 

Il est certain que, dans une question aussi délicate, il ne suffît 
pas de dire que le sucre de canne introduit dans les xpo&Ls et y 
rencontrant des ferments et des acides y éprouve bientôt l’inter- 
version qu’il doit toujours subir d’ailleurs avant de fermenter. Cela 
ne suffit pas pour démontrer que ces réactions,, se passant dans le 
moût même, pourront être remplacées par des opérations analo- 
gues effectuées préalablement sur le sucre destiné au sucrage. 
Nous savons par une expérience répétée et par d#s résultats au- 
thentiques que les moûts soumis au sucrage donnent des vins 
tout à fait comparables aux vins naturels. Nous ne savons pas ce 
qu’il pn serait si on opérait le sucrage avec des sucres dénaturés, 
c'e/st-à-dire intervertis. Dire dans la loi qu’on autorise le sucrage 
avec des sucres dénaturés, et qu’un règlement d’administration 
publique déterminera le mode de dénaturation à mettre en usage, 
c’ést poser à l’administration un problème qu’il n’ûpp&rliçni à per- 
sonne de résoudre sans y mettre le temps. Nous savons ce que 
deviennent Ips vins sucrés au glucose après deux ou trois années 
de garde ; leur qualité s’altère peu à peu. Nous savons ce que. de- 
viennent les vins sucrés ait sucre de canne après le même laps de 
temps; leur qualité s’améliore, quand on n’a pas abusé du procédé 
pour faire des vins fraudés. Nous ne savons pas ce que produirait 
le sucre dénaturé introduit dans les moûts. Quel chimiste voudrait 
garantir que le temps n’amènera pas des effets imprévus* de l’em- 
ploi de ce sucre et de celui des agents employés à la dénaturation? 


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— 218 — 

Avant d’accepter la responsabilité d’un avis sur un moyen quel- 
conque de dénaturation, toute commission compétente réclamerait 
probablement la faculté de faire des expériences et de les prolon- 
ger pendant trois ans avant de se prononce^. Les avantages qujon 
se promet du procédé se trouveront donc bien compromis. Et ce- 
pendant, comment faire disparaitre des doutes, qu’aucune expé- 
rience qu’on puisse citer ne permet d’éçarter ? En effet, les vigne- 
rons qui ont procédé au sucrage n’ont employé jusqu’ici què du 
glucose ou du sucre de canne; dans le premier cas,, ils s’en sont 
mal trouvés; dans le second , ils se sont servis du sucre de canne 
dans sa forme commerciale et nul ne s’est avisé — à quoi bon 
en effet? — de lui faire éprouver la dénaturation avant de s’en 
servir. 

* - i ■ * * - * î * 

Nous u’avops donc absolument aucune donnée presque sur les 
résultats que l’emploi du sucre dénaturé introduit, dans les moûts 
produirait sur les vins après deux ou trois ans de tonneau qq de, 
bouteille. 

Oe que les auteurs du projet de loi cherchent, dïailleurs, c’est 
l’amélioration du sort des petits propriétaires de vigne, que ladén; 
tresse causée par l’invasion du phylloxei*a.frappe à la fois dans leurs 
intérêts comme producteurs de vins pour la vente et comme con- 
sommateurs. Quapd on sait quelle place considérable et saine la 
consommation, du vin occupait jadis dans l’hygiène de la popula- 
tion ouvrière, on est frappé de l’affaiblissement qu’elle éprou 1 vq j 
dans ses moyens de subsistance, par l’impossibilité où elle est au- 
jourd’hui de continuer l’usage du vin. Mais, nous le craignons, lp 
but des auteurs du projet ne serait pas atteint, Saqs doute, unprcK 
cédé convenable de dénaturation étant donné, les grands proprié- 
taires qui Voudraient s’en servir trouveraient le moyen de remplir 
les formalités .nécessaires et de s’assurer, à l’heure dite, le con- 
cours des agents du fisc. Pour les petits propriétaires, disséminés 
sur toute la surface d’une contrée vinicole, ceux au profit desquels 
il y aurait: lieu surtout d’organiser le sucrage, comme moyèn de* 
leur fournir, après la première cuvée destinée è la vente, une* se- 
conde ou môme une troisième cuvée de consommatibn oeux-*là 
seraient bien enipêchés de bénéficier de la faveur qui leur sewdt 
offerte. : ’ 


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Il n’en est pas, en effet, du sucrage comme du vinage ; ce dernier, 
s’effectuant sur le vin fait, permet au propriétaire et à l’adminis- 
tration de choisir leur moment ; le sucrage ne peut être opéré que 
dans la cuve à fermentation et pendant le peu de jours consacrés à 
celle-ci. Toutes les cuyes d’uue contrée fermentant à la fois, les 
agents du fisc seraient dans l’impuissance d’exercer chez tous les 
petits propriétaires épars, s’il s’agissait de suivre le sucre jusqu’à 
la cuve. On serait donc obligé de livrer à ces propriétaires un 
sucre dénaturé par les soins de l’administration, ou bien de faire 
dénaturer par le propriétaire, sous les yeiu^ des agents et au chef- 
lieu de la commune, les sucres destinés au sucrage. Mais nous ne 
saurions trop le répéter, autant la responsabilité de Padministra- 
tion est faible quand il s’agit de sucre versé en nature sous les 
yeux des agents dans la cuve en fermentation, autant elle serait 
difficile & supporter s’il s’agissait de sucres dénaturés d’avance, 
conservés plus ou moins longtemps, exposés à l'action de l’air et 
employés à bonifier les vins! Dans le premier cas, tout est sûr; 
dans le second, tout demeure incertain. Les grands propriétaires ' 
Employant le sucre en nature n’auraient rien à redouter; les petits 
propriétaires, forcés de recourir aux sucres dénaturés, auraient 
seuls des risques à courir. Tel n’a pas été certainement le but pour- 
suivi par les auteurs du projet de loi. 

Baisse générale des droits sur lès sucres . — On est amené par 
les considérations qui précèdent à se demander s’il ne serait pas 
plus avantageux, pour mettre le sucre de canne à la portée des vi- 
gnerons, de procéder, au profit de tout les consommateurs, par un 
abaissement général du droit, au lieu de réclamer une réduction 
spéciale de ce droit en faveur du sucrage. 

Pour être efficace* cette baisse, il est vrai, devait être impor- 
tante, et nous supposons qu’il serait nécessaire de ramener le. droit 
à 25 fr. nets par 160 kilog. - 1 

U n’est pas nécessaire d’insister pour faire comprendre que cette 
réduction serait avantageuse au consommateur, qu’elle profiterait 
aux producteurs des colonies, aux fabricants de sucre de betterave, 
à l’agriculture du nord et du centre de la France, aux construc- 
teurs des machines et appareils nécessaires à la fabrication du 
sucre indigène ou colonial, et qu’elle deviendrait ainsi l’occasion 


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— fi* — 


dW mouvement considérable ü^itopulsion ÿâtir l'esprit d’entre» 
pritee* diexcitation pour le tfaVàil nations} et de progrès polir le 
bien-être et même pour la santé dés famille^laborieusés. Le bérië^ 
fice spécial qu'en retireraient les vignerons serait acoôiii^Bgné 
d’autres et plus gj^nds bénéfices, dpnt nous n'avons énuméré 
même qü*une partie? v 

Indépendamment de l'intérêt vinicole, examinons dohc, à un point 
de vue général, si cette réduction large du djçoit qpi pèsq sur le 
sucre est, nécessaire, si, elle est possible. ?... , 1( . 

La réduction du droit sur les sucres est possible. — jPour en 
apprécier îâ convenance, nous n’aVons pas besoin de recourir à des 
raisonnements compliqués, d’invoquer les lois'de ia physiplogie et 
d’exposer les doctrines, (généralement acceptées, sur lp. çôledes 
aliments de diverses natures entrant dans le régime habituel de 
l'homme^* Non! il suffit de comparer les divers pbupleÿ.eatre eux 
et de s'assurer si la consommation du sucre, ne s'élève' ptts cons- 
tamment à mesure que kr civilisation fait des progrès p que l’aisance 
augmente; qiie les besoins du bien-être se répandent et que le prix 
du sucre s'abaisse. ’ * ’ 

Il n'en est pas du sucre comme da sel; la consdtalAïàtîÔîi de ce 
dernier est limitée. Dans les familles anglaises, on ri’en consomme 
pas plus, hien qu'il soit exempt de droit, que dans les familles 
françaises- Le sel est un* condiment dont l'estomac' peut avoir be- 
soin comme Stimulant et défît il réclame irnpérieitsemént une cer- 
taine dose, rnms dont il reppus^eavec dégoût des quantités, tppp 
élevés, Jt Lesucrq est un aliment, mais c’est un aliment fjo^t per- 
sonnè ne pput se passer, pt donjt op peut ^oublpr^ipjer, qu^d^u- 
j^çr mêjne. la consommation» constatée aptuellement en Fiance, 
saps (|éj>aSjSer la proportion acceptée pn Angleterre ou en d’au|res 

Le tableau suivant montre, en que. la pQnsomm^ipn du 

sucre, par an et par tête, varie depuis un kilog. pour la Turquie, 
jusqu’à près de 80 porir rAngleterrepet peuts'élever à 50 en Aus- 
tralie et jusqu'à 60 ^ans l'intérieur des fabriques de sucre. 

La France, avant l’abaissement du droit effectué en 1881, se 
trouvait placée air cinquième rang. On avait, en effet* ^'Angleterre 
(29.8), la Sui»6e j(^j 9), la Suède (8.8), les Pays-Bas), (8.4), la 


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— ne — 

Franc© (7.8); puis l'Allemagne, la Belgique et le Danemark (6.5), 
la Russie, l’Italie, l'Espagne, le Portugal et la Grèce (3.0); enfin 
la Turquie (1 ..O). Aujourd'hui la France est remontée au premier 
rang (10.0). 

/. * ■ I. ■ 

Consommation moyenne du sucre dans les Etats de ÏEyrope. 


ÉTATS. 

i . î;i . ' 


Tonnes. 

Kilo;, par 

Grande-bretâgne 


. 1 ' 900.000 

29.350 - 

France avant 1881 


. . . 265.000 

7.350 

Allemagne . . 


. .. 280.888, 

6.500 

Russie .... 


. . . 250.888 

3.080 

Àutriçhe-flongrie 


'! . . 200.888 

5.550 

Italie . . . . 


'. . . 90.888 

3.250 

Espagne . . . 


. . ; 50.600 

3.030 

Pays-Bas . . . 


... 90.600 

8.IÔ0 

Suède . : . . 


. . . 36.800 

8.800 

» -Norvège . . 


. v . 10.000 

5.500 

v Turquie , . . 

• 

. . . 25,000 i 

6.650 

Belgique . . 

« 

, , . 35.000 

6,500 

Portugal . 

• 

. . . 20.000 

3.400 

panenjiark . . 


• . . , 2.000 

6.150 

Suisse . . . . 


, . .. 25.000 . 

9.900 

Grèce .... 

■ ■ ! 

• • 

... ’ 5.000 

3.400 

Total pour l'Europe . . 2.233.000 

7.300 

• t- Etats-Unis . 

. 

. . . 800.060 

16.600 


Depuis dix ans', cette consommation semblait stationnaire. Si 
elle progressait , elle le faisait avec une lenteur prouvant qu’au 
prix moyen réalisé le sucre avait atteint toutes les couches dé po- 
pulation capables ’ ^e le faire entier dans leur hygiène et que pour 
en aborder de nouvelles, nôri moins dignes d'intérêt, il fallait pro- 
céder à un abaissement de droit d'une importance sensible. On én 
jègéra par le tabletfd suivant : 

: < • Consommation du sucre' en France . 


Années. ‘ Kilog. 

f r 1 * ■ I . i ' *' iî< ,¥i'f • . t 

' 1871 .’ . >*. ï . . 1 . . 287.978.000 ’ 

y< " 1872 . - . . . . . . . . . •283i437.'000 ' 1 1 


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— *17 — 


1873. 

. . . . . 251.978.000 

1874 . . . . 

231.191.000 

1875 . . 

. . . . . 258.247.000 

1876. ... . 

, . . . . 266.384.000 

1877 

268.407.000 

1878 

. . . 271.371.800 

1879 

. . . ' . . 2f6.320.900 

1880 

• • • a • 

1881 

374.000.000 


Ce tableau prouve que la consommation) qui s’était arrêtée avant 
l'abaissement du drôit, s’est élevée d’un saut de près de 100,000,000 
de kilog. en sus de son ancienne moyenne. C’est un indice de ce 
que produirait une nouvelle réduction ; car une partie importante 
de la population souffre encore dans une certaine mesure par l’im- 
possibilité où se trouvent les familles pauvres de prendre part à la 
consommation du sucre ; d’un autre côté, les fabriques de sucre 
indigène ou colonial ne trouvent pas toujours dans notre paya le 
placement assuré de leurs produits et sont souvent gênées pour 
leur exportation dans les autres contrées par des concurrences 
commerciales, des conditions douanières ou des mesures législa- 
tives très compliquées et dont il serait iqutile de nous occuper ici. 

Les tableaux suivants, desquels on a déduit les chiffres de la 
consommation du sucre en France énoncés dans le tableau précé- 
dent, nous font voir qu^ la fabrication du sucre indigène dépassait 
notre consommation et qu’elle n’aurait plus laissé place à l’inter- 
vention des sucres coloniaux ou étrangers si l’industrie, du raffi- 
nage, par sa puissance et son habileté, n’était parvenue à main- 
tenir un grand courant d’exportation à nos sucres raffinés. 


- 

Sucmwotiquit importé* 

A déduire 

Sucre indigène sucres raffinés exportés, 
soumis aux droits (Quantités en sucre brut). 

Années. 

J — 

, des colonies : 
françaises. 

de i 

l’étranger. 

’■ -JL 

1871 

KUog. 

77.646.000 

KUog. 

79.689.000 

Kifeg. 

228.988.000 

< Kito* 

98.335,000 / 

1872 

75.389.000 

90.675.000 

198.352.000 

178'.977.000 ' 

1873 

80.985.000 

95.208. 000 

270.071.000 

194:288.000 

'1874 

80.833.000 

78.041.000 

304.342.000 

232.025.000 

1875 

1 93.552.000 

111.997.000 

323.035:000 

269.397.000 ! 

1876 

86.863.006 

92.420.000 

321.132.000 

234.228.000 


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- m- 


1877 

24.476.809 

102.858.000 251.368.000 

198.Î95.000 

1878 

89.603.000 . 

78.011.900 319.778.000 

m051.000 

1879 

87.921.100 ... 

69.815.000 307.661.300 

189.076.000 


Production du sucCe indigène en 

kilogrammes . 


, .r- \ 'Quantités de sucre 



Années. 

fabriquée». 

acquittées. 


UreHs perçus. 


*09». . , 

Kilog. 



1871 

336.249.000 

179.102.000 

87 millions de francs. 

<«72.. 

374.597.000 

,89,700.000 « 

59 

■ , — 1 J » 

(187Ô.. . 

. . 4rt0.727.000- 

. 1-58.U8.000 

.103 

!> -- • 

.1874 

431.913.000, 

151.54(k0û0 t 

105 


1875, 

473.OO7.Q0O, 

maii.opo 

117 

T, • : « > 

1876 

' 328.090, 000 

177. 969.000 

124 


1877 ' 

" 345.316.000 

130.593.000 

90 

* ' 

l'878 

' 42tV.499.00o 

: ’ 1 fC2.849.880 

lf2 

■ : 1 

Ï879 

'32ll.54à.0OO 

182.500.006 

125 

,, •*_ ’ •(* 

Ï&80 

286.6f9.000 

159.B88.000 

1 88 

* i • > : . 


1 11 est à remarquer que, tandis qu’il était impossible â.nos fabri- 
cants de sucre de betterave de placer eh Frange la Jottflïté de 
leurs produits, sous, ïe .bénéfice des dispositions des traités qn vi- 
gueur, nous recevions ^2,800,000 kilog. de sucre de betteraye 
étranger. 

4 La consommation du sucre a été, pendant i>iên des années^ fixéq 
vers Ï00 millions de kilogrammes pour (a ‘France; h ‘est-il* pas 
digne aç remarque, qu’elle ait pu, par ië sèuf effet de l’abaisse- 
ment du droit, Relever en unë seule année d’une quantité presque 
égale? Üne nouvelle réduction, atteignant des couches plus pro- 
fondes de la population et donnant satisfaction à des besoins plus 
universels, ferait suivie d’un accroissçgieflt glng. rapide et plus 
considérable encore. La perte éprouvée par le fisc serait douteuse 
et limitée; les jouissances assurées aux consommateurs seraient 
comparativement bien supérieures. ■* 

Mais hûbs^hje voulons envisager, pour le mômeqL que le c6té 
fiscal, dë)a mesure, !( çt pqus demeuroqs convainc^ que, ^augmen- 
tation,, de la cônsornjrçptioji domestique du sucre , celle du café.et 
du chwQtot, «celle du, suera pour le .sucrage dans yius, et l’easor 
donné A. te confiserie* e.t à remploLdc.fcfdiments sucrés sous toutes 


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les formes dédommageraient bientôt le Trésor do sacrifice mo 
mentanémeiit consenti par lai. 

L’abaissement du 'droit des sacres est donc possible-; il est fa- 
cile de démontrer qu’il est nécessaire. ' 

Nécessité de l'abaissement du droit des sucrep. — àettenépes- 
site n’est que trop évidente. La vigne est exposée désormais à des 
malheurs tout autrès et feïén plus graves que ceux dont ëlle souf- 
frait quand, protégée par des communications rares et Ientçs, elle 
aVdit seulemet affaire à ses ennemis naturels : gelées , pluies ou 
sécheresses intempestives, insectes propres au pays. Aujourd’hui, 
des communications multipliées et accélérées lui ont apporté de 
loin Toïdium, le phylloxéra, le mildew, et ces trois fléaux se sont 
abattus sur elle, en moins de trente années, portés par des voies 
rapides. Il faut au vigneron dep armes nouvelles pour cette situa- 
tion nouvelle, sous peine de voir disparaitre la récolte et l’usage 
du vin, ét celle de l’alcool en prendre la place. 

Tandis que la consommation du sucre restait stationnaire, com- 
ment n’étre pas effrayé de la rapidité avec laquelle s’élevait la con- 
sommation dé l’alcoôl? Prenons là yille de Paris comme exemple : 
tandis que la consommation du vin y restait à peu près fixe à 4 
millions 'd’hectolitres, celle de l’altooi y passait en rdix, années de 
60,000 hectolitres à 182,000; elle avait \ donc plus que doublé, 
comme le prouve le tableau suivant 

Alcool pur, absinthe et liqueurs consommées à Paris, 
'alcools dénaturés non compris . 


- Années, i Hectolitres. 

187 ^ 59.659 

1878 90.160 

1874 89.687 : 

1875 103.600 

1870 ..... . . ... 106.549 

1877 107.492 

1878 123.111 ' 

1879 125412 . 

1880 132.145 


Quand ou ré&échit à quelte soinme de désordres loërébtawt, de' 


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— MO - 

malheurs domestiques, de débauohes, de délits et de crimes, d’in- 
firmités incurables, de morts prématurées et de vices héréditaires 
correspond Cét accroissement de la consommation de l’alcool, base 
des jouissances de cabaret, on en est que plus disposée favoriser 
par le bas prix du sucre l’extension des boissons chaudes et celle 
des mets sucrés, base des jouissances de famille. 

11 n’est pas contestable que l’abus des boissons alcqpliques con- 
stitue l’qn des plus grands dangers pour les nations modernes, et 
. que cet f abus a pris des proportions redoutables depuis je com- 
mencement du siècle!. Il y a soixante ans, ce mal était inconnu dans 
là ; plijis grande partie de la France; aujourd’hui, il est peu de dé- 
partements qui aient échappé à son invasion. Le prix élevé du vin 
contribue malheureusement à l’extension du fléau. Dansles dépar- 
tements méridionnaipc, par exemple , le vin était autrefois con- 
sommé de préférence à toute autre boisson alcoolique. Cette con- 
sommation se réduit tous les jours et celle de l’alcool en .prend la 
place. Voici les relevés faits pour les deux villes principales de 
l’Héraùl't et du Gard ^ Ils montrent que la consommation du vin s’y 
est réduite en huit années de plis du tiers , et encére n’^vons- 
nptis pas les chiffres çorréspondant aux trois dernières années ; 

i-’ Consommation en tins à Montpellier et à Nimeë de 1871 
à 1878 inelusicemèki. 1 

Montpellier. Nîmes. 


Années. Consommation totale. Consommation totale. 

Hectolitres. Hectolitres. 

1871 111.565 75.459 

1872 112.565 82.991 

1873 ....... 100.246 76.912 

1874 ....... .... 76.658 69.034 

1875 . . . 101.715 100.034 

1876 . . ^ . , . 94.231 96.201 

1877 . . 74.275 70.807 

1878 : . . . . . . 70.941 63.395 


La baisse générale du droit sur les sucres, permettant d’accroi- 
tre la production de vin dans Une proportion qu’on peut estimer 
raisonMblement au tiers ou à ta moitié du produit de la récolte 


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— m — 

normale, on rendrait l'usage au* populations des pays de vignobles 
et viendrait compenser dans une certaine mesure les pertes dues 
à la présence 'du phylloxéra. Ces pertes sont considérables. 

En dix années, nos récoltes sont réduites de 60 millions d'hec- 
tolitres à 80 millions, et si l'énergie des vignerons^ heureusement 
réveillée par l’action persévérante de l'administration, n'était venue 
défendre les vignes encore sur pied et préparer la reconstitution 
des vignes disparues , èe dommage ne se serait pas ârrêtéà ces 
chiffres déjà cruellement éloquents, puisqu'ils représentent 300 ou 
400 millions de perte annuelle, et pour la santé publique ou lè 
bien-être des familles un incalculable dommage. 


Production de pin en France, depuis Ï870. 


Années. 



Hectolitres, 

1870 . 



. 54.535.000 

,1871 . 



. 59.025.680 

1872 . 



. 54.920.181 

1873 . 



. 36.000.000 

1874 . 



. 69.937.266 

1875 . 



. 78.202.088 

1876 . 

• • 


. 44.306.172 

1877 . 

* , * 

• • 


. 55.273.193 

1878 . 



. 50.636:968 

1879 . 


... 

. 25.806.203 

1880 . 


. . » 

. 29.667.000 

1881 . , 


... 

. 34.139.000 


Cet affaiblissement des forces productives de notre pays expli- 
que la rapide augmentation de l'importation des vins quel’Espa^ 
gne et l'Italie nous fournissent, et quiest passée en trois, ans de 
8 millions d’hectolitres à près de 8 millions. 


Commerce du vin (Espàgne et Italie ). 


Vins ordinaires. 

4881. 

1880. 

4879. 


Hectolitre». 

Hectolitres, 

Hectolitres. 

En fûts ( Espagne . . 

. 5.639.483 

5.036.945 

2.232.846 

ou l Italie . 

. 1.552.259 

1.502.377 

522.336 

en cercles. ^ Autres pays . 

506.878 

473.946 

83.236.. 


7.697.660 

7*093,268 

2.838.418 


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' ‘ ’ ■ ‘ Report 

* fin bouteilles . . 1 . 
Vil* de liqueurs 
T~ t em fûts ou cercles 
: — «a bouteilles . . 

' ‘Total général 


7.697.660 7.093.268 

3.182 2.501 

13.448 123.885 

1.124 820 « 

8.836.084 ' 7i220.574 r 

i 

, i . « , i . ■ 


2.838.418 

2.262 

106.447 

983 

2.948. iît> 


Touti indique, malgré oet aeûroissflineÉt. rapide, que tee impôt- 
.tatiwfcs doB vinad’Espàgne et d’Italiq.nè s’arrêteront pas i ces chif- 
fres et que le cousant commercial , né des circonstances fâcheuses 
où se trouvent nos départements les plus riches autrefois en signes 


de grand rapport, ne cesserait ^as, même au cas où leur ancienne 
prospérité reprendrait son cours. Il est donc urgent de leur assu- 
rer des conditions favorables de lutte. 


Mais les pays vinicoles ne seraient pas seuls à bénéficier de ra- 
baissement dii droit des sucres. Toutes les parties de la France 
agricole en profiteraient. Nos fruits, dont la consommation en na- 
ture constitue déjà une ressource si précieuse pour l’alimentation 
publique, convertis en conserves, en marmelades, eh confitures, en 
gelées, y prendraient une part plus large encoré. Qn augmenterait 
ainsi les jouissances et le bien-être des familles. Ôn généralise- 
rait un commerce dont quelques départements se spnt fait un pri- 
vilège, On fournirait aux femmes une main-d’œuvre appropriée à 
leurs forces ou fleurs habitudes en réalisant de très grands profits. 

Il y aurait donc dans une réduction du droit des sucres à 25 fr., 
réqantage de. donner satisfaction à la fois : aux vignèrons, pour 
l’amélioration de leurs vins.; aux agrioulteurs en général, pour «m 
emploi pins lucratif de lettreirécoltes en-firuits; aux producteurs du 
sucre colonial ou indigènè, pour le placement de leurs réédités; , 
aux constructeurs <te piactypes, popr le développement ou la créa- 
tion de nouveaux engins ou de nouvelles usines ; à la population 
tout entière, et surtout à la classe la moins favorisée, appelée à 
aborder $u à prendre, une plus large part à la consommation du 
suor-e et à celle du vin. « : ' * • • 

La betterave, dont ïa racine pivotante va chercher sa nourriture 
dans les profondeurs du soL dont le Sarclage purifie les terres, qui 
leé prépare à fournir d’abohdantes récoltes en blé, tout en donnant 


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— àâ3 — 

les ptolp^s nécessaires à l’engrais du bétail et a la production de |a 
viaridè, constitue un moyen si puissant de progrès cultural^ qu*bp 
peut considérer com'rtie le procédé lé plus sûr de venir en aide a 
l’agriculture française, celui qui consisterait à élever a 60Ô ou *700 
mttlions de kikig. botire consoiUUiation annuelle dé sucré. '* 

' Lè sucre ïi 'est pas un objet de luxe que lés délicats sçulç aiment 
fl Vdhr flgùrer sur leur tàble ; c’est un aliment’dont la pprtipipatio p 
à notre nbürKltirë ekt justifiée dans tous les pays par les conditions 
dans lesquelles la nature nous a placés ou par les circonstances 
qUe la civilisation a fait naître. Quel est l’homme qui ne fessé pas 
entrer, à dessein ou sans le sâVoir, lé sucre dans sdti aKirientatiott’? 
Le lait^ qu’il a sucé dans sa première ènflancé; léè fruits süè'rés 
dont il fait un fei large usage, jusqu’au pain qui l’alitnéptè pendant 
sa vie, et qui se convertit si facilement en sucre dântè lés organès 
digestifs, tout dans son régime l’invite à. considérer t^înati ère isu- 
préO) comme une partie nécessaire de sa nourriture». Comment ne 
pas reconnaître que, de toutes les substances aaocharindé oonnuesi, 
c’est le sucre de canne qui est l’qlyet de la préférence universelle, 
qui s’accommode le mieux aux satisfactions de notre palais et $ux 
ftèkoins de nôtre estomac? Il est beaucoup d’aliments dont on se 
lasse; le pain et le sucre de canne résistent seuls, pour ainsi dire, 
à l’épreuve' d’un usage journalier. j ! 1 

De même qu’il est d’une bonne politique d’épargner au blé, à 1^ 
farine et au pain toute redevance fiscale, de même, n’hésitons pas 
à le'dite, toute redevance exagérée imposée au sucre de canne est 
un ootttre-sens économique, morale! social. S’il est vrai qii’à mê-^ 
sure qàé la richesse d’un pays s’élève, lé consommation du suèi*è 
augmente, il ne l’est pas moins que le droit prélevé "sur le sufere 
doit s’abaisser et même disparaître avec les progrès de la Civili- 
sation. 

L’Angleterre nous a montré le chemin. Après avoir abaissé suc- 
cessivement le droit des sucres, elle l’a supprimé, se conformant 
à la généreuse politique de la vie à bon marché inaugurée par R. 
Peel ! Lorsque, rompant avec d’anciennes traditions, il consacrait 
la libre introduction des matières alimentaires dans son pays, il en 
espérait un grand xésultat, mais combien ses e sp éra n ces ont été 
dépassées! L’ouvrià^ de* Lodate^bé dépense pàs plus, dépense 


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— 224 — 


même moins pour sa nourriture que l’ouvrier de Paris. En ptoins 
de vinât années, les populations exsangues et. anémiques qu'une 
'hygiène insuffisante avait produites ont tait place, en quelque sorte, 
à une race nouvelle au teint généreux et coloré. 

De toutes les mesures provoquées par R. Peel dans sa longue 
carrière, il n'en est aucune qui ait plus contribué à faire bénir, sa 
méinoirè) à la rendre chère aux familles laborieuses, à consolider 
la constitution et le trône au service desquels il avait vpué sa noble 
vie. 

. * ; • • .ii i.. 

Ce serait, mal connaître les intérêts de l’agriculture et les senti- 
ments de l’éminent ministre des finances par qui nous sommes 
consultés que de les supposer contraires ou môme indifférents à 
la poursuite, du but élevé offert à notre exemple et à nos médita- 
tions par l’illustre homme d'Etat anglais^ . 

En conséquence des diverses considérations qu’on vient de ré- 
sumer, la commission est d’avis de répondre aux demandes forma* 
lées par U. le ministre des finances dans sa lettre du 31 mars 1882 : 

1* Qu’il y a lieu de favoriser le sucrage des vins ; 

2* Que, ce sucrage exige l’emploi du sucre cristallisé de la canne 
ou de la betterave ; 

3* Que la déuaturation de ce sucre présente des difficultés qui 
ne permettent pas de recourir à côtte pratique en l’état de l’expé- 
rience acquise ; 

4° Qu'une réduction du dfoit des sucres à 25 fr. nets par 100 kil. 
permettrait au sucrage de prendre une grande extension, donne- 
rait un nouvel élan à l’industrie sucrière et serait un grand bienfait 
pour la population tout entière, sans causer, dans ces limites , un 
dommage sensible an Trésor, r 


IVLU OINDM , lüPMNBUa A F0I4MT. 

!.. ( ; . ■ " ■ 1 ’ ■ 


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— 225 — 


LES SEMIS 

DE VIGNES FRANÇAISES 

PAR M. P. JOIGNEAUX. 

L’administration de l’agriculture avait espéré un mo- 
ment que le sulfure de carbone triompherait du phyllo- 
xéra dans la Côte-d’Or. On attaqua d’abord vigoureuse- 
ment les premiers foyers, et on tua du même coup la 
vigne et l’insecte. Les vignerons se fâchèrent et firent 
obstacle à ce traitement radical. Ils eurent tort. A pré- 
sent -que le phylloxéra est éparpillé partout, l’emploi de 
l’insecticide à haute dose n’a plus sa raison d’être; on 
va s’en tenir au traitement cultural qui consiste à em- 
poisonner le plus possible d’insectes, tout en laissant 
vivre les souches. 

Nous souhaitons que cela dure de longues années, et 
qu’on obtienne chaque année de bonnes récoltes. Mais 
nous ne sommes point rassuré , et croyons qu’il est ur- 
gent de refaire de nouvelles vignes par le semis pendant 
que les vieilles agoniseront. 

Par nouvelles vignes, nous entendons des variétés 
franches de pied et produisant des raisins de bonne 
qualité, sans qu’il soit nécessaire de les greffer. 

Nous ne voulons détourner personne du greffage, et 
nous ne verrions avec aucun déplaisir des essais sur n- 
paria ou sur des sujets provenant des raisins sauvages 
indigènes. Tout cela est à tenter, mais pour notre 
compte, nous nous attachons de préférence aux vignes 
qui n’ont pas besoin d’être greffées. Nous laissons les 

48 


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— 226 — 

expédients à qui s’en contente ; nous voulons davan- 
tage. 

Les désastres dont nous sommes accablés doivent 
avoir pour cause principale nos infractions continuelles 
aux lois de la nature; nous n’arriverons à nous relever 
qu’en prenant résolument le parti de revenir à ces lois 
et.de nous y soumettre dorénavant. 

Nos vignes s’en vont de décrépitude et de misère, 
moins à cause de l’épuisement du sol que parce que nous 
nous sommes obstinés à ne pas nous servir de leurs 
graines pour les multiplier. 

Si les pépins n’étaient bons à rien, on n’en trouverait 
pas dans les raisins, et du moment qu’on en trouve, c’est 
qu’ils ont leur raison d’être. S’il y avait eu des semeurs 
de vignes , nos cépages , incessamment renouvelés de 
graines, témoigneraient à présent d’une solidité, d’une 
résistance qu’ils n’ont plus , c’est donc du côté des se- 
mis qu’il convient de porter notre attention. 

Il est un peu tard, sans doute, pour commencer l’œu- 
vre de réparation et de retour au sens commun; il eût 
mieux valu s’y prendre il y a un demi-siècle ou seule- 
ment un quart de siècle ! mais laissons-là les regrets et 
les discours qui ne mènent à rien, prenons les choses 
dans l’état où elles sont et qu’il serait difficile d’avoir pi- 
res, et tâchons de sauver le vignoble. 

Les vignerons sont aux prises avec tous les fléaux et 
se défendent comme ils peuvent contre l’oïdium avec le 
soufre, contre l’anthracnose en greffant la vigne rouge 
sur la vigne blanche, contre le phylloxéra avec toutes les 
drogues imaginables et les plants américains. Applaudis- 
sons à leurs efforts, souhaitons qu’ils tiennent ferme, et 


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— 227 — 

pendant qu’ils bataillent, tentons de notre côté le rajeu- 
nissement de nos variétés. 

Ici, nous y songeons sérieusement , et comment n’v 
songerions-nous pas? Vous figurez-vous les grands crûs 
détruits, et vous êtes-vous demandé ce qu’on mettrait à 
la place? Nous ne voulons pas nous arrêter à cette pers- 
pective désespérante, et nous entendons faire tête à l’en- 
nemi. Notre dernière cartouche, c’est le semis de vignes 
indigènes. Nous croyons qu’il nous sauvera. Le conseil 
général de la Côte-d’Or s’est associé à cette espérance, 
et la ville de Beaune va prendre, cette année même, l’i- 
nitiative de l’entreprise. 

Il nous arrivera très probablement d’abord, ce qui est 
arrivé aux pommes de terre de semis. La graine prise un 
peu au hasard sur des races plus, ou moins affaiblies, 
donna beaucoup de plants maladifs, mais elle en donna 
aussi un certain nombre de résistants, et c’est à ceux-ci 
que nous devons de n’avoir pas perdu l’espèce. Nous 
serions heureux si les choses devaient prendre la même 
tournure avec la vigne; et pourquoi ne la prendraient- 
elles pas? 

Avant de semer, il convient de savoir que les graines 
de vignes reproduisent assez facilement les races d’où 
elles sortent, ou, en d’autres termes, que les corbeaux 
ne font pas des pies. Ainsi, les pépins de pineau donne- 
ront du pineau, et ceux du ggrnay donneront du gamay. 
Tout au plus se produira-t-il par-ci par-là des modifica- 
tions d’aspect. Mais on se tromperait si l’on s’attendait 
à voir du premier coup les qualités que possèdent nos 
vins de vieilles vignes. Ceci est l’affaire du temps qui agit 
sur les tissus végétaux et gouverne avec sagesse la cir- 
culation de la sève. Mais au bout du compte et après 


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— 228 — 


tout, pauvres maltraités que nous sommes, nous n’avons 
pas le droit de nous montrer très exigeants. 

Quelle que soit la race que l’on se proposera de rajeu- 
nir , on devra porter la plus sérieuse attention sur le 
choix des pépins et ne pas prendre à l’aventure. On ne 
prendra pas dans les raisins provenant de souches at- 
teintes d’oïdium, d’anthracnose et de mildiou. Il importe 
que les souches mères soient saines , relativement vi- 
goureuses et point greffées. Dans les contrées où le phyl- 
loxéra exerce ses ravages, il se trouve des ceps qui font 
bonne figure au milieu des morts et des mourants. Eh ! 
bien, ceux-là nous inspireraient confiance. Nous avonls 
bonne opinion des ceps qui repoussent sur des emplace- 
ments ravagés et dont on n’attendait plus rien. Pour ce 
qui est des localités où le phylloxéra n’a point encore 
fait son apparition, les meilleures souches mères sont, 
à notre avis, les plus vigoureuses et les moins chargées' 
de raisins. Il faudra éviter avec soin les ceps couverts de 
grappes qui, dans l’opinion publique, passent pour être 
forts, tandis qu’en réalité ils sont faibles. En somme, ne 
vous attachez qu’aux souches peu fournies. Que les rai- 
sins soient beaux et bien mûrs, vous aurez d’excellents 
pépins , et avec eux des chances de réussite qu’on ne 
saurait attendre de graines tirées du marc des pressoirs 
et provenant de mères inconnues. 

Du moment que vous êtes fixés sur le choix des rai- 
sins, il ne reste plus qu’à en extraire les graines, et cha- 
cun s’y prendra comme il l’entendra. Ceux-ci en expri- 
meront le jus dans un linge, comme si c’étaient des gro- 
seilles; ceux-là les enfermeront dans des petits sacs de 
toile claire, pour les presser de suite ou les plonger dans 
les cuves, les y laissant fermenter avec les autres rai- 
sins. 


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— 229 — 

L’essentiel en cette affaire , c’est que les bonnes grai- 
nes ne soient pas confondues avec les graines suspectes. 

C’en est assez pour aujourd’hui; à bientôt la question 
de culture. 

i 


LES CHAMPIGNONS 

COMESTIBLBS ET VÉNÉNEUX 
DE LA FLORE DU JURA 

Par IV. PATOUILLARD, 

pharmacien, membre de la Société de botanique de France , ancien prépa- 
rateur de botanique au Muséum d'Histoire naturelle, etc . 

(Suite). » 

B. versipellis Fr. — Chapeau sec, d’aborri tomenteux puis cre- 
vassé-écailleux, de 5 cent, de large, gris puis roux pâle, quelque- 
fois fuligineux. Chair blanchâtre, douce. Tubes petits, blanchâtres, 
gris à l’ouverture, formant un hyménium concave. Anneau mem- 
braneux, infléchi. Stipe solide, élancé, un peu renflé à la base, 
gris ou sale grisâtre, avec de petites mèches noirâtres. Odeur forte, 
désagréable; saveur douce, un peu piquante. 

Dans les lieux découverts des bois; été, automne. 

B. seaber Fr. — Chapeau glabre, visqueux par un temps hu- 
mide, à la longue ruguleux, brun-pâle ou terreux. Chair blan- 
châtre, Marge pourvue d’appendices cortini formes. Tubes blancs 
puis sales, formant un hyménium arrondi. Stipe solide, atténué, 
rugueux, écailleux, blanc sale ou cendré. Saveur un peu salée. 

Partout dans les bois, été, automne. 


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B . caataneua Bull . — Chapeau velouté, d'un brun-marron clair 
se fonçant avec l'âge, convexe, étalé du déprimé. Tubes courts, 
blanbs, puis jaunes-verdâtres. Chair blanche ne changeant pas. 
Stipe plein, puis creux, à base un peu bulbeuse, cannelle. Saveur 
pâteuse. 

Eté, automne, dans les bois. 

B . Piperatus Bull. — Chapeau glabre, légèrement visqueux, 
jaune-fauve. Chair jaune, à saveur poivrée . Tubes anguleux, 
rouilles. Stipe mince, jaune â la base et à l’intérieur. 

Dans les forets de sapins. Etc et automne. 

B. cliryscnteron Bull. — Chapeau mou, floconneux-écailleux, 
ou crevassé, brun ou rouge brique. Chair jaune, rouge sous la cu- 
ticule, bleuissant légèrement à la 'cassure. Tubes anguleux, iné- 
gaux, jaunes, vçrdissants. Stipe jaune ou rouge, strié par de fortes 
côtes de même couleur. Espèce très variable. 

Lieux découverts et herbeux des forêts. Eté, automne. 

B. subtoment08us L. — Chapeau mou, sec, tomenteux, fauve- 
olive ou grisâtre. Chair blanche. Tubes anguleux, jaunes. Stipe à 
côtes et sillonné, ponctué-scabre. 

Dans les bois. Eté, automne. 

B. calopus Fr. — Chapeau globuleux, subtomenteux, olivacé. 
Chair blanche devenant plus ou moins bleuâtre. Tubes étroits, an- 
guleux, jaunes. Stipe plus long que le diamètre du chapeau, ferme, 
conique, réticulé de blanc au sommet et entièrement d’un touge - 
écarlate. 

Bruyères et forêts. Eté, automne. 

B. pachypu 8 Fr. — Chapeau sec, subtomenteux, brunâtre puis 
pâle; chair blanchâtre, bleuissant et enfin devenant un peu rosée. 
Tubes arrondis, jaunes, bleuissant par la pression. Stipe très 
épais, bulbeux, jaune, taché de rouge, réticulé. Odeur ingrate, 
saveur nauséabonde. 

Bois et pâturages. Eté, automne. 


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B . satanaa Lena. — Chapeau fau,ve ou olive-blanchâtre, glabre, 
un peu humide. Chair blanchâtre, rougissant à la cassure. Tubes 
petits, jaunes à orifice sanguin-écarlate. Stipe très épais, jaune- 
pâle couvert d’un réseau rouge carmin. 

Espèce très dangereuse mais très facile à distinguer, croissant 
dans les forêts, principalement dans celles de conifères. Eté et 
automne. 

B . lupinus Fr. — Chapeau massif, sec, glabre, verdâtre puis 
jaunâtre. Chair jaunâtre, bleuissant rapidement. Odeur et saveur 
acidulés. Tubes jaunes à orifice rouge-orangé. Stipe très gros, 
bulbeux, rosé ou jaunâtre, avec un réseau sanguin. 

Bord des bois. Eté, automne. 

B. luridus Schœff. — Chapeau tomeiiteux, olive ou brun, un peu 
visqueux. Chair jaunâtre, rougissant puis verdissant. Tubes jaunes, 
verdoyants, à orifice rouge-orange. 

Bois, avec les précédents. Eté, automne. 

B. cyanescens Bull . — Chapeau écailleux ou floconneux, jau- 
nâtre ou fauve. Chair ferme, blanche, devenant subitement â la 
cassure d’un beau bleu obscur. Tubes petits, blancs, puis jaunes. 
Stipe ventru, fauve et blanc au sommet, creux, avec une moelle 
spongieuse. 

Dans les forêts et sur les gazons ombragés des montagnes. Eté, 
automne. 


Les POLYPORES. — I*olyporu». 


Nous avons vu que dans les bolets, les tubes qui tapissent la 
face inférieure du chapeau peuvent aisément se séparer du tissu 
de l’hymenophore , dans les polypores, au contraire, la trame du 
chapeau descend entre les pores et fait corps avec eux ; de plus, 
ces tubes ne sont pas séparables les uns des autres. Presque 


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— 282 — 

toutes les espèces de ce genre sont d’une consistance coriace, 
subéreuse ou ligneuse, en sorte qu’un très petit nombre seulement 
peuvent être utilisées comme aliment. " 


ESPÈCES COMESTIBLES.* 


Polyporus ooinus Sch . 

— subsquamosus L. 

— squamosus Hud . 

— umbellatus Fr. 

— frondosus Fr. (Polypore en bouquet). 

— cristatus Fr. (Polypore en crête). 

— sulfurem Bull. (Polypore sulfurin). 

P. ovinus Sch. — Chapeau charnu, difforme, fragile, crevassé, 
écailleux, à peu près blanc. Chair blanche, compacte, d’une odeur 
et d’une saveur agréables. Pores petits, arrondis, blancs, puis de- 
venant jaune-citron. 

Dans les forêts de sapins. Eté, automne. 

P. subsquamosus L. — Chapeau charnu, blanchâtre, aréolé- 
écailleux, tenace. Pores mous, flexueux, blancs. Stipe très gros, 
obèse, dur, blanchâtre. 

Forêts de sapins. Eté, automne. 

P. squamosus Huds. — Chapeau devenant quelquefois énorme 
(AO cent.), ochracé-pâle, couvert de larges écailles appliquées, plus 
foncées et centrifuges. Pores très grands, polygones, imitant les 
alvéoles des abeilles, blancs puis jaunâtres. Odeur agréable. Stipe 
épais, court, réticulé au sommet . 

Peut être utilisé comme comestible lorsqu’il est très jeune. Croit 
imbriqué sur les vieilles souches de noyer, de tilleul, etc. Eté. 

P. umbellatus Fr. — Cette curieuse espèce est formée d’un 
grand nombre de petits chapeaux (3 à 5 cent.) entiers, ombiliqués, 
d’un gris-fauve, portés sur des stipes grêles, cylindriques, libres. 


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tou 

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P, 
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— 288 — v 

et réunis sur une base commune blanche, de manière à former un 
bouquet simulant un gros chou-fleur. 

Ce champignon, d’une saveur très agréable, croit en été au voi- 
sinage des vieilles souches dans les bois ombragés. 

P. frondosus Fr. — Le polypore en bouquet ou Poule des bois 
présente une souche blanche, souvent d’un poids considérable sur 
laquelle prennent naissance un grand nombre de rameaux, qui 
s’allongent, se divisent en s’applatissant et se terminent par des 
chapeaux minces, tournés d’un seul côté, en forme d’éventail, im- 
briqués les uns sur les autres. Leur surface est inégale, ridée, 
écailleuse, gris-fauve. Pores très petits, courts et blancs. Chair 
blanche,* un peu dure, saveur agréable. 

Croît en automne sur les vieilles souches de chênes, châtai- 
gniers, sapins, etc. 

P. cristatus Fr. — Chapeaux entiers ou dimidiés, imbriqués, 
villeux, pulvérulents puis fendillés ou crevassés, verts-jaunâtres 
avec des teintes brunes ou fauves. Pores très courts, blancs puis 
jaunâtres ou fauve-clair. 

Eté et automne, sur les vieilles souches. 

P. sulfureus Bull. — Chapeaux nombreux, très larges, imbri- 
qués, jaune-citron, lavés de rouge-incarnat. Chair jaune-citron, 
puis blanchissant. Pores petits, jaune-soufre. Stipe souvent nul. 
Saveur acidulé. 

Toute l’année sur divers troncs (pommiers). Aliment grossier. 


Genre Flftlullno. 

*# 

Ce genre très analogue aux deux précédents, s’en distingue par 
ses tqbes qui sont libres de toute adhérence entre eux. Il ne ren- 
ferme qu’une seule espèce indigène croissant sur les vieux troncs 
de hêtre et de chêne dans nos forêts. Cette espèce est comestible. 

F. hepatiea Fr. — La Jistuline hépatique , langue de bœuf , a 
d’abord l’aspect d’un tubercule rouge d’ocre, couvert dé papilles 



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de même couleur, qui ne tarde pes à s’allonger et a se dilater pour 
prendre la forme d’une langue qui acquiert souvent de grandes 
dimensions. 

Chapeau charnu, un peu gélatineux, à bords obtus, entiers ou 
légèrement lobés, rouge foncé, jaunâtre ou ochracé. Tubes grêles, 
très serrés mais libres, d’abord blancs puis jaunes-rougeô très. 
Chair molle, zônée, vineuse, ressemblant à de la viande fraîche- 
ment coupée. 

Mangé par tout le monde; mais parfois d’une digestion difficile. 

(A iwtrrr). 


La voie lactée et la création de la lumière 
selon la Genèse 


L’extrait suivant d’une conférence de M. E. Catelan, le savant 
mathématicien-astronome de l’Université de Liège, extrait que 
nous empruntons à la Revue scientifique , donne quelques détails 
piquants et qui intéresseront certainement le lecteur, $ur les cal- 
culs relatifs aux dimensions et à la distance de la Voie lactée, et 
sur la manière dont il convient d’apprécier, d’aprè6 les résultats 
scientifiques, l’histoire de la création des astres et de la lumière, 
selon la Genèse. 

« Les nébuleuses sont des taches diffuses, que l’on aperçoit dans 
les profondeurs du ciel, soit à la vue simple (1), soit avec des lu- 
nettes : ces taches sont des amas d'étoiles (2). Aujourd’hui, on en 

(1) Comme la nébuleuse# A otfromède observée, en 1612, par Simon Marius. 

(2) Cette définition s’applique surtout aux nébuleuses résolubles. Les nébuleuses propre- 
ment dites sont, d’après plusieurs astronomes, des matières phosphorescentes répandues 
dans f univers, et qui , étant condensées , produisent des étoiles. Ar&go, dont l’opinion doit 
avoir un si grand poids, a été conduit à conclure que nous assistons à la formation de véri- 
tables étoiles. 


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compte près de six mille . Et ces mondes sont, au moins, aussi 
riches que le nôtre : telle nébuleuse, dont le diamètre est d’envi- 
ron 10” (1/6 de degré), renferme vingt mille étoiles, tandis que 
notre firmament, comme l’on disait jadis, n’en présente que six 
mille visibles à l’œil nu. 

La nébuleuse qui nous intéresse le plus, parce que, très proba- 
blement, nous en faisons partie, est la zône lumineuse, blanchâtre 
et irrégulière, connue sous le nom de Voie lactée. Cette zône di- 
vise la sphère céleste en deux parties presque égales. Elle y trace 
à peu près un grand cercle, après avoir éprouvé une bifurcation 
aiguë, d’où résulte Varc secondaire qui, après être resté séparé de 
Varc principal dans l’étendue d’environ 120 degrés, se confond 
de nouveau avec lui. La largeur de cette zône varie entre 5 et 16 
degrés. Ses deux branches embrassent plus de 22 degrés sur la 
sphère. 

Les Grecs qui expliquaient tout par des fables, disaient que 
Junon, ayant consenti à donner le sein au petit Hercule, l’enfant 
avait laissé tomber un peu du lait divin. Voici, à ce sujet, la traduc- 
tion de quelques vers latins du P. Commire (1), traduction faite 
par Fontenelle. 


Voyez ces astres dont à peine 
Il parvient jusqu’à nous une faible lueur; 

C'est là ce môme lait qui tomba, par malheur, 

De la bouche du fils d’Alcmène. 

Et comme il eût été perdu , 

Jupiter ménagea ces précieuses gouttes; 

En astres il les changea toutes; 

Et, du chemin de lail , voilà ce qu’on a su. 

Le P. Commire, né en 1625, mort en 1702, doit avoir été un ga- 
lant homme, peut-être même un homme galant. Il appartient à ce 
groupe d’aimables abbés, si nombreux aux deux derniers siècles, 
et dont l’espèce semble perdue. Indépendamment de ses poésies 
latines, dont je ne dirai rien (pour cause), il a laissé le rondeau 
suivant, qui justifie mon appréciation. 

(1) Son vrai nom était Commère. 


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— 280 — 


êCH LA MORT D'UN CHAT. 

Grisct est mort. Une noire furie, 

Des jenx, des ris, des amours ennemie, 

En trahison, a pris ce chat si beau. 

Pleurez, mes yeux, et fondez-vous en eau (1) : 

Vous n’avez plus rien à voir dans la vie! 

Malgré cent tours d’une aimable folie. 

Malgré sa peau tavelée et polie, 

Sa longue queue et son petit museau. 

Griset est mort ! 

De chats mignons une troupe choisie, 

Pour faire honneur à son ombre chérie, 

Toutes les nuits s’en vient, sur son tombeau, 

Verser Je sang d’un rat ou d’un moineau; 

Puis, miaulant d’un air triste, elle crie : 

« Griset est mort! » 

Cette pièce n’a, je le confesse, aucun rapport avec les dimen- 
sions de l’univers ; mais comme elle est jolie et peu connue, j’ai 
pensé que vous accepteriez ce petit hors-d’œuvre. 

Le grand astronome Képler, le philosophe Kant et le géomètre 
Lambert pensaient que la voie lactée pourrait bien être une nébu- 
leuse, à l’intérieur de laquelle nous serions placés. Guidé par cette 
sorte de divination, W. Herschel entreprit, ver6 1780, 1 e jaugeage 
de la voie lactée. Cet immense travail fut accompli en quelques 
années. Dirigeant son télescope vers toutes les parties de la zone 
qu’il voulait étudier, Herschel reconnut qu’elles sont très inégale- 
nïHW^ijphes en étoiles : dans telle partie, le télescope ne montrait 
qu’une U n quart d’heure; dans telle autre, il en faisait découvrir 
non seulement plusieurs centaines, mais jusqu’à 116,000! Ce n’est 
pas tout . ; Herschel conclut de ses observations que la voie lactée 
renferr ne au moins cinquante millions d’étoiles, cinquante millions 
de soleils, analogues aux nôtres! « Ces résultats numériques, dit 
Aragf*) ? son j vraiment prodigieux. • Mais allons plus loin. 

L>ne considération géométrique bien simple prouve que, 1res 

CS 1 ) Vers du Cid. 


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— 237 — 


probablement, la distance de la terre aux limites de la nébuleuse 
lactée , dans une direction donnée , est proportionnelle à la racine 
cubique du nombre d’étoiles aperçues dans cette direction. Cette 
distance varie donc au moins dans le rapport de 1 à 50; d’autres 
observations donnent le rapport de 1 à 100. 

En résumé, d’après le travail d’Herschel, la voie lactée se com- 
pose de deux couches très minces, presque parallèles, ayant la 
forme d’une paire de meules, s’étendant à des lointains incalcu- 
lables, et dont notre soleil occupe à peu près le centre ; les dis- 
tances de cet astre aux limites de la voie lactée varient entre 58 
fois et 500 fois sa distance à celle du Centaure . La lumière de 
cette étoile employant environ trois ans à nous parvenir, il faut 
près de trois mille ans pour qu’un rayon lumineux, parti d’une 
limite extrême de notre nébuleuse, arrive à la limite opposée. 

Si l’on admet, ce qui semble assez naturel, que les dimensions 
absolues des diverses nébuleuses ne soient pas très différentes les 
unes des autres, on peut se demander à quelle distance de notre 
soleil est placée une nébuleuse ayant un diamètre apparent donné, 
par exemple 10”. Pour qu’un objet sous-tende un angle de 10”, il 
faut qu’on en soit éloigné de 334 fois sa plus grande dimension, sa 
lumière ne nous parviendrait qu’en 334 fois 3,000 ans, c’est-à-dire 
en plus d'un million d'années . Ce résultat, qui effraie l’imagina- 
tion, est probablement au-dessous de la vérité. 

Ici se présente un dilemme assez piquant : 

L’un des premiers versets de la Genèse est ainèï conçu : 

« Dieu dit : Que la lumière soit ; et la lumière fut. » 

Si les gigantesques becs de gaz, appelés étoiles, ont été allumés 
instantanément, l’être pour qui ces becs brûlaient les a vus, non à 
la fois, mais les uns après les autres. Que dis-je? Des millions 
d’étoiles, peut-être sont encore invisibles aujourd’hui, parce que 
leur lumière n'a pas eu le temps d’arriver jusqu’à nous. 

Si, au contraire, Adam, armé d’une bonne lunette, a pu contem- 
pler, le jour même de sa naissance, toutes les étoiles visibles au- 
jourd’hui, c’est que, pendant des milliers et des millions d’années, 
Jéhovah les avait successivement allumées ! 

Je ne me charge pas de conclure, et je renvoie la question aux 


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— 288 — 

théologiens : vous savez qu’ils expliquent tout,.... à la Façon des 
anciens. 

Tels sont messieurs, les objets dont je voulais vous entretenir 
dans cette conférence amicale. Malgré mon infériorité sur un sujet 
qui ne rentre pas dans mes études habituelles, le but que j^avais 
en* vue sera atteint, si j’ai pu vous intéresser, si j’ai pu vous ins- 
pirer le goût d’une science grandiose, à la fois poétique et philo- 
sophique, d’une science que Laplace, dans son admirable langage, 
caractérise ainsi : 

« L’astronomie, par la dignité de son objet et par la perfection de 
ses théories , est le plus beau monument de l’esprit humain , le 
titre le plus noble de son intelligence. Séduit par les illusions des 
sens et de l’amour propre, l’homme s’est regardé longtemps comme 
le centre du mouvement des astres, et son vain orgueil a été puni 
par les frayeurs qu’ils lui ont inspirées. Enfin, plusieurs siècles de 
travaux ont fait tomber le voile qui cachait à ses yeux le système 
du monde. Alors il s’est vu sur une planète presque imperceptible 
dans le système solaire dont la vaste étendue n’est elle-même 
qu’un point insensible dans l’immensité de l’espace... Les résultats 
sublimes auxquels cette découverte l’a conduit sont bien propres 
à le consoler du rang qu’elle assigne à la terre, en lui montrant sa 
propre grandeur, dans l’extrême petitesse de la base qui lui a servi 
pour mesurer les cieux (1). Conservons avec soin, augmentons le 
dépôt de ces hautes connaissances, les délices des êtres pensants. 
Elles ont rendu d’importants services à la navigation et à la géo- 
graphie; mais leur plus grand bienfait est d’avoir dissipé les 
craintes produites par les phénomènes célestes et détruit les er- 
reurs et craintes qui renaîtraient promptement, si le flambeau des 
sciences venait à s’éteindre. » 

Je viens de nommer Pascal. Permettez-moi de finir par le plus 
beau mot, peut-être, que cet immortel génie ait jamais écrit : 

« Travaillons à bien penser : voilà le principe de la morale. » 

(1) Pascal a dit : « Quand l’univers l’écraserait, l’homme serait encore plus noble que celui 
qui le tue. parce qu'il sait qu’il meurt. » 


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— m — 

LA CURE AUX RAISINS* 

Cédant au si pressant empire qu’exerce chei nous la mode, c’est 
presque toujours en Suisse que nous allons, comme Ton dit, faire 
ixne cure aux raisins. 

On semble, en France, ignorer les ressources de notre pays. 
Pourquoi, par exemple, le parisien qui traverse notre beau Jura 
ne s’y arrêterait-il pas? Nos raisins sont, en général, d'une qua- 
lité bien supérieure à ceux de la Suisse, qui nous demandait autre- 
fois presque tous ses vins ; l’aspect pittoresque de nos montagnes 
i*e le cède souvent même pas à celui de 4a Suisse. 

QhôIb sont les avantages de la cure aux raisins, qui n’est pas, 
comme on a pu le croire quelquefois, sans une véritable efficacité. 

Voici, à cet égard, ce que nous lisons dans le Moniteur d* horti- 
culture ; cet intéressant article est signé D r Bourgeois. 

« L’observation attentive des résultats de la cure aux raisins et 
le contraste de la science appliqué à ses effets physiologiques ont 
fait reconnaître que les acides malique et tartrique, libres ou com- 
binés à l'état de sels doubles de potasse, se décomposent pendant 
l'acte de la nutrition et qu'il en résulte un bi-carbonate de potasse, 
éliminé en grande partie par les reins, au point que l'urine, plus 
abondante, devient neutre ou alcaline. 

t La cure de raisin est donc, un traitement akalin y aussi puis- 
sant qu'inoffensif. 

« D’après cela il est facile de concevoir que cette cure sera utile 
dans la dyspepsie, dans les maladies chroniques du foie, accom- 
pagnées ou non do jaunisse, dans les coliques contraires, les cal- 
culs hépatiques, dans les engorgements du foie et de la rate, suite 
de fièvre intermittente, dans la constipation habituelle, les hémor- 
roïdes, dans le scorbut, dans la goutte. 

« Veffet de la cure de raisin se fait sentir sur l'ensemble de la 
santé : l’appétit augmente, les fonctions digestives s'accomplissent 
plus rapidement, les mouvements sont plus faciles, les forces sem- 
blent augmenter, on supporte mieux la fatigue. » 

Cette cure aux raisins commence avec la maturité du fruit, cer- 


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— 240 — 

taines Variétés de fruits sont bien préférables à d’autres ; ainsi, 
dans le Jura, un rajsin qui, lorsqu’il est bien mûr, est supérieur, 
comme saveur agréable, à tous les plants, c’est le poulsard . Nous 
avons, dans le Jura, bien d’autres excellents raisins encore, comme 
le sauvagnin, le pineau ou noirin, etc., mais le poulsard qui es: 
très abondant dans le Jura, est encore supérieur à tous ces raisins 
comme fruit de dessert. 

On doit, en mangeant le raisin, rejeter la pellicule et les pépins. 
On peut commencer par un demi-kilog. en trois fois, matin, midi 
et soir, entre les repas; arriver ensuite à un kilog. et aller progres- 
sivement jusqu’à cinq ou six kilog. par jour. Aux repas, Talimen- 
tation sera réglée d’avance par le médecin consulté, et ce, sui- 
vant la nature de la maffidie. En général, ne sont pas exclus du 
régime les viandes de toute nature, le vin, le thé, le café. L’exer- 
cice au grand air, les promenades sur les montagnes, les distrac- 
tions de toute nature, sans fatigue, sont des adjuvants nécessaires 
à la cure aux raisins, qui peut durer environ deux mois, septembre 
et une partie d’octobre. 




LES VINS DE MARC 

C’est ainsi que M. Aimé Girard a proposé, dans la séance de 
l’Académie des sciences du !•' août, de désigner les vins faits avec 
de l’eau sucrée et des marcs de vendange. Un autre membre de 
l’Académie, M. Frémy, beaucoup moins favorable à ce genre de 
boisson, à laquelle il ne veut reconnaître aucune des propriétés du 
vin, a dit, au contraire, qu’il convenait de lui conserver le nom, 
déjà trop honorable peut-être de a piquette. » 

La note soumise à l’Académie des sciences par M. Aimé Girard 
et les nombreuses expériences faites dans la Saintonge nous ont 
convaincu que ce n’est point une simple piquette, mais bien de 
vrai vin que Ton obtient en mélangeant quand le premier vin est 


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tiré, une certaine quantité d’eau sucrée avec le marc* avec la râpe, 
comme on dit chez nous. . 

M. Aimé Girard s’est livré à ce sujet à des études approfondies, 
à des analyses multipliées qui ont jeté un grànd jour sur cette 
question qui intéresse au plus haut point les producteurs et les 
consommateurs. Voulant connaître la composition chimique de cette 
boisson* et la comparer avec celle des vins ordinaires, M. Aimé 
Girard a tenu à préparer lui-même les vins qu’il voulait étudier, et 
l’année dernière, aux mois de septembre et d’octobre, il a fait 
venir du Bordelais, de la Bourgogne, de l’Hérault, du Cher* de l’I- 
sère, des marcs de vendange pour les mélanger, dans certaines 
conditions, avec de l’eau sucrée. La fernffcntation s’étant régulière- 
ment accomplie, sans aucun trouble, en un temps qui a varié, sui- 
vant les mélanges, de sept à dix jours, l’habile opérateur a ensuite 
analysé tous les liquides obtenus, et , après un long *et minutieux 
travail dont je ne puis vous donner tous les détails, il a pu con- 
clure ainsi devant l’Académie des sciences : 

« En résumé, les vins obtenus par la fermentation du sucre en 
présence des marcs de vendange, vins auxquels il convient de 
donner le hom de « vins de marc , » ont une composition âséèz 
régulière pour qu’on puisse la considérer comme un produit com- 
mercial défini ; la composition de ces vins leur assigne des qualités 
alimentaires et hygiéniques équivalents aux deux tiers, à la moi- 
tié, dans les cas les plus favorables, des qualités des vins ordi- 
naires ; cette composition est telle enfin que, préparée avec soin à 
la richesse de 9 à 10 0 /q d’alcool, ces vins de marc constituent une 
boisson éminemment utile et recommandable, dont le prix de re- 
vient ne dépasse pas actuellement 20 à 22 francs l’hectolitre, et 
s’abaisserait à 17 ou 18 fr. s’il était possible de réduire, au grand 
bénéfice de notre agriculture, l’impôt du sucre à 25 fr. les 100 kilo- 
grammes. 

Les vins de marc ont moins de tartre, moins de tannin, moins 
de matières colorantes que les vins ordinaires, ce qui constitue 
leur infériorité, et il ne faudrait pas croire que le séjour plus pro- 
longé de l’eau sucrée avec le marc soit de nature à enrichir le vin; 
c’est le contraire qui se produit, et il résulte des expériences faites 
par M. Aimé Girard que le vin s’appauvrit, en abandonnant peu à 

16 


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— 242 — 


peu au marc une partie du tartre, da tahnia et de fo'riiatière colo- 
rante, quand on prolonge la cuvaison au-delà desUimites ordi- 
naires. 

Il résulte donc de la communication faite à l’Académie des scien- 
ces par M> AiméiGirard que le vin de marc peut être utilement et 
honnêtement livré à la consommation ornais il est bien entendu que 
le fabricant et le marchand devront toujours prévenir l’acheteur 
de la nature de la marchandise vendue. Car je- voudrais qu’ôn pût 
dire un jour, en rappelant une phrase historique : Si 1* bonne foi 
était bannie du reste de la terre, eUe se trouverait encorte dans la 
conscience des marchands de vin. . • • i 

* ! Henri Giraud. 



REVUE DES JODBWX SCIEItTIFlûüES ET AÏKICOIES 


Composition du sang 

M. B. Decugis, dans son livre sur les tourteaux de graines oléa- 
gineuse 8, dit : 

« Au point de vue chimique, le sang contient : 

« 1° de 70 à 80 p. 100 d’eau. 

« 2° Des matières albumines ou protéiques, c’est-à-dire aptes à 
prendre, sous l’influence vitale, une foule de formes diverses, sui- 
vant les organes qui se les sont appropriées. Ce sont : 1° l’albu- 
mine, matière analogue au blanc d’œuf ; 2° la fibrine, que l’on peut 
séparer du sang, sous forme de filaments blancs, en fouettant ce- 
lui-ci avec une verge faite avec des brins d’osier; 3° l’hématosine 
ou matière colorante rouge, laquelle contient 6 ou 7 p. 100 de fer. 
Ces trois substancès, riches en azote, puisqu’elles en contiennent 
environ 16 centièmes, sont les principes plastiques du sang. 


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— ni — 

c 8° Des suhistârtces grasses et sucrées forcées fie carbonné, 
d’hrydrogêtié et d’oxygène. 

« 4° Des principes minéraux (sel marin, chaux, magnésie, soude i 
potasse, fer, acide phosphoricpie q l’état de phosphate), clans la 
proportion de 1,26 â 1,50 p.100. Ces substances sont indispensa- 
bles à la vie. 

4 5° Des ga 2 j. (acide carbonique, azote, oxygèpe), Le sang^arté- 
riel contient deux fois plus d’oxygène que le sang veineux. 

*6° Enfin, il existe encore dans le sang d’autres matières orga- 
niques-, en proportions variables (urée, acide urique et hippurique, 
créatine, canthine, etc.); elles proviennent des transformations 
éprouvées par les principes précédents. Ces substances usées, 
pour ainsi dire, sont destinées à être éliminées par les diverses 
voies de Téconomie, et le sang les transporte dans les organes 
chargés de cette élimination. » 

Le sang, c’est à la fois l’aliment et le moteur de la mactii/ie ani- 
male : c’est par lui que tout se produit, s’utilise et s’éljmine. C’est 
donc sur l’étude du sang et des éliminations que doit se baser une 
théorie de l’alimentation. Aliments, sang, fèces : cela résume tout. 
C’ést là qiië noirs devons apporter nos balances, c’est lq ce qu’il 
faut étudier avec persévérance , c’est la qu^est la lumière et la vé- 
rité. A quel plus bas prix peut-ôn produire le sang nécessaire au 
travail, à la croissance, à l’entretien ? Quels sont les principes in- 
dispensables d’une alimentation rationnelle? — Voilà notre ques- 
tion posée. 

(Bulletin delà Société agricole). 


Le Mildew (Peronospora viticola, de Barrv) 

Gomme si ce n’était pas assez pour la viticulture d’avoir à com- 
battre, après l’oïdium, l’anthraenose, la pyrale, etc., le plus terri- 
ble des ennemis de la vigne, le mildew, est venu envahir récem- 
ment les vignobles de la France et aussi de presque toute l’Europe. 

Sa description . — Avant l’apparition manifeste du mildew à la 


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— 244 — 


face inférieure des feuilles, car c’est sur cette face qu’on l’observe 
presque exclusivement, le parenchyme apparaît taché, par plaques, 
de couleur jaunâtre. Peu de jours après, se montre sur ces taches 
une végétation cryptogamique à aspect feutré, de couleur blanche 
cristalline qui passe au gris terne, une fois arrivée au terme de 
son développement. Le mycélium de ce cryptogame s’accroît 
dans l’intérieur même de la feuille en thalles filamenteux très dé- 
liés, sorte de suçoirs, qui se nourrissent du contenu des cellules 
et les épuisent. 

Il est d’autres lljàmdnts dont la présence se manifeste à l’exté- 
rieur des feuilles, ce sont les filaments fructifères, prenant comme 
points de sortie les stomates. C’est cette particularité qui explique 
pourquoi, sur la feuille, on observe constamment le mildew à la 
lace inférieure. 

Ces filaments fructifères sortent en nombre variable du même 
stomate, le nombre le plus faible que j’ai observé a été trois, et 
sont divisés en rameaux, ramuscules terminés par des spores as- 
sexués, ovoïdes, à enveloppe transparente et à l’intérieur granu- 
leux avant la germination, de dimensions plus ou moins grandes. 

Outre ces spores agames produisant des zoospores, le mildew a 
un second mode de. reproduction, puisqu’il donne naissance à des 
spores sexués ou zoospores qui , enfermés dans une enveloppe 
épaisse, ôogonè, passent l’hiver sans germer afin de reproduire 
l’espèce l’année suivante. 

M. Millardet, professeur de botanique à la Faculté des sciences 
de Bordeaux ayant observé, le premier en Europe, lesdites zoos- 
pores, je lui en emprunte la description. 

« On les découvre, dit- il, -dans les endroits desséchés de la 
feuille, surtout au voisinage des nervures. Sur des coupes conve- 
nables, les points où elles sont plus nombreuses se font recon- 
naître par leur saillie et par une épaisseur plus grande de la feuille 
«pie dans les points voisins. Elles sont souvent sur deux ou trois 
couches d’épaisseur, un peu plus fréquentes dans les parties supé- 
rieures du tissu (tissu eu palissade) que dans les parties infé- 
rieures (tissu caverneux); il semble même qu’il puisse s’en trouver 
quelquefois à la surface de l’épiderme. Leur forme est sphérique, 
la membrane presque incolore est lisse transparente. Elles varient 


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- 245 - 

pour la grosseur entre 25 à 80 millièinès de 'millimètre. LVôgone 
qui lès renferme est irrégulièrement pyriforme; sa membrane lé- 
gèrement épaissie, ondulée et finement ponctuée, se trouve colorée 
en brun très clair. » 

« À .... Les feuilles sont jeunes, d’un vert jaunâtre, tendres et 
souvent destinées à s'accroître encore. 

«Les taches de mildew sont arrondies et blanches ; la partie 
supérieure de la feuille est d’abord un peu jaunâtre; elles déter- 
minent le brunissement et le dessèchement de cette partie; la 
feuille peut, dans son accroissement ultérieur, se crisper ou meme 
« se déchirer. 

« B.... Les feuilles sont adultes, d’un vert assez foncé, ou revê- 
tant déjà la teinte automnale; elles sont coriaces. 

c b { .... Les taches sont isolées.... Les taches sont en général 
polygonales, limitées aux nervures petites ou grandes; le tissu de 
ces nervures est sans méat, et le mycélium ne les a pas franchies. 
Elles sont foncées, brunes, ou d’abord plus vertes que le fond ; le 
mycélium y est généralement demeuré vivant çt peut encore émet- 
tre des spores, propriété très dangereuse par les temps humides. 

« La feuille est comme mouchetée ; cette apparence est très spé- 
ciale, plus visible à la face supérieure. 

« Sur la feuille âgée, les taches se rapprochent des nervures 
principales et de leur point de réunion. 

, c Les taches sont confluentes.... Les taches précédentes s’en- 
tourent d’une auréole de tissu desséché, ce qui en modifie l’appa- 
rence générale ; mais les mouchetures sont plus foncées que le 
fond desséché qui occupe souvent l’extrémité des lobes ou la base 
des nervures principales. 

« Des coupures transversales de la feuille montrent que dans 
ces différents cas le tissu est entièrement frappé de mort. Une 
partie importante du limbe est ainsi détruite; souvent le pétiole se 
désarticule et tombe. » 

Quoi qu’il en soit, l’aspect général d’une vigne atteinte de inil- 
dew est caractéristique. Les feuilles paraissent passées à la 
flamme; aussi les vignerons étaient-ils unanimes à attribuer à un 
coup de soleil la chute précoce des feuilles observée en septembre 
1880. 


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- m - 


Caractères qui différenciant le miidew de fpidium et de Veri - 
néum , — -L’oïdium présente u,ne végétation feutrée de oouleur 
mate, d’un gris terne, et non d’un aspect brillant comme le miidew. 
Le feutrage de ce dernier a une épaisseur plus* forte que celle de 
l’oïdium. Celi,ii-ci s’observe indistinctement sur les deux faces des 
feuilles, tandis qu’il en est autrement pour le miidew, Dç plus, 
quel que soit le temps qui s’écoule entre l’apparition du mal et le 
moment de l’observation, jamais les organes foliacés atteints d’oï- 
dium n’ont les apparences de feuilles brûlées. Tout organe attaqué 
par VErtjsiphe tuclceri a une odeur de moisi qui fait complètement 
défaut aux feuilles mildiouées. Enfin, le mycélium de l’oïdium ne 
pénètre jamais dans l’intérieur des tissus végétaux sur lesquels il 
se développe. » 

Outre l’absence d’aspect cristallin propre au miidew, l’érinéum, 
feutrage produit par la piqûre d’un petit acarien (genre phytoptus ), 
dont la présence n’est constatée qu’à la face inférieure des feuilles, 
est surmonté d’une petite ampoule, très apparente à, la face supé- 
rieure, tandis que la partie de celle-ci, correspondante aux taches 
du miidew, est toujours plane. De plus, l’érinéum ne produit ja- 
mais l’altération en tissu cellulaire au point de provpquer la perfo- 
ration des feuilles comme le miidew. 

Paul Oliver. 

(Bulletin de la Société des agriculteurs de France ). 


De la préparation des fruits à l’eau-de-vip 

Voici le moment ou les ménagères se livrent à la confection des 
fruits à l’eau-de-vie. 

i 

Les préparations qui suivent et qui sont d’ailleurs d’une exécu- 
tion facile, ont l’avantage de procurer à toutes les époques de l’an- 
née des desserts jprécieux , agréables et variés. Elles fournissent 
en meme temps des ratafias propres à remplacer les liqueurs de 
table. 


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Les fruits bien préparés peuvent être conservés dix-huit mois 
ou deux ans. Pour cela , on doit, les, mettre de préférence, dans de 
petits bocaux , attendu que la fermentation s’établit plus difficile- 
ment sur une petite masse que sur une grande. Les bocaux doi- 
vent être tenus bien bouchés, aftri que les principes spiritueux de 
l’êau-de-vie ne s’évaporent pas, et déposés dans un lieu plutôt 
frais que chaud, pour empêcher la fermentation. Mais en supposant 
que cet agoni destructeur les respecte, la macération qui continue 
toujours finit par les ramollir et les réduit en marmelade au bout 
d’un certain temps. 

Blanchiment des fruits. — On fait subir cette opération à cer- 
tains fruits^ tels que abricots, pêches, poires, coings, prunes, etc., 
quç l’on veut conserver à l’eau-de-vie ou au sirop. 

Cottô légère cuite, qu’on nomme le blanchiment, enlève aux 
fruits, du moins en grande partie, le principe acerbe, acre ou trop 
aromatique contenu dans la plupart d’entre eux, et concourt à leur 
çorçserver, lu forrpe et la couleur. 

Ces fruits doivent ptre cueillis un peu avant la maturité. Sans 
leur donner le temps de se dessécher ou de se ramollir, on les es- 
suie bien avec un linge, ayant soin de ne pas les endommager. A 
mesure qu’on les essuie, on les pique jusqu’au cœur avec une ai- 
guille, tant pour empêcher que la peau ne crève que pour les ren- 
dre plus promptement pénétrables au liquide, et on les jette dans un 
baquet d’eau froide. 

Cette opération étant terminée, on les retire avec une écumoire 
pour les mettre tous ensemble dans un chaudron d’eau bouillante, 
assez grand pour recevoir tous le même degré de chaleur et trem- 
per également, sans quoi les parties qui sc trouveraient exposées 
à l’air deviendraient noires. On entretient un feu vif. Lorsque les 
fruits sont un peu ramollis, on enlève le chaudron du feu et , avec 
l’écumoire, on les jette aussitôt dans l’eau la plus froide et la plus 
crue possible. Ce changement subit de température redonne aux 
fruits un peu de fermeté et leur fait reprendre leur couleur natu- 
relle , qui avait disparu lorsqu’ils étaient plongés dans l’eau 
chaude. 

Les fruits étant refroidis , on les range sur un tamis ou sur un 


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— 248 — 


linge propre pour les faire égoutter; une fois bien égouttés, on les 
traite comme il est dit à chaque recette. 


Cerises . 

Les cerises les plus grossès, les plus agréables à manger, et les 
griottes surtout sont celles qui conviennent le mieux pour être 
mises à l’eau-de-vie. Comme tous les fruits destinés à cet usage, 
on les cueille au moment où elles vont être mûres. On ne prend 
(jue celles qui sont belles, fermes, et qui n’ont pas de meurtris- 
sures. On leur coupe les 2/3 de la queue, on les pique en trois ou 
quatre endroits avec une épingle, et on les met dans un bocal. On 
verse dessus, de manière à tout couvrir, de la bonne eau-de-vie 
dans laquelle on a déjà fait dissoudre, à froid, de 100 à 120 gr. de 
sucre pour chaque litre. 

On peut également, si on le préfère, préparer un sirop cuit au 
perlé, que l’on coupe, lorsqu’il est froid, avec deux parties d’alcool 
contre une de sirop ; on couvre les cerises avec ce mélange. 

On peut encore mélanger deux parties d’alcool , une de suc de 
cerises, avec 100 à 120 gr. de sucre pour un litre; on verse cette 
liqueur sur les cerises. 

Quelque procédé que l’on suive, si l’on veut aromatiser les fruits, 
on y met un peu de cannelle ou de girofle. 


Coings . 

Prenez de beaux coings bien mûrs , enlevez-en délicatement la 
peau et mettez-la aussitôt macérer dans l’eau-de-vie. Coupez les 
fruits par quartiers, ôtez-en le cœur et mettèz-les tremper dans 
l’eau en attendant que tous soient préparés. Faites-les cuire en- 
suite à petit feu dans un bon sirop. A mesure que les quartiers flé- 
chissent, retirez-les avec l’écumoire et rangez-les dans une terrine; 
clarifiez le sirop en le faisant recuire, et jetez-le bouillant sur les 
fruits. Au bout de 24 heures, rangez les quartiers dans le bocal et 
mélangez le sirop avec l’eau-de-vie dans laquelle ont infusé les 


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peaux. Ce mélange doit se faire dans la proportion de deux parties 
d’eau-de-vie contre une de sirop. Filtrez le mélange et versez-le 
sur les fruits qui doivent baigner entièrement. 


Pêche s. 


On les cueille dans les mêmes conditioqs, et on les prépare de la 
même manière que les abricots. 


Poires . 


Les poires de Rousselet de Reims, et les autres espèces de même 
goût et d’un petit volume , sont celles que l’on doit préférer. On 
les choisit avant leur complète maturité , on leur enlève la peau 
ainsi que l’extrémité dé % queue, et ôh les jette dans l’eau fraîche 
afin qu’elles ne noircissent pas. 'Après qu’elles ont trempé une 
demi-heure, on les met blanchir dans la bassine sur le feu, et dès 
qu’elles fléchissent sous le doigt, on les dépose avec l’écumoire 
dans l’eau bien froide. 

Lorsqu’elles se sont bien refroidies dans cette eau, que l’on re- 
nouvelle au besoin, on les met égoutter sur un tamis et on les range 
une à une dans le bocal, de manière à laisser le moins de vide pos- 
sible. On tiendra tout prêt un sirop cuit à la nappe, dans lequel on 
aura mis infuser, pendant qu’il était encore bouillant, les peaux des 
poires. Lorsque ce sirop est refroidi, on y ajoute deux parles d’eàu- 
de-vie contre une de sirop. On filtre le mélange et . on le verse sur 
les fruits. 

Prunes. 


On emploie de préférence les reines-claude blanches ou violettes, 
mais les mirabelles, les perdrigons et les dames auberts peuvent 
aussi être employées. On les cueille et les traite absolument comme 
les abricots et les pêches. 


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— *60 — 


Raisiné* i . . / • 

1 • 1 ' - ■** '■ - •’ • • r 

Le muscat est, sans contredit, le meilleur, mais néanmoins cer- 
taines autres qualités peuvent être. utilisées ; on choisit pour cela 
les meilleurs raisins, les plus gras, et on les prépare en tout comme 
les cerises. 

Nota. — J^es fruits qui ont été blanchis sont toujours plus déli- 
cats et plus fins. Néanmoins, si l’on ne vpqt pas sc donner la peine 
de les blanchir, on peut s’en dispenser, mais on aura soin pour tout 
le reste de procéder selon qu’il est dit à chaque formule. 

Journal de la Vigne. 


* u * * 1 * - ' • • - ■ - ! ' i ■ , - i | ' ' i î - ! * ! 

</ !)' • ' 1 ’ H •il*’ 

i Le fromage, artificiel 

• ' • 1 ’ ' 1 , ' * - * t * " ■ i ' 

^.qVlphqufle K^rr, après avoir énuméré toutes les substances qui 
payent servir à, fabriquer , du yin à Pari.i, terminait en disant : 
« Il entre dans la composition de ce liquide tant d’ingrédients diffé- 
rents que je ne serais pas éloigné de croire qu’on y mette quelque- 
fois un peu de raisin. » 

Cette boutade, du spirituel auteur des « Çuèpes 9 perd tous les 
jpurs dayantàge son caractère paradoxal*. . tlJ f 

Nous pourrons bientôt dire atfssi que le beurre-ol de fromage 
(fu’ori y vendj 90 ' composent de diverses substances chimiques aux- 
quelles vierit s'ajoutorfmèiineiquelquéfois un peu de laitage. 

Ou sait que l’oléomargarine s’obtient en soumettant à la pres- 
sion, du suif chauffe à une certaine température. On ajoute en- 
suite à cette substance 10 O/o de lait et on baratte le mélange pour 
arriver à ce produit que les Américains appellent c Butterine » 
et qui e$t désignée généralement en Europe, d’après son consti- 
tuant principal, sous le nom (l’oléomargarine qu de beurre d’oléo- 
margariue. Ce « beurre artificiel » est exporté des Etats-Unis en 
quantité immense. Déjà dans l’année 1879-1860 il en était sorti de 


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- 261 — 

ce pays 19,000,000 do livres, sans parler de ce qui s'était glissé au 
travers des douanes sous la dénomination trompeuse de beurre . Il 
ç$$ ( probable # selpn les statisticiens , que l’exportation a atteint* âc- 
tqèllçment $0 k millions -de livres par.an, Du rente, foléomatlga- 
rioç im nous vient, pas seulement de bautre côté de l’ Atlantique ; 
l’Europe s’est mis à confectionner ce produit pour son compte* 
D’après lp$ quantités de cette substance qui se fabrique à Paris 
et qui se çonsomme sur place, nous estimions récemment que 
le tiers mêpie de la population de, cette capitale doit consommer ce 
t succédané dp beurrç . Enfin, pour prendre un cxQniple plus près 
de nous, rappelons que ces derniers jours les annonces des jour- 
naux ds Genève nous révélaient l’existence en Suisse d’une, fabri- 
que qui a la franchise de vendre le beurre d’oléomargaifine sous 
son vrai nom. . t 

Mais ce n’est .pas tout. Les Américains ont fait un nouveau pas 
dans cette voie d’imitation. Ils ontdécouvertqü’au moyen d’un mé- 
lange d’oléomargarine et de lait écrémé (blue skim mitk) on peut 
arriver à- ua produit qui, désaveu même de M. Jenkens, secré- 
taire de la Société royale d’agriculture d’Angleterre, est une excel- 
lente imitation du fromage connu sous le nom de « Américan 
Cheddar. » La. contrefaçon est si parfaite que des experts anglais 
ont déclaré à M. Jenkins que s’ils n’avaient pas été prévenus, ils 
auraient été dans l’impossibilité de distinguer le fromage d’oléo- 
margarine du fromage américain naturel. D’après leur estimation 
le nouveau produit vaut, en gros, de 65 à 70 fr. le quintal (112 liv. 
anglaises) et au détail, de 80 è 90 centimes la livre* > < •' 

Le fromage américain (naturel) est un article* qui se vend en 
Angleterre en quantité considérable ; la Grande-Bretagne importe 
chaque année pour une valeur de 125 millions de francs de fromage 
et la moitié au moins de eette somme est représentée par des fro- 
mages provenant des Etats-Unis sous le nom de « Américan Ched- 
dar, Américan Gheshire, Américan Stilton, etc. » Ainsi, après le 
vrai Stilton^p^q ^rpl Cbe^ejq.^j^glais.çn 4yyu les Ches- 

ter et les Stilton américains, expressions qui correspondent à celle 
du Gruyère italien et de champagne >j^ud 0 |i£. Aujourd’hui, ppr une 
nouvelle transformation, ou, arrive à une imitation de Chçstçr amé- 
ricain. Cela rappelle tpuf-à-fait le couteau de Jeannot qui était 


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— *62 — 

toujours le même couteau bien qu'on y eût remis d'abord une lame 
et ensuite un manche. 

Pour être juste envers le fromage artificiel nous devons dire que 
le Docteur Voelker, chimiste de la Société royale d’agriculture 
d’Angleterre l’a examiné et a déclaré qu’H constitue une nourriture 
pafaitement saine. 

On peut admettre, semble-t-il, que si les proportions de lait 
écrémé et d’oléomnrgarine sont bien gardées , la composition en 
question ne doit différer que de très peu de chose de celle des 
meilleurs fromages anglais, qu’elle l’ emportera ^au point de vue 
nutritif sur les fromages maigres (skim milk cheeses) ordinaires, 
et même sur les variétés les plus estimées du Gruyère et du Par- 
mesan . Il lui manquera toujours, il est vrai, les corps gras spé- 
ciaux au lait, tels que la butyrine, etc., dont la décomposition déve- 
loppe le fumet particulier à certains fromages de qualité supé- 
rieure. Les corps gras de l’oléomargarine étant des composés plus 
stables, les fromages artificiels dans lesquels ils entrent en très 
grande proportion , se mûriront , ou comme nous le disons, se fe- 
ront moins vite et n’acquerront jamais le bouquet du vieux Stilton 
ou du vieux « Persillé. » 

Nous laisserons aux hommes compétents à discuter los consé- 
quences que cette nouvelle contrefaçon doit avoir sur notre agri- 
culture et notre industrie fromagère. Il nous semble que dans les 
conditions qui nous sont ainsi faites, nos fromageries doivent cher- 
cher à produire les variété^ des fromages jusqu’à présent impos- 
sibles à imiter. Là, du moins, elles trouveront des prix de vente 
élevés et une concurrence moins redoutable. A. .H. 

(Journal d’agriculture suisse). 


Moyens de détruire le chiendent 

Je lis dans le n° ‘du 11 juillet la question suivante : Quel est le 
meilleur moyen de détruire le chiendent? 

Jusqu’à présent, plusieurs méthodes ont été mises en pratique 


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— 2&S — 

pour extirper cette, vilaine plante, appelée vulgairement Gramon. 
Les uns, ce sont les plus nombreux, l'arrachent avec le fo6soir, et 
après l’avoir laissé sécher quelques jours au soleil, le mettent en 
tas et le brûlent. D’autres, par plusieurs labours exécutés par des 
temps secs, suivis de vigoureux hersages, parviennent à l’extirper 
plus ou moins bien. D’autres encore cherchent à l’étouffer, en 
semant des vesces, de l’avoine fortement fumée, etc. Tous ces 
moyens sont plus ou moins bons, mais nécessitent beaucoup de 
main-d’œuvre. Une réflexion qui m’est venue, en voyant mon voi- 
sin, lequel avait un champ, littéralement couvert de chiendent et 
qui se disposait à le labourer pour l’ensemencer en avoine , il y 
mit une forte fumure , le laboura et la pluie étant survenue avant 
qu’il ait eu le temps de le semer, en quelques jours il fut comme 
un pré, ce qui le décida à le laisser. Il y donna un hersage et au 
moment de la récolte des foins, ce champ avait une bonne récolte 
de fourrage. Depuis cette époque, pendant plusieurs années, il y 
vint de magnifiques fourrages. A la cinquième année, le champ fut 
labouré après fenaisons, et relabouré en automne plus profondé- 
ment. Il y vint l’année dernjère un supèrbe froment; cette année 
eneore, un deuxième blé est de toute beauté. 

Mais la chose la plus curieuse, c’est que le chiendent a entière- 
ment disparu. Que conclure de ceci? A mon avis, je crois que le 
chiendent est comme les autres plantes. Par exemple , prenez le 
blé, le sainfoin, le trèfle, etc. Semez trois ou quatre années consé- 
cutives du blé sur le même champ, il finit par ne plus produire. Il 
en est de même du sainfoin et du trèfle. 

Donc, lorsqu’un champ est trop ensemencé de chiendent, en y 
donnant une double fumure, un labour moyen, suivi d’un bon her- 
sage, semer ensuite une graminée de peu de végétation, pour 
laisser le champ libre au chiendent ; la flouve odorante, par exem- 
ple; je crois que, au bout de quelques années, cette mauvaise 
plante, ayant pu se développer à son aise., et ainsi tirer du sol 
toutes les substances nécessaires à son existence, une fois qu’elle 
ne rencontre plus ces substances en assez forte proportion , elle 
.périclite et finit par se détruire d’elle-même. C’est la seule con- 
clusion que je puisse tirer de l’expérience faite par mon voisin. Je 
puis même ajouter que dans un autre champ qui avait été traité de 


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— 264 « 

la v même’ manière, ensemencé ensuite en siinfothVcetlë èrtiaéë'ii 
était splendide et aussi pur qu’en peut le désirer: lK ‘ 

Voici ce que* je cônseillë aux agriculteurs qui tiennent à avoir 
leuTs bHëmps propres et exempts de mauvaises herbes. 

. i , î • r • • , ■ - - • • * ■ 1 « * -• ' * * 1 • * ■ ■ ' * ■ - 

1° jamais labourer un çhamp sans ayqjr préalablement pioché 
une bande tout autour d’upe largeur de 35^ à 50 oe|Qpim.; de .ma- 
nière a ce que la mauvaise herbe ne vjepae p£fs du voi6in» , 

2° Ne cerner /que des graines pures, c’est-à-dire exemptes de 
graines de plantes, adventices. Gh. Guyaz. 

. v Monsieur le rédacteur, 

En réponse à la question relative à la destruction du chiendent 
posée dans fe Jàùrnal d'agriculture du 11 juillet, voici lç prpcédé 
dolit je më suis servi : 

Labourer <peu profond Iqpsqup la Yégétf\tiou est déjà avancée, 
laisser chômer sans herser huit ou quinze jours, relabourer de nou- 
veau. à l^ ipômp profondeur, puis herser vigoureusement plusieurs, 
fois en laissant quelques, jours d’intervalle enty# chaque ihersage, 
puis faire suivre d’une, récolte herbacée vigoureuse (maïs , trèfle 
farôüchë, etc.) cès opérations ont pu se faire en, temps de séche- 
ressè, le chiendent ainsi que toutes les mauvaises herbôs auront 
dispàru. Il' est bien entendu que cette année ce procédé n’â que 
peu dé valéüi* surtout dans lès terres fortes. 

! Avec considération. G. JPaquier. 

(Journal d'agriculture suisse). 


Bâtions pour vaches laitières et juments 
suitées, le poulain ayant deux mois 


Les vaéhës' sont supposées du poids de 4 à 500 kilog. Les ju- 
ments sont percheronnes ôu perchisées . Les unes et les autres 


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255 — 


sont fen pmfohe de 6 heures du malle à 6 heures du soir. Lës'vaehes 
reçoivent à l’étable 10 kilog. de paille d’orge , les juments <0 kilog» 
de piailjLe de bjén , i , nu i . -*.*: i . ) 

îNoub avens conseillé poür le^vhches 8’kiteg. 5 de paille d’orge 
hachée mëlangéel â 1 krîog; de farine de Cocotier ou* *de froment, 
plus' une^dèmi^bâtte dë pàjde^titière. Pour» les juments, même» 
ration avec paille de -blé ae lleti de pafillë d’orge. / — ; 

La paille bâchée doit être préparée 12 heures à l’avance, avec! la 
famine de cocotier ; bien mélanger et bien mouitleri ; 

; Ajouter 2 iilog. 5 dé paille entière, donnée au râtelier. 1 

► • » ; • t • r . ■ , . 1 - • * ■ f ; i ■ î : r- ‘ ■ 

Les poulains prendront une meilleure qssature et des muscles 
plus étoffés, si la mère reçoit du cocotier. 

Avoir soin d’accoutumer les animaux , s’ils ne sont pas habitués 
aux tourteaux, en se conformant aux prescriptions de notre circu-, 
laire v . * 

A mesure que l’hiyër approche, il feuit progressivement augrr 
menter la prppprtipn de toprteaujc.ou de farine,, afin d’habituer^s 
animaux à ljàjimentation. qu’il recevront purent, la mauvaise saison. 

Le maximum- ,Ài;ftttohidre esjt 3 à, 4 kilpg^ par, jour, «suivant. lq. 
poids vif de l’animal. , 

Xqute* jumout suitée efc, pleine*, mise à ce régime, donnera à ses 
deux poulains, né. et à naître , une constitution robuste % un sque- 
lette et des muscles puissants* Les vaches seront amenées au, 
maximum de leur production laitière et seront maintenues en ex- 
cellent état. , ; 

(Bulletin de la Société agricole ). 


L’intelligence chez un âne 

De célèbres naturalistes ont souvent fait la remarque que 
l’homme se doute bien peu de la merveilleuse sagacité que mon- 
trent les animaux qui 6ont traités avec douceur et affection par leurs 


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— 256 

maîtres. En voici un exemple que nous avons trouvé. dans le Little 
Folk ê Magazine. 

Un paysan espagnol , habitant l'un des faubourgs de Madrid , 
avait eu pendant longtemps l’habitude de se rendre journellement 
en ville, conduisant un âne chargé de cruches de lait pour ea clien- 
tèle. Il arriva qu’un Jour le paysan tomba malade et sa femme 
proposa d'envoyer l’âne faire seul la tournée habituelle. 

Le maître y ayant consenti, les paniers reçurent les cruches 
remplies de lait et un morceau de papier attaché â la têtière de 
l’âne priait les clients de se servir eux-mêmes selon leurs besoins 
et de replacer les cruches dans les paniers. L’âne partit seul et 
revint au bout d’un certain temps avec les cruches vides et tout en 
place. # 

Le propriétaire de l’âne étaçt allé aux informations, s’assura que 
l'âne s’était arrêté à la porte de chacun des clients de son maître 
sans se trrtnper une seule fois, et que même lorsqu’on l’avait fait 
attendre, il avait tiré la sonnette avec les dents. 

Depuis ce jour, l’âne fait la tournée et il est probable que son 
apparition à heure fixe est attendue par chaque client comme l’on 
attendait, il y a quarante à cinquante ans, la malle-poste dans les 
campagnes. , 

Cette historiette ne fait non-seulemeut pas l'éloge de l'intelli- 
gence d'un animal qui passe pour être le prototype de la stupidité, 
mais encore de la proverbiale honnêteté des classes inférieures en 
Espagne, parmi lesquelles les larcins sont aussi inconnus que dans 
les Highlands de l’Ecosse, ou dans l’ouest de l’Irlande. 

(Bulletin de la Société protectrice des animaux). 


J6LEB Q1NDBB, IMPBIIIfilfe A POUONT. 


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AVIS 


Notre Concours agricole du 26 septembre dernier nous ayant 
occasionné des dépenses assez considérables , nous prions ins- 
tamment nos membres titulaires’, correspondants et abonnés, 
de vouloir bien nous envoyer, sans retard, en un mandai sur 
la poste le montant de leur cotisation ou abonnement pour l’an- 
née 1882, et antérieurement, s’il y a lieu (5 fr. plus 2 fr. pour 
ceux qui n’ont pas encore acquitté leur droit de diplôme). 

Il sera fait traite sur ceux des membres qui, au 15 novembre 
n’auront pas acquitté ce qu’ils doivent. Ils sont priés de lui 
réserver bon accueil. Elle portera 0,50 centimes de plus pour les 
frais de recouvrement. 


17 


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— 258 — 


CONTRIBUTION 


A L’HISTOIRE DE LA MÉDECINE 

EN FRANCHE-COMTÉ 


( Noies et documents sur les médecins, chirurgiens, apothicaires, etc., 
du xn e au xvm e siècle ) 


COMMUNIQUÉ PAR M. B. PROST. 


Pour épargner une déception au lecteur, je tiens à dé- 
clarer, dès le début , que les pages suivantes ne sont 
guère qu’un acompte sur un vaste et curieux sujet. 
Quelques points seulement en seront effleurés ici. 
Etranger à l’art de guérir, — j’allais dire d’enterrer mes 
semblables, — j’ai dû écarter de ce travail toutes les 
questions relatives aux sciences médicales proprement 
dites. J’ai laissé aussi de côté, mais pour y revenir ulté- 
rieurement plus en détail, tout ce qui concerne : 1° la 
biographie et les publications des médecins franc-com- 
tois, du xv® siècle à nos jours; 2° l’histoire de la Faculté 
de médecine de l’Université de Dole (1); 3° les hôpitaux, 
léproseries ou maladreries de la Franche-Comté; 4® les 
épidémies qui, du xiv e au xvn° siècle, désolèrent cette 
province; 5° la sorcellerie, qui aux xvi c et xvn c siècles 
surtout, y compta tant de victimes'; G» les eaux médici- 
nales de Luxeuil, les Reppes (près Vesoul), Etuz, Fédry 

(1) Fondée en 1422-1423, l'Université de Dole fut transférée à Besançon 
en 1691. 


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(Haute-Saône), Besançon, Lougres, Guyon (Doubs), Sa- 
lins, Lons-le-Saunier, leLouverot, Jouhe (Jura), etc. (1). 


(1) Voici quelques indications bibliographiques sur ces divers points : 
1° Les grandes biographies générales (Micbaud, Didot, etc.); — les bio- 
graphies médicales (Manget, Bloy, Jourdan et Desgenettes, etc.); — (Girod- 
Novillars), Essai historique sur quelques gens de lettres nés dans le Comté 
de Bourgogne , avec une notice de leurs écrits (Besançon, 1806, in-8°); — 
D. Monnibr, Les Jurassiens recommandables .... (Lon9-le-Saunier, 1828, 
in-8°); — C. D. (Charles Duvernoy), Notices sur quelques médecins , natu- 
ralistes et agronomes nés ou établis à Montbéliard dès le xvi® siècle (Besan- 
çon, 1835, in-8°); — L. Suchaux, Galerie biographique de la Haute-Saône 
(Vesoul, 1864, in-8°). 

2* Labbey de Billy, Histoire de V Université du Comté de Bourgogne et 
des différents sujets qui Vont honorée (Besançon, 1814-1815, 2 vol. iu-4°), 
passim H.Beàune et J. d’Arbaumont, Les Universités de Franche-Comté , 
Gray, Dole , Besançon.... (Dijon, 1870, in-8°), p. CLXII-CLXV, 173-175, 
201-203; — le D r J. Meynibr, « Les médecins à FUniversité de Franche- 
Comté, » dans le Recueil de V Académie des sciences, belles-lettres et arts de 
Besançon , année 1880, p. 47-97. 

3® Aug. Castan, Notice sur l'hôpital du Saint-Esprit de Besançon (Besan- 
çon, 18G5, in-8°) (Extrait de Y Annuaire du Doubs et de la Franche-Comté , 
années 1864, 1865); — le D r Perron, « Du régime intérieur des hôpitaux 
au xviu® siècle, » dans le Bulletin de la Société d'agriculture , sciences et 
arts de Poligny, année 1863, p. 24-26. 

4® Le D r Druhen, « Discours de réception » à l’Académie de Besançon 
[Histoire de la peste de 1629 à Besançon], dans le Recueil de cette Acadé- 
mie, n° de janvier 1856, p. 19-42; — le D r Ch. Perron, « Annales des épi- 
démies en Franche-Comté * [de 1628 à 1639], dans les Mémoires de la So- 
ciété d' Émulation du Doubs, année 1861, p. 317-460 (tiré à part, Besançon, 
1862, in-8°). 

5° « Permission accordée par le Parlement de Dole de chasser un loup- 
garou. 1573, » dans Y Annuaire du département du Jura, 1880, p. 125; — 
Arrest mémorable delà cour de Parlement de Dole du 18 janvier 1573 contre 
Gilles Garnier, Lyonnois, pour avoir, en forme de loup-garou, dévoré plu- 
sieurs enfans et êommis autres crimes (Sens, 1574, plaquette in-8°, réim- 
primée en fac-similé, il y a une quarantaine d’années; voir aussi : Annuaire du 
département du Jura, 1874, p. 50-52; — H. Boguet, Discours des sorciers 
(Lyon, 1602, 1603, petit in-8°, 1605, in-12, 1607, 1608, 1610, petit in 


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Cependant, si restreintes et si décousues soient-elles, 
ces notes sur l’histoire des médecins, chirurgiens, c bar- 

Rouen, 1603, 1605, 1606, in-12; Paris, 1603, petit in-8°); — Discours pro- 
digieux et espouvantable du thrésorier et banquier du diable et son fils, qui 
ont esté bruslés à Vesouz en la Franche-Comté , le 18 janvier 1610.... (Lyon, 
s. d. (1610), plaq. petit in-8°, réimprimée en 1871); — J. Pétremand, Recueil 
des ordonnances et édictz de la Franche-Conlé de Bourgongne (Dole., 1619, 
in-fol.) p. 209; (Jobelot) Suite du recueil des édits et ordonnances de la 
Franche-Comté de Bourgongne (Lyon, 1664, in-folio), p. 56-57;— J. Gbivel, 
Decisiones celeberrimi Sequanorum senalus Dolani.... editio nova (Dijon, 
1731, in-fol.), decisio xxxm, a de muliere quadam sortilega...., » p. 116- 
122; — J. des Loix, Spéculum inquisitionis Bisuntinæ .... (Dole, 1628, 
petit in-8°); L'Inquisiteur de la foy..., (Lyon, 1634, petit in-8°); — Auo. 
Nicolas, Si la torture est un moyen seur à vérifier les crimes secrets , disser- 
tation morale et juridique par laquelle il est amplement traité des abus qui 
se commettent partout en l'instruction des procès criminels et particulière- 
ment en la recherche^du sortilège .... (Amsterdam, 1682, petit in-8°); — A- 
Rousset, « De la sorcellerie dans le Jura au xvi e siècle, » dans YAnnuaire 
du département du Jura, publié par Fréd. Gautbier, 1850, p. 74-79; — A. 
Dey, Histoire de la sorcellerie au comté de Bourgogne (Vesoul, 1861, in-8°) 
(extrait des Mémoires de la commission d'archéologie du département de la 
Haute-Saône); — le D r E.-L. Bertherand, « Quelques mots sur la sorcellerie 
dans le Jura, » dans le Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts 
de Poligny, 1864, p. 86-90; — J. Tissot, « Notice sur l’établissement et les 
statuts de l’inquisition en Franche-Comté.... » dans les Mémoires lus à la 
Sorbonne .... histoire, philologie et sciences morales (Paris, 1866, in-8°), 
p. 711-752; — Ch. Thüriet, « Les sorciers devant la législation du moyen 
âge et la législation moderne, » dans les Mémoires de la Société d'émula- 
tion du Doubs, 1874, p. 515-532; — S. Finot, « Procès de sorcellerie n 
bailliage de Vesoul, de 1606 à 1636, » dans le Bulletin de la Société d'agri- 
culture, sciences et arts du département de la Haute-Saône, 3 e série, n° 6, 
1875, p. 1-71; — divers procès de sorcellerie, des xvi* et xvn« siècles, 
publiés dans les ouvrages suivants : C.-J. Perreciot, De l' état civil des per- 
sonnes et de la condition des lerresdans les Gaules.... nouvelle édit., t. III, 
p. 328-442; Revue de la Franche-Comté, 1. 1, 1838-1839, p. 389-395; Mémoires 
de la commission d'archéologie du département de la Haute-Saône, 1839, 
p. 30-51; Eug. Cortet, Beaufert et ses seigneurs (Paris, Lons-le-Saunier, 

<8, p. 57-61; Bulletin de la Société d'agriculture, sciences et arts 
1873, p. 335-338; Mémoires de la Société d'émulation du Jura, 


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— 201 — 


biers, » apothicaires et sages-femmes en Franche-Comté, 
ne paraîtront pas, peut-être, dépourvues de tout intérêt. 

1874, p. 17-38,57-76; Annuaire du département du Jura, 1876, p. 71-76; 
Le Cabinet historique, t. XXIII (1877), l rc partie, p. 257-280. 

6° Dunod, Histoire du Comté de Bourgogne , t. II, p. 453-458; — le P. 
Prudent, « Dissertation sur les antiquités romaines trouvées en Franche- 
Comté, » dans les Mémoires et documents inédits pour servir à V histoire de 
la Franche-Comté, publiés par V Académie de Besançon , 1. 1, 42-59, 117-119. 

— Dom Calmet, Traité historique des eaux et bains de Plombières , de 
Bourbonne, de Luxeuil et de Bains (Nancy, 1748, in-8°); — Morand, « Lettre 
sur les antiquités trouvées à Luxeuil, et sur les eaux thermales de cette 
ville, » dans le Journal de Verdun, mars, 1756 ; — Laur. Morel, Observa- 
tions sur les eaux minérales de Luxeuil (Besançon, 1756, in-12) ; — - Dom 
Tim. Gastel), Traité ou dissertation sur les eaux minérales et thermales de 
Luxeuil.... (Besancon, 1761, in-12); — (Fabert) Essai historique sur les 
eaux de Luxeuil (Paris, 1773, in-12); — B. Aliès, Précis sur les eaux ther- 
males et minérales de Luxeuil (Paris, 1831, iri-8°, Besançon, 1850, in-8°); 

— Molin, Notice sur Luxeuil et ses eaux minérales (Paris, 1833, in-8°); — 
Y. Revillout, Becherches sur les propriétés physiques, chimiques et médici- 
nales des eaux de Luxeuil (Paris, 1838, in-8°); — le D r P.-S. Chapelain, 
Luxeuil et ses bains (Paris, 1851, 1857, in-8°); — le D r A. Billout, Notice 
sur les eaux minéro-lhermales de Luxeuil (Paris, 1857, in-8° ; — F. Boür- 
quelot, Inscriptions antiques de Luxeuil et d' Aix-les-Bains (Paris, s.' d. 
(1861, in-8°) (extrait du Bulletin de la Société des antiquaires de France, 
t. XXVI); — A. Dey, Mémoires pour servir à l'histoire de la ville dx Luxeuil 
(Vesoul, 1862-1865, in-8°, p. 65-124); — le D r Delaporte, Hydrologie 
médicale. Bains de Luxeuil.... (Paris, 1862, 1805, yi-8°); — C. Duhaut, 
Luxeuil ancien et moderne (Luxeuil, 1865, in-18); — le D r A. Martin- 
Lauzer, Les eaux de Luxeuil, bibliographie (Paris, 1866, in-8°); — le D r 
Em. Delacroix, Luxeuil, ville, abbaye , theimes (Paris, 1875, in-18; v. aussi : 
Mémoires de la Société d'émulation du Doubs, 1857, p. 380-386, 1862, p. 
93-106, 1867, p. 59-184). — (A. Barbier) Dissertation sur les eaux miné- 
rales de Vezoul (Vesoul, 1721, in-12); — Mercure de France, novembre 1085 
et août 1710. — Fr. Bourciiard, Judicium de melallicis aquis Vesuntionr 
inventis per mediam æslatem anni 1677 (Besançon, 1677, in-4°). — Jean 
Bauuin, Histoire des merveilleux effets qu'une salubre fontaine située au 
village de Lougrcs a produits pour la guérison de plusieurs maladies en 
1601 (Montbéliard, 1601, petit in-8 u ); à la suite de cet opuscule se trouve : 
Description poétique des vertus et propriétés admirables de la saine fontaine 


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— 882 


Elles contribueront, du moins, à faire connaître un coin 
du « bon vieux temps, » que les érudits franc-comtois 
n’ont pas encore, ce me semble, suffisamment exploré (4). 

[de Lougres].... par Fr. de Lanclüse. - L. Coillot, Observations sur les 
nature et les effets de Veau minérale sulfureuse de Guillon près Baume-lcs- 
Dames (Besancon, 1827. in- 12); — Lambert, Notice sur V établissement et 
les eaux minérales sulfureuses de GuiUon.... (Paris, 1842, in-18). — Le D r 
Cl.-M. Germain, Sources minérales, eaux-mères sodo-bromurées de la saline 
de Satins.... (Paris, 1854, in-18); Des eaux sodo-bromurées de Salins { Salins, 
1859, in-8°); — le D r Carrière, Recherches sur les eaux minérales sodo- 
bromurées de Salins (Paris, 1856, in-12}; — le D r Dumoulin, Des eaux mi- 
nérales de Salins (Paris, 1860, in-8°), etc.; — H. Audiffred. Une saison à 
Salins.... (Paris, s. d. (1861), in-18); — Max Buchon, Salins-les-Bains, ses 
eaux minérales et ses environs (Lons-le-Saunier, 1862, Salins, 1866, in-18}; 

— Max Claudet, Une station thermale de France . Salins et ses environs 
(Salins, 1878, in-18); — le D r Fréd. Guyénot , Notice médicale sur les eaux 
de Salins.... (Arbois, 1878, in-18), etc. — Rossigneux, Analyse des fon- 
taines salées de Monlmorol cl de Salins (Dole, 1756, in-4°); — E. S., Guide 
de V étranger aux eaux minérales salines de Lons-le-Saunier.... (Lons-le- 
Saunier, 1849, in-12); — le D r Eug. Wasserzug, Elude sur quelques formes 
compliquées de la fièvre intermittente et sur leur traitement par V eucalyptus 
globulus et par les eaux minérales de Lons-le-Saunier (Paris, 1873, in-8°). 

— J.-B. Girardet, Le miracle de la nature ou la guérison de toutes sortes 
de maladies provenantes de qualités chaudes tant premières que secondes par 
l'usage des eaux de Louverot près Lons-k-Saulnier (Besançon, 1677, in-12)- 

(Cl. Guyot) Observations sur la nature , la vertu et V usage des eaux miné- 
rales et médicinales de Jouhe près de Dole.... (Dole, 1710, in-12); — (Cl. -J. 
Normand) Analyse des eaux de Jouhe.... où Von découvre leurs principes, 
leurs qualités et leurs usages (Dole, 1740, in-12); — P.-A. Masson-Foc a, 
Analyse des eaux minérales de Jouhe .... (Paris, 1809, in-8°). 

(1) En dehors des ouvrages indiqués ci-dessus, qui se rapportent plus ou 
moins directement à l’histoire de la médecine en Franche-Comté, je dois 
encore citer comme publications spéciales sur ce sujet : la collection des 
discours prononcés, à la rentrée des Facnltés et de l’Ecole de médecine de 
Besançon; — une série d’articles sur les « Superstitions médicales de la 
Franche-Comté, » qui a paru sous la signature À. P. dans le journal La 
Démocratie , de Besançon, en 1878;— et surtout l’étûde de M. Aug. Castan, 

« La médecine municipale à Besançon au quinzième siècle, » dans les Mé- 
moires de la Société d'émulation du .Doubs, année 1880, p. 70-78. — 


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MÉDECINS, CHIRURGIENS ET BARBIERS 


Antérieurement au xn e siècle, je me bornerai à rap- 
peler que, sur environ cent cinquante cachets d’oculistes 
romains signalés et décrits jusqu’à ce jour, la Fran- 
che-Comté en a fourni douze pour sa part : cinq trouvés 
à Besançon, cinq à Mandeure (Doubs), un à Arbois et un 
à Lavigny (Jura) (i). 

Aux xii® et xm e siècles, les documents que j’ai eu 
l’occasion de compulser font mention d’un certain nom- 
bre de médecins, physiciens , chirurgiens et barbiers (2) 
franc-comtois. Je vais en passer quelques-uns en revue. 

Le D r Oustalot a inséré dans le Compte-rendu de la situation et des travaux 
de la Société d'émulation de Montbéliard (année 1854, p. 81-88) des « Re 
cherches sur les médecins, les chirurgiens et les apothicaires d’autrefois; » 
mais cette courte notice ne contient que des généralités, sans aucun détail 
particulier à la Franche-Comté. 

(1) Ch. Duvehnov, Notices sur quelques médecins .... nés ou établis à 
Montbéliard,.... p. 22-24; — Mémoires de la commission des antiquités du 
département de la Côte-d'Or, 1. 1 (années 1838-1841), p. 382-387; — Wetzel 
Note sur les cachets d'oculistes romains, à l'occasion d'un de ces monuments 
trouvé à Mandeure . (Extrait des mémoires de la Société d'émulation de 
Montbéliard) (Montbéliard, 1860, broch. in-8°); — Aug. Castan, « Un cachet 
inédit d’oculiste romain, » et « un nouveau cachet d’oculiste romain, » 
dans les Mémoires de la Société d'émulation du Doubs,, année 1867, p. 33- 
37, année 1874, p. 537-540; — le D r A. Rouget, « Une pierre sigillaire iné- 
dite, » dans le Bulletm de la Société d' agriculture , sciences et arts de Poli- 
gny, 1874 , p. 220-222, 362-363; — le D r# G. Camuset, Un nouveau cachet 
d’oculiste gallo-romain (extrait de la Gazette des hôpitaux....) (Paris, 1880, 
broch. in-8°). — Voir aussi : A. Héron de Vili.bfosse et H. TnÉDBNAT, 
Cachets d'oculistes romains (Paris, 1882, in-8°), t. I (seul encore publié). 

(2) Au moven-àge, le mot physicien avait l’acception de médecin; quan 
aux barbiers, ils joignaient souvent à leurs modestes fonctions, sinon 
rexercice de la médecine proprement dite, du moins la pratique des opé- 
rations chirurgicales usuelles, comme la saignée, etc., et parfois des opéra- 
tions plus compliquées, telles que les accouchements laborieux, etc., (voir 
plus loin à l’année 1343-1344). 


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— 264 — 

Un médecin du nom de Jean (Johannes medicus) figure 
parmi les témoins d’une donation faite à l’abbaye de 
Montbenoit par l’archevêque de Besançon Anseric, vers 
l’an 1130 (1). — Le même personnage ou son homonyme 
(Johannes medicus) est un des témoins d’une charte rela- 
tive au chapitre de Saint-Etienne de Besançon, d’environ 
l’an 1150 (2). 

Dans une donation de Gaucher, sire de Salins, en fa- 
veur de l’abbaye de Montbenoit, à la date de 1148, il est 
question de Richardus medicus (3) 

.Un titre de l’abbaye d’Acey, sans date, mais qui doit 
être peu antérieur ou postérieur à l’année 1150, constate 
l’existence, à cette époque, de Gilbertus medicus (4). 

Arpinus medicus, magister Herpinus medicus , Herpinus 
medicus, assiste à plusieurs actes émanant d’Etienne I, 
comte d’Auxonne, en 1172 et 1173 (5), et de sa belle-sœur 
Maure ou Maurette de Salins, comtesse de Vienne et de 
Mâcon, en 1179 (6).Vers le même temps (1173), vivait un 

(1) Droz, Mémoires pour servir à V histoire de la ville de Poniarlier.... 
(Besançon, 1760, in-8°), p. 251. 

(2) Le P. Chiflet, Lettre touchant Béatrix, comtesse de Chalon .... (Dijon, 
1656, in-4°), p. 126. 

(3) Labbé Guillaume, Histoire généalogique des sires de Salins.,.. (Besan- 
con, 1757-1758, 2 vol. in-4°), t. II, preuves, p. 46. 

« 

(4) Archives du Jura : fonds de l’abbaye d’Acey, cote I, 2. 

(5) Donations aux abbayes de Liteaux, de Clairvaux, de Tart, de Belle- 
vaux, de Clairefontaine, et au prieuré de Saint-Vivant de Vergy. — Archives 
du Jura , fonds de l’abbaye de Clteaux, cote GIII. — Bibliothèque nationale, 
«nouvelles acquisitions latines, vol. 1208, p. 82, 83; collection Joursanvault- 
Laubespin, anc. cote 2302 \ papiers du P. Chiflet). — Le P. Chiflet, Lettre 
touchant Béatrix , comtesse de Chalon .... p. 134, 135; — (Dom Plancher) 
Histoire générale et particulière de Bourgogne. ... t. I, preuves, p. liv. 

(6) Donation au prieuré de Courtefontaine. Le P. Chiflet, ouvrage cüé t 
p. 154; l’abbé Guillaume, Histoire de Salins.... t, I, preuves, p. 60. 


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autre Arpin ou Herpin, « notaire » de Girard, comte de 
Vienne et de Mâcon, frère d’Etienne (magister Arpinus. 
notarius, Arpinus clericus) (1). Diverses chartes d’Etienne I 
(1173), du comte Girard (1173, 1180), d’Etienne II, comte 
d’Auxonne (vers 1175), d’Etienne II et de son cousin 
Guillaume, comte de Vienne et de Mâcon (1190), en fa- 
veur des abbayes de Tart , de Theuley, de Balerne et de 
Cluni (2), mentionnent encore, sous le nom de magister 
Alpinus, magister Arpinus, magister Erdinus, l’un ou l’autre 
de ces personnages, — la qualification de « magister » 
s’appliquant, au moyen âge, aussi bien à un notaire qu’à 
un médecin. 

Dans le texte publié par le P. Chiflet (3) d’une dona- 
tion du comte Etienne I à l’abbaye de Bellevaux, en 1173, 
apparaît comme témoin un Aricus medicus; mais c’est là 
une erreur de copie ou d’impression; il faut lire : Arpinus 
medicus, ainsi que le porte, en toutes lettres, le cartu- 
laire de Bellevaux (4). — C’est encore lui, semble-t-il, qui 
est appelé magister Appinus phisicus dans une concession 
de privilèges octroyée par l’impératrice Béâtrix, comtesse 


(t) L'abbé Guillaume, ouvrage cité, t. 1, pr., p. 66. — Bibl. nat., nouY. 
acql lat., vol. 1208, p. 82-83. 

(2) Bibl. nation., papiers du P. Chiflet, déjà cités. — A. Du Chf.sne, 
Histoire généalogique de la maison de Vergy... (Paris, 1625, in-fbl.), preuves, 
p. 124; — (Dom Plancher), Histoire... de Bourgogne, t. I, pr., p. L1V et 
LXXXII;— l'abbé Guillaume, Histoire.... de Salins, t. I, p. 67, 70; — le P- 
CniPLET, Béatrix de Chaton, p. 83. 

(3) Lettre louchant Béatrix de Chalon, p. 135. 

(4) Bibl. nation., collection Moreau, vol. 870, f. 632 v # et 639 v°; — voir 
aussi : coll. Bourgogne, vol. 38, p. 208-209. — En rendant compte, dans le 
Bépertoire des travaux historiques (année 1882, p. 29-31) du mémoire de 
M. le D r Meynier sur Les médecins à l’université de Franche-Comté, j'ai, 
d’après le P. Chiflet, inscrit à tort ce prétendu Aricus medicus au nombre 
des médecins franc-comtois. 


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de Bourgogne, à l’abbaye de Lieu-Croissant ou des Trois- 
Rois, en date de Pontarlier, le jour des calendes de jan- 
vier (4 «•janvier) 4483 (4). 

{A suivre ). 




LES CHAMPIGNONS 

COMESTIBLES ET VÉNÉNEUX 
DE LA FLORE DU JURA 

Par M. PATOUILLARD, 

pharmacien, membre de la Société de botanique de France , ancien prépa- 
rateur de botanique au Muséum d'Hisloire naturelle, etc. 

> {Suite). 

FAMILLE DES HYDNÉS 


Celte famille est caractérisée par la présence, à la face inférieure 
du chapeau, de pointes , dents, aiguilles ou orôtes; elle renferm* 
plusieurs genres, dont un seul offre quelques espèces utiles : c’est 
le genre Hydnum. 


Les HYDNES. — Hydnum. 


Des aiguillons à la face inférieure du chapeau. 

erreciot, De l'état civil des personnes...., t. III, p. 41. 


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— 207 — 


ESPÈCES COMESTIBLES. 


Htjdnum imbricatum L . (Hydne imbriqué). 

— repandum L. (Barbe de vache). 

— coralloides Scop. (Hydne coralloïde). 

— erinaceum Bull . (Hydne hérisson). 


H . imbricatum L. — Chapeau charnu (5 à 10 cent, de large) à 
peu près plan, sub-ombiliqué, couvert de squames épaisses, dres- 
sées, floconneuses, couleur terre d’ombre. Aiguillons lisses, dé- 
currents, d’un blanc cendré. Stipe court, uni. Chair blanchâtre, 
amère. ' 0 

Sur la terre dans les bois de sapins. Eté, automne. 

H . repandum L. — Chapeau charnu , compacte , irrégulier et 
sinué, à peu près glabre; de couleur jaune-chamois ou incarnat 
pâle. Stipe déformé, presque toujours excentrique, de même cou- 
leur. Aiguillons inégaux, fragiles. Chair feri^e, blanche , un peu 
amère. 

Commun sur la terre dans tous les bois. Eté, automne. 

H. coralloides Scop . — Volumineux , blanc; stipe épaissi à la 
base, ascendant, se divisant en nombreux rameaux dressés, angu- 
leux, flexueux et entremêlés. Aiguillons pendants, placés en séries 
longitudinales sur le côté inférieur des ramifications. 

Sur divers troncs, hêtres, chênes, sapins. Eté et automne. 


H. erinaceum Bull . — Chapeau court, simple, latéral, tubercu- 
leux , blanc, jaunissant, fibrilleux à la face supérieure; aiguillons 
très longs, pendants, droits, égaux. Chair ferme, saveur agréable. 

Sur les vieux troncs de chênes. Eté, automne. 


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FAMILLE DES TÉLÉPHORÉS 


Hyménium infère, uni ou rarement veiné ; champignons rarement 
charnus, habituellement fibreux, coriaces. 

Les CRATERELLES. — Craterellus. 

0 

Charnus. Hyménium charnu, membraneux, distinct, glabre, uni 
ou légèrement plissé. Putrcsccnts en vieillissant. Espèces terres- 
tres très voisines des Chanterelles. 

- ESPÈCES COMESTIBLES. 


Craterellus cornucopioïdes L. (C. corne d’abondance, trompette 

des morts). 

— sinuiïsus Fr. (C. sinueuse). 


C. cornucopioïdes L . — Stipe tubuleux, allongé, venant se ter- 
miner en forme de pavillon de trompe. Sub-membraneux, écailleux, 
sombre noir; hyménium infère, uni puis ruguleux, cendré; hau- 
teur 5-8 centimètres. Odeur agréable. 

En cercles dans les grands bois de chênes. Automne. Commun. 


C. sinuosus Fr. Chapeau légèrement charnu, en entonnoir, on- 
dulé , villeux , brun-grisâtre. Stipe plein, pâle cendré , ainsi que 
l’hymenium. 

Bois de chênes, sur la terre. Eté, automne. 


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— 269 — * 


FAMILLE DES CLAVÀRIÉS 


Champignons rameux, en forme de massues, cylindriques, lisses. 
Hyménium amphigène. 

Les CLAVAIRES. — Clavarla. 

ESPÈCES COMESTIBLES. 


Clacaria flaea Fr. (Clavaire jaune). 

— botrytes Pers. (Clavaire en grappes). 

— amethy8tina Bull. Cl. améthyste). 

" — coralloides L. (Cl. coralloïde). 

— rugosa Bull. (Cl. rugueuse). 

— aurea Sch. (Cl. dorée). 

— pistillaris L . (Cl. en massue). 

C.flava Fr. — Rameaux très nombreux, fasciculés, cylindri- 
ques, lisses, jaunes, naissant d’un tronc fragile, épais, charnu et 
blanc. 

Très commun dans les bois humides en été et automne. 

C\ botrytes Pers. — Fragile. Tronc épais, charnu, inégal, ra- 
meux, portant des rameaux nombreux, inégaux, sub-rugueux, 
blanchâtres ou jaunes, à extrémités rouges. 

Commun surtout dans les bois de sapins. Eté, ‘automne. 

C. amethystina Bull. — Fragile, très branchu, violacé, rameaux 
cylindriques, unis, obtus au sommet. Sa taille est très variable ; il 
est quelquefois très petit. 

Eté, bois montueux. 


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— 27Û -i- 


C. coralloides L. — Tronc épais , irrégulièrement divisé en ra- 
meaux inégaux , dilatés vers le haut et portant des ramuscules 
très nombreux, aigus, blancs ou grisâtres. 

Bois frais. Eté et automne. 

C. rugosa Bull. — Tenace, simple ou branchu; rameaux diffor- 
mes et rugueux, élargis au sommet ; blanc sale. * 

Eté. Commun dans les bois. 

C. aurea Sehœff . — Tronc épais, élastique, divisé en branches 
rares dichotomes , droites , cylindriques , obtuses, nombreuses et 
légèrement dentées; jaunes. 

Vient par touffes de 6-10 cent, de haut sur 7-8 de large, dans les 
bois de sapins. Eté. 

C. pi8tillaris L. — Simple et libre à la base; large, plein, char- 
nu, en forme de massue, glabre sur toute sa surface; obtus, jaune 
puis roux, chair blanchâtre. 

Dans les bois et les gazons. Eté. 


FAMILLE DES TREMELLINÉS 

Cette famille comprend un assez grand nombre d'espèces qui 
habitent presque toutes les bois pourris; elles sont caractérisées 
par leur consistance molle et gélatineuse ; elles se dessèchent com- 
plètement par le sec et sont susceptibles de se gonfler de nouveau 
par l'humidité. 

En raison de cette consistance tremblottante , les tremelles wt 
présentent que peu d’espèces alimentaires ; nous indiquerons seu- 
lement la suivante, qu’on utilise quelquefois dans nos montagnes : 

Guepinia heloelloîdes Fr. — Champignon en forme de spatule, 
contourné, souvent presque infundibuliforme, cespiteux, d’un rose- 
orangé pouvant être très foncé, translucide, gélatineux, cartilagi- 
neux. La face inférieure est souvent saupoudrée d’une pruine 
blanche occasionnée par les spores. 

Assez rare sous les sapins en été. 

(A suivre ). 


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CONCOURS DE 1882. 


DISTRIBUTION DES RÉCOMPENSES 


Mardi, 26 septembre, ainsi que l’annonçait le Bulletin 
du mois de juillet dernier, ont eu lieu les différents 
concours organisés par la Société d’agriculture, sciences 
et arts de Poligny. 

Le temps, exceptionnellement mauvais ce jour-là, n’a 
cependant pas-empêché les cultivateurs de la ville et des 
communes voisines d’amener leurs animaux sur le champ 
de foire. — Dès 9 heures du matin , on voyait déjà une 
collection de fort belles vaches laitières , de très. jolies 
génisses et de magnifiques taureaux. — Le Bureau de la 
Société a pensé, dès lors, qu’il y avait lieu d’attribuer de 
plus fortes primes que celles prévues dans le programme, 
aux plus beaux types présentés. 

Le Jury du Concours de bétail était ainsi composé : 
MM. Jacquemin, oncle et neveu, tous deux vétérinaires 
à Poligny; Chapuis, vétérinaire à Mantry ; Sauria, Charles, 
Président de la Société; Sauria, Edmond, archiviste. 
M. Gobin, professeur d’agriculture, retenu par une in- 
disposition, n’a pu apporter à cette première Commission 
les lumières de son savoir et de son expérience. 

En même temps qu’avait lieu le Concours de bétail , 
trois autres Commissions fonctionnaient : la première 
était chargée d’examiner les titres divers et les mieux 
établis de quinze fromagers de l’arrondissement, qui se 
présentaient pour des récompenses ; la deuxième avait 
pour mission de faire subir un examen sur l’enae^ 


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— 272 — 


gnement agricole, aux élèves des écoles qui en avaient 
fait la demande ; enfin , la troisième Commission de- 
vait prendre connaissance des rapports rédigés par les 
membres de - la Société désignés pour étudier sur les 
lieux des travaux de défrichement et de drainage d’une 
certaine importance, et se prononcer sur les récompenses 
qu’il y avait lieu d’accorder à ce sujet. Le Bulletin re- 
produira successivement chacun de ces rapports. 

A midi , un banquet par souscription réunissait , dans 
une des salles de l’hôtel de France , M. le Sous-Préfet , 
qui avait bien voulu accepter la présidence du Concours, 
les membres du Jury, un grand nombre de sociétaires, 
et les principaux lauréats. Une gaieté franche et loyale 
n’a pas cessé un instant de régner entre les convives 
qui , pendant le repas, ont échangé leurs idées sur l’a- 
griculture , l’éducation du bétail, la fabrication du gru- 
yère, ‘etc. 

Au dessert, un membre de la Société a porté des toasts 
en l’honneur de M. le Sous-Préfet, de M. le Préfet, et du 
premier magistrat de la République. — A son tour, M. le 
Sous-Préfet a bu à la prospérité de la Société, et à la 
République, qui protège si efficacement les sciences, les 
arts et l’agriculture. 

Tous les convives se sont rendus, à 3 heures J/2, de 
l’hôtel de France à la salle du Théâtre , élégamment dé- 
corée pour la distribution des récompenses. Les tribunes 
étaient déjà envahies par un public nombreux qui se 
pressait pour cette cérémonie. M. le Sous-Préfet prit 
place au bureau, entre M. Sauria, Président, et M. Mar- 
cel Monpier, délégué de la Société des Agriculteurs de 
France, pour remettre, au nom de cette Société, les deux 
médailles qu’elle a accordées pour le Concours. La séance 
a été ensuite ouverte par le discours suivant de M. le Pré- 
sident Sauria : 


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Messieurs 


Notre premier devoir, celui que nous sommes heureux de rem- 
plir en ce jour solennel, c’est de remercier les personnes qui ont 
bien voulu honorer de leur présence notre fête agricole. 

Remercions aussi MM. les membres du Jury, dont le bienveillant 
concours nous est assez précieux pour que nous puissions dire 
que les primes ont été bien réellement données aux plus méritants. 

M. H. Cler, maire de la ville, a bien voulu participer à cette fête, 
en mettant à notre disposition la salle du théâtre, éclairée et déco- 
rée comme nous la trouvons ; nos sincères félicitations à M. le 
Maire. 

Le premier magistrat de notre arrondissement, le représentant 
autorisé du gouvernement de la République, veut bien nous pré- 
sider; qu’il veuille bien aussi recevoir ici l’expression de toute 
notre gratitude. 

M. Monnier, membre de la Société des agriculteurs de France, a 
bien voulu également nous honorer de sa présence et venir remettre, 
au nom de la Société qu’il représente, les deux superbes médailles 
que nous en avons reçues. 

M. l’inspecteur général des ponts et chaussées, Parandier, nous 
exprime, dans un télégramme que nous recevons à l’instant, le 
regret qu’il éprouve de ne pouvoir assister à la distribution des 
récompenses que nous donnons actuellement à MM. les agricul- 
teurs. 

flessieurs, je voudrais pouvoir vous répéter ici toutes les excel- 
lentes choses que M. le Sous-Préfet, dans une autre réunion agri- 
cole, à Ghampagnole, a dites sur les coutumes arriérées, sur les 
vieilles coutumes qu’on a appelées, d’un mot caractéristique, la 
vieille route, la routine. Vous comprendriez bien clairement alors 
la nécessité pour vous, dans un intérêt bien entendu, de modifier 
différents modes culturaux, de faire, par exemple, partout où cela 
est possible, des prairies, des cultures fourragères. 

Pour bien vendre les produits qui résulteraient de ce nouveau 
. mode cultural, où la fabrication du beurre et celle du fromage au- 

18 


7lg 



' — 874 — 

raient une si large part, il faudrait nécessairement modifier cette 
fabrication, la soustraire, en un mot, à la routine. 

Une concurrence pour la fabrication et la vente de nos fromages 
de Gruyère, tend à en faire baisser le prix; c’est donc contre cette 
concurrence que nous devons lutter, lutter de toutes nos forces. 

La fabrication du gruyère est, et deviendra de plus en plus, par 
la diminution de nos produits en vin, Une des principales sources 
de richesse de notre pays. 

Depuis iin petit nombre d’années, chacun le sait, la viabilité a été 
complètement modifiée, chaque jour même, elle est améliorée : 
routes communales, départementales, et 'chemins de fer, tous les 
moyens de communication et de transport ont changé. 

Je vous le demande, Messieurs, voudriez- vous revenir aux 
vieilles routes défoncées ? Faisons de même en agriculture : pro- 
gressons ! 

La routine tient, chez le cultivateur, aux occupations monotones 
et au défaut de relations sociales, mais surtout, au manque d’in- 
struction. 

Le gouvernement républicain l’a compris. Aujourd’hui, c’est par 
l’instruction qu’il veut développer dans l’homme ce qu’il y a de 
véritablement supérieur : le cœur et l’esprit. Pascal a dit : t Tra- 
vaillons à bien penser : voilà le principe de la morale. » 

Un autre non moins grand philosophe, A, Comte, a dit aussi : 
« La régénération intellectuelle et morale de$ travailleurs doit tou- 
jours précéder et non suivre l’amélioration matérielle, celle-ci dé- 
pend de celle-là. > 

Lès poètes ont chanté les vertus champêtres, malheureusement, 
Messieurs, les poètes sont dans une profonde erreur. Les mœurs 
les plus pures se rencontrent dans les villes à population moyenne. 

Une statistique bien savante vient d’être publiée par le docteur 
La Cassagne, elle prouve que les crimes particuliers à la, campa- 
gne sont ceux qui relèvent des cours d’assises et qui révèlent des 
instincts sauvages. Ce sont des empoisonnements, des parricides, 
des faux témoignages, etc., etc. L’auteur cite des faits indéniables. 

Grâce toutefois au bienfait de l’instruction, dont notre Jura est 


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— 275 — 


doté largement, nous ne verrons plus, espérons-le bien, se pro- 
duire ces crimes monstrueux. Bien des départements sont loin 
encore de posséder une instruction égale et une organisation aca- 
démique comparables à celles du Jura, classé pour ces deux fa- 
cultés, dans les premiers départements. 

Que fallait-il faire? Organiser partout l’enseignement, instruire. 

Le gouvernement de la République, vous le savez, vient, à cet 
égard, de s’imposer de bien lourdes charges. Partout des écoles, 
des directrices de salles d’asile, des maîtresses, des maîtres, qu’il 
paie, de coûteuses écoles vétérinaires etc., etc. 

Ce que Fagriculteur donne d’une main à l’Etat, il le lui rend in- 
telligeriiment sous un autre mode ; c’est comme un autre soleil ver- 
sant sur la France entière sa vivifiante lumière. 

Vos enfants, Messieurs, bien instruits, bien éclairés sur tout ce 
qu’il est indispensable de connaître, apprendront à se diriger par 
eux-mêmes, dans la bonne voie, dans la voie du bien. Alors, ils 
apprécieront ce que vaut un gouvernement vraiment républicain, 
c’est-à-dire celui où nos hommes d’Etat gouvernent, non dans l’in- 
térêt d’une personne, d’une dynastie, mais pour le bien et le bon- 
heur de tous. 

Le gouvernement républicain ne veut, lui, ni le territoire, ni au- 
cune propriété des autres peuples ; il nous donne et nous donnera 
toujours la paix et la sécurité au dehors, par l’armée. Cette armée 
est bien coûteuse , il est vrai ; mais c’est là une nécessité imposée 
par nos ennemis. 

Au dedans nous avons la liberté; la liberté dans le travail, Mes- 
sieurs, c’est cette fée merveilleuse et bienfaisante qui a permis de 
créer ces immenses richesses dont nous jouissons, et qui nous 
étaient inconnues avant notre grande révolution de 1789. L’histoire 
et même la tradition nous l’apprennent. 

Le gouvernement travaille actuellement à l’organisation du cré- 
dit agricole. Mais pour bien apprécier et comprendre cette utile 
institution, il faut être instruit. 

Vous venez d’entendre les paroles toutes pleines de promesses 
qu’a prononcées, chez nous , à Lons-le-Saunier, M. le Ministre de 


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l’agriculture, lorsqu’il a dit : « Je prendrai au sérieux mon métier 
de paysan en chef de France. » 

Le mot de métier employé par M. le Ministre n’est malheureuse- 
ment que trop vrai ; mais l’agriculture doit bientôt sortir du métier 
pour entrer dans la phase industrielle et devenir vraiment un art; 
mais espérons le préserver du fléau de l’industrialisme. 

Les jeunes générations le comprendront, elles apprécieront les 
immenses ressources que l’agriculture trouvera dans l’emploi des 
machines, de la puissance mécanique. Quatre millions de chevaux- 
vapeur réalisent aujourd’hui, en France, pour l’industrie, un tra- 
vail effectif égal à celui que produiraient quarante millions d’ou- 
vriers. Comparons ces chiffres au travail que peut donner l’homme 
isolé, le simple paysan. 

Vos fils reconnaîtront également les immenses inconvénients du 
morcellement des terres, qui nous condamnent aux seules amélio- 
rations de détail. 

Appelons donc de tous nos vœux l’avénement de ces jeunes gé- 
nérations auxquelles nous léguons la grande, la belle tâche de 
créer l’agriculture de l’avenir, l’agriculture vraiment industrielle. 
Cette agriculture seule permettra de produire une richesse capa- 
ble de donner à tous les cultivateurs des satisfactions compatibles 
avec les besoins réels de l’existence sociale. Vos filles, vos fils 
n’iront plus, attirés par un mirage trompeur, demander ces satis- 
factions aux grandes villes qui ne pourront même bientôt plus les 
leur faire espérer. 

Saluons, Messieurs, dès aujourd’hui, l’agriculture de l’avenir. 
Saluons le gouvernement qui l’a préparée en donnant l’instruction. 

Saluons aussi, Messieurs, le jurassien si digne de présider aux 
grandes destinées de la République. 

Après les applaudissements nombreux et réitérés pro- 
voqués par ce discours , M. le Sous-Préfet a pris la pa- 
role et s’est exprimé en ces termes : 


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— 277 — 


Messieurs, 

Que pourrai-je ajouter, sans les affaiblir, aux paroles si justes, 
si vraies que vous venez d’entendre ? 0 

Cette sollicitude, dont l’Etat entoure l’agriculture, notre mère 
nourricière à tous, vous en êtes témoins chaque jour, comme votre 
Président vient de vous le dire, et vous ne sauriez le nier sans in- 
gratitude. 

L’administration, qui n’oublie pas que de lourdes charges de 
toutes sortes pèsent encore sur le sol, s’applique, dans la mesure 
du possible, à les diminuer, plus lentement qu’elle ne le souhaite- 
rait, mais prudemment, afin de le faire sûrement. 

Elle met tous ses soins à étudier l’organisation du crédit rural, 
à créer des canaux d’arrosage, à réaliser des améliorations dans 
le nombre et l’état de nos voies de transport, à obtenir des dimi- 
nutions dans les tarifs des compagnies de chemins de fer, à multi- 
plier les concours, les récompenses et les moyens d’enseignement. 

Vous voyez l’étude des questions agricoles faire aujourd’hui 
partie des programmes officiels de nos écoles primaires. Un con- 
cours sur ces questions vient d’être organisé entre écoliers par 
les soins de votre Société et a donné les meilleurs résultats. 

Mais tant d’efforts et de bonne volonté à votre égard risqueraient 
de demeurer stériles s’ils n’étaient soutenus, appuyés par la bonne 
volonté et les efforts de tous. 

M. Sauria fulminait tout-à-l’heurc avec raison un réquisitoire 
contre les habitudes routimières de quelques-uns d’entre vous. 
J’avais, moi aussi, à Champagnole, donné le conseil aux membres 
du Comice de sortir enfin de cette routine désastreuse qui est la 
cause de notre infériorité vis-à-vis de la concurrence étrangère, 
et principalement dans l’industrie fromagère qui est une des sour- 
ces de richesse les plus importantes du Jura, et qui prendra d’au- 
tant plus de développement que vous saurez tenir compte de la 
prodigieuse aptitude de votre sol à produire des herbes nutritives 
et abondantes, et que vous seconderez les forces naturelles en dé- 
veloppant le plus possible la culture fourragère. 


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Etudiez donc les progrès réalisés par vos voisins les Suisses 
dans l’industrie qui est la vôtre et sachez faire des sacrifices pour 
l’amélioration de votre matériel. 

Ecoutez les conseils qui vous sont donnés par les hommes com- 
pétents qui s’occupent de vous : instruisez-vous, tenez- vous au 
courant de toutes les améliorations qui se produisent, entrez réso- 
lument dans la voie qui est tracée par les nouvelles découvertes 
scientifiques et par le progrès, cette marche continuelle et sans 
relâche en avant. Travaillez enfin, le triomphe est à ce prix. 

Jamais gouvernement, soyez-en convaincu, ne s’est plus inté- 
ressé que le nôtre à vos travaux et n’a suivi vos efforts avec une 
vigilance plus paternelle. 

Plus vous vous instruirez, pins vous apprécierez ses bienfaits. 

La République veut faire de vous des citoyens , des hommes 
libres, des ouvriers intelligents ; aidez-la dans sa tache et vous 
pourrez toujours compter sur son aide et sur son appui. 

Les applaudissements prolongés, partis des tribunes 
et de tous les points de la salle, ont prouvé à l’orateur 
que sa parole aisée et sympathique a trouvé de l’écho 
dans tout l’auditoire. 

La distribution des récompenses s’est faite ensuite 
dans l’ordre suivant : 


TAUREAUX 

» 

Taureaux de 6 mois à 2 ans 

1 0P Prix. — Médaille de bronze et 30 fr. à M. Boisson , Théodule , 
de Vadans. 

2° id. — Médaille de bronze et 40 fr. à M. Barbcnoir, François, 
de Miéry. 


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879 — 


2* Taureaux au-dessus de 2 ans 

l® r Prix. — Médaille de bronze et 120 fr. à M. Canoz, Auguste, de 
S^-Lothain. 

2® id. — Médaille de bronze et 70 fr. à M. Desseigne , Joseph, 
de Vadans. 

3® id. — Médaille de bronze et 20 fr. à M. Milcent, de Vaux-sur- 
Poligny. 

4® id. — Médaille de bronze et 10 fr. à M. Chapelle, Gustave, de 
S‘-Lothain. 

GÉNISSES ET VACHES 
1 0 Génisses de 1 à 2 ans 

1 er Prix. — Médaille de bronze et 50 fr. à M. Romand , limonadier 
à Bersaillin. 

2® id. — Médaille de bronze et 40 fr. à M. Poux , Irénée, de 
Miéry. 

3® id. — Médaille de bronze et 15 fr. à M. Noirot, Louis, de Pu- 
pillin. 


2° Vaches de 2 ans et au-dessus 

i* Prix. — Médaille de bronze de la Société des Agriculteurs de 
France et 60 fr. à M. Milcent, dé Vaux-sur-Poligny. 

2® id. — Médaille de bronze et 80 fr. à M. J3adoz, jardinier à 
Poligny. 

3 e id. — Médaille de bronze et 60 fr. à M. Poussot, François, 
jardinier à Poligny. 

4® id. — Médaille de bronze et 40 fi;, à M. Sigonney, Alfred, de 
Tourmont. 

5 e id. — Médaille de bronze et 20 fr. à M wc veuve Chapelle , de 
Poligny. 


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— 280 — 


DRAINAGES. — DÉFRICHEMENTS 

l® r Prix. — Médaille d’argent de la Société des Agriculteurs de 
France, Diplôme d’honneur et 25 fr. à M. Cotiez, Désiré, 
(le jeune) de Besain. 

2 e id. — Médaille de bronze et 80 fr. à M. Chapuis, Ferdinand, 
de Passenans. 

ENSEIGNEMENT AGRICOLE 

1 er Prix. — Médaille d’argent à M. Vaubourg, instituteur à Passe- 
nans, et prime de 20 fr. à son élève, Chapuis, Eugène. 

2® id. — Médaille de bronze à M. Épailly, instituteur à Miéry, 

t et prime de 5 fr. à son élève, Barbenoir, Octave. 

• FROMAGERS 

1 er Prix. — Médaille de vermeil et Diplôme d’honneur à M. Grosse, 
de Champvaux (hors concours). 

2® id. — Médaille de vermeil et 30 fr. à M. Poncet de Montigny- 
les-Arsures. 

3® id. — Médaille d’argent et 25 fr. à M. Sourdey, de Port- 
Lesney. 

4® id. — Médaille de bronze et 20 fr. à M. Etiévant, Clément, de 
Miéry. 

5° id. — Médaille de bronze et 15 fr. à M. Lacroix, de Barre- 
taine. 

6 e id. — Médaille de bronze et 15 fr. à M. Oudot, de Vers-sous- 
Sellières. 

7® id. — Médaille de bronze et 15 fr. à M. Petit , Armand, de 
Bréry. 

8® id. — Médaille de bronze et 10 fr. à M. Grand, de Mantry. 

0® id. — Médaille de bronze et une brochure de M. le D' Bousson 
à M. Courvoisier, de Cerniébaud. 

10® id. — Médaille de bronze et une brochure de M. le D r Bousson 
à M. Petit, Edouard, de Recin. 


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Après la distribution des récompenses , M. Monnier, 
Marcel, a félicité MM. Cottez & Milcent, à qui avaient été 
attribuées les deux médailles de la Société des Agricul- 
teurs de France. 

Il s’est adressé ensuite aux nombreux viticulteurs pré- 
sents, et il leur a parlé de l’invasion du phylloxéra dans 
l’arrondissement de Lons-le-Saunier. Après avoir indi- 
qué, d’une façon sommaire , comment il est possible de 
reconnaître sa présence dans une propriété envahie , il 
s’est attaché à démontrer la nécessité de le combattre 
énergiquement dès qu’on s’aperçoit de ses ravages. — 
Il espère, sans trop y croire, que nos beaux vignobles de 
Poligny, d’Arbois et des environs, échapperont aux mi- 
grations de l’insecte dévastateur; mais il n’en presse pas 
moins les vignerons de redoubler de vigilance, et de pré- 
venir l’autorité locale aussitôt qu’ils en auront seulement 
soupçonné l’apparition sur leurs ceps. 

Là ne s’est pas bornée la petite conférence de M. Mon- 
nier : il a fait connaître comment il est possible, en s’y 
prenant à temps, de reconstituer les vignes phylloxérées 
au moyen des engrais, et, d’un autre côté, de lés renou- 
veler, dès maintenant, en propageant les cépages améri- 
cains reconnus être résistants aux atteintes du parasite. 

Pour atteindre cé dernier but , il a fortement engagé 
les viticulteurs , et les communes elles-mêmes , à créer 
des pépinières de plants américains. 

Bref, M. Monnier a dit d’excellentes choses, a donné 
de fort bons conseils, qui ont été goûtés de l’assistance ; 
aussi, a-t-il été chaudement applaudi. 

J. P. 




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sur les améliorations agricoles récompensées 
par la Société à son dernier Concours. 


RAPPORT de M. l'Ingénieur Hadery, membre de la So- 
ciété, sur les travaux exécutés par Chapuis, Ferdinand, 
cultivateur à Passenans, l’un des lauréats. 

M. Chapuis, Ferdinand, vigneron-cultivateur, propriétaire à 
Passenans, âgé de 49 ans, a adressé à M. le Président de la So- 
ciété d’agricüiture, sciences et arts de Poligny, en date du 12 
septembre 1882, une demande écrite d’admission au Concours 
du 26 septembre de cette Société, pour travaux de drainage et 
de défrichements exécutés par lui, Chapuis, sur le territoire de 
Passenans. Le soussigné, Hadery, ancien cultivateur, a été délé- 
gué paria Société de Poligny, à l'effet d'inspecter lesdits tra- 
vaux et d’en rendre compte. 

D’un autre côté, M. l’instituteur primaire de la commune de 
Passenans a adressé, le 19 septembre 1882, à la Société de Po- 
ligny t ,une demande d’admission au Goncours pour l'enseigne- 
ment agricole du jeune Chapuis, Eugène, âgé de 15 ans, et 61s 
du précédent demandeur. 

Voici le résultat des impressions que le rapporteur soussigné 
a puisées dans une inspection directe des lieux, et les renseigne- 
ments qui lui ont été fournis oralement par M. Chapuis, père. 

M. Chapuis possède, en propre, environ un hectare un quart 
de vignes qu’il travaille avec ses bras et ceux de sa famille. Il en 
cultive, en outre, et dans les mêmes conditions* environ un hec- 
tare à prix d’argent, et dont il n’est pas propriétaire. 
Indépendamment de ces vignes, Je demandeur possède et tra- 


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vaille près de deux hectares de terres arables, provenant d’an- 
ciens communaux sur la roche presque nue, qu’il a achetés de 
la commune de Passenans. Il en a déjà défriché et mis en valeur 
très productive plus de la moitié. Il se propose de gagner de 
même et successivement à la production le reste de ces friches, 
sauf une parcelle embroussaillée peu accessible à la culture, 
qu’il convertit très intelligemment et très laborieusement en bois 
productif. 

Cette conquête de la friche sauvage, ou très peu productive, 
a été opérée par le demandeur en recouvrant d’une épaisseur 
suffisante de terre le roc qui affleurait autrefois sur mille points. 
La charrue peut aujourd’hui librement passer sur toute la super- 
ficie conquise ; et la preuve m’en a été fournie par la vue de 
trèfles et.de sainfoins vigoureux, ayant succédé à des blés. 

Ce nivellement arable, véritable et gigantesque travail de ter- 
rassement, a été opéré entièrement à bras. Les saillies pierreu- 
ses ont été abattues au pic, et leurs débris enterrés dans de pro- 
fondes excavations, Unes dans le langage local, qui ont fourni 
la terre dont toute la surface arable a été recouverte. La roche 
calcaire, sur ce cantonnement en pente assez douce, qui succède 
immédiatement au talus abrupte et boisé du premier plateau du 
Jura, présente, en effet, un caractère assez remarquable. Le ro- 
cher, comme on devrait a’y attendre pour une formation réputée 
sédimentaire, forme, au lieu d’une surface continue, une série 
d’innombrables concrétions mamelonnées entre lesquelles s’in- 
terposent fréquemment des espaces assez circonscrits sur les- 
quelles la roche est remplacée par une masse argik>-terreuse 
souvent peu ou point calcaire et d’une profondeur indéfinie. 
C’est dans ces espacements qu’ont été pratiquées les Unes ou 
trous profonds, qui ont servi tout à la fois, à l’enfouissement des 
débris pierrreux ci-dessus mentionnés et au terrage général de 
la superficie conquise à la culture. 

Il suffit de ces courts détails techniques pour concevoir quel 
travail herculéen a réclamé le nivellement et le terrage de plus 


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» 


— 284 — 

d’un hectare ainsi opérés par U. Chapuis père, assisté de ses 
fils. J’ ajouterai que toute cette terre a été transportée à dos, à 
la hotte. Je me suis, à cet égard, efforcé de combattre chez lui ce 
préjugé trop général, dans ce pays, qui proscrit toute espèce de 
travail demandé aux vaches laitières. M. Chapuis possède deux 
vaches à lait pour la nourriture desquelles il a dû, jusqu’ici, par 
insuffisance de fourrage, affermer, à raison de <25 fr., un hec- 
tare de pré naturel. Je lui ai représenté qu'avec un travail d'atte- 
lage très modéré, opéré généralement en hiver, pendant les ge- 
lées, ses vaches auraient pu lui épargner, en se livrant à un lé- 
ger exercice, plus profitable que nuisible pour elles, une bonne 
partie de ces transports de terre exténuants. 

(A suivre). 




POÉSIE 

ÇA ET LA 


FANTAISIE 

L'envie est là qui veille.... 
H. Sulïkr. 

Lorsque la nuit venue, à l'heure du mystère, 

Je vais dans le vallon, seul promener mes pas, 
Respirer à longs traits les parfums de la terre 
Et l’ineffable odeur des printaniers lilas ; 

Alors que dans les prés, pleins de brume flottante 
Je m’arrête un instant, et, contemplant les cieux, 
J’admire de la nuit la tunique éclatante 
Aux mille perles d’or, et l’azur radieux; 


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Quand, au-dessus des monts, lentement dans l’espace 
La lune blonde monte et verse sa clarté ; 

Comme’ un voile léger quand un nuage passe, 

Et fait pâlir l’éclat de son front argenté. 

Lorsque du rossignol la voix suave et tendre 
S’élance et se déroule au fond des bois déserts , 

Quand les échos ravis se taisent pour l’entendre 
Et que mon cœur longtemps suit ces divins concerts, 

Souvent à ces accords qui sortent du bocage 
Hardis ou languissants, ou tout remplis d’amour, 

Aux soupirs de la fleur, aux frissons du feuillage, 

A l’hymne qui vers Dieu monte quand dort le jour, 

L’oiseau dont les regards ne s’ouvrent que dans l’ombre 
Répond, en promenant son vol capricieux 
Et s’acharne à jeter sa voix jalouse et sombre 
Au vallon effrayé de ses cris odieux : 

Et je me dis troublé : c’est ainsi que l’Envie, 

Du poète divin ose insulter les chants 

Et verser à longs flots le dédain, l’ironie 

Sur ses beaux rêves d’or et ses espoirs touchants ! 

Mais malgré cette voix sinistre, injurieuse, 

La nuit, comme une reine au long manteau d’azur 
Va poursuivant en paix sa marche radieuse 
En plein ciel, dans l’éther tout transparent et pur 

Et la Muse sacrée, en dépit de la haine 
De tous ccs esprits forts, tristes héros du jour, 

Vient verser dans nos cœurs sa lumière sereine 
E r ses accents émus et ses transports d’amour. 


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REVUE DES. JOURNAUX SCIENTIFIQUES ET A6BICOLES 


LE VIN DE SUCRE 

M. Aimé Girard, qui s’entend aux choses de la chimie, a fait un 
travail sur les petits vins que nous fabriquons avec du sucre au mo- 
ment des vendanges et que nous appelons vin de sucre, vin de se- 
conde cuvée, vin de mare. Il en dit tout lèhien qu’il est raisonnable 
d’en dire; vous allez en juger par les quelques lignes qui termi- 
nent son écrit et qui ont été lues le 1* août dernier devant l’Aca- 
démie des sciences : 

a Les vins obtenus par la fermentation du sucre en présence des 
marcs de vendange, écrit M. A, Girard, vins auxquels il convient, 
à mon avis, de donner le nom de vins de inarc , ont une composi- 
tion assez régulière , pour qu’on puisse les considérer comme un 
produit commercial défini, La composition de ces vins leur assigne 
des qualités alimentaires et hygiéniques équivalentes aux deux 
tiers , à la moitié dans les cas les plus défavorables , dés qualités 
des vins ordinaires. Cette composition est telle enfin, que, prépa- 
rés avec soin à la richesse de 9 à 10 pour 100 d’alcool, ces vins de 
marc constituent une boisson éminemment utile et Recommandable, 
dont le prix de revient riè dépasse pas actuellement 20 à 22 fr. l’hcc- 
tolitre, et s’abaisserait à *17 et 18 fr., s’il était possible de réduire, 
au grand bénéfice de notre agriculture , l’impôt du sucre à 25 fr. 
les 100 kilos. » 

Aimé Girard a opéré en petit dans un eoin de son laboratoire, 
sur une quantité de 6 à .8 litres pour chaque sorte de vin , et à la 
température constante de 22 à 24 degrés, il a mis ses mélanges de 
marc et d’eau sucrée dans de grands vases de verre munis de bon- 
des hydrauliques, et les a laissés fermenter. La fermentation a duré 


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de sept à dix jours, selon les mélanges. Chaque litre d’eau conte- 
nait 180 gr. de sucre et correspondait à 250 gr. de marc pressé* 
A raison de 17 à 18 gr. de S'Ocre cristallisé pour chaque degré al- 
coolique, il arrivait à une richesse alcoolique de 9 à H degrés. 

Aussitôt la fermentation achevée dans ses bonbonnes, M. Girard 
fit ses petits déëuvages et laissa son vin en repos dans la cave jus- 
qu’au 15 mars de la présente année. Après cela, il les soutira, les 
mit ën bouteilles et les soumit à l’analyse, en même temps que les 
vins de même provenance obtenus par les procédés naturels. 

M. Girard constata que la proportion de tartre dans le vin de marc 
est toujours inférieure à ce qu’elle est dans le vrai vin; que le tan- 
nin et les matières colorantes sont bien inférieures aussi, quelque- 
fois de moitié, quelquefois des quatre cinquièmes. Il constata, en 
outre, que l’intensité de la coloration, également moindre, varie de 
50 à 75 pour cent. Ainsi, en représentant l’intensité de la coloration, 
par le chiffre 10Û dans les vins de vendange, l’intensité de Colora- 
tion dans les vins de marc arrivera dans l’Yonne (Epîneuil) à 47,5 
seulement, dans le haut Médoc à 23,8, à 38,6 dans le vio du Chèr 
(Montrichard), à 55,5 dans le vin de l’Hérault (Gapestang), â 51,5 

dans un vin de l’Isère (Tullins). 

/ 

L’expérimentateur ne s’èn est pas tenu là. Au lieu de décuvèr de 
suite après la fermentation, il a laissé son vin de sucre en contact 
avec le marc jusqu’aux premiers jours de mars. Or, il est arrivé 
qu’au lieu de gagner du tannin, du tartre et de la couleur, il a perdu 
de tout cela et s’est appauvri. 

Enfin, M. Girard a voulu savoir s’il y avait quelque chose à gagner 
en augmentant la proportion du marc par rapport à celle de l’eau 
sucrée. Il a donc doublé le marc et il a obtenu, en effet, un peu plus 
de couleur et de tannin; mais il a reconnu que le jeu ne vaudrait 
pas la chandelle, à moins d’égrapper et d’ajouter au marc la moitié 
seulement des rafles avant de verser lîeau sucrée. 

Nous avons, nous aussi, fait du vin de sucre d’après le procédé 
de M. Pétiot, ou à peu près, à raison de i8 kilos de sucre par hec- 


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tolitre d’eau, c’est-à-dire de 180 gr. par litre, et nous avons obtenu 
les mêmes résultats que M. Aimé Girard. Toutefois, notre mode 
d’opérer différait du sien. Nous allons le rappeler en deux mots. 

Nous mettons nos gamays rouges dans la cuve , et , aussitôt la 
fermentation arrêtée , nous enlevons au moyen d’une fontaine , ou 
gros robinet en cuivre, tout le moût de la cuve. Nous l’hectolitrons 
pour en avoir la quantité, et nous préparons autant d’eau sucrée 
qu’il y a de moût tiré. Nous versons cette eau sucrée dans la cuve ; 
la fermentation se ranime, et dès qu’elle est achevée, nous tirons 
le petit vin de seconde cuvée. C’est ainsi que nous avons procédé 
dans un premier essai. Au second essai, c’estrà-dire l’année der- 
nière, nous avons ajouté à l’eau sucrée, afin de donner plus de sa- 
veur à la boisson, 15 gr. de tannin et 20 gr. de crème de tartre par 
pièce de 228 litres. 

Notre vin de sucre nous rend des services , puisqu’il augmente 
notre récolte en des temps de disette, et nous -revient à moitié prix 
du vrai vin; mais si l’abondance revenait, nous le payerions peut- 
être d’ingratitude. Nous lui reprochons sa couleur faible et un ex- 
cès d’alcool qui se détache trop du vin. 15 à 16 kilog. de sucre fe- 
raient probablement mieux notre affaire que le chiffre réglementaire 
de M. Pétiot, et peut-être y aurait-il avantage à laisser l’èau sucrée 
en contact avec les marcs un jour ou deux après que la fermenta- 
tion a cessé. 

4 P. J. 


• JVLK8 GtNDàB / IMPàlMEUà A POLIONT. 


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— 289 — 


...... ,i • '■ • . ■. .. . 

........ CONTRIBUTION 

A L'HISTOIRE DE LA MÉDECINE 

EN FRANCHE-COMTÉ 

(Note* St documenté. sur les médecins, chirurgiens, apothicaires, 
eto., du XII* au XVIII* aièole) 

• * k ,• 1 2 3 4 5 6 

COMMUNIQUÉ PAR M. B. PROST. 

* . (5title) 

t 'M.--: 

Un médecin d’Arbois (Wido filius Âbbonis, medicus de 
Arbosio) est au nombre dés témoins d’une donation de 
Roger, sire de Monnet,' à l’abbaye de Rosières; datée 
d’Ounans (Hunnens) le sept des ides de décembre (7 dé- 
cembre) 1189 (1). i 

Paganus medicus de Chantonna, alias de Chantonnay (2), 
prend part, en qualité de témoin, à une charte de l’ab- 
baye de, Corneux, de 4197 (3). - * 

Un titre de l’abbaye de Rosières, de l’an 1200 nous ré- 
vèle le nom de Eymericus medicus (4). Dans un autre do- 
cument delà même année, concernant la chartreuse de 
Bonlieu, apparaît un médecin de Cuiseaux, Petrus medi- 
cus de Cuisel (5). 

Én 1218, Eudes était médecin de Gaucher, sire de Sa- 
lins (magister Qdo, medicus domini Salinensis) (6). 

(1) Le P. Chiflet, ouvrage cité , p. 156. — Archives du Jura, fonds de 
l’abbaye de Rosières, cote lxxiii 1 (pièce originale, parchemin). 

(2) Chantonnay (Hante -Saône). 

(3) Bibl. nation., coll. Moreau, vol. 875, f. 458 v°. 

(4) Arch. du Jura, fonds de l’abbaye de Rosières, cote 1 9. 

(5) Du Bouchet, Preuves de V histoire de Y illustre maiton de Coligny .... 
(Paris, 1662, in-fol.), p. 44. 

(6) Bibl. nat., coll. Moreau, vol. 872 (cartulaire de l’abbaye de Jlont- 
Saiute-Marie), f. 357 v°. 

10 


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Un manuscrit du xni® siècle, de la Bibliothèque na- 
tionale (1), contient le texte d'une assez longue consulta- 
tion donnée par maître Mathieu, de Besançon (magister 
Mathfâs de Bisuntio) pour le traitement - mala- 
die des jambes dont un évêque était atjepit (in curanio 
tibias domini episcopi TheatiniJ. Je ne possède malheu- 
reusement, sur ce médecin franc-comtois, aucune don- 
née qui permette d’établir s’il exerçait Son art dans notre 
province ou ailleurs. 

A Besançon, le cartulaire de l’église collégiale de 
Sainte-Madeleine fait mention, en 1270, d’une maison, 
située au PetiLBattant , ayant appartenu à un médecin 
du nom de Henri, citoyen de Besançon, décédé alors, et, 
en 1291, de la maison de Constantin, frère d’un autre , 
médecin, «tppelé Jean (2). I 

Le vendredi après la Saint-Barthélemi (le 26 août 1280), 
Guy ou Guyon de Crissey, chirurgien « celorgien* , reprit 
en flef d’Othon, comte de Bourgogne, tout ce qu’il pos- 
sédait à Crissey. Voici en quels termes est conçu oet 
acte: < 

Je Guios de Crissey , eelorgiens, fais savoir à tous que je ai pris 
en fyé lige et en chesement (3) de mon très chier seignour Othe, 
conte Palatin , de Bourgoigne et seignour de Salins, tout quant- 
que je tien en la ville de Crissey, près de Dole et es aperte- 
na lices, et en ai fait foiaulté (4) à : mon très chier seignour devant 
dit. En tesmoingnsige de veritey, je l’en ai bailHé ces lettres see- 
lées des seels religiouses persones et honestes Girart, abbeys dou 
Mex Sainte Marie de Damparis , et de Estène , humile priour de 

(1) Mss. latins, n° 16894, dernier feuillet (f. .457), v°. 

(2) « .... Domus quondam Henrici medici, civis Disuf)lini, tila w parvo 
Datenlo ,...n — « ....Domus ConslanUni féal ris domini Jofemnit medici...» 
Biql. nat., coll. Moreau, vol. 876, f. 90 v°, 230 v°. 

(3) Chasement, sorte de teneur féodale. 

(4) Féauté, prestation de foi. 


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Jâue{l). ; Faites et àauées 4 Dole, lou loadi après l^-eaipt Ber - 
tholonjey l’an Nostre Seignour mil GC octante (2). 

Ce Guy de Crissey testa à l’offlcialité de Besançon en 1 2 3 
1285; jl est mentionné dans les tables des testaments 
déposés à cette offiçialité, sous le nom de « Gui deRan, 
Chirurgien de Crissey » (3), 

Le lendemain de la Saint-Nicolas (7 décembre) 1286, 
Èudés de Fouvens; châtelain de Bracôh, délivra , à 
« mâis'tré Phelippè lo phmcien, » un mandement de la 
somriie de 10 livres 16 sols 8 deniers estevenants (4), que 
ce châtelain lui devait « por le signour de Sailley » (5). 

i ’ ’■ " 4 5 6 * 8 9 10 ’ * 1 

A la fin du xiii® siècle, « maistre G. le phisicien » (6) 
et « le barbier dè Santans » étaient pensionnés par le 
cortite de Bourgogne Othon (7). 

Le 24 mars 4295 (n. st.), c'mestre Besençon, fisicyains p 
de Salins, » vendit une vigne à un bourgeois àe la mémo 
ville, Je transcris ce doçumemt : . 

J e mestïe Besenconsjfisicÿains, de Salins , fiz (8) jadix Quarte- 
roîm, bôrgoi de ce mahisme leu (9), fais savoir à toft que j 4 aî venduz et 
outroyèz perniaghàblémént et senz rapeal (10) à Moreaî dit'Vouryn; 

(1) Abbaye de Damparis, prieuré de Joube (Jura). 

(2) Àrch. du doubs, Trésor des chartes, anc. cote C. 390 (pièce originale, 
parchemin); B 2, cârtuîài.re original de Franche-Comté, f. 6; çopie à la 
BtBt. nat., coll. Moreau, vol. 877, f. 404 v d -405. 

(3) Bibl. nat., coll. Moreau, vol. 865, f. 260 v°. 1 

(4) Mounaié estevenanle, monnaie comtoise. 

(5) Arch. du Doubs, Trésor des chartes, quittances (communication de 
M. J. Gauthier, archiviste du Doubs).) 

(6) Cette initiale désigue, apparemment « maistrç Giraud dç Hautepreille, 
fisicien » du comte Othon. Voir plus loin à l’année 1302- t| 

(7; Bibl. nat., nouvelles acquisitions françaises, vol. 395, f. 21, 22. 

(8) Fils. 

(9) Même lieu. 

(10) A perpétuité et sans rappel. ; -t w 


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borgbi *de "Salins, et es siens, oü'fcu* il i’ôutrôieroity Ane 1 vigné 
assise En Grainges, tochant à là Vigne ‘WiileftiJn de Cytheas et 6 
la vigne à Brydat, et doit tant soulemept le (juart(l), à ces de Ches- 
teal (2)^ pris et renduz en la ditè vigne, et quatre deners ^e v$trda 

(3), et te j ’âi vénduz por le pris de dix livres d’ésteVeneite/rés- 
qués j f ai hahiiz et reéëhuz (4) à tens dd la vendue dbù'dît Moreal 
achetour, em bone pecune (5)norabrée, ét de cfelê 1 je me tien et 
apelei por bien paezv De laqnel vigne vendue je me suj devestiz 
por moi et les miens, et le dit Ifareal por^yiet les sieps eij haj 
envestiz et mis em possessions corporel ou assi (Ç^ par çqs letres, 
et la li promet guarantir, deftendre et appasier loiai^ent contre toz, 
tojor, et en toz leus; abrénonçans à l’excepciom de pecune nom 
nombrée et nom paée 1 à moi, à Texcdpcion de moindre prié, à tote 
lésion et decepcion, à Kexcepciom de mal, de barat et de fat {7), à 
toz droit escrit et non escrit, à toz droit, excepcidm, chose et raisom 
qui porroit estre opposée encontre jCes, Jetre^ en ce ftd, et à, droit 
qui dit que general renonciations ne yaut. Je Deduyt. frères <Jou 
dit mestre Besençon, et je Maylloret de Salins, loons, acceptons, 
bavons pûr bon et establè la vendue de la dite vigne, et bôiis hi 
consentons expressément, et qui tons a dit Moreàl tel drbit, tè( 
raison com nous havons et pohons bavoir en ladite vigne, Ces 
convçnenqes, ainsi com eles sunt dessus devisées^nqus mestre 
Bp§encon$, Deduyt et Maylloret devant diz, prqraetpns par nos fois 
corpores données et par sollempnel stipulacion tentr el^uarder 
loiament senz toz contrediz; et por plus grand seurtez, nous en 
obligons nous et nos biens en la cour lé 'conte dti Bérgoiïgne, et 
volons et outroions que l’an ne pusse riens dire ne prover encon- 
tre ces letres, fors souleipentpar letres saelées dou seal de la dite 
cour. En tesmognaige de laquel chose requis havons et fait^ métré 
en ces letres le seal de la dite cour, douquel l’ap use à .Salins, en- 

: ; . J I Ml ' 

(1) Le quart des fruits. * 

(2) Alix religieux dn prieuré de Châteàu-sur-Salins. 

(3) Quatre deniers dé garde. 

(4) Eues et reçues. 

(5) Argent. 

(6) Ou de manière à en tenir lieu. 

(7) De tromperio et de fait. i - 1 • 


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i 



— 298 — 


samblë le seal dou ohapifre de Saint-MoHse de Salins. Saelées 
dou .seal la dite cour par Esfpne.Berengiçr et par WinetPan- 
cepin. Et nous lidit chapistres, à la requesta dos devant diz mestre 
Bqsencon, Deduyt et Maylloret, et à la prière, hayons mis nostro 
^eal eii ces letres én signe de vertéz (1). Donnez Pànt de grâce 
mil deus cenz no'nanle quatre, la [veille de l’anohcialion Nostre 
Damai^)*':’ • '• | 

Les documents du xiv® siècle nous fournissent un 
assez important contingent d’indications à noter. 

Parmi les testaments déposés de 1255 à 1628 aux ar- 
chives de l’officialité de Besançon (3), on remarque, pour 
le xiv° siècle, ceux de sept médecins, chirurgiens et 
barbiers, tous demeurant dans cette ville : 

1812, Henri Lombard, chirurgien; 

1316, Philippe de Rougemont, médecin, chanoine de 
Sainté-Madeleine de Besançon et de Saint-Anatoile de 
Salins, curé dé Bletterans; 

1328, Richard Demanget, médecin; 

- 1349, Jacques de Maiseaux (de Macellis), médecin, 
qui. légua ses livres aux Cordeliers de Besançon; 

1349, Renaud' de Morey, médecin , qui légua aux pau- 
vres de la hiême ville sa bibliothèque, composée de six! 
volumes ; 

1378, Renaud de Pillante, barbier; 

(1) Vérité. 

(?) Arch. du Jura, fonds de 1 abbaye de Goailles, pièce non cotée. 

(3) tes archives de cette officialité ne subsistent aujourd’hui qu'à l’état 
d’épaves; on ne possède plus, notamment, qu'une minime partie de cette 
précieuse collection de testaments où nous aurions trouvé, sans doute, 
d'intéressants détails sur le sujet qui nous occupe ; la collection Dvoz nous 
en a conservé, par bonheur, un inventaire et des tables rédigés, au siècle 
dernier, par deux érudits franc-comtois, l'abbé Guillaume et dom Bertbod. 


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— m — 


4388, Guillaume de Areftoto, médecin (phÿstcue) (1). 

Les tables de ces testaments enregistrent, en outre, 
les noms suivants : 

1302, Jean Lombard, médecin, de Besançon, père du 
chirurgien Henri Lombard, cité ci-dessus; 

1360, Guy de Poligny (de Poilogniaco), médecin, de 
Besançon ; 

1375, Benaud de Pillante, barbier (barberius), déjà 
mentionné ; 

1383, Eudes ou Odon de Choyé, médecin; 

1400, Girard « Luminton', » barbier, de Besançon (2). 

« Maistre Girart de Hauteorelle (3) » était médecin 
(fusicien) d’Othon, comte de Bourgogne, qui, dans 
son testament du 5 septembre 1302, le choisit pour 
un des exécuteurs de ses dernières volontés (4). — Il 
figure en cette qualité, après la mort d’Othon (17 
mars 1303, n. st.), dans plusieurs titres de 1303 et de 
1304 (5). La veuve de ce prince, Mahaut, comtesse d’Ar- 
tois et de Bourgogne, l’investit à son tour de sa con- 
fiance et, dès 1303, l’attacha à sa personne; en 1312, 
elle le gratifia d’une rente à vie de 16 livres parisis. 
Girard occupa auprès d’elle les fonctions de physicien 

(1) Bibl. nat., fonds Moreau, vol. 865 (collection Droz, t. IV), f. 267 v«, 
465, 270, 205, 277, 297 v°, 466 t®, 296, 161 V, 320 v* 324, 420 t*. 

(2) Id. t f. 465, 479, 478, 64 v», 466. 

(3) AuloreiUe (Haute-Saône). 

(4) J.-M. RtcHAitT, Inventaire sommaire des archives départementales du 
Pas-de-Calais, t. I, série A (Arras, 1878, in-4°), p. 241. — Cmbyambb {Mé- 
moires historiques sur la ville et set gneurie de Poligny.,., Lons-le-Saunier, 
1767-1769, 2 toI. in-4°), t. I, p. 394-396) et Pbbsan ( Recherches historiques 
sur la viüe de Dole.... Dole, 1812, in-8°> p. 311-313) assignent à ce testa- 
ment la date du 13 septembre. 

(5) Ï.-M. Richart, Invent, des archives du Pas-de-Calais , t, I, p. 78, 202. 


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— 206 — 

jusqu’au commencement de 1814; il donna pour la der- 
nière fois quittance de ses gages, le 20 février de cette 
année. Dès lors on perd sa trace, soit qu’il eût résigné 
sa charge, soit, selon la supposition la plus vraisem- 
blable, qu’il fût mort peu de temps après le 20 février 
1314 (1). En tous les cas, à partir du mois de mars 1314 
la comtesse Mahaut avait un nouveau physicien, du nom 
de « Thomas Le Miesier » ou « Le Misier » (2). 

Les comptes de l’hôtel de cette princesse relatent, 
entre autres détails, les dépenses suivantes : 

1304. — « Le xm e jor de mars, payé à I sureurgien 
qui garifla jambe Othenin de Monbeliart, x sols.... Le 
-xiii** jor de may, à I barbier de Paris qui seingna (3) 
madame au bois de Vinchaines (4), xxi sols. » 

1310. — Quittance (31 janvier) de Girard d’Autoi'eille, 
«.pour pluseurs espicies confites et appotecaries et ni 
ciroisnes (5) prises chiés Jehanne l’espicière à Paris. » 
— Payé « à Pieret de Charny pour aler à Poissi (6) querre 
un barbier pour sainier madame, ni sols; à Margherite 
la barbière, pour garir le petit Pieret de sa teste, vi sols ; 
le xi e jour de juignet, au barbier de Pontoisse (7), pour 
sainier madame, m sols. » 

1312. — « Le xxviii 0 jour de may, à Ysabel l’apotikai- 

(1) Id., p. 201, 202. 205, 210, 213, 217, 221, 225, 226, 227, 232, 234, 248 , 
253, 257, 261, 269, 270, 271, 274, 279, 282. 

(2) Id., p j 283, 292, etc. 

(3) Saigna, 

(4) Vincennes. 

(5) Epices confites, confitures, — médicaments, — céroène ou ccroinc, 
« emplâtre dont la cire fait la base, regardé comme résolutif et fondant. » 
Littré. 

(6) Poissy. 

(7) Pontoise. 


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resse, pour pluseurs choses que maistre Girars avoit 
prises à li: (1) pour la maladie madame, xx sols.... 
Le xx° jour de juing, à I barbier qui segna madame, 
xxxii sols. » — Quittance (22 mai) de Girard d’Auto- 
reille, « pour xxii pomes grenates (2) prises à pluseurs 
fois pour la maladie madame, » 8 livres 6 sols. 

1315. — « Le xxviii* jour d’aoust, à Agnès Pipelarde, 
d’Arras, pour m ciros (3), une once de dyaciconiton las- 
satif (4), une couleure (5), une livre de electuafire (6), 
porté à Hedin (7) pour madame, liiii sols. Ledit jour, 
pour les despens maistre Thomas Le Misier, alant par n 
fois à Hedin, pour la purgacion madame... et pour porter 
n lectuaires d’Arras à Paris par n fois, lix sols viii de- 
niers. » 

1319. — « Le vi juingnet, à Perronnele l’erbière (8), qui 
estoit venue de Paris à Conflans pour la santé madame, 
xx sols. » 


• (1) Chez elle. 

(2) Grenades. 

(3) Sirops. 

(4) Des anciennes pharmacopées ne mentionnent pas de médicameut da 
du nom de diaciconiton. Bien qu’il s’agisse d’un laxatif, il faut lire, je crois, 
diaciloniton. Les diacydonites, ou diacytonites étaient des poudres astrin- 
gentes, composées de coing et diaromates. V. la pharmacopée de M. Laur. 
Joubert (Lyon, 1588, pet. in-8°), p. 215-216. 

(5) Couloire, « vaisseau disposé à son fond, de manière à laisser s’é- 
couler la partie la plus liquide de certaines préparations. » Littré. — Le 
glossaire de Du Gange, aux mots coloeria et colum, indique le sens d’en- 
tonnoir. 

(6) Electuairc, « médicament fait de poudres composées et aussi de pulpes 
et d’extraits, avec des sirops à base de sucre ou de xpiel. » Littré. 

(7) Jlesdin. 

(8) L’herboriste. 


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1320. ! — c A YwbqauJîapçiliqupressej ppurqm clives 

(1) et poun herbes qiaur lq , b$in J-ehapnoiMç) fqte^, (£), 

XX SOl:$. ,>••(.: -• ■! ; • i ; : ! . ■! ■■••«»} —!»•.(• ■ - ; 1 1 • : /<•••>!• , ' w { • >; > 

i ”1 324 i — <- » Le xv« lour de jiling, à I berfoter-qui Beigne 
madame, 1 2 3 4 5 6 7 8 Xvi-sols. ■»' i< h- . ..!«=> iM=' • 

■ 1329. 1 — « Le xxv'i® jdtir de novembre , k Merguère 1 Per* 
bière de Petit-Pont, pour clistère que fut doitrié àmh- 1 
dame 1 , xXxiï sols La comtdssèi Mahaut i mourut 

le #7 novembre 1329'. - • <•••• -.«> >-m ■ ,• -.n,» »•'. >\> 

Je reprends l’ordre l 'chronologique ifttérrbmp® 'par leë 
diverses énufriératiohs qui précèdent. > ; 

Au cbmmencement du xiv e siècle, « maistre Guillame 
dé Cramans, v alias de Gremans: (4), .était ta-phisicien 
d’Erard de Neuchâtel, seigneur de«Blancmont » (5). 
Par son. testament,, en date du mardi après la Saint-B^r- 
tbèleiqy ,(27 i}ioùt).lS08!, ce seigneur lui légua soixante 
livres estevçpants (6), en reconnaissance de ses, bons 
services, « pour plusours servises qpe il a fait [à} pioi et 
mon père, » déclare le testateur (7). . 

Dans un titre de l’abbaÿe de Goailles, du 4 février 1312 
(n. st.), il est question d’une vigne, située au tterritoire 
de Salins, au lieudit Monteillët, qui avait appartenu à 
maître Toübin, de Salins, maître en médecine (magistri 
Tobini de Salino, magistri in mediarta (8). " 

(1) Clystères, ci h : 

(2) Le fou, le bouffon de la comtesse. Mahaut avait en oUtre ua nain, du 

nom de « Calot Jeban, n mort en 1328. — J.-M. Richard, InvetU. des arch . 
du Pas-de-Galais, t. I, p. 363. :n / , 

(3) J.-M. Richard, ouvr, cité, p. 2Ô6> 252,253, 269, 271 jm292, 312, 318# 

325, 371. / , 

(4) Gramans (Jura). >i f ■« '* * ; i 

(5) Blamont (Doubs). » : il 

(6) Monnaie comtoise. 

(7) Bibl. nat., collection Bourgogne, vol. 94, p. 533-534.1* ,;> î 

(8) Arch. du Jura, fonds de l’abbaye de Goailles, titres non classés. 


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— «8 — 

L s àil 1915 , 'Hugtres V, dttd dé Bourgogne', légua & 
« mais^fe GÙiftUüme de ChampdiVers et à maistne Martin 
de Fleurey, phisiciens, por lour poines et lour débours 
qu’il hont sustenu; — ditdl, — à nos visiter, à chascun 
d’aux doux (1), cinquante livres de digenois (2) tant sole- 
mant *(3)t Nous retrouverons en 1325 ce Guillaume de 
Champdivers. 

1 Maistre Pierre de Bouvent, chirurgien (magister Petrus 
de Bovenco, chirurgiens ), est un des témoins d’une charte 
de l’abbaye de Saint-Claude de l’an 4317 (4). 

En 1320, Gautier de Villersexel était barbier (5) (te Si- 
mon de Gonsans, abbé de Baume, et t maistre Aymé » 
exerçait à Poligny fct profession de « phisiciain. » Le do- 
cument qui suit émane de ce barbier : 

Je Gantiers de Vilersaxel , barbiers en 6e temps de honorable 
persone monseignour Symon, abbé de BaUme, fais savoir à touz 
ces qui verront ou orront ces léctres, que cbtoe mes sires K diz 
âbbes et li covent de Bàume me aient 1 2 3 4 5 6 7 8 donné ét outroié à ma vie 
tant soulement, pour services que je lou 6 ai'féizet ferai es temps 
h avenir, une leur vigne aiasise ou territoire de Byvilfy(6), en Pk-ey 
Morain, qUe l’on appelle vnrgalement (7) la vigne au sacrestain, 
delez (U) la plantée Guiot à Rosset Regaymart, et delez la vigne 
Humbert Galant, et delez le biez de la fontaine de Boutelier, et 
delez la vigne es emfans à Blanc de Ghamole, et delez la vigne 

(1) Littéralement : i chacun d'eux deux. 

(2) ■ Monnaie d*jonnaise. 

(3) 2* codicilé de Hugues V, en date du dimanche avant l’Ascension 
(27 avril) 1315. — (Don Plancher) Histoire de Bourgogne, t. II, preuves, 
p. clvu. — BIbl. nat., coll. Bourgogne, vol. 71, f. 223; vol. 94, p. 572. 

(4) Bibl. nat., coll. Moreau, vol. 875, f. 159 v°. 

(5) Je donnerai plus loin des détails sur l'office de barbier dans les 
abbayes de Baume et de Saint-Claude. 

(6) Buvilly. 

(7) Vulgairement. 

(8) Joignant. 


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T 

^ekoimhi. Bovier de je contriW& et èonfeese 

que ,teetQ$4 après ma* nkort et mon trappassenient, li dite (vigne 
doit revanir quitemeni e^absohiéœent \i) au covenl etàil’iglise 
de Bauïnc, 9eps» auoon contredit de. mes hoirs, eschéans pu suc- 
cessours, ou point et en Testât que la dite yigne s ara ou temps 
que je passerai de vie à mprt. Et yuil et outroie que se mui hoirs 
ou éschéans voloient aleguer ou proposer contré l’iglise et covent 
de Baume, tenuire (2) ou possession de lonctemps, que ce ne loür 
puisse aidier ne voloir, et qu’il n’en soient ôiz ne escutez (3) en cort 
laie ne en cort de crestienté (4), en manière, que lh dite vigne ne 
rqviegne tantost arriers à Tiglise et covent de Baipe ensi cum 
dessus est dit. Et cele dite vigne, je ne puis vendre, aliéner, obli- 
gier, ne mectre en autre main que en la moitié. Toutes cqs cove- 
nences je, pour moi et pour les miens, ai promis et covent (5), por mon 
sairement donné sus safrnt euvangieîe touché corporelement, tenir 
et gardér fermement è ladite église et covent de Baume, pour kmr 
et pour lour successours, sens corrupeion. — En tesmoignai^e de 
laquel chouse,,obliganz moi, mes biens et mes hoirs, pour ce fait 
tenir et garder fermement, soz la juFidiçion de nostre cher et re^ 
douté seignaur roy de France, j’ai prié et fait mectre en ces lectres 
le seel de sa cort douquel on use à Poloigney. Donné en la presence 
du màixtteÂgmé, phiêieiain , dè Poloigney , et de morts* Point, 
curé de Saint- Loutaiu (6), le mardi après 1 2 3 4 5 6 * 8 9 la Teste de Texaltaciou de 
Sainte Croiz (7), Tan corant par mit GCG et vint, ou mois ce sep- 
tembre (8). 

« Maistre Guillaume de Chandevers, * le même Guil- 
laume de Ghampdivers, de qui il a déjà été fait mention (9), 

(1) Sans charges ni hypothèques et d'une manière absolue, complète. 

(2) Tenure, jouissance. 

(3) Pais ni écoutés. 

(4) En cour de justice laïque ou religieuse. 

(5) Convenu. 

(6) Sainl-Lothain. 

{ 7 ) Le t6 septembre. 

(8) Aies, nu Jura, fonds de l'abbaye de Baume, coté TT 

original). ' 

(9) Y. p. 21. 


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- 800 


était « phisicien » en4825y délai duchesse dé Btoirgognie, 
Jeanne de France* fille aînée d» Philippe le Long, mariée 
a«iddo- Eudes IV. Ddn^soutestament'l'nbvembrc '1325), 
Agnès, duchesse doüairlèi^ dë'BôiIrgôgnë. ltii ïégüd ! ,"â ce 
titre ! urtè sümiïie de’ dlx : livres (1). ! • ' 

La même année (l^^s ^érr^.dé lu Rue des.Grange^ » 
était niédecf, n ^, Besançon,, (2). ", . . . „ • 

Dans le compte du trésorier du comté de Bourgogne, 
pour l’année 4335-1386, je relève les dépenses suivantes : 

‘ « Item , 'pôur la poinne (3), missïonfe (4) et salaire de 
maistre EstienUe Bartenat, de Poljgney (5), sarorgiain, qui 
cura et'gârit ledit vallet (6), paié.... p sols. , 

« Item, pour plusours chousès d’asposticairerie ache- 
tées de Aymonin Longin (7) pour la garnison des blaciez 
(8) de Polongné(9)...j ix sols vu deniers. 

« Item, pour la poinne et pour 'le salaire dfe maistre 
Guillaume Gouz, 'de Poloigney,sarroigiain, qui ay curé et 
gary Iesd. blaciez.... xi livres xiii sois iin deniers. 

« Item, ù maistre Mairet , fesiciain et sarorgiain, qui ay 
visitey. plusours gentiüiomes de la guarnison de A'esoul, 
per le temps de la guerre.;., lx solsi •••' - ' 

. 1 • 

(1) (Dom Plancher) Histoire de Bourgogne , f. II, preuves, p. clxxw. * 

* (2) And#. üü^où^s; fonds de l’bbbayfe Sâint' J Pati!àe Béiançbn, carton II, 
n 0, 34j>p fc ;2> • \' \ • '* . »• • ‘ ! i ; ■ 1 • ‘ • 1 *.* 

(3) Peine. 

(4) . Dépenses» * **.. ; - .q m - 

(5 ) Poligny. . , i - -o 

(6) Ce «vallet, » qui « avoit brisié la cliambe » (jambe), faisait' partie 
d'uue compagnie de « gens d’armeé» commandée par Renaud de Laisse y, 
lors de la ligue des seignours comtois contre le duc Eudes IY. 

(7) Apothicaire à Poligny. . ' 

(8) Blessés. • • f * • • • •: 

,(3) Poligny * — i IJjrj&agthiitei de quatre hommes* Ü’armès '« qui** furent 
blaciez devant Poloigné, quant messire Girars de Montfacon y courn»tyj..i « 
après les feulx boutez à Salins. » Compte cité ci-dessous. V. 


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« Item, pour le salaire dou mareschaul de Villercessel 
(1), qui ay #è0genîil-|fl&nes de lad. 

guernison per tout le temps de la guerre.... lxxv sols. 

« Item,' poùr 6inct, / s dp 1 (‘2J, a cire ‘et àtafres chouses 
achetées pour guarjy plu^oiju’p^heivalx des gentilhomes 
de la guarnison de Vesoul..„x ( ^x ^olj , (3). ( » 

Parmi les âmenâësque prononcèrent, en 4343-1344, 
les commissaires ' réCormatéuife institués 1 eW Franche- 


Comté, par le duc- Eudes IV, ■ j*èn signalerai uïié de 45 li- 
vres, — somme considérable pour l’époque, — édictée 
contre Perrenot Chair-dé- Boèüf, « qui gardoit |les clers 
(4) des portes de Dole, comme prevost, et une famme 
travailloit d’anfant ëh lâ' tÜé cléü'Visonlhei, laquelle estoit 
en tel point que l’on demandât aud. Prevost qu’il ouvrast 
la , porte pour laisser: venin le heUfieïi ipour garantir'de 
mort l’anfant,: liqtaelx ne-Tveui* (5) baiilier tes clers de là 
pcfrteny ouvrir ' jüsqUes à une grtmfrptébe (6),’ '^tl’il otiî 
vrifet la iportfe, et ^uant 1 r bërtrfëfà y fu$t| il 1 trouvav qüë 
la dicté ftlmhié etTfàrtférisitote'rrt mÔi*s » \1). ' ’ ' ’’ 'j' 1 
Mâistre Estièrihé de Poloighy. chanonq de Eè'iqgres » 
(8), et * niaistrë Ëüdje (le pliisïpièp,'' » assistè- 

rent, èd qualité de témoins, au testa^pt d.u ^UC.Àe 
Bourgogne Philippe de Rouvre, enpate du 44 noyempre 
1364, à Rouvre, où ce' prince'* gisoit dë mélaidie »',(4p). 

W ' ' ' ' i ' ' ‘ ‘ ■' ‘‘ ‘ / « \ 


"*'( 1 ) Dü tna^écüal (vétfedtiàirfej d'e VilIërèexel^Ûpùïis]* ‘ 7 

(2) Oing, suif. • *■ " * ‘ ’ 

(3) Bibl. nat., fonds Moreau, vol. 900 (col 1. Droz, t. 39, .extraits d’an- 
ciens compteé dP Franche-Com té, été.,; f. pOd’v 6 ;’ 901 i 408, 306 V 3Ô7. 

(4) Clés- j-{M < t. t .’*tr ï-'p I- Y. •»' ,$*-••» ?ii .• i ' • •• .m-- n»- ; * 

, (5) Voulut. . . > ... ,» 

(6) Avant tm { lonÿ i'ntérVâîle . ’ ’ , 

* (7) nat., >fondB Moreau», Tdlté 900 (coll. Droz* t. 39), f. 387>V° - 380: 


1 . ■ *»ir! ; ‘>irn *j • t }•> u • > - ' 4 » •’»' i*' 

(Ô) uhoye (Haute-Saône). , 

(ÎQ) (DoM PtANCHfea) HiitoiWHé îtourgogrie, Il; Jfreutes, p. cctxvtY 

••Y Y t.’M. 1 > . j 1 1 r 


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LC$ CHAMPIGNONS 

, c Q.'^ S T I ^4 JB S. viN^N^.PX,.. 

-. .1. : I ' DB Lâ FWM'Mr JllBA '• " 1 

Par IV, PATOUILLARD, " 

, , < î , , • - î - i - • »i*..j ■ ; ; - • . » * • •' •! ’ - ■ » 

phftrwfïifq, Vfwibfe tfrfrfiociWJt ^tfipu de Fra**, lim'n prêta* 

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..... tyfrtw.-i,,»*.' ■. •. 


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^. ( g^t«romygpïk9, 


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• : N*us avons vu <juq leptas grand nombre- do» espèces' étudiées 
jusque étaient <wnppséead’lto6iipeparta^ un ohapeaù pour- 
vu 4fl fW 16 .® » de tnb^s ,çu ; de. pointes ,fructif|èr«s • à sa face infé* 
riep^e;, dqns quplqpçjs cas, ppys ^vppq :rençqpM‘é un ypilopartielou 
anneau , reliant- le stipe aux, bp^ dp Cl dans les anaa- 

nites, nous avons vu cet ensemble compliquer d’unp enveloppe 
générale, bu volca^ recouvrant tout le, réceptacle avant son déve- 
loppement' complet', mais s'ouvrant ensuite pour laisser passer le 
stipe et le chapébb. ' " 

t),àns les Gasteromycèles, nous retrouvons çeé différentes parties 
sous des Aspects différents; le champignon tout entier est toujours 
entouré d'une ou deux enveloppes plus ou moins soudées entre 
elles et correspondant $. l’,apne ( apet à la yolva^ l’Qnsçroble de ces 
deux enveloppes est désigné sous le nom de peridium. 

Dé l’enveloppe' ejçtèrnp . s’échappe quelquefois, un : stipe. portant 
à son sommet l'enveloppe interne qui renferme les organes repro- 
ducteurs; plus fréquemment, ces deux enveloppes çopt intimément 
unies, ne se séparent pea. et par suite Ù.n’ya pas .de stipe,. le tissu 
intérieur est stérile à la base, et la partie fructifère se .trOUVe vers 
le soppppt, de la çflyitp circonscrite .PW. Cés 4PW. WVèloppes; 
elle est formée de filaments ou eapillitium supportant des basides 


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sporifères comparables à celles de l’hymenium membraneux des 
hymenomycètes ; avec l’âge , les filaments du capillitjùm dispa- 
raissent ainsi que les basidps, et la cavité ne renferme plus qu’une 
masse pulvérulente form^^ai^dèa^pores, ^t’une rupture du som- 
met du peridium laissera échapper au dehors sous forme d’un pe- 
tit nuage , que chacun % a pu observer dans les Lyaoperdons ou 
Vestes-loups. Ori désigne sous le nom de gkba le ootitenù entier 
dü peridiù’m avant la déhiscence de ce derniers »• /«•:*. î 

Les Gasteromycètes n’ôfîrentque peu d’espèces intéressant l’a- 
limentation. Les Bonista et les Lycoperdons seuls peuvent être 
^tilisés dans leur^eurie âge /alors que les spores ne sont pas en- 
core formées. Le Booista , gigantea est facile à reconnaître à son 
volume qui dépasse { souvent celfii de la tète d’un homme. Les %- 
coperdon velatum x gemmatum^ fiirtum, pratense , eœlatum , etc., 
sont communs dans (es forêts ou en grands cercles dans les gazons 
monljagneu^, en compagnie de l’Agaric champêtre. 

La poussière formée par le$ spores * été pr^cqpi^ en médecine 
pour arrêter le sang ; la base stérile du peridium des6éolrô$ p#çt 
être employée comme de l’amadou. 




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B. ASCOMYCÈTES. 


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i L’ordre des Ascmaycèteç. diffère esse^tieffenipnt de celui des 
Basidiomycètes par la nature des organes sporifères. Dans IçsBa- 
sidicjmycètes, les spores sont portées 4 par 4 sur des cellules spé- 
x cîeies} dites oarfdee; ici,, au contraire, les sporçà sont renfermées 
généralement § par 8 "dah^V intérieur de cellules ditfes thèques ou 
asgucsj correspondani ayx baiides. Lés fîsquès ^pei^vent également 
être réunies en iqnè membrane L^méniale/ ’ 1 ’ 

^e nombre ‘des 'Ascomycètes est immense. La plus glandé par- 
tie a des dimepéions extrêmement induites", oti une texture cornée 
presque ligneuse, qûèlqqès genres séulêniént ortrent’üé^ espèces 
charnues de grandes dimensions et par suite pliïé ‘ôû hioïns uttli- 
^afblesp^ls 1 appartienneri^ aux* familles des Bikéotnytètes et des 
'Tûhéfitièèer. ■ ' Vi, i !i * J • - * 


III. — DISCOMYCÈTES. 

Ascomycètes charnus à réceptacle de forme variable, mais por- 
tant extérieurement les thèques réunies en une membrane hymé- 
niale. Espèces croissant sur la terre ou sur les végétaux en décom- 
position. 

Rarement stipités ; réceptacle en forme de cupule plus ou moins 


irrégulière Peziza . 

Un stipe portant à son «sommet un réceptacle 

plissé, lobé en forme de mitre- . Helvella. 

Un stipe portant un réceptacle renflé, creusé exté^ 
rieurement de sillons ou d’alvéoles Àforchella. 


Les PEZIZES. — Peziza. 

Par le grand nombre de ses espèces , le genre Peziza repré- 
sente dans les Ascomycètes, le genre Agaricus des basidiomy- 


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— 305 — 


côtes ; mais ici on a le plus souvent des espèces de très faibles 
dimensions, parasites sur les brindilles mortes; dans quelques cas 
seulement les espèces atteignent un volume assez considérable et 
sont utilisées dans l'alimentation. Nous signalerons les suivantes 
qui sont comestibles. 

Peziza acetabulum L . — Cupule charnue en forme de coupe 
blanchâtre ou grise, ornée à l’extérieur de côtes saillantes se pro- 
longeant en un stipe de 3-4 centimètres, creux ou lacuneux. Espèce 
du printemps, croissant sur la terre à l’ombre des arbres. Comes- 
tible. 

Peziza macropus Pers . — Cupule large, velue et verruqueuse 
à l’extérieur, cendrée, grisâtre, portée par un long stipe grêle, 
plein et lacuneux à la base. 

Commun en été sur la terre, dans les forêts. Comestible. 

Peziza leporina Batsch . — Oreille de lièvre. Charnu, en forme 
d’oreille allongée d’un côté, roussâtre, farineuse. 

Parmi la mousse dans les forêts. Comestible. 

Helvella. 

Les Helvelles se distinguent des Pezizes par leur réceptacle qui, 
au lieu d’avoir la forme d’une coupe, est composé de 2 ou 3 lobes 
plans^, pliés et rabattus sur le stipe de manière à simuler une mitre. 

H. Crispa Fr. — Mitre coriace , à 2-3 lobes contournés dont 
l’un est adné au stipe, pruineux, blanc de lait puis jaune d’ocre* 
pâle. Stipe solide, ventru, blanc de lait, formé de lames, de côtes 
et de plis. 

Automne, dans les bois. Comestible. 

H. lacunosa Afz. — Mitre membraneuse, festonnée-lobée, gris- 
noirâtre. Stipe à côtes très saillantes et à lacunes profondes, gris. 

Printemps et automne. Bois ombragés. Comestibles. 

Morchella. 

Les Morilles sont caractérisées par leur réceptacle sphérique, 

20 


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— 006 — 


ovoïde ou pointu, creux à l'intérieur et creusé extérieurement d’al- 
véoles profondes. Stipe creux, quelquefois lacuneux. Aliments 
recherchés. 

M. esculenta Fera. — Stipe gonflé, blanchâtre. Réceptacle 
ovoïde ou campanulé, fragile, à côtes fermes disposées en réseau 
et délimitant des alvéoles profondes, jaune d’ocre pâle, gris fauve 
ou cendré. Odenr et saveur agréables. 

Avril. Dans les vignes, vergers, boi6, etc. 

• 

Af. conica P ers. — Espèce voisine de la précédente, mais qui 
s’en distingue par son réceptacle conique, à côtes verticales reliées 
par des côtes transversales, ochracé, olivâtre ou gris-noir. Stipe 
fragile, creux, villeux, blanchâtre: 

Printemps. Pâturages de la région des sapins. 

, IV. TUBÉRACÉES. 

La famille des Tubéracées comprend des champignons souter- 
rains, de forme plus ou moins arrondie et renfermant les thèques 
dans l'intérieur de leurs tissus. C'est à ce groupe qu’appartient la 
truffe comestible du Périgord ; mais qui ne croît pas dans notre 
région. Quelques espèces (Truffes blanches, truffe de Bourgogne) 
s’y rencontrent accidentellement et peuvent être utilisées pour l’ali- 
mentation, bien qu'elles ne peuvent pas rivaliser avec la truffe 
noire du midi de la France. 

Nous n'insisterons pas davantage sur ces espèoes rares et diffi- 
ciles à trouver. 


Nous terminons ici cette courte revue des principales espèces 
alimentaires ou toxiques qu’on est susceptible de rencontrer dans 
notre département; si ce travail peut contribuer à faire pénétrer 
dans nos campagnes quelques connaissances précises et détruire 
quelques-uns des préjugés plus ou moins ineptes qui, chaque 
année, sont la cause d’erreurs fatales, notre but sera atteint. 


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— 307 — 


RAPPORTS 

sur les améliorations agricoles récompensées 
par la Société à son dernier Concours. 

C Suite ) 

M. Chapuis s’est, en outre, efforcé de combattre l’effet, sou- 
vent pernicieux, de l’infiltration des eaux dans de tels terrains, 
formés, comme je viens de le dire, de massifs pierreux, criblés 
de creux argileux, poches des géologues. Il a, à cet effet, creusé, 
en amont de sa propriété, un profond fossé, sur la bordure occi- 
dentale d'un chemin communal d’exploitation qui limite, d’Est, 
cette propriété. Après avoir construit, en dalles plates, un canal 
d’écoulement, il a recomblé ledit fossé avec de la pierraille. Il a 
ainsi exécuté, sur un parcours d’un hectomètre environ, un drain 
puissant, non moins favorable au chemin qu’à son propre champ. 
Ce drain a, de plus, l’avantage de conduire les eaux d’infiltra- 
tion supérieure du coteau dans un pré contigu, qui se trouve 
ainsi irrigué par ces riches infiltrations, au plus grand avantage 
d’un propriétaire voisin, qui ne s’en montrerait que très médio- 
crement reconnaissant. Pourquoi, par l'un de ces déplorables 
effets du morcellement, la prairie ainsi irriguée n’appartient- 
elle pas au créateur de cette amélioration 1 
Tel est, en résumé, le gigantesque terrassement, modestement 
réduit par son auteur aux proportions d'un simple défrichement, 
sur lequel il appelle l’attention de la Société d’agriculture, scien- 
ces et arts de Poligny. Je n’ai pu me défendre d’un sentiment de 
profonde admiration pour ce remarquable labeur aussi énergi- 
que que fécond. J’ai certainement déploré ces excès d’efforts 
musculaires prodigués pour des effets qu'une autre organisation 
culturale eût certainement pu obtenir avec bien moins de sueur 
humaine. La dynamite eût pu et dû émietter, sur une profon- 
deur triple et quadruple le sol ainsi gagné à la charrue, que de 


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— S 08 — 

vigoureux attelages eussent ensuite nivelé et aplani. L’homme 
fut ainsi mieux resté dans son rôle normal de directeur de ma- 
chines, au lieu de se faire moteur lui-même. Hais il s'en faut que 
les capitaux soient encore entrés dans cette voie féconde et pro- 
gressive. Les émotions de bourse ont pour eux de tout autres 
attraits I 

Jusqu’à ce que.le capital et ses heureux possesseurs soient ra- 
menés, par la force des choses surtout, je le crains, à des senti- 
ments plus véritablement sociaux, il faudra bien que le paysan, 
sous le stimulant incomparable de la conquête d’une indépen- 
dance plus grande, remplace des moteurs plus appropriés aux 
véritables destinées humaines. C’est sur cette dure et fatale né- 
cessité que l’ensemble des générations ont vécu. Ceux que l’en- 
semble de l’économie sociale a favorisés d’une somme relative- 
ment plus grande d’avantages personnels, doivent au paysan 
un juste tribut de gratitude. Ce tribut nous le devons d’autant 
plus aux dignes imitateurs de H. Chapuis, qui, il faut bien le 
reconnaître, tendent à se raréfier de plus en plus. En cela, ce 
dernier me paraît avoir d’autant plus de mérite que tout en 
ayant fait participer ses fils, et surtout le jeune Eugène, à tous 
les avantages d’une instruction primaire complète et remarqua- 
ble, comme celui-ei en témoignera sans doute dans une autre 
branche de ce concours, il a su les préserver de la fatale ten- 
dance au déclassement. J’ai vu, de mes propres yeux, Eugène 
Chapuis assister vigoureusement son père et son frère dans leur 
rude travail de terrassement. 

Ce n’est pas d’ailleurs seulement à ce défrichement arable que 
M. Chapuis a donné ses soins aussi énergiques qu’entendus. J’ai 
aussi admiré la belle tenue de ses vignes, malgré les conditions 
atmosphériques si déprimantes de ces quatre dernières années 
consécutives. Dans ces vignes, j’ai aussi constaté d’importants 
travaux de drainage à pierre sèche. 

Aussi, je n’hésite pas à recommander tout particulièrement 
M. Chapuis aux encouragements de la Société d’agriculture, 
sciences et arts de Poligny. A. Hadbrt. 


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— 309 — 


POÉSIE 

A L’ANGE DE LA NUIT 

Mélodie 

Petit ange de nuit; dis-moi, petit des cieux, 

Quand vient fatalement la fin de toutes choses, 

Où s’en vont donc ainsi de larmes plein les yeux 
Les lis et les roses ? 

Parle-moi du séjour où vont les bleus regards 
Des vierges et les chants qu’à leurs lèvres mi-closes 
Amour inspire et pleure avant les jours hagards 
Où meurent les roses ! 

Oh! dis-moi , gentil sylphe, où vont ainsi mourants 
Les pinsons ou les fleurs aux champs à peine écloses 
Et qui tombent déjà sous les chars fulgurants 
Tout auprès des roses ! 

Mais, oh! dis-moi bien vite, où s’en vont pour toujours 
Sur les chœurs des oiseaux, sur les zéphyrs moroses, 

Où s’en vont les baisers, les pleurs e} les amours 
De l’âme et des roses ! 

Richard, de S'-Lothain. 

N. — Une ravissante musique de cette poésie vient d’ôtre rendue avec 
accompagnement pour piano, par un habile compositeur, M. Eugène Besan- 
çon, de Paris. 

Tous nos compliments les plus sincères et les plus enthousiastes à l’ar- 
tiste dont la délicate ét suave inspiration est unanimement reconnue des 
amateurs de la belle musique et de la saine poésie. 


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- 810 - 


MARIETTE 


A quoi penses-tu, dis-moi, Mariette 
Quand, au mois des fleurs, des vertes moissons, 
Tu marches rêveuse et souvent seulette 
Et lés yeux baissés, le long des buissons ? 

Pourquoi ces soupirs? Quand la terre en fête 
S’éveille et tressaille aux plus doux frissons ; 
Quand, sous le ciel bleu, pinson et fauvette 
Promènent gaiment leurs fraîches chansons ? 

Tu pleures !.... Sans doute cette tristesse 
Vient de quelque amour ou d’une promesse 
Dont se rit, hélas! un amant trompeur! 


— Mais elle, soudain, d’un air de souffrance : 
« Je suis de l’Alsace et songe à la France. 

« C’est là tout l’amour que j’ai dans le cœur. » 


REVUE SCIENTIFIQUE 

Nouveau réactif pour reconnaître les falsifications des farines . 
— Vin de ronces et de fruits d'aubépine . — Le sucre de mais 
et les vins. 


I 


En thèse générale, les ouvrages de chimie donnent pour l’ana- 
lyse des farines des procédés peu commodes dans la pratique. 


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- 811 - 

C’est pour ce motif que depuis longtemps nous avons cherché un 
modus faciendi, à la fois rigoureux et facile à appliquer. Ce moyen 
* consiste dans l’emploi du réactif dont voici la formule : 

Iode 5 grammes. 

Iodure de potassium . . 2 — 

Alcool à 50° 200 — 

Mélangez avec un peu d’alcool à 50° l’iode etl’iodüre, ajoutez 
peu à peu le restant d’alcool et conservez dans un flacon bien 
bouché. 

Pour que les réactions soient nettes, on doit délayer la farine 
dans un peu d’eau distillée, y verser 2 ou 3 gouttes de notre réactif 
et agiter avec une baguette de verre. 

Cela posé, voici les réactions que produit notre réactif sur la fa- 
rine de blé pure ou mélangée avec les farines hétérogènes, telles 
que farines de gesse, de maïs, etc. 

Avec farine de blé pure, couleur violacée. 

— lentille — gris tourterelle. 

— gesse — gris saie plus foncé, un 

peu bleuâtre. 

— haricots — bleu sale d’abord, puis 

blanc sale. 

— pommes de terre. — noir bleu. 

— mais ....... — bleu foncé. 

— mais mêlée de fa- 

rine de blé j ... — bleu virant au violet le 

lendemain. 

— riz — bleu passant le lende- 

main au violet sale. 

§ H 

Les fruits de ronces des haies (Rubus fruticosus) et ceux d’au- 
bépine ( Crateegus oæyacantha) écrasés avec moitié de leur poids 
d’eau et soumis à la fermentation donnent un vin fort agréable, et 
même tonifiant. Ce résultat n’a rieù d’étonnant si l’on veut remar- 
quer que ces planter appartiennent à la famille des rosacées dont 
le tannin est le principe immédiat caractéristique. 


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En 1881, nous avons distillé ce vin ayant deux ans de bouteille, 
et nous en avons obtenu une eau-de-vie à 80» de l'aréomètre Gay- 
Lussac et imitant, à s’y méprendre, par son bouquet, la Jine-eham- 

pagne. 

. t 

8 m 

La tige du Zea May s contient une forte proportion de sucre, 
ainsi que l'a découvert feu notre regretté confrère, M. P. Pallus, 
pharmacien de i n classe à Peyrehorade, de 1828 à 1850. 

fcîe sucre n’existe dans cette tige qu’avant la floraison du mais, 
car lors de la préfleuraison des fleurs mâles (en patois censène) 
tous les nectaires absorbent le sucre des tiges. 

Aussi, lorsqu’on veut recueillir ce sucre doit-on couper les som- 
mités de la plante, avant la préfleuraison. 

Malheureusement, ainsi que l’affirme M. Girardin, professeur de 
chimie à Rouen, ainsi que nous l’avons vérifié nous-même, ce sucre 
de maïs est accompagné de mucilage et d’albumine végétale, dont 
on ne pourrait le priver qu’en précipitant le suc de tige de maïs au 
moyen de l’alcool. — Mais, outre la dépense du liquide alcoolique, 
il y a encore l’inconvénient de n’enlever les matières impures 
qu’imparfaitement, — ce qui rend ce sucre de maïs impropre au 
sucrage des vins qu’il ferait tourner au gras ou à l’acide. 

Comme la dépense en alcool pour purifier le sucre de maïs, ex- 
céderait de beaucoup le prix du sucre de canne, nous concluons 
qu’il vaut mieux, pour le sucrage des vins, recourir au sucre de 
canne, d’autant plus que quelque quantité et quelque qualité d’al- 
cool que l’on emploie, il est impossible de débarrasser le sucre àt 
maïs du mucilage et de l’albumine qui l’accompagnent. 

Terminons en disant que la loi ne tolère la vente de ces vins fac- 
tices, qu’à la condition d’en indiquer la provenance. 

Jules Léon, 

Pharmacien de 1 ( * classe (Paris, avec thés*), 
bachelier èa-lettres et èa-sciences, auteur 
de la Flore landaise, etc. 


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- 818 — 


L 'Annuaire du Jura, autrefois rédigé par un homme 
dont l’érudition était appréciée de tous, M. Désiré Mon- 
nier, occupait, à juste titre, la première place dans la 
bibliothèque de tout jurassien. Notre Annuaire a enfin 
reconquis, sous l’habile direction de M. Melcot, chef 
de division à la Préfecture, son ancienne valeur, en repre- 
nant ses chroniques historiques, archéologiques, scien- 
tifiques, etc., d’autrefois. 

Nous empruntons à cet Annuaire pour 1883, qui va 
paraître, les pages suivantes qui intéresseront, nous 
osons l’espérer, les lecteurs du Bulletin, puisqu’on traite 
du Musée et de la Bibliothèque de la ville de Poligny, à 
d’édification desquels notre Société a. si efficacement 
travaillé 

Voici ce que dit à ce sujet M. Melcot dans cet Annuaire : 

M. le Conservateur du Musée de Poligny a bien voulu 
répondre à la demande que nous lui avons faite par l’in- 
téressante communication suivante sur l’établissement 
auquel il donne ses soins. 

.C. S. 

NOTICE 

Sur le Musée de la ville de Poligny 

Le l' r décembre de l’année 1859, un grand nombre d’habitants 
de la ville de Poligny, sur la convocation qui en avait été faite par 
M. le docteur Bertherand, se réunissaient à l’hôtel-de-ville, dans 
une des salles qui leur avaient été gracieusement offertes par M. D. 
Chevassu, alors maire de la ville. 

Le but de cette réunion était la fondation d’une Société nouvelle 
à Poligny. Cette Société, tout en prenant le titre de Société d’agri- 
culture, sciences et arts, se proposait, non-seulement de s’occuper 
de questions agricoles , scientifiques et littéraires , mais aussi de 
l’établissemeut d’une bibliothèque et d’un musée publics à Poligny. 

En effet, ou lit dans les statuts de cette Société : 


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- 814 - 

< Art. 2. Cette Société écarte de son sein toute discussion poli- 
tique : elle a pour objet : 

« i° La création d’une bibliothèque et d’un musée pour la ville 
de Poligny, dont les éléments seront provisoirement déposés dans 
une des salles de la mairie, en attendant l’établissement d’un local 
spécial. » 

C’est de cette époque que date la création du musée de la ville (1). 

Vers le mois de juin 1861, M. le maire Chevassu fit venir à Po- 
ligny M. Just Pidancet, ancien préparateur d’histoire naturelle à 
la Faculté des sciences de Besançon, comme organisateur du nou- 
veau Musée. 

M. Pidancet, géologue distingué et naturaliste érudit, conserva 
cette fonction jusqu’à sa mort prématurée et regrettable pour la 
science. Cet évènement arriva le 19 avril de l’annéo 1871 (2). 

Dans l’intervalle de 1871 à 1873, M. Mangonnot, agent-voyer de 
la ville, eut alors la direction du Musée ; le 3 avril 1873, sa conser- 
vation en fut confiée par M. le maire Ligier et le Conseil municipal 
réunis, à M. Sauria, Edmond, qui, du reste, avait aidé, dès son 
installation, M. Pidancet dans son œuvre d’organisation. 

Le Musée de Poligny possède, au 2 me étage de l’hôtel-de-ville, 
deux vastes salles construites, tout exprès, en 1863, sous l’édililé 
de M. D. Chevassu. 

Dans la première salle se trouvent réunies de magnifiques et 
rares pièces de paléontologie. 

La vitrine de droite, au centre de la salle, renferme les débris 
fossiles de divers individus ayant appartenu à une môme espètf 


(1) La ville de Poligny possédait autrefois une bibliothèque dans son vieux collège. Cette 
riche bibliothèque lui avait été léguée par les Oratoriens. Vers 1829, une administration peu 
soucieuse de répandre et de généraliser l'instruction autorisa II. l'abbé Reffay, alors principal 
du collège, à vendre la bibliothèque. On devait, disait-on, remplacer ces vieux livres par 
d'autres, et M. Reffay ne remplaça rien. 

La bibliothèque fut vendue 10,000 fr. à nn libraire de Lyon, qui la revendit 40.000, à la sim- 
ple vue du catalogue. 

Les vrais amis deslettros et du progrès ne peuvent que déplorer la perte de ces précieux 
livres des Oratoriens et s’efforcer de la réparer. C. S. 

(2) Après la mort de 11. J. Pidancet, quelques professeurs du CoHège voulurent bien t'occu- 
per gratuitement de l’entretien du MüBée de la ville. — Mais, soit par manque de* temps, soit 
par manque d'initiation h ce genre de travail, ils ne purent préserver la m&gni()<|ue collection 
d'insectes réunie avec peine h )& suite de fréquentes et longues courses à travers le Jura. 


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— 815 — • 

dô reptiles non encore décrite et à laquelle MM. Pidancet et Cho- 
part, ce dernier, chef de section au chemin de fer de la C lè P. L. M., 
ont donné le nom de Dimodosaurus Poligniemis . 

Ces messieurs donnèrent avis de cette découverte à l’Académie 
des sciences; et, le 80 juin 1862, M. Elie de Beaumont, secrétaire 
perpétuel, en leur accusant réception de leur note, les prévenait 
qu’elle serait examinée par une commission composée de MM. Va- 
lenciennes et d’Archiac. 

Cette vitrine a eu depuis, la visite toute spéciale de plusieurs 
savants, entre autres M. Albert Gaudry, professeur au Muséum 
d’histoire naturelle à Paris. 

Dans une autre vitrine, à gauche, sur le côté de la salle, regar- 
dant la rue principale, ont été déposés en grand nombre les osse- 
ments fossiles de divers mammifères, tels que YElephas primigi- 
nus, le Bos priscus, le Rhinocéros, plusieurs espèces du genre 
cerf, etc. 

On remarque surtout une défense de 3 mètres 20 centimètres, 
un humérus et une vertèbre cervicale d’Eléphant très bien con- 
servés. 

Tous ces débris ont été trouvés aux abords du pont de la gare 
de Saint-Lothain, enfouis dans une vase cendrée, noirâtre, empâ- 
tant un sable formé de grains de quartz et de calcaire, en compa- 
gnie de nombreuses coquilles bivalves ayant encore conservé leur 
épiderme. 

Lors de la construction de la seconde voie, vers le mois de no- 
vembre 1880, on trouva, au même emplacement, un os d’avant- 
bras et un maxillaire inférieur d’éléphant. 

Ces pièces ont été gracieusement offertes au musée de Poligny 
par la C ic P.-L.-M., qui avait eu connaissance de cette nouvelle 
trouvaille par l’intermédiaire de M. Saunier, dirigeant alors les 
travaux d’élargissement de la voie. 

Restaurées par le conservateur du musée, M. Sauria, le maire 
de Poligny, M. H. Cler et son Conseil municipal firent construire 
une vitrine spéciale pour ce dernier et magnifique échantillon, me- 
surant 48 centimètres de longueur sur 54 de largeûr, et 45 centi- 
mètres de hauteur. 

C’est à la suite de ces premières trouvailles et d’autres encore 


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— 816 - 


faites sur le parcours de Grozon à Saint-Lothain, en suivant la 
voie du chemin de fer alprs en construction, que la Société d’agri- 
culture, sciences et arts de Poligny, dans sa séance du mois de 
juin 1863, nomma deux commissions chargées d’explorer le pays 
en sens contraire, en prenant Poligny pour point de départ, et de 
donner un compte-rendu des découvertes nouvelles qu’elles au- 
raient pu faire. 

Pendant que la commission d’archéologie se rendait à Grozon 
pour visiter l’emplacement des anciennes salines romaines, celle 
de géologie et de paléontologie (1), après avoir visité les nom- 
breux ossements déjà réunis à l’hôtel-de-ville de Poligny, se diri- 
geait vers Saint-Lothain, en suivant les travaux du chemin de fer. 

Gomme il serait trop long de donner in extenso le rapport qui 
fut confié aux soins intelligents de M. Chopart, en remplacement 
de M. J. Pidancet, que la mort avait enlevé dans l’intervalle à ses 
nombreux amis et à la science , nous n’emprunterons que sommai- 
rement à ce rapport les détails qui se rattachent le plus directe- 
ment aux animaux dont les débris se trouvent dans les deux vitri- 
nes précitées. 

( A suivre). 



REVUE DES JOURNAUX SCIENTIFIQUES ET AGRICOLES 

Nous pensons être agréables à nos lecteurs, en repro- 
duisant dans le Bulletin un article sur un sujet tout d’ac- 
tualité, emprunté à M. Paul Laurencin, l’éminent vulga- 
risateur du journal la Science pour tous. Il s’agit de la dy -, 

(1) Cette seconde commission était composée de MM. Pidancet, organisateur du mu5ée de 
Poligny; Bertherand, docteur-medecin; Charles Sauria, médecin; Edmond Sauria, propriétaire 
et naturaliste; et Chopard, tous membres de la Société d’agriculture, sciences et arts de Poli, 
gny, auxquels s'étaient adjoints, pour prendre part au congrès, MM. Ogéricn. frère de la doc- 
trine chrétienne et géologue, à Lons-le-Saunier ; Malland et Moniot, naturalistes ; Morin et 
Perraut, constructeurs, ainsi que quelques personnes de Poligny ou de Saint-Lotbain, qui s'in- 
téressaient aux travaux de cette commission. 

Voir le rapport, p. 405, Bulletin n» 5, année 1873, U* année de la Société d’agriculture, 
sciences et arts de Poligny. 


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— 317 — 


namite, cette terrible substance, dont le nom vient d’ac- 
quérir autant de notoriété que sa composition et ses pro- 
priétés sont généralement peu connues. 

La Rédaction. 

' CHIMIE 

La Dynamite 

La terrible dynamite qui, depuis quelque temps, semble vouloir 
jouer un rôle politique aussi bien en Russie qu'en France et en Ir- 
lande, est un composé explosif relativement nouveau. Il a été inventé 
en 1867, par M. Nobel, chimiste suédois. 

La dynamite est constituée par un composé éminemment explo- 
sif, la nitroglycérine que l’on a fait absorber par une espèce par* 
ticulière de sable, de la même manière que la poudre de grès ab- 
sorbe et boit l’encre de l’écriture. La nitroglycérine, découverte 
par le chimiste Sobrero , élève de Pelonze , est la combinaison 
chimique qui résulte de la mise en présence de la glycérine, subs- 
tance extraite du suif, douce , onctueuse , très employée en parfu- 
merie, avec l’acide nitrique, ou eau forte des graveurs. Sa prépa- 
ration est des plus simples. On mélange une partie en poids d’a- 
cide nitrique et deux parties d’acide sulfurique; il y a dégagement 
de chaleur, aussi laisse-t-on refroidir. Lorsque la température 
s’est suffisamment abaissée, on verse peu à peu dans le mélange 
un sixième de son poids de glycérine sirupeuse, en agitant conti- 
nuellement et, si la température extérieure est élevée, en mainte- 
nant dans l’eau froide , ou dans un mélange réfrigérant , le vase 
dans lequdl se fait l’opération. 

Quelques minutes après , le résultat est transvasé dans huit ou 
dix fois le volume d’eau froide. On voit alors la nitroglycérine, plus 
lourde que l’eau , tomber au fond du vase sous forme d’une huile 
jaunâtre. On décante pour séparer la nitroglycérine de l’eau, et on 
conserve en flacons bouchés. 

Ce composé , appelé nitroglycérine — sa composition explique 
pourquoi on lui a donné ce nom, — est qualifié par les chimistes 
de corps éminemment instable. Il se décompose et détone sous le 
moindre choq , le moindre frottement , et sa détonation est d’une 


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— 818 — 

force extraordinaire : sa puissance balistique est de 100 a 110 fc; 
celle de la poudre à canon. Cette faculté de détoner spontanéme^: 
est telle, que si Ton met de la nitroglycérine dans un vase et qu oc 
en laisse tomber quelques gouttelettes, celles-ci détonent, et aoo- 
seulement ces gouttelettes, mais l'ébranlement de l'air suffit pour 
déterminer l'explosion de ce qui reste dans le vase. Le choc dur 
marteau contre une table , sur laquelle se trouverait de la nitro- 
glycérine, fait détoner celle-ci. La terrible explosion de Quenast. 
près de Bruxelles, est restée comme l'exemple le plus marquant de 
la puissance terrible de la nitroglycérine. 

Un camion chargé de quelques petits fûts remplis de nitrogly- 
cérine était arrivé à sa destination, les carrières de Quenà6t, quand, 
par une cause restée inconnue , probablement un choc , la chute 
d'un baril , ou tout autre incident , une explosion épouvantable se 
produisit. On ne vit qu'un éclair. Mais, à la place de la voiture, une 
excavation vaste et profonde, en forme d'entonnoir, avait été creu- 
sée ; l’atmosphère, secouée comme par un coup de cyclone , avait J 
brisé les arbres , tordu les troncs , arraché brindilles et feuilles : I 
vitres et toitures du village de Quenast, situé à quelque distance, I 
n'existaient plus. On aurait cru qu’un effroyable ouragan venait de ] 
passer sur le malheureux pays. Quant au camion, aux chevaux et 
aux deux charretiers, on en retrouva quelques débris déchiquetés, 
carbonisés , transpercés par les ferrures du camion , absolument 
méconnaissables. Ce sinistre, arrivé en 1868, fut suivi de plusieurs 
autres , dont un à San-Francisco , pendant le déchargement d'un 
paquebot qui fut détruit , ainsi que les magasins et une partie da 
quai avoisinant; il y eut également un grand nombre de victimes 

La nitroglycérine était un agent explosif d'une extrême put 
sance, mais son emploi présentait de tels dangers, qu’on y auiè 
renoncé , si le chimiste Nobel n’avait découvert le moyen de con- 
server ses avantages, tout en supprimant la plus grande partie des 
dangers. 

La dynamite est, comme nous l'avons dit plus haut, de la nitro- 
glycérine que l'on a fait absorber par du sable ou de la terre poreuse. 

Ce sable, ayant absorbé le liquide, en étant saturé, est séché et 
peut être conservé dans des caisses, des tonneaux, des jarres de 
grès , sans le moindre danger. En effet, la dynamite exige, pour 
produire des résultats explosifs aussi puissants que la nitroglycé- 


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— 84 » - 


'ine , par conséquent 100 ou 110 fois ceux de la poudre à canon, 
[l’être enflammée d’une manière toute spéciale. Mettez le feu à de 
La dynamite au moyen d’une allumette, ou jetez-en une cartouche 
dans un foyer , ou fourneau allumé , un brasier quelconque , elle 
s'enflammera et ftisera comme une fusée ordinaire, sans détoner. 
Piacez-en une certaine quantité sur une enclume, et frappez à 
coups redoublés avec un marteau de forge , aucune explosion ne 
se produira. Par conséquent, la dynamite ne craint ni le feu, ni le 
choc, elle ne peut détoner accidentellement. 

Mais , si au lieu de mettre la dynamite en contact avec un corps 
en ignition, on l'amorce avec de la poudre fulminante, par exemple 
le fulminate de mercure , qui sert à la fabrication des amorces- 
capsules de fusil, et que Ton fasse détoner cette amorce , la dy- 
natnite fait explosion et la force balistique se développe dans toute 
sa puissance. Cette propriété si particulière de la dynamite est 
mise à profit pour fabriquer des cartouches , dont la forme varie 
suivant la destination , mais qui toutes sont amorcées au moyen 
de poudre fulminante à laquelle on met le feu au moyen de mèches 
à combustion plus ou moins lente. Ces mèches, une fois allumées, 
donnent à la personne le temps de s’éloigner sans précipitation, 
par suite sans danger. Quelquefois , l’amorce est enflammée par 
le choc d’un chien de fusil qu’une personne gouverne à distance au 
moyen d’un cordon. 

Telle est la dynamite, qui est aujourd’hui Y outil le plus puissant 
de l’art de l’ingénieur civil. 

La dynamite a remplacé la poudre pour l’exploitation des car- 
rières et des mines. Son emploi est moins dangereux, puisqu’elle 
ne détone pas spontanément , qu’elle peut impunément subir des 
chocs violents et n’exige aucun bourrage. C’est grâce à la dyna- 
mite que le tunnel du Saint-Gothard a été si rapidement percé, et 
que l’entreprise de perforation des tunnels s’est si largement sim- 
plifiée. On se sert également de la dynamite pour briser des blocs 
de fonte ou d’acier, contre lesquels la poudre ne pourrait rien , à 
moins d’être employée en masses considérables, à fragmenter les 
vieux canons , le6 souches d’arbres sur lesquels le marteau ou la 
hache seraient sans effet , à briser sous l’eau des rochers dange- 
reux pour la navigation. 


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— 820 — 


Dans ce dernier cas, une cartouche simplement posée sur i’obs- 
tacle à supprimer et enflammée par une amorce électrique suffit à 
désagréger la roche. On s’est servi de cette matière pour renverser 
des murs et des piliers de maçonnerie, en posant à la base de ceux- 
ci des cartouches amorcées; pour briser des arbres, en entourant 
leur base d’un collier de cartouches de dynamite en relation les 
unes avec les autres. Comme arme de guerre, la dynamite renverse 
les obstacles quels qu’ils soient, détruit ponts et tunnels, brise les 
rails de chemin de fer. Comme on le voit , la dynamite est un ter- 
rible serviteur , mais c’est aussi un serviteur docile pour qui sait 
le mettre en œuvre. 

Au point de vue anarchiste, elle est dangereuse, non pas seule- 
ment à cause de sa puissance destructive, de la facilité avec laquelle 
on peut, sans le moindre risque, la transporter et la manipuler, 
mais surtout par la simplicité de sa fabrication. Quelques fioles et 
quelques cuvettes, voilà tout le matériel ; deux acides , de la gly- 
cérine et un peu de sable, les matières premières : un peu d’habi- 
tude ou d’exercice pour manipuler, et c’est tout. Le gouvernement 
a cru devoir prendre de nouvelles précautions pour suivre la dy- 
namite depuis son départ des usines où elle se fabrique, jusqu’aux 
dépôts où elle se conserve et aux chantiers sur lesquels on l’em- 
ploie , mais il est permis de douter de l’efficacité de ces mesures. 
Ce n’est pas dans les dépôts que les anarchistes-dynamiteurs iront 
la demander, mais aux ateliers clandestins. C’est donc surtout la 
fabrication clandestine qu’il faut surveiller. 


M. Jules Léon, bachelier ès-lettres et ès-sciences, phar- 
macien de l re classe (Paris), membre du Conseil d’hy- 
giène des Landes, auteur de la Flore landaise , etc., vient, 
par arrêté préfectoral, d’être nommé mémbre de la com- 
mission de statistique agricole du département des 
Landes , pour le canton de Peyrehorade (section des 
sciences physiques et naturelles appliquées à l’agricul- 
ture). La rédaction . 


JVLB8 OINDRE, IMPRIMEUR k POLIOXT. 


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— 321 — 


CONTRIBUTION 

A L’HISTOIRE DE LA MÉDECINE 

EN FRANCHE-COMTÉ 

(Notes & documents sur les médecins, chirurgiens, apothicaires, 
eto., du XII e au XVIII e siècle) 

COMMUNIQUÉ PAfc M. B. PROST. 

0 Suite ) 


I 

De 1384 à 1419 un médecin juif, originaire de Vesoul, 
« maistre Hacquin, de Vesoul, juif, » fut un des « pliisi- 
ciens » du duc de Bourgogne Philippe le Hardi, puis de 
son fils et successeur, Jean sans Peur. Ce dernier semble 
lui avoir accordé toute sa confiance et le chargea, à plu- 
sieurs reprises, de diverses missions secrètes. C’est 
ainsi que, par mandement en date du 14 septembre 1415, 
il lui alloua la somme de 511 francs 9 gros (1), « pour les 
tourner et convertir en certainnes choses secrètes que 
mond. sr lui a ordonné et qu’il ne vuelt autrement dé- 
clairer. » D’autres mandements de 1415, 1416 et 1417 sont 
relatifs à des fonds que Hacquin employa encore « en cer- 
taines choses secrettes. » Le 7 juillet 1418', le duc le gra- 
tifia d’un « don » de 100 francs, « pour recognoitre ses 
services, se l’attacher davantage à l’avenir et le deffrayer 
de ses frais à Troyes, où il l’a retenu. » A la fin du règne 
ie Jean sans Peur, ce médecin jouissait de 1000 livres 
tournois de « gages, » traitement énorme pour l’époque. 

% 

(1) Le gros était la douzième partie du franc. 

21 


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— 322 — 


Il était marié à une juive du nom de Françoise et, en 
1416, résidait à Chalon-sur-Saône (1). 

En 1389 et 1390, « maistre Nicolas de Vèzelise, docteur 
en médecine, » exerçait son art à Neuchâtel; du moins, 
il figure comme témoin dans plusieurs documents du 
cartulaire de cette seigneurie, datés de Neuchâtel (2). 

Voici maintenant quelques extraits des « parties d’apo- 
thecayries prises en l’ostel de Estienne Paste, espicier 
demourant à Paris, pour maistre Pierre Blanchet, maistre 
des requestes de l’ostel de mons r le duc de Bourgoigne, 
conte de Flandres, d’Artoys et de Bourgoigne, et devisées 
par maistre Jehan Durant, phizi'cien de mondit s r et par 
ses compaignons » (3), du 8 août 1390 au 10 février 1392 
(n. st.) : 

« Une dragée (4) qui fut doublée, contenant ii livres,» 
28 sols. 

« Une dragée magistralle (5), contenant i livre,» 14 sols. 


(1) Mémoires pour servir à l'histoire de France et de Bourgogne (Paris, 
1729, deux tomes en un vol. in-4°), t. II, p. 139; — Dunod', Histoire du 
Comté de Bourgogne , t. Il, p. 237. — Archives de la Cotb-d’Or, B 1588, 
f. 161, 231 v°, 255 y°; B. 1598, f. 95. — Bibl. nàt., 7858, français f. '10; 
coll. Bourgogne, t. 22, f. 69, 138 v°; t. 56, f. 234, 242;' t. 57, f. 39; 
t. 104, f. 47, 49 v°. 

(2) Bibl. nat., nouvelles acquisitions françaises, n° 3535, f. 340, 478 v 0 , 
492 v°, 493, etc. 

(3) Parmi les autres « physiciaens » du duc Philippe le Hardi , « coin- 
paignons » (collègues) de Jean Durant, on peut citer deux médecins franc- 
comtois : Hacquin de Vesoul, mentionné plus haut, et Jean Vignon, ou Voi- 
gnon, appelé encore Jean de Saint-Lothain, doyen de la Faculté de méde- 
cine de Paris, « conseiller et premier phisicien » de Charles VI, de qui il 
sera parlé plus loin (voir à l’année 1411). 

(4) Préparation pharmaceutique à base de miel ou de sucre. 

(5) u Médicaments magistraux, ceux que le pharmacien ne doit préparer 
qu’au moment de la prescription et d’après l’ordonnance du médecin; par 
opposition à ceux que l’on tient toufpréparés, et qu’on nomme compositions 
officinales. » Littaé. 


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« Huille rosat et huille camomille, » 42 deniers. 

« Un sirop magistral, ». 46 sols. 

« Sucre rosat d’Alixandre, demi quarteron, » (4) 48 de- 
niers. 

« Eaue d’oseille, demie livre, et pour i sirop et une 
pomme grenade, » 44 sols 6 deniers. 

« Un colire (2) et pour eaues (3), » 6 sols. 

« Un muscilage (4) d’eaue rose, » 2 sols. 

« Pour eaue rose et calamine estainte (5) pour un co- 
lire, » 3 sols. 

« Un deffensif » (6), 3 sols. 

« Pour eaue rose et unes pillules, » 2 sols 3 deniers (7).» 

Un médecin juif qui, d’après son nom, paraîtrait ori- 
ginaire de Baume-les-Dames, « Salvin de Baumes, » alias 
« Salomon de Baulmes, » habitait Dijon en 439Q-4394. 
L’inventaire des Archives de la Côte-d’Or mentionne un 
marché que Jeanne d’ Arceau, veuve de Saudrin de 
Guyenne (ou Sandrin de Guines), écuyer, passa en 4390 
avec ce « physicien » « pour la visiter en toutes ses ma- 
ladies et lui bailler remèdes pour sa santé, moyennant 
dix francs par an; » pension à laquelle il renonça l’année 
suivante (8). 

Le 45 mai 4392, Henri de Leugney, écuyer, pour ré- 

(1) Le quarteron était le quart de la livre. 

(2) Collyre. 

(3) Eaux médicinales. 

(4) Mucilage. 

(5) a Calamine, ou pierre calaminaire, oxyde de zinc carbonaté natif. » 
Littré. 

(6) Bandage ou emplâtre destiné à garantir les parties du corps qu'on en 
couvre. 

(7) Argh. de la Cotb-d'Or, B 388 (parch. orig.). 

(8) J. Garnier, Inventaire sommaire des archives départementales de la 
Côte-d'Or.,., série B, t. V, p. 26 et 35. — De 1380 à 1416, un autre « Salo- 
mon de Balmc » était uu des juifs notables de Dijon. J. Simonnet, Docu- 
ments inédits pour servir à l'histoire des institutions et de la vie privée en 
Bourgogne (Dijon, 1867, in-8»), p. 430, 431, 437, 439, 457, 458, 465. 


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— 824 — 


compenser « de ses services discrète et honorable per- 
sonne maistre Jehan de Molins , phisicien et expert en 
médecine, demorant à Besançon, » lui donna une vigne 
sise au territoire de Montfaucon (1). 

Pour en finir avec le xiv® siècle, j’emprunte encore 
quelques curieux détails à un document des archives de 
la Côte-d’Or, aux « parties de l’apoticairie prinses chiex (2) 
Jehan de Chacy (3) pour mons. le duc de Bourgoigne, 
devisées et ordonnées par maistre Jehan Durant , Gief- 
froy Malpoivre et Jehan Vignon (4), phisiciens de mondit 
s r , » du 20 avril 1398 (n. st.) au 1 er février 1401 (n. st.). 

Le 21 avril 1398, « pour Guillamé Blondel (5), un élec- 
tuaire magistral par losanges, doré, 24 sols. » 

Le 22, « pour Thommas Le Maçon, sommelier, i livre 
électuaire magistral en boeste , » 12 sols ; « une quarte 
ptisanne (6) magistrale, » 2 sols. 

Le 23, « pour Montbertaut (7), i lavement magistral, » 
8 sols; « une esponge, » 2 sols. 

Le 25, « pour Germoles (8), i clistère magistral, »10 sols. 

(1) Arch. du Doubs, fonds du chapitre de Sainte-Madeleine de Besançon, 
carton V, n° 19. 

(2) Chez. 

(3) Apothicaire de Paris. 

(4) Sur ce Jean Vignon ou Jean de Saint-Lothain, voir plus loin, à Tannée 
1411. 

(5) Ecuyer-échanson du duc Philippe le Hardi. — Mémoires pour servir 
à Vhistoire de France et de Bourgogne , t. II, p. 56. 

(6) Une quarte (deux pintes) de tisanne. 

(7) Pierre de Montbertault, trésorier et receveur général des finances de 
Philippe le Hardi, conseiller de ce prince et du roi Charles VI, fut ensuite 
conseiller et intendant des finances de Jean sans Peur. — Mémoires pour 
servir à Vhistoire de France et de Bourgogne , t. Il, p. 16, 21-22, 23, 112, 
116, etc. — Rossignol, Inventaire des archives de ta Côte-d'Or, série B, 
t. I, p. 139, 140. 

(8) Guillaume de Germoles, écuyer. — (Don Plancher) Histoire de Bour- 
gogne, t. III. p 49, 70, preuves, p. LV, LIXet LXXXV1I. — Bibl. nat., coll. 
Bourgogne, t. 24, f. 66 v°, t. 41, f. 118 y°-119. 


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- 825 — 

Le 20, « pour Guillame, varlet des chevaulx de mons», 

1 clistère magistral , » 10 sols. 

Le même jour, << pour Ancelet, fourrier, i sirop magis- 
tral, » 8 sols. 

Le 28, pour le même, « unes pilules magistrales, » 

2 sols. 

Le 29, « pour Montbertaut, i ellectuaire par losanges, 
laxatif, doré, » 16 sols. 

Le 30, « pour messire Loys de Poissy (1), deux prises de 
pilules magistrales, » 4 sois. 

Le 1 er mai, « pour Germoles, une médicine laxative, » 
6 sols. 

Le 4, « pour Thommas, Le Maçon, une livre oingne- 
ment (2) magistral, » 12 sols; « une chopine eaues ma- 
gistrales, » 4 sols. 

Le 17, « pour mons. de la Roche (3), vi suppositoires 
agnisez (4), » 6 sols. 

Le 18, « pour Henriet de la Chappelle, i epitherre (5) 
et les eaues, » 8 sol6. 

Le 21, « pour mons. de la Roche, i clistère magistral, » 
10 sols. 

Le 22, pour le même, « une livre pluseurs huilles, » 
4 sols. 

(1) Leuis de Poissy, chambellan de Philippe le Hardi, puis maître d’hôtel 
de Jean sans Peur. — Mémoires pour servir à l'histoire de France et de 
Bourgogne , t. II, p. 41, 135. 

(2) Onguent. 

(3) Probablement Humbert de Villersexeî, comte de la Roche. — Bibl. 
nat., coll. Bourgogne, t. 23. f. 119 v°, — 120 ; t t. 25, f. 26 v°; t. 104, 
f. 27 v° et 206. 

(4) Suppositoires anisés. — Le suppositoire est « une substancè médica- 
menteuse solide, en forme de cône long, qu’on introduit dans l’anus, soit 
pour provoquer les évacuations intestinales, soit pour agir comme adou- 
cissante. » Littré. 

(5) Il s’agit apparemment d’un épithème, « tout médicament topique, 
autre que l’onguent et l’emplâtre. » Littré. 


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Le 24, pour le même, « i emplastre magistral, * 0 sols, 
et, « pour Guiot d’Esgreville (4), une poudre magistrale, » 
8 sols. 

Le 17 juin, « pour Briquet (2), une médicine laxative,» 
6 sols. 

Le 29, « pour mons. de la Roche, i conquassement (3) 
de pluseurs herbes, semences et fleurs, » 4 sols. 

Le 31 juillet, « pour Flichet, page de mons. [le duc], 
une livre de sucre blanc, » 8 sols. 

Le même jour, « pour Jean Despoullectes (4), demie 
livre oingnement magistral, » 6 sols. 

Le 1 er août, pour le même, « une quarte de tisanne 
magistrale, » 2 sols. 

Le 8, « pour Jehan de Neufville (5), i julep magistral, » 
10 sols. 

Le 19, pour le même, « une chopine de pluseurs eaues 
magistrales, » 4 sols. 

Le 28 novembre, « pour Pierre de la Trimoille (6), de- 
mie livre oingnement, » 6 sols, et « une poudre magis- 
trale restraintive » (7), 4 sols. 

(1) Guiot d’Aigreville, écuyer tranchant de Philippe le Hardi. — Bim. 
nat., coll. Bourgogne, vol. 23, f. 2 v°, vol. 24, f. 1 \°. 

(2) Jean de Villeroy, dit Briquet, sommelier de corps de Philippe-lc- 
Hardi. — Mémoires t. JI, p. 48. 

(3) Mélange concassé. 

(4) Jean Dcspoulettes, receveur général des finances de Philippe le Hardi, 
puis conseiller de Philippe le Bon. — Mémoires..., t. II, p. 23, 181; — 
Rossignol, Invent, des arch. de la Côte-d'Or, série D, t. I, p. 140, 141. 

(5) Jcau de Neuville, écuyer-échanson de Philippe le Hardi, puis con- 
seiller et chambellan de Jean sans Peur. — Mémoires..., t. II, p. 55, 132, 
163. 

(6) Pierre de la Trémoiilc, chambellan et conseiller du duc Philippe le 
Hardi, puis de Jean sans Peur. — Mémoires..., t. II, p. 13, 37, 46, 101, 121. 
— Bibl. nat., coll. Bourgogne, t. 23, f. 138 v ü -140; t. 25‘ f. 85, t. 43, 
f. 112-113. 

(7) Restringente. 


V 


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— 827 - 


Le 1 er décembre, « pour Phelippe Josquin (1), i dormi- 
toire (2) et les eaues, » 8 sols. 

Du 31 octobre au 7 décembre 4398, le duc de Bourgo- 
gne usa des médicaments suivants : le 31 octobre, « jiii 
livres de pluseurs eaues froides, » 12 sols, et « i quarte 
(3) oingnement magistral , » 3 sols ; — le 2 et le 5 novem- 
bre, « i conquassement de pluseurs herbes et fleurs, » 

4 sols chaque fois; — le 8, «h livres de pluseurs eaues 
froides, » 6 sols, et « i electuaire magistral par lozanges, - 
doré des n pars d’or fin, » 4 livres; — le 14 et le 29 no- 
vembre, et le 7 décembre, « u livres ^de] pluseurs eaues 
froides, » 6 sols chaque fois. 

L’un des fils de Philippe le Hardi, Antoine, comte de 
Rethel, puis duc de Brabant, figure aussi dans ce mé- 
moire pour i plusieurs articles, du 8 décembre 1398 au 
12 avril 1399 : — le 8 décembre, « demie livre tirade (4) 
fin, » 6 sols; — le 7 mars, « i ellectuaire magistral, » 8 sols; 

« h livres pluseurs cirops magistraulx, » 24 sols ; « une 
chopine eaue rose, » 4 sols; « un pommes garnates (5) et 
vi oranges, » 10 sols; — le 8, « demie livre manne gra- 
natte » (6), 32 sols'; « i quarte conserve de violes » (7), 

4 sols ; « sedres (8) blans et rouges, spode (9) et fleur de 

(1) Philippe Munierou Mugnier, dit Josseqnin, « fils (l’un des armuriers 
du duc Philippe le Hardi, fut premièrement son valet de chambre, ensuite 
garde de ses joiaux et enfin son conseiller, son favory et garde de son sceau 
secret. » Ce Josseqnin fut néanmoins l’un des complices de l’assassinat de 
Jean sans Peur, à Moutereau. — Mémoires..., t. I, p. 210, 319; t. II, p. 109, 

131, 137, 138, etc. 

(2) Un dormitif. 

(3) Quarte, le quart dune livre. 

4) Thériaque. 

(5) Grenades. 

:'{j) Manne granuleuse, ou, techniquement, manne en larmes. 

(7) Violettes. 

(8) Cédrats. 

(9) « Ancien terme de chimie, oxyde de zinc obtenu par sublimation en 
calcinant la tuthie. » Littré. 


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— 828 — 


nénufar, » 10 sols; — le 9, « i livre pluseurs semences 
froides (1) et roses vermeilles, » 8 sols; mi livres sucre 
blanc,» 32 sols; « vi livres pluseurs eaues froides,» 18 sols; 
« i clistère magistral, » 10 sols; — le 12, « une livre 
prunes de Damas, » 2 sols; — le 16, « demie livre d’ya- 
dragant (2) fin, » 6 sols, « demie livre de penites (3) fines,» 
ü sols; — le 21, « i quarte turbith (4) fin , » 4 sols"; — le 24 
et le 25, deux livres et demie de « penites fines, » 30 sols; 
— le 27, « une once anis laxatif, » 4 sols; « un pommes 
gamates et vi oranges, 10 sols; « miel rosat, » 2 sols; — 
le 7 avril, « i sirop laxatif magistral, » 10 sols; — le 12 
avril, « vi oranges, » 2 sols (5), etc. 

(A suivre). 

(1; Les quatre semences froides majeures sont celles de concombre, de 
melon, de citrouille et de courge; les quatre semences Froides mineures, 
celles de laitue, d’andive, d’escarole ou de chicorée, et de pourpier. Les 
quatre semences chaudes majeures sont celles d’anis, de fenouil, de cumin 
et de carvi; les quatre semences ehaudes mineures, celtes d’ache, de persil, 
d'arnmi et de carotte. V. La pharmacopée de M® Laur. Joubert.... (Lyon. 
1588, petit in-8°), p. 353-354; La pharmacopée de M. Jacques Sylvius.... 
(Lyon, 1604, in-16), p. 155-156; Littré, etc. 

(2) Adragant ou adraganle, espèce de gomme fournie par l'astragale. - 
Y. Littré. 

(3) Pénidcs, « tablettes pour le rhume, » Lacurne de Sainte-Palaye. - 
Penide, aujourd’hui sucre tors, « anciennement pâte faite de sucre et de jus 
de réglisse, «à laquelle on donne la forme de petits bâtons tordus.» Littré.- 
V. aussi J. -J. Vecker, le grand thrésor ou dispensaire cl anlidolaire.... 
(Genève, 1610, in-4°), col. 1208. 

(4) Turbith, nom vulgaire d’une espèce de liseron {cotivolvultis turpelhum) 
dont la racine est un purgatif drastique. V. Littré. 

(5) Arcii. de la Côte-d’Or, série B, n° 388, rôle original sur parchemin, 
incomplet (il s’arrête au *26 avril 130% — L'Inventaire sommaire de ces 
archives (t. V, p. 239) mentionne, sous la cote B 388 v°, un autre rôle qui 
doit être le complément de celui-ci. 


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JOURNAL 

DE 

GUILLAUME DURAND 

CHIRURGIEN A POLIGNY 

DE 1610 A 1623 

(Suite et fin.) 

INTRODUCTION 

Originaire de Lons-le-Saunier, Guillaume Durand exerça la pro- 
fession de chirurgien à Poligny de 1592 à 1623, année de sa mort. 
Il était « brave de son mestier, » si nous en croyons le témoignage 
d’un de ses fils, continuateur de son journal. Il eut sept enfants : 

Jean, mort le 31 décembre 1612; 

Philiberte, morte le l #r mai 1617; 

Oudot, chirurgien à Moulins, mort dans cette ville, à l’âge de 
vingt-quatre ans, le 9 mai 1621; 

Pierrette et Etienne, qui reçurent le sacrement de confirmation 
en 1622; 

Françoise, morte le 8 novembre 1622, à l âge de vingt-quatre 
ans ; 

Léonel, qui, après avoir étudié pendant deux ans, chez son père, 
l’art de la chirurgie, alla prendre à Dole l’habit de capucin (^jan- 
vier 1622) et revint, au bout de quelques mois de vie religieuse, 
retrouver sa place dans la maison paternelle, à la grande joie des 
siens (1). 

(1) Léonel Durand succéda probablement à son père comme chirurgien 
à Poligny; je n’en ai pas cependant trouvé la preuve. C’est lui aussi, selon 
toute apparence, qui continua le journal paternel. Le 7 juillet 1622, il fut 
parrain d’un fils de Jean Martin, de Poligny. ( Archives de Poligny, GG i, 
f. 96 v°. — Les deux premiers registres paroissiaux de cette ville (1617- 
1652) ne contiennent pas d’autre trace de la famille Durand. 


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Voilà les seuls renseignements que maître Durand nous four- 
nit sur lui et sa famille, dans tout le cours de son journal. Il n’y 
est pas question de sa femme. A quel âge, lui-même, mourut-il ? 
Son fils a négligé de transmettre ce détail à la postérité ; mais, en 
revanche, il nous apprend que notre chirurgien-chroniqueur fut 
emporté par une t jaunisse noire » le 18 octobre 1628 (1). 

Si sommaires et si incomplètes que soient ces données biogra- 
phiques, je n’ai guère à y ajouter ; mes recherches sur ce point 
n’ont abouti qu’à quelques indications à noter. « Honorable Guil- 
laume Durand, chirurgien, » fut témoin avec deux autres habitants 
de Poligny, de la déclaration de patrimoine qu’un jeune polinois 
aspirant à la prêtrise, Claude Nuard, fit, le 1 er avril 1598, par-de- 
vant « Estienne Masson, docteur ès droits, commis lieutenant au 
siège [du bailliage d’Aval] de Poligny » (2). Les anciens registres 
des délibérations communales de cette ville constatent, en outre, 
que G. Durand fut appelé par l’élection à participer à l’administra- 
tion de la cité, en qualité de « notable » de la Grande-Rue (8), pour 
les années 1616, 1619, 1621, 1622 et 1628 (4). Il n’est pas pour lui 
de meilleur éloge que ces témoignages réitérés d’estime et de con- 
fiance de la part de ses concitoyens. 

A défaut de .plus amples informations 6ur une existence modeste 
mais honorable, nous allons essayer de reconstituer, à l’aide du 
journal, le portrait de l’auteur. Sans recourir à d’autre source, et 

(1) Les plus anciens documents de l'état civil de Lons-le-Saunier n'étant 
pas antérieurs à l’an 1600, et ceux de Poligny ne datant que de 1617 pour 
les baptêmes, de 1647 pour les mariages et de 1661 pour les décès, je n y 
ai rencontré aucune mention de G. Durand. — L’acte de décès d'Oudot 
Durand nous eût révélé, sans doute, le nom de sa mère; mais le premier 
registre de décès de la ville de Moulins ne remonte qu’au milieu du xvii* 
siècle. 

(2) Archives du Jura , série R supplément, titres de la famille Nuard. 

(3) Dans la première moitié du xvn® siècle, la Grande-Rue de Poligny 
avait douze notables, élus annuellemeut en même temps que le magistrat, 
à l’assemblée générale du corps de ville, qui avait lieu, d’ordinaire, le 
31 décembre. 

(4) Archives de Poligny , BB 9, f. 41 v°; BB 11, f. 29 v°; BB 12, f. 31 v°, 
133, 169 r° et v°. 


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Bans même chercher à lire entre les lignes, il n'est pas impossible 
de découvrir dans ces notes familières, écrites à la diable, au jour 
la jour, en dehors de toute préoccupation de publicité, les princi- 
paux traits d’une physionomie assez originale, plus intéressante 
peut-être à esquisser que le grand air de quelque haut .person- 
nage. 

C’est , en effet, une figure curieuse que ce chirurgien de pètite 
ville d’il y a trois siècles. Les sentiments religieux tiennent chez 
lui une grande place ; il assiste dévotement à toutes les céré- 
monies auxquelles l’Église convoque les croyants; les proces- 
sions pour obtenir la pluie ou le beau temps, les sermons des 
prédicateurs du cru ou étrangers , les célébrations de première 
messe , les consécrations d’autels , les baptêmes de cloches , la 
pose de la première pierre d’un couvent, la visite pastorale de 
l’archevêque de Besançon, etc., etc., sont, à ses yeux, d’importants 
évènements qu’il se complaît à raconter par le menu. A propos 
d’un accident, il ne manque pas de constater, en bon chrétien, 
combien t nostre vie est briève. < Quand, en 1622, la Franche- 
Comté est menacée de l’invasion par Mansfeld et que le Parlement 
de Dole décrète t l’éminent péril, » lui ne voit qu’une ressource : 
« retourner devers le plus brave capitaine, qu’est nostre bon Dieu, 
pour le prier qu’il veuille avoir pitié de son pauvre peuple, et de 
faire retourner ce grand ennemy de la foy. » Guillaume Durand est 
ce que nous appelons aujourd’hui < un homme bien pensant. » 

La sincérité de 6es convictions ne lui enlève pas pourtant toute 
indépendance d’esprit. Il trouve fort mauvais, par exemple, qu’un 
capucin ait malmené, dans un sermon, les jeunes gens de Poligny 
et tancé les demoiselles de la conférence d’alors ; que va devenir, 
s’écrie-t-il, « leur bonne réputation? * — Cela ne l’empêchera pas, 
il est vrai, de commettre lui-même un crime de lèse-galanterie, en 
parlant, quelque part, de t ces punaises de filles de Poligny. » 
— Ailleurs, à propos de l’établissement des Oratoriens dans cette 
ville, il ne cherche pas à dissimuler que < ces messieurs de l’Ora- 
toire * ont complètement joué la municipalité; maintenant qu’ils 
ont obtenu ce qu’ils désiraient, ajoute-t-il, « ils nous donnent du 
pied au cul, si j’ose bien dire.... voilà pour être appris une autre 
fois! » Plus loin, il consacre toute une page aux mésaventures 


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— 882 — 


d’un prêtre polinois , grand coureur de ribaudes, que des soldats 
avaient dévalisé pendant une de ses expéditions nocturnes. 

Ainsi, malgré sa foi robuste, maître Durand convenait-il *de 
bonne grâce, que, sous le rapport religieux, tout, de son temps, 
n’allait pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Nous allons 
voir sa liberté d’appréeialions s’en prendre, après te clergé, à cette 
autre arche sainte, la magistrature. En 1612, on gracie, — chose 
inouïe à l’époque, — un incendiaire bien apparenté. Du coup, l’in- 
dignation de l’auteur ne connaît plus de bornes. < Où c’est, s’écrie- 
t-il, que l’on a jamais baillé de grâce pour des incendiaires ? Voilà 
comme la justice est corrompue et vendue. Gela servira de mé- 
moire. » Il me semble, que pour un homme bien pensant, voilà 
des échappées terriblement compromettantes ; nous en relèverons 
encore. A notre époque. Durand serait renié par son parti : on le 
traiterait de catholique libéral. 

Cette largeur d’esprit, — ce libéralisme, si je puis employer ici 
une expression moderne, — n’est pas à l’abri de toute faiblesse. 
Les croyances astrologiques, l’intervention du diable, les histoires 
de sorcellerie, ne paraissent pas trop invraisemblables à notre 
chroniqueur. Il voit, dans un accident produit par la foudre, l’opé- 
ration directe du démon; une autre fois, il se demande s’il huit 
attribuer un violent orage qui éclata à Poligny le 3 juillet 1623, à 
« quelque sourcellerie, » à < la grande chaleur, ou au débordement 
des 'astres contre les fruits de la terrre et contre le bestail et oyse- 
lin. » Ne nous étonnons pas outre mesure d’une semblable crédu- 
lité : le commencement du xvn* siècle était — au moins pour notre 
province — le beau temps de la chasse aux sorciers , et Dieu sait 
combien de malheureux expièrent alors sur le bûcher leurs pré- 
tendus maléfices. Je dois ajouter cependant, pour être véridique, 
que si, à cette époque, on brûla force sorciers et sorcières à Be- 
sançon, à Dole, à Saint-Claude, à Vesoul, etc., Poligny échappa à 
peu près à la contagion; de 1610 à 1623, Durand ne mentionne 
aucune exécution de ce genre. 

Il ne semble pas, d’ailleurs, s’ètre préoccupé beaucoup do ce qui 
pouvait se passer en dehors do Poligny. Laissant à d’autres le soin 
d’être « spéculatif, » comme il a soin, quelque part, de nous eu 
prévenir, il borne son ambition au rôle de chroniqueur local, sans 


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— 333 -w 

prétention aucuno au beau langage, mais fidèle et impartial. C’est 
son clocher qn’il aime; ce qui l’intéresse avant tout, ce sont les 
hommes et les choses de son milieu, ce sont les menus faits de 
chaque jour auxquels il assiste en témoin ou en acteur. Indépen- 
damment des cérémonies religieuses, qui, nous l’avons déjà vu, 
figurent pour une si large part dans ses éphémérides, les baptêmes, 
les mariages, les décès, — les décès surtout (1) — les crimes, les 
accidents, l’état des récoltes et de la température, d’une part, de 
l’autre, les affaires municipales, les bruits de guerre, les préparatifs 
de défense, le passage et le logement de troupes., le décri des mon- 
naies, l’arrivée à Poligny de personnages marquants, etc., en un 
mot, tous les moindres évènements dont une modeste cité provin- 
ciale était jadis le théâtre, se trouvent consignés ici, souvent avec 
de curieux détails. 

La chronique scandaleuse de la ville vient jeter une note gaie 
dans la variété de ces renseignements. Charivaris donnés aux 
veuves trop pressées de se remarier, polissonneries — parfois 
assez malpropres — de la jeunesse polinoise, aventures galantes, 
histoires amoureuses, propos salés, sur ce chapitre-là Durand est 
aussi égrillard que mauvaise langue. Les gauloiseries les plus pi- 
mentées ne l’effarouchent pas le moins du monde; il les raconte 
sans sourciller, mettant lourdement les points sur les i, ne recu- 
lant jamais devant le mot propre, mais d’un ton de naïveté et de 
bonhomie à désarmer les rigoristes. Avec cela, il aime, sans doute, 
en parfait rabelaisien, à « humer le piot, » et, en tous les cas, ne 
déteste pas la bonne chère ; entre une plaisanterie grasse et l’ana- 
lyse d’une prédication, après avoir noté une célébration de pre- 
mière messe, ou relaté un décès, en consacrant au défunt une orai- 
son funèbre fort expressive quelquefois dans sa brièveté, il ne 
manque pas de mentionner les fins dîners auxquels il a été invité 
ou dont ses amis lui ont vanté le menu. 

* C’était, au demeurant, un « brave » Chirurgien, fort attaché à sa 
profession. Il rend volontiers. justice à ses confrères, mais il a 
conscience de sa supériorité et ne ménage point les médecins su- 

(1) Constatons, en passant, que, de 1610 à 1623, ]e Journal de Guillaume 
Durand peut compenser, jusqu’à un certain point, la perte des anciens 
registres de l’état civil de Poligny. 


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— 884 — 


jets à caution, Un de ces derniers ayant laissé mourir un malade, 
faute de le < saigner en temps et lieu, » Durand en tire la morale 
suivante : t Voylà comme il faut choisir de bons médteeins, et non 
pas de ceux qui veulent faire leur expérience aux frais des pauvres 
malades . » Sa clientèle, à lui, n'a rien de pareil à redouter : il se 
charge de l'opérer consciencieusement, en vie, voire môme de la 
disséquer après décès. Ne sent-on pas non plus l’amour de l’art 
dans les minutieuses indications qu'il fournit, d'ordinaire, sur le 
genre de maladie qui a emporté les défunts de sa connaissance? 

Chez lui, pas de sensihlerie : il enregistre la mort de ses enfants 
avec le môme laconisme et la même placidité apparente que s'il 
s'agit de ses amis ou d'étrangers; pour une de ses filles, enlevée 
à 24 ans, il constate simplement qu'elle « travailloit fort bien en 
dentelles et a faict une belle mort; » d’un de ses fils, chirurgien 
comme lui, décédé à Moulins, à la fleur de l'âge, il se borne à dire 
que c'était un « beau jeune hommç. » Le cœur d'un père se laisse 
deviner à travers ces regrets succincts; où on le retrouve tout 
entier, c’est dans le cri de joie que pousse l'auteur au retour de 
son fils Léonel, qui était allé à Dole essayer chez les Capucins de 
la vie monastique. 

Voilà, rapidement indiqués, les principaux traits de cette physio- 
nomie curieuse; le Journal achèvera de la dépeindre. 

Quelques mots maintenant de la chronique et du manuscrit qui 
a servi à notre publication. 

Le Journal de Guillaume Durand est incomplet du commence- 
ment ;’les quatre premiers feuillets qui manquent actuellement au 
manuscrit, comprenaient les années 1592 à 1609 (1). L’auteur ne 

(1) D’après une table des matières ajoutée, au xviii® siècle, au Journal 
alors complet, les quatre premiers feuillets relataient les faits suivants : 

« Procession générale à Satins. — Assassinat de la tante du chanoine Hu- 
gonet. — Procession générale à Saint-Claude. — Pierre Bouderat mort. — 
Funérailles de Philippe, roy d’Espagne. — Claude de Yautravers, doyen, * 
mort. — Le baron de Dramelet, mort, -r Voûte du chœur des Claristes. — 
Etienne Doroz mort. — Hugues Doroz, marchant, mort. » — J'avais pensé 
d'abord à reconstituer, dans la mesure du possible, le contenu des feuillets 
manquants, mais cela eût allongé, 6&ns grand profit, une publication déjà 
assez volumineuse. J’ai préféré compléter la chronique de Durand par de 
nombreux extraits "des anciennes délibérations municipales de la ville de 
Poligny. 


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— 335 — 


nous a pas laissé le texte original de ses notes : elles étaient pro- 
bablement griffonnées en marge ou sur les feuillets blancs de ses 
livres de comptes ; c’est un de ses fils — Léonel, selon toute appa- 
rence — qui les a recueillies et transcrites , en respectant filiale- 
ment, sans doute, la prose paternelle. 

Telles qu’elles sont conservées, ces éphémérides vont de 1610 
à 1624. G. Durand débute au 20 février 1610 et s’arrête au 8 sep- 
tembre 1623, six semaines avant sa mort; son fils continue lè jour- 
nal du 29 septembre 1623 au 21 mai 1624. Sur deux des pages 
inutilisées, une autre main a ajouté, à la fin du xvn* siècle, quel- 
ques détails relatifs à deux professeurs de l’Université de Besan- 
çon, morts en 1692; et à l’excès des impôts, à la cberté des vivres, 
à la misère générale en Franche-Comté, de 1692 à 1696. 

De la famille Durand, ce manuscrit passa, au xvii* siècle, entre 
les mains des de Boisset (1). Au milieu du xvin* siècle, il apparte- 
nait à « m r# Bidey, de Poligny, demeurants à Dole. » Chevalier, 
à qui nous devons ce renseignement, a eu communication du Jour- 
nal et le cite plusieurs fois dans son Histoire de Poligny (2) et 
dans ses Recueils manuscrits (3); je le soupçonne même d’y avoir 
raturé — inutilement, du reste — un mot compromettant pour ses 
prétentions nobiliaires (4). En dernier lieu , ce document faisait 
partie des manuscrits franc-comtois que M. de Vaudry céda, en 
1854, à la bibliothèque de la ville de Salins. Il y porte aujourd’hui 
la cote M 27. C’est un petit volume in-4®, de 87 feuillets, incom- 
plet des quatre premiers; le 32 e est double. Le Journal de G. Du- 
rand occupe les ff. 5-52; la continuation due à son fils, les ff. 52- 
56; les notes ajoutées à la fin du xvn° siècle, les ff. 56 v # - 57 r°; 
les ff. 57 v° - 83 v° sont blancs ; une table des matières, rédigée au 
xviii 0 siècle, remplit les ff. 84-87 v°. 

Bernard PROST. 

(1) Un des plats da manuscrit porte encore, en lettres dorées, le nom de 
Claude de Boissel . -*Sur celte famille, originaire, semble-t-il, de Poligny, 
voir : Chevalier, Hist. de Pol. t t. II, p. 284-286. 

(2) T. I, p. 271, 274, 281; t. II, p. 155, 312,341, 488, 534. 

(3) T. VI. f. 140 r° et v° (Bibliothèque de la ville de Poligny). 

(4) V. nr 25. 


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Pensant être agréables aux lecteurs du Bulletin , nous 
extrayons du n° du 12 novembre de la Ruche, organe de 
la Société des écrivains français , les vers suivants en 
l’honneur de notre collaborateur et ami, M. Richard, 
de Saint-Lothain, dont le Bulletin a déjà reproduit quel- 
ques vers appréciés. 

s 

A Richard de Saint-Lothain 

En réponse â ses vers, publiés précédemment par la Ruche. 


A son déclin, l’automne a flétri la ramure, 

Et le ciel froid des nuits verse de nombreux pleurs 
Sur les bois dépouillés qui n’ont plus de murmures.... 
Plus de nids, plus de fleurs, 

Plus rien!... Rien que l’hiver au lourd manteau de glace : 
Les pâles jours brumeux sont l’horizon vermeil — 

Et tel était mon cœur. — Mais ton doux luth remplace 
Les rayons du soleil ! 

O poète, merci! Du fond de ma retraite, 

J’entends ta pure voix de doux oiseau chanteur — 

Frais essai de bulbul aux notes de fauvette, 

Sur un luth enchanteur. — 

Et j’écoute, et je crois qu’un printemps vient d’éclore, 

Que je baigne mon front dans nos bleus firmaments : 

Il me semble revoir avec la blonde Flore, 

Mille couples charmants. 

Oui, je sens dans mon cœur, dans mon cœur qui l’aspire, 
Du ciel de Floréal les plus doux rayons d’or, 

A la voix qui me dit : « Poète ! prends ta lyre, 

Et chante! chante encor! * 


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— 337 — 


Aussi, bien qu’Aquilon ait flétri la couronne 
; Des grands bois gémissant à 1» voix des hiyjers* , 

Ami, je veux chanter ; car ma lyre frissonne 
Au souffle de tes vers ! 

Jeanne Joly, 

Auteur 4e Floréal , dans la Revue française t etc. 

Paris, 10 novembre 1882. 


A la suite de son dernier Concours, le Parnasse vient 
de classer et de publier, sous le n° 10, le sonnet suivant, 
qui faisait partie des 112 poésies présentées au comité 
d’examen par les jouteurs de ce tournoi littéraire. 

AUX MUSES DU PARNASSE 

Sonnet 

O vous ! nobles sœurs d’Apollon, 

Qui faites sous vos doux murmures 
S’apaiser l’onde et l’aquilon, 

Prier le lis aux lèvres pures, 

Se taire le noir tourbillon, 

Bondir les cœurs sous leurs armures, 

Cachez , pour gravir l’Hélicon, 

Ma muse sous vos chevelures.. 

Ah ! mêlez, mêlez à la fois 
Vos sérénités à ses craintes, 

Ses soupirs à vos douces plaintes; 

Unissez par d’aimables lois 
Son rire à vos divins sourires 
Et son humble luth à vos lyres ! 

Richard, de Saint-Lothain. 


22 


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— 838 — 


Aux lecteurs du Bulletin de la Société d’agri- 
culture, sciences et arts de Poligny 

Le précédent et vénérable président de la Société d’agriculture, 
sciences et arts de Poligny, M. Charles Sauria, qui a si activement 
coopéré à la création de cette Société, avait instamment prié ses 
collègues de lui donner un successeur, et les avait convoqués à 
cette fin, le 13 novembre dernier. Les membres présents à cette 
réunion m’ont fait, à mon grand étonnement, et à l’ananimité, 
l’honneur 4 de me choisir pour succéder à notre regretté démission- 
naire, moi chétif et étranger au pays, où je ne suis fixé que depuis 
peu d’années. Mon premier mouvement fut de décliner des fonc- 
tions pour lesquelles je me sentais aussi peu de droits que d’apti- 
tudes. En face des instances qui me furent faites, j’ai cru que ce 
serait manquer à tous les égards que je devais à mes honorables 
électeurs que de persister dans mon refus. 

Je crois devoir, au début des fonctions qui viennent de m’être 
ainsi conférées, malgré mes faibles titres, m’adresser publique- 
ment aux membres de la Société et aux lecteurs du Bulletin pour 
leur exposer succinctement les vues, longtemps utopiques, hélas ! 
que j’ai toujours partagées sur le rôle des libres associations de la 
nature de la nôtre. La législation, vraiment libérale, qui vient enfin 
d’être appliquée à ces associations, législation que j’invoquais dès 
les premières lignes que j’écrivais, il y a treize ans passé, dans ce 
môme Bulletin, cette législation, dis-je, donne à ces vues un degré 
tout spécial d’actualité et d’opportunité. Elle me semble faire aussi 
à nos associations des conditions d’existence toutes nouvelles, qui 
deviendront pour elles des éléments de vie ou de mort, selon la 
manière dont elles seront envisagées. Je pense donc qu’il y aura 
tout à la fois intérêt et utilité pour notre Société à ce que nous ar- 
rêtions tous quelques instants notre attention sur un tel sujet. 

D’après la dénomination si judicieusement et si sagement appli- 
quée à notre Société, dès son début, elle est une Société d’abord 
et surtout agricole, mais non exclusivement agricole. J’ai toujours 
plaint, depuis près d’un demi-siècle, et sous le régime de l’étroite 
législation qui vient de prendre fin , les Sociétés purement agri- 


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— 339 — 


coles. Si une connaissance approfondie des questions rurales me 
semble la condition obligée d’une étude valable de l’économie so- 
ciale, je ne peux non plus comprendre le perfectionnement de l’agri- 
culture poursuivi en dehors de celui de la Société. L’étroite con- 
nexité qui unit ces deux espèces de progrès se trahit par un fait 
qui n’a pu manquer de frapper tout esprit observateur. Chacune 
des nombreuses crises qui ont agité la société française, depuis un ^ 
siècle, a toujours donné lieu à un concert de doléances et de récri- 
minations contre l’état d’infériorité et d’abandon dans lequel est 
maintenu, chez nous, l’agriculture. Et, d’un autre côté, c’est à qui, 
parmi les auteurs même de ces critiques, évitera ou désertera la 
profession de cultivateur. 

C’est au point que notre paysan lui-même, naguère si passionné 
pour la possession du sol, dont la révolution française lui avait tant 
facilité l'accès, se refuse de plus en plus à l’exercice de son métier. 
La rapide dépopulation de nos campagnes en faveur des villes, à 
laquelle chacun se croit tenu à payer son tribut de lamentartions, 
témoigne assez éloquemment du contraste que je signale. 

Et cependant quelle a été, pendant denx générations, Tunique 
tâche assignée à nos innombrables Sociétés d’agriculture ? Quel 
est encore l’étroit idéal que trop d’entre elles continuent à pour- 
suivre, même après l’enlèvement des barrières qui circonscrivaient 
si déplorablement leur activité ? N’ont-elles pas eu toutes pour 
but de rattacher au sol les populations rurales par mille et mille 
moyens, et de conquérir à l’agriculture des intelligences et des 
capitaux citadins ! Nos orateurs et nos savants n’ont-ils pas prodi- 
gué à l’art rural leur éloquence et leur science, tout comme jadis 
Virgile chantait le séjour des champs, en lui préférant celui de la 
cour d’Auguste ! 

Ne fermons donc pas les yeux à l’évidence; et sachons recon- 
naître que si, comme on le répète à l’envi, le salut des Sociétés est 
lié à la réhabilitation de l’agriculture, les voies et moyens par les- 
quels nos Comices et Sociétés agricoles ont poursuivi cette der- 
nière, sont restés assez peu efficaces. 

Il serait cependant injuste de refuser tout effet utile aux efforts 
si multiples dirigés surtout vers le perfectionnement thecnique de 
l’art rural. Ce genre de perfectionnement fut à peu près Tunique 


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— 340 — 


voie que l’antilibéralisme des régimes politiques précédents laissa 
ouverte autant aux vanités ambitieuses qu’au bon vouloir réel. Il est 
incontestable que, sous l’influence de ces efforts divers, il a été 
obtenu du sol un très notable accroissement de production et, par- 
tant, de richesse générale, cet élément si important,, mais non 
point unique, du véritable progrès. 

Il suffit, pour s’en convaincre, de jeter le moindre regard sur 
l’état comparatif de notre agriculture présente et de celle d’il y a 
soixante ans. L’assolement triennal a partout fait place aux cul- 
tures alternes; La jachère, là où elle persiste, s’est faite fourra- 
gère. La profondeur de la couche arable a au moins doublé. Les 
prairies artificielles se sont introduites partout. D’incalculables 
masses d’amendements et d’engrais artificiels ont été incorporées 
au soi. Nos races d’animaux se sont notablement améliorées ; et 
tout l’outillage rural s’est immensément perfectionné, en permet- 
tant un travail plus économique et plus parfait. Et toutes ces amé- 
liorations, il faut le reconnaître, sont, en grande partie, l’œuvre 
des' Sociétés agricoles. 

J’ose espérer qu’après ces réserves si catégoriques, on ne m’ac- 
cusera pas de nier ou de dénier systématiquement l’action incon- 
testablement si utile des Sociétés agricoles. Ce serait cependant 
nier l’évidence que de se refuser à reconnaître que l’agriculture 
présente un spectacle notablement différent de celui que nous ont 
offert ou que nous offrent d’autres arts industriels, appuyés sur des 
sciences moins complexes que la biologie, et partis, comme l’agri- 
culture, de la phase la plus infime du métier. 

Pour ces industries avancées, la concentration des capitaux, la 
perfection de l’outillage, l’assistance scientifique, ont complète- 
ment supprimé toute concurrence de l’artisan, qui, depuis l’extinc- 
tion graduelle du servage, a joué, à leurs débuts, un rôle tout-à- 
fait analogue à celui que joue encore le paysan. Réunissant dans 
leur étroite personnalité tout à la fois la conception et l’èxécution 
des travaux, dans les deux cas, ces modéstes agents, loin d’aspirer 
à de brillantes fortunes, ne sont guère préoccupés que du souci 
de vivre misérablement, mais de vivre de plus en plus indépen- 
dants. L’indépendance par sa houe et son lopin de terre, n’est-elle 
pas l’idéal du paysan, comme l’indépendance par son arc et ses 
*Uets est celui du sauvage ! 


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- 841 - 


Il serait absurde de supposer, quoique l’histoire soit à peu près 
muette sur ce point, que, lorsqu’il y a cinq ou six siècles, la métal- 
lurgie industrielle commença, en Suède, dans les montagnes du 
Harz et ailleurs, à vouloir se substituer aux chétifs efforts des Tzi- 
ganes et de leurs humbles successeurs , les artisans producteurs 
de métaux de l’époque ne luttèrent pas avec toute l’énergie du dé- 
sespoir contre cet envahissement. Si, dans d’autres contrées, en 
France, par exemple, la lutte se prolongea davantage, que sont de- 
venus nos forgerons de l’édit de Nantes, que sont devenues ces 
modestes usines à fer qui, au commencement de ce siècle encore, 
couvraient tant de points du territoire français et de la Franche- 
Comté notamment? 

Si nous voulons emprunter un exemple à une industrie aussi voi- 
sine et plus récente encore, il nous sera fourni par la teinturerie 
lyonnaise. Il y a à peine une génération que la teinture des soies 
constituait, à Lyon, une opération encore à sa phase de métier. Elle 
s’y pratiquait, en effet, de temps immémorial, par un nombre con- 
sidérable d’ouvriers, autant artisans que patrons, puisqu’ils met- 
taient eux-mômes la main à la cuve, avec la coopération de très 
peu d’aides, apprentis pour la plupart. 

Lorsque, par l’assistance de la science et des capitaux, fut venue 
l’heure de l’essor de cette délicate opération, dont les règles, soi- 
gneusement cachées dans les arcanes du métier, ne se perpétuaient 
guère que par la tradition, comment y fut-il procédé? Fallut-il, 
comme pour l'agriculture, couvrir la ville d’associations protec- 
trices des teinturiers pendant deux siècles? Fallut-il que des lu- 
mières et des récompenses leur fussent prodiguées par des hommes 
des classes dites supérieures, se gardant bien de se commettre 
dans une lutte de concurrence avec eux? Non : il suffit du rapide 
et colossal succès financier d’un couple de grandes maisons puis- 
samment organisées , qui eurent bientôt défié toute concurrence 
des artisans. Et ceux-ci furent réduits à vendre leurs services à 
celles-là, à des conditions finalement plus favorables que celles 
qu’ils faisaient eux-mêmes à leurs ouvriers. 

Telle est, en substance et où résumé, l’histoire de celles de nos 
opérations pratiques qui ont déjà passé de la phase initiale du 
métier à celle d’art industriel. 


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Mais si, me dira-t-on, il est dans la nature des choses que l'agri* 
culture, contrairement à l’industrie proprement dite, ne puisse être 
exercée que par le paysan , pourquoi vouloir abandonner , envers 
ce dernier, un système d’instruction et d’encouragement que vous 
reconnaissez vous-môme lui avoir été finalement utile, ainsi qu’a 
la société? Le paysan se charge lui-même de répondre à cette déli- 
cate question, avec une éloquence que je ne saurais atteindre. Que 
signifie, en effets cette désertion des campagnes qui suscite tant 
de protestations aussi dithyrambiques qu’impuissantes ? Elle signi- 
fie que la suprême compensation de sa sauvage indépendance par 
la possession du sol, qui a fait accepter au paysan, pendant des 
sièclès, des conditions d’existence dont lui seul pouvait s’accom- 
moder, ne lui suffit plus aujourd’hui. Il veut être citoyen; et, 
comme tout autre citoyen, il consent à aliéner une partie de son 
indépendance matérielle pour certains de ces avantages de la vie 
sociale qu’il devait autrefois nier, en quelque sorte. 

C’est là une de ces grandes transformations périodiques qui 
s’imposent à certaines époques], en dépit de toutes les dénéga- 
tions aveugles ou intéressées. Les natures généreuses et intelli- 
gentes doivent si yoir en prendre leur parti. Bien fou serait celui 
qui supposerait q.ie les gigantesques efforts entrepris en faveur 
de la diffusion de l’instruction dans les campagnes pourront en- 
rayer cette irrésistible tendance, qu’ils ne peuvent, au contraire, 
que précipiter. Quant à ceux qui pourraient sincèrement croire que 
des mesures politiques propres à ralentir ces mouvements, un peu 
désordonnés parfois, des classes rurales et populaires vers une 
plus large participation à la vie sociale, pourraient avoir des avan- 
tages, je crois fermement que la seule réponse raisonnable à leur 
faire, c’est celle devenue si célèbre : « Il est trop tard. * 

D’après ce rapide exposé, le moment me semble irrévocable- 
ment arrivé pour toutes les personnes qui, en dehors de tout mo- 
bile intéressé, se sont associées par sympathie pour le progrès 
général aux encouragements officiels à l'agriculture de songer sé- 
rieusement à l’épuiseme#t des anciens moyens, fies moyens, je le 
répète, ont eu leur raison d’être; et ils étaient d’ailleurs les seuls 
appropriés à l’ensemble des conditions extérieures. Mais continuer 
à s’v restreindre étroitement, lorsque les circonstances sont aussi 


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pressantes, et lorsque la suppression des entraves, jusque-là op- 
posées à la liberté d’exposition, ouvre des voies tout-à-fait fécon- 
des à l’action des comices et autres associations analogues, ce se- 
rait, selon moi, faire preuve d’un véritable aveuglement. 

Continuer à croire ou à affecter de croire que tout sera dit, en 
faveur du progrès agricole, lorsqu’on aura primé quelques végé- 
taux ou animaux plus souvent monstrueux que vraiment réussis, 
ou ressassé quelque banalité insignifiante , c’est non-seulement 
s’exposer à un terrible et trop prompt réveil, mais encore justifier 
la défaveur croissante de l’opinion pour ces remèdes anodins. Son- 
geons que l’ironique qualification du Comie agricol ne date pas de 
hier, et que si elle a pu faire une certaine fortune sous l’empire de 
l’ancienne législation, cette terrible arme du ridicule deviendrait 
autrement meurtrière sous l’influence de la nouvelle. 

Je voudrais que ces appréciations, qu’on pourra juger inspirées 
par un pessimisme exagéré, le fussent réellement. Leur bien fondé 
n'apparaitra que trop aux personnes qui auront suivi avec quelque 
attention le mouvement d’un certain nombre de Sociétés agricoles 
et de leurs organes périodiques depuis trente ans. Soit sous l’in- 
fluence des déceptions politiques, soit sous celle d’une confiance 
trop grande en la puissance des capitaux et des méthodes scienti- 
fiques qui venaient de faire si brillamment leurs preuves dans l’in- 
dustrie, il y eut, à cette époque, un véritable mouvement d’enthou- 
siasme pour l’agriculture. Dans toute l’étendue des limites légales 
alors instituées, toutes les tribunes agricoles devinrent aussi ani- 
mées que les tribunes politiques se firent silencieuses. Cette agi- 
tation devait aboutir au libre échange. 

Parallèlement à cela, une impulsion jusqu’alors inouïe fut im- 
primée à la production rurale par le fait de circonstances que je ne 
saurais analyser ici. Quelle vie, quel mouvement régnèrent alors 
dans toute la sphère de l’activité agricole ! Il put sembler à bien 
des personnes que les jours de la rénovation de l’agriculture fus- 
sent arrivés. Combien ces illusions furent courtes et qu’en reste- 
t-il aujourd’hui ! Une foule de bulletins de Sociétés agricoles, qui ne 
pouvaient alors suffire à enregistrer et notifier les résultats de 
l’exubérante activité de leurs sociétaires, en sont aujourd’hui ré- 
duits à remplir leurs colonnes à cou^s de ciseaux. Cette triste con- 


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dition, je ne crains pas de le dire, est devenue à peu près géné- 
rale. Qui oserait affirmer qu’elle ne se soit pas aussi un peu im- 
posée à l’organe 1 de notre Société ! Si elle y a réagi un peu moins 
défavorablement })eut-être que sur^ d’autres organes de Sociétés 
exclusivement agricoles, je crois en trouver la cause précisément 
dans une plus grande multiplicité d’attributions propres à notre 
Société. 

Si nous jetons, en effets les yeux sur d’autres Sociétés dans le 
programme desquelles l’agriculture n’occupe qu’une place nulle 
ou plus subordonnée, on n’y constate plus ce ralentissement dans 
leur activité. Le récent avènement d’un régime de la presse enfin 
libérale semble même avoir imprimé à plusieurs d’entre elles une 
vie toute nouvelle, alors que les Sociétés agricoles qu’une longue 
habitude cloue dans la vieille ornière s’y traînent péniblement. 

C’est d’après cet ensemble de vues et de réflexions que je crois 
justes, que j’ai osé concevoir pour la Société d’agriculture, scien- 
ces et arts de Poligny de nouvelles destinées dignes de son glo- 
rieux passé. Son programme est assez large, son titre assez élas- 
tique pour lui permettre, sous le régime de la nouvelle législation, 
l’accès à toutes les questions intéressantes et utiles. Rien ne lui 
interdit plus de réaliser largement le vœu suprême d’Horacé, en 
mêlant à l’avantage mutuel de tous, le « utile dulci. * 

Aucun de nous ne peut plus sérieusement penser que la régé- 
nération du monde tienne à la difficile appréciation de ces infimes 
détails techniques dont la rémunération hasardeuse tend toujours 
plus à diviser qu’à réunir. On gaspille, en effet dans cette voie un 
temps précieux et des ressources qu’il importe de ménager, pour 
faire, en définitive, plus de jaloux et de mécontents que de satis- 
faits. 

On se heurte, en outre, dans cette voie étroite et difficile, à cer- 
taines [difficultés matérielles qui tendent à écarter de la direction 
ou de l’administration de modestes associations de la nature de la 
nôtre des personnes susceptibles d’y rendre de très notables ser- 
vices. Je veux parler de la part des fonds que l’Etat les charge de 
distribuer en primes, récompenses et encouragements à l’agricul- 
ture. La justification détaillée de l’emploi de ces fonds entraîne 
une complication de notes et d’écritures tout-à-fait disproportion- 


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— 345 


néè avec îa si faible rétribution que ces Sociétés peuvent affetater à 
I’exercicè de cette fonction d’enregistrement. Il en résulte que, 
faute de disponibilité suffisante, ces fonctionnaires restent cons- 
tamment exposés à avoir à couvrir de leurs deniers des déficits 
difficilement évitables dans un travail si mai -divisé. Les Sociétés 
qui n’ont, par leur nature , à se préoccuper que des deux seuls 
comptes de caisse et impression sont, à cet égard, dans do bien 
meilleures conditions. 

Je concevrais donc que notre Société fit désormais de son Bulle- 
tin l’instrument essentiel et principal do son action bienfaisante sur 
ses propres membres et sur le milieu local. Ce Bulletin serait une 
tribune où chacun exposerait librement , sous les conditions de 
convenance et de courtoisie que n’enfreignent jamais les personnes 
bien élevées, ce qu’il jugerait convenable et avantageux de* porter 
à la connaissance de ses concitoyens. 

C’est essentiellement dans une voie analogue quo la Société des 
sciences de Poligny, dans la si faible sphère d’action où elle a du 
jusqu’ici s’enfermer, s’est acquis ses principaux titres de gloire et 
de reconnaissance. N’est-ce pas à elle, en effet, que l’on doit la créa- 
tion du remarquable musée de Poligny, et partant» la conservation 
des trésors minéralogiques, géologiques, botaniques, palpontolo- 
giques, archéologiques, trésors tous essentiellement locaux, qu’il 
renferme ? N’est-ce pas à elle que la ville de Poligny doit aussi la 
notoriété et l’illustration, devenues enfin lapidaires, de son émi- 
nent historien Chevalier? Que de douces at salutaires émotions les 
lecteurs du Bulletin n’ont-ils pas dues à tant de suaves pt gracieu- 
ses poésies insérées dans ses colonnes? D’érudits archivistes ne 
nous ont-ils pas restitué de bien curieux fragments de l’histoire 
de notre vieille province, qui, sans la vulgarisation du Bulletin, r se 
fussent perdus dans la poussière des rayons ? 

Et, tout récemment encore, n’est-ce pas à l’organe dp notre So- 
ciété quo le Jura ddvra de posséder -cette remarquable monogra- 
phie des champignons comestibles et vénéneux propres à cette ré- 
gion, que vient d’achever le savant mycologue, M. Patouillard ? Si 
notre Société se fut cru le droit d’aider plus puissamment à cette 
utile publication impossible sansiclle, on eût pu, tout en en abais- 
sant lo prix, l’enrichir d’un plus grand nombre de ces belles plan- 


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— 846 


ohes dessinées par l’auteur lui-même, sur le vif. Où trouver plu6 
de conscience unie à tant de compétence sur ce délicat ét utile 
sujet? 

Et cependant, tant de précieux précédents, qui persisteront alors 
que toute trace d’influence de tant de primes données aura disparu, 
ne sont vraiment rien en comparaison de tout ce que permet d’es- 
pérer et d’accomplir le nouveau régime de la presse. Ce ne sont 
plus quelques rares sujets, légalement isolés de leur influence so- 
ciale, qui deviennent accessibles à une vivifiante discussion; c’est 
le droit reconnu à toutes méditations utiles de se produire libre- 
ment. Je dis méditations utiles) car l’indifférence publique fera 
bien vite justice de celles purement oiseuses ou repoussantes. 

Mais, dira-t-on, cette libre discussion ne risquera-t-elle pas de 
diviser au lieu de réunir, en blessant les opinions si diverses et si 
opposées qui se partagent encore l’empire des esprits ? Je répon- 
drai qu’il serait par trop outrageant pour notre espèce de prétendre 
qu’il soit impossible d’obtenir d’elle aucun concours sympathique 
en dehors de la ridicule donnée d’une croyance, bien plus simulée 
que réelle, à une importance vraiment dégradante accordée à d’in- 
fimes et grossiers détails d’activité toute matérielle. J’ose, je l’a- 
voue, espérer bien mieux des esprits élevés et des cœurs généreux 
aux quels j’adresse ce sursum corda ! 11 existe dans cette noble 
contrée, à qui j’ai demandé l'hospitalité, autant et plus que dans 
bien d’autres lieux, des esprits observateurs et méditatifs, des na- 
tures sympathiques à qui pèse lourdement l’isolement de l’é- 
goïsme, qui laissent s’atrophier dans cet isolement de précieuses 
facultés, bien plus pardéfaut de contacts pour.un noble but d’activité 
que par véritable apathie. 

C’est à ceux-là que je m’adresse et à qui je dis : Groupons-nous, 
réunissons nos efforts en vue de la manifestation du beau, du vrai 
et du bon. Maintenons, au prix d’un minime sacrifice annuel, 
source de nobles jouissances, accessibles à tous sans privation 
pour aucun, notre précieux Bulletin fondé par de hardis et géné- 
reux pionniers, dans des temps difficiles. Ce qu’il a déjà accompli 
de bien répond de ce qu’ij fera dans des conditions infiniment plus 
r °t plus pressantes. Qu’il devienne une précieuse tribune 

chacun de communiquer à tous ses travaux et obser- 


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— 847 — 


vations utiles, ses méditations fécondes, ses aspirations progres- 
sives, ses rêveries gracieuses, ses idéalisations consolantes, ses 
propositions bienfaisantes. Cette émulation pour le bien profitera 
à tous et détournera chacun de cet effacement intellectuel, de cet 
abandon de soi-même, fruit trop commun de ces distractions gros- 
sières auxquelles poussent l’iteolement et le manque de but social. 

A. Hadery. 




NOTICE 

Sur le Musée de la ville de Poligny 

0 Suite et fin.) I 

De remplacement de la gare, la commission so dirigea vers le 
sud. Après avoir traversé la route de Lyon, elle entra dans les 
tranchées pratiquées aux abords de la forêt de Vaivre, et à envi- 
ron un kilomètre de là, à l’entrée du bois de la Chassaigne, elle 
rencontra les marnes blanchâtres de l’étage supérieur du Keuper 
que recouvrent immédiatement les assises de l’infrà-lias. 

t Ces assises, faiblement inclinées vers le sud, et successive- 
ment coupées par la tranchée , offrent ainsi le moyen de constater 
visiblement la superposition. 

« C’est dans les marnos blanchâtres de cette tranchée qu’ont été 
recueillis les nombreux ossements des grands Sauriens conservés 
à l’hôtel-de-ville de Poligny. Ces ossements ont été rencontrés 
par groupes épars dans un espace offrant de 50 à 60 ares de super- 
ficie, et à 5 à 6 mètres de profondeur. La couche qui les contient 
a environ 6 mètres de puissance; elle est séparée des assises infé- 
rieures de l’Infrà-Lias par une autre couche de marne blanchâtre 
aussi, mais sans fossiles, ayant 5 à 6 mètres de puissance. Aux 
abords des groupes d’ossements, la roche prend souvent un 


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— SM8 — 


nuance verdâtre (1), tandis que, à di&tanoe, elle demeure blan« 
châtre ou devient violacée et dure. 

« Il est à remarquer que les groupes d’ossements exploités ne 
contenaient chacun qu’une parti.o du squelette, et que la totalité 
des débris recueillis appartient au moins à quatre ou cinq individus 
distincts. 

« La teinte pâle de la couche supérieure des marnes à Dimôdo- 
saurus tranche tellement avec la teinte sombre et enfumée des 
assises inférieures de l’Infrà-Lias (pie malgré la concordance sen- 
sible de la stratification, il est impossible de confondre les deux 
terrains. Dii reste, l’identité de l’Infrà-Lias est ici démontrée par 
la succession d’assises gréseuses avec dents et écailles de poisson, 
absentes dans les marnes blanchâtres, de calcaires cloisonnés do- 
lomi tiques appelés car gueules, d'un bone-bed avec fragments de 
gros ossements, et enfin, par la présence de Vacieula contbrta. 
Les superpositions, qui sont très visibles et nettement accusées, 
ne laissent aucun doute sur l’âge relatif des ossements dont la dé- 
couverte offre dès lors un très grand intérêt, et, ce qui ajoute en- 
core à son importance, c’est la quantité et surtout la nature des 
pièces recueillies; car, malgré leur fragilité et les déformations 
inévitables qu’elles ont subies, il est hors de doute qu’elles sont 
assez bien caractérisées pour que leur rapprochement et leur com- 
paraison, soit entre elles, soit avec celles qui constituent le sque- 
lette des Sauriens Connus, aident puissamment, si toutefois elles 
ne suffisent pas, à la restauration du squelette de ce nouveau sau- 
rien-ct à la déterminatiou de l’espèce. 


(I) Voici une analyse de ees marnes, par M. Pidancet : 

Groupe de Marnes à Dtmûdosaurus. 

Marnes subschistoîdes d’un vert foncé, alternant avec des calcaires marneux et déposées 
probablement par voie mécanique, renfermant presque exclusivement le Dimôdos&urus Poli- 


gniensis. 

Prise 10 grammes. 

Chauffée à 100°; couleur d’un gris verdâtre; poids 9 gr. 7; soit eau Ogr. 3 

Les 9 gr. 7 attaqués par l’acide chlorhydrique ont donné une faible effervescence; 

le résidu lavé, insoluble, pèse S 0 

Partie soluble (calcaire) i 7 

Total égal . . . . IOgr.0 


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« Voici quelques détails donnés par MM. Pidancet.et Chopard, 
qui ont fait la récolte de ces nombreux débris, sur la manière dont 
ceux-ci ont été trouvés et recueillis. Nous avons pensé qu’en des 
publiant, ces détails pourraient peut-être intéresser ceux de nos 
lecteurs que des travaux de terrassements, des exploitations de 
carrières ou de mines , ou même de simples travaux de culture , 
mettraient dans l’heureuse position de venir en aide à la science 
en conservant avec tout le soin qu’ils méritent les restes d’animaux 
ou de végétaux qu’ils pourraient rencontrer. 

« De bonne heure,, les ouvriers occupés à ouvrir la tranchée par 
son extrémité à N.-E., trouvèrent des fragments d’os, qu’à raison 
de leur couleur noire et de leur compacité ils prirent d’abord pour 
de la houille. Plusieurs en emportèrent dans leur pension et es- 
sayèrent en vain de les brûler. Après des essais infructueux, ils 
ne tirent plus attention à ce qu’ils rencontraient et jetèrent tout 
pêle-mêle dans les remblais. Dire combien de pièces, peut-être 
splendides, nous ont été ainsi enlevées, serait une chose impos- 
sible! Enfin, quelques fragments cuboïdes, d’un noir profond, 
tranchant sur la couleur pâle et verdâtre des marnes, ayant au jour 
éveillé notre attention, nous eûmes bientôt reconnu à quelques 
surfaces contournées et polies de ces fragments, que nous avions 
sous la main de véritables ossements dont la dimension nous parut 
de suite devoir être plus qu’ordinaire. 

Cependant la réputation de pauvreté dont jouissaient les marnes 
irisées au point de vue paléontologique, qui nous avait fait douter 
d’abord, stimula ensuite notre attention, et nous commençâmes des 
recherches qui no tardèrent pas à être couronnées de succès. En 
effet, nous découvrîmes sur plusieurs points de petits groupes 
d’ossements qui nous parurent, dans l’état où se trouvaient les tra- 
vaux de la tranchée, devoir appartenir à un seul squelette dont la 
longueur, dès lors, devait être considérable. 

« Mais à mesure que nos découvertes marchaient, nos idées pre- 
naient de la consistance et se précisaient de telle sorte qu’aujour- 
d’hui, bien que l’inventaire de nos richesses ne soit pas encore 
complet, nous savons que nous possédons des débris de plusieurs 
individus distincts, mais appartenant tçus au genre mégalosaure. 

c Cependant, comme il ne nous a pas été possible de mettre la 


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— 350 — 


main sur un squelette à peu près complet, nous croyons qu’il se- 
rait prématuré d’assigner une longueur quelconque à l’animal res- 
tauré, et nous laissons à de plus heureux que nous le soin de fixer 
ses dimensions. 

« Les ossements que nous rencontrions généralement compactes 
à l’extérieur, assez durs en apparence, étaient néanmoins très fis- 
siles et se délitaient en petits fragments cuboïdes ou tombaient en 
poussière sous l’influence de l’air, de sorte que ce n’est qu’avec 
de grandes précautions que nous avons pu les isoler. 

« Au nombre des précautions prises pour consolider les pièces, 
nous avons en première ligne fait usage de la colle de Flandre, ou 
colle forte, que nous avions toujours sous notre main, sur un petit 
réchaud; et, dès que les ouvriers avaient signalé quelques traces 
d’ossements, nous nous emparions de la place pour continuer nous- 
mêmes les fouilles avec toutes les précautions voulues et munis 
d’outils spéciaux; puis, au fur et à mesure que nous venions à 
bout de mettre à découvert une partie d’os, vite, et avant que le 
contact de l’air ne l’ait fendillé, nous lui rendions de la gélatine et 
en même temps de la consistance par l’application de la colle. — 
Ce procédé, qui nous a suffi pour les pièces de faible dimension, 
ne nous aurait pas permis seul d’isoler les groupes d’ossements 
importants qui , la plupart du temps, étaient enchevêtrés les uns 
dans les autres. Quant à ces groupes, après les avoir isolés au 
moyen d’une tranchée de circonvallation pratiquée dans les marnes, 
nous enlevions le bloc entier, et, après l’avoir placé sur un bran- 
card, avec de^grands soins, nous le transportions à bras d’hommes 
dans notre domicile; c’est là que nous avons pu, à l’abri, à loisir 
et en sûreté , dégager les surfaces osseuses de la marne qui y 
adhérait plus ou moins fortement , et conserver ainsi plusieurs 
pièces délicates qui eussent été, sans cela, inévitablement per- 
dues. » 

M. Chopart donne ensuite de nombreux et très circonstanciés 
détails sur la forme et les dimensions des divers débris de ces 
dimodosaures. 

Le croquis ci-joint représente l’aspect général du pied gauche 
et permet de reconnaître que le nombre de phalanges dans chaque 
doigt suit la proportion qui caractérise l’ordre des sauriens, et que 


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— 861 — 


DIMODOSAURUS POLIGNIENSIS 


(Pied de derrière gauche. — 1/5) 





— 352 — 


la grosseur des phalanges onguéales est en raison inverse du 
nombre de.cps os qui entrent dans la composition du doigt. La 
phalange onguéale du gros ofleil est la plus forte; elle est aussi 
plus arquée que lqs autres. 

Continuant à transcrire ce qui a principalement trait à la décou- 
verte de ces nombreux ossements fossiles, voici ce qu’on trouve 
dans ledit rapport 

« Avant de quitter la tranchée, quelques indications sont don- 
nées relativement à l’emplacement qu'occupait chaque groupe 
d’ossement; puis la réunion, continuant sa marche, se dirige vers 
Saint-Lothain en traversant de bas en haut la série dés couches de 
l’Infrà-Lias, ces couches qui, comme nous l’avons vu, sont faible- 
ment inclinées au Sud, disparaissent sous des olluvions modernes 
aux prés dits de Pussy, et sont surmontées au petit escarpement 
de la Côlette, par le calcaire à griphées arquées, offrant ici environ 
12 mètres de puissance; enfin on arrive à une tranchée ouverte 
au-devant du village de Saint-Lothain. 

« Dès les premiers pas que l’on fait dans cette tranchée, on foule 
de nouveau les calcaires gréseux de l’Infrà-Lias, ici en stratifica- 
tion horizontale ; puis tout-à-coup ces calcaires disparaissent, et 
contre leur tranche vient s’appuyer une série de dépôts modernes 
que nous allons très sommairement décrire. 

«Adossé d’une part contre l’abrupte infrà-liasique, et, d’autre 
part, contre un redressement du calcaire à gryphées arquées, se 
trouve un amas de boues mêlé de blocs métriques et de graviers 
polis et striés tout-à-fait identique, comme composition, à la mo- 
raine traversée par le chemin de fer dans la forêt de Vaivre. 

« Sur cetje moraine repose une vase de couleur cendrée, noi- 
râtre , empâtant un sable formé de grains de quartz et de calcaire. 

Dans cette vase on rencontre de nombreuses coquilles bivalves 
ayant encore conservé leur épiderme. Ces coquilles sont très voi- 
sines de la Cyelas Vivicola. Des mammifères, tels que VElephas 
primigenius , le Bos priscus , le Rhinocéros et plusieurs espèces 
du genre Cerf , ont laissé là des débris de leur charpente osseuse, 
des défenses, des dents et des bois. 

« Les pièces principales de ces débris sont conservées au musée 
de Poligny; on remarque surtout une défense de 3 mètres de lon- 


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— 353 - 


gueur, plusieurs molaires, une omoplate, un humérus et une ver- 
tèbre cervicale d’éléphant très bien conservés. 

« Sur ce dépôt vaseux se trouve une couche de limon tourbeux 
d’un noir profond , taché sur quelques points par du phosphate de 
fer d’un beau bleu et renfermant de nombreuses coquilles lacus- 
tres, parmi lesquelles la lymnœa palustris, identique aux indivi- 
dus qui vivent encore dans la contrée, est de beaucoup la plus fré- 
quente. On y remarque aussi quelques coquilles terrestres appar- 
tenant au genre Hélix. 

« Enfin, la tourbe est recouverte elle-même par une argile ferru- 
gineuse et manganésifère avec veines blanchâtres, qui n’est pas 
autre chose que le limon jaune ou la terre à étangs de la Bresse, 
lequel s’est introduit sur un grand nombre de points de notre ré- 
gion, en passant entre les buttes qui, vers le Nord, la séparent de 
la plaine de ce nom. Le sol végétal repose sur cette argile. 

« L’ordre de superposition des diverses couches qui viennent 
d’être décrites est ici tellement visible, que la Commission rcc-on- v 
naît sans la moindre hésitation que dans cette région des élé- 
phants, des rhinocéros, des bœufs de grande taille et des cerfs, ont 
dû vivre très peu de temps après la disparition des glaciers, puis- 
que les restes do ces animaux se trouvent immédiatement super- 
posés aux moraines glaciaires. 

* Afin de visiter quelques ossements recueillis depuis peu dans 
la tranchée ci-devant décrite, et notamment des molaires et des 
fragments de défenses d’éléphant, la commission se rend chez 
MM. Charles et Edmond Sauria, de Saint-Lothain, tous deux mem- 
bres de la Société d’agriculture, sciences et arts de la ville de 
Poligny; là, une cordiale hospitalité lui est offerte, et elle profite 
du local mis gracieusement à sa disposition pour résumer les faits 
observés pendant son excursion » (1). 

La description de cette longue pérégrination à travers des ter- 
rains nouvellement mis au jour est close par un catalogue dqtaillé 
des pièces conservées au musée de Poligny. 


(1) Il convient de payer ici le tribut de la reconnaissance à M. Chevassu, alors maire de 
Poligny, qui a obtenu du ministre que ces ossements, qui devaient être envoyés au musée de 
l’école des mines, soient conservés par la ville de Poligny; à MM. les ingénieurs de la C‘« et 
aux entrepreneurs eux-mêmes, qui tous ont facilité notre travail ot contribué aux dépenses 
qu'il a occasionnées. 

23 


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— 354 — 


Dans la vitrine placée au milieu de la salle et symétriquement 
avec celle du Dimodosaurus, sont les reptiles exotiques ou du Jura; 
chéloniens (tortues), sauriens (lézards), ophidiens (serpents), et 
aussi les batraciens (grenouilles, crapauds), et quelques poissons. 

Ces différents animaux sont en grande partie renfermés dans des 
bocaux remplis d’alcool pour en assurer la conservation. Ils sont 
dus à d’obligeants envois du muséum d’histoire naturelle de Paris 
et aussi aux dons faits par plusieurs personnes bienveillantes, 
telles que MM. le colonel Grillet, H. Gagneur, Claude Blondeau, etc. 

Une collection de coquilles marines vivantes, due à l’obligeance 
de MM.W1. Gagneur député, Blondeau, officier de marine, Husson, 
ancien notaire à Alger, etc., et de coquilles ayant appartenu au 
terrain tertiaire de Paris, données par M. Charles Sauria, méde- 
cin, agronome, complètent les deux <*6tés latéraux de cette vitrine. 

Dans la meme salle, à droite, le long du mur, se trouvent, ran- 
gées sur des rayonnages, de nombreuses boites de formes sem- 
blables et renfermant beaucoup de plantes bien conservées appar- 
tenant à la flore du Jura, en particulier, et à celle de France et 
d’Algérie. 

Ces différents herbiers sont dus aux recherches de MM. Pidancet, 
Sauria, Brun, ancien professeur, J. Léon, pharmacien, et surtout 
à celles de M. Auger de Lassus , ancien receveur particulier à 
Poligny. 

A gauche de la porte sont réunis divers objets de curiosité. 

Des armes anciennes : haches en silex, en pierre polie, en bronze ; 
un fragment d’épée en bronze , trouvé à Montigny-les-Arsures ; 
une hache en bronze, trouvée à Clucyprès Salins; des haches en 
pierre polie, trouvées aux environs de Saint-Lothain; une figurine 
archaïque en bronze (Apollon couronné), trouvée à Villersfarlay. 

Des armes modernes, provenant des pays non civilisés : arcs, 
flèches, casse-tête, etc., données par MM. Vincent, de Taïti, M. 
Gauthier, de Poligny. 

Des armes à feu, données par M. Capitan, etc. 

Des médailles gauloises et romaines, dues en partie à l’obli- 
geance de M. Chevassu, ancien maire, et provenant des anciennes 
salines de Grozon. 


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— 355 — 


Des médailles et monnaies modernes, dons de M. le capitaine 
Gruct, M. Pcrroux, etc. 

De la poterie romaine du musée Gampana, envoyée par l’Etat. 
De la poterie kabyle, adressée d’Afrique par M. le D r Bertherand. 

Des vases romains de différents modèles, dons de M. Vionnet, 
de Grozon, et de M. le commandant Outhier. 

Un magnifique spécimen de frégate avec tous ses agrès, offert 
par M. Claude Blondeau, officier d’artillerie et fils de M. Eugène 
Blondeau, l’un des donataires déjà cités. 

Un poisson fossile, renfermé dans une géode, heureusement 
partagée en deux parties offrant une double empreinte et trouvée 
dans les marnes du Lias, près Miéry. 

Et divers objets d’habiHement et d’ornement de pays étrangers. 

De l’autre côté, en face, une série de vitrines contient une belle 
collection d’oiseaux exotiques, de passage ou sédentaires, repré- 
sentant incomplètement, il est vrai, les différents ordres : Rapaces, 
passereaux, grimpeurs, gallinacés, échassiers, palmipèdes. Cet 
ensemble d’oiseaux provient en majeure partie d’un don fait par 
M. Gillard, ancien chef de musique. 

Dans la seconde salle, sur tout un côté garni de gradins, sont 
étagés les échantillons de roches intéressant spécialement la géo- 
logie du Jura, dus aux recherches actives de M. J. Pidancet. 

Au centre, sur une immense table, sont rangés, d’un côté, les 
fossiles du Jura et du Doubs : Télemnitcs, ammonites, gryphées, 
térébratoles, polypiers, etc., collectionnés en majeure partie par 
M. J. Pidancet, M. le professeur Henry, etc. 

De l’autre, de nombreux échantillons de minéralogie envoyés 
par le muséum de Paris, ou donnés par M. Chevassu, ancien maire, 
M. Charles Sauria, MM. Ledieu., etc. 

Il est regrettable que ces fossiles et divers échantillons de roches 
ne soient pas mis à l’abri de la poussière par un vitrage. 

Au-dessus de cette table, au centre, sont appendus des cadres 
conlenant une belle collection de libellules préparées par MM. Pi- 
dancet frères, et d’autres cadres d’insectes de provenances diver- 
ses, des papillons offerts par M. R. de Moréal, etc. 


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— 356 — 


Au fond, dans quatre grandes vitrines, la collection presque 
complète des mollusques terrestres et d’eau douce du Jura et de 
la Comté, due en majeure partie aux soins de M. Pidancet et aussi 
de MM. Charpy et Sauria, termine, avec quelques animaux : cerf, 
biche, loutre, blaireau, etc., la série des objets intéressant l’his- 
toire naturelle. 

Près de six cents flacons, sortant de la maison Andrieux, de 
Paris, et contenant des échantillons de graines fourragères, des 
céréales et des légumineuses, sont placés de chaque côté de cette 
grande table du centre, sur des étagères en pyramide. 

Le musée possède en outre des statuettes et des statues. 

On remarque, parmi ces dernières, la belle statue en marbre 
blanc d’Italie, de M. Chambard, de Saint-Amour : Or este pour- 
suivi par les Furies. Un groupe dû au ciseau habile de M. Max 
Claudet : Satyre et Faune , et dont l’auteur a bien voulu faire pré- 
sent au musée. 

Et d’autres statues et statuettes données par l’Etat et par MM. 
Vite, Bellaigue, etc. 

Les murs de cette salle sont garnis déjà en partie de tableaux de 
prix, les uns donnés par l’Etat, les autres par MM. Charles Blon- 
deau, capitaine d’infanterie, le peintre Mouchot, de Poligny, etc. 

En somme, le musée de Poligny, situé au deuxième étage de 
l’hôtel-de-ville, offre déjà dans ses vastes salles parfaitement 
éclairées, un grand attrait aux personnes désireuses de s’instruire 
en voyant; aussi, les visiteurs profitent-ils de leur après-dinée du 
dimanche pour venir y passer quelques instants d’une manière 
utile et agréable. 

On doit donc remercier bien vivement tous les donateurs, dont 
il serait trop long de citer ici les noms : MM. les maires et MM. les 
membres des divers conseils municipaux qui se sont succédés de- 
puis la fondation du musée, et la ville de Poligny tout entière pour 
les sacrifices faits en vue de rendre de plus en plus intéressante 
et profitable la visite de l’établissement ainsi ouvert au public. 

Il ne sera peut-être pas inutile de rappeler que le musée de Po- 
ligny se fait un devoir, comme toutes les institutions analogues, 


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d’inscrire soigneusement les noms des donateurs sur chacun des 
objets qui lui sont offerts. Il résulte de là qu’il ajoute à ses autres 
avantages celui de transmettre aux nouvelles générations le sou- 
venir de toute personne qui aura pris à cœur l’instruction et le per- 
fectionnement de ses contemporains. 

Edmond SAURIA. 


Séance générale du 13 novembre 1882. 

La séance est ouverte à une heure et demie, par M. Charles 
Sauria, Président* 

M. Sauria remercie ses collègues de l’honneur qu’ils avaient bien 
voulu lui faire en le plaçant à la tête de l’honorable compagnie qu’il 
a été fier de présider depuis plusieurs années; et les prie instam- 
ment de vouloir bien lui choisir un successeur. 

Il est immédiatement procédé au vote pour le renouvellement 
du bureau. Le vote a lieu au moyen de bulletins secrets. Le dé- 
pouillement de ces bulletins donne le résultat suivant : 

Président , MM. Auguste Hadery, ingénieur. 

Vice- P résident s > Antoine Faton, propriétaire, 

et Patouillard, pharmacien. 
Secrétaire général , trésorier , Edmond Sauria, conservateur 

du musée et de la bibliothè- 
que de Poligny. 

Archiviste , Salin, Alphée, professeur. 

La séance est levée à deux heures et demie. 



— 858 — 


i 


LE GÉNÉRAL MALET 

II a été dit : « La France est assez riche pour payer sa gloire. » 

Il y aurait peut-être une certaine imprudence à demander que le 
Jura payât aussi la sienne, tant il a fourni d’hommes utiles à la 
patrie. 

Chaque [gouvernement élève des statues à scs serviteurs les 
plus dévoués; l’empire a largement doté le Jura des siens, la Ré- 
publique s’est déjà souvenue de son soldat poète; elle n’oubliera 
pas non plus notre brave compatriote, le grand citoyen qui lui a 
donné son sang et sa vie; celui qui a dit, percé par les balles de 
Bonaparte : « Je tombe, mais je ne suis pas le dernier des Ro- 
mains! » Nous avons nommé le général Malet. 

Il savait que ce sacrifice si héroïquement accompli par lui ne 
serait pas perdu, et qu’il aurait de nombreux imitateurs. Tous les 
républicains, il est vrai, n’ont pas eu le triste honneur de mourir 
pour la République, mais tous, à des degrés divers, ont dû, pour 
soutenir leurs convictions, sacrifier : paix, tranquillité, fortune, 
honneur. 

Ecoutons ce que dit Rougebief, du général Malet : c En 1812, 
il existait à Paris un vieux républicain que le gouvernement im- 
périal gardait depuis quatre ans au fond d’un cachot : c’était un 
homme au caractère audacieux, à la volonté forte, à l’âme ardente 
« que la nature, dit Ch. Nodier, avait formé pour troubler le som- 
meil des tyrans. Elle avait dit : Conspire, c’est, ta vocation, et il 
conspirait comme on existe, comme on respire Toutes les facultés 
de son organisation étaient à l’unisson de cette volonté dominante : 
une fermeté inflexible, une pcrtinacité infatigable, une trempe de 
courage à l’épreuve des persécutions et des tortures, une force 
physique à rompre du fer. x> Cet homme, jeté dans le moule des 
Rienzi et des Procidia était le général Malet, né à Dole en 1751, 
d’une famille' noble, et parti capitaine de volontaires, lors de la 
formntion'des bataillons du Jura. » 

L’histoire de Malet est assez connue pour que nous n’entrepre- 
nions pas de la refaire ici, mais ce que nous ne saurions trop haut 
cl trop fréquemment répéter, c’est comment ce grand patriote 


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faillit, par un coup d’audace renverser l'Empire et rétablir la Répu- 
blique, sans compromettre personne et en n’exposant que sa tête. 

A l’interrogatoire , le Président de la commission militaire lui 
ayant demandé : « Quels sont vos complices? » Malet répondit : 
t Vous tout le premier si j’avais réussi. >> Le mot, dit-on, fît pâlir 
plus d’un visage. — Qu’avez-vous à dire pour votre défense? — 
Pour ma défense, répondit-il d’une voix sonore, un homme qui 
s’est constitué le vengeur des droits de son pays n’a pas besoin 
de défense : il triomphe ou il meurt (1) ! » 

Après avoir entendu le jugement qui le condamnait à la mort : 
< Citoyens, s’écria-t-il, souvenez-vous du 23 octobre. Vive la 
liberté! » 

L’Empire, qui n’y regardait pas de si près, sacrifia, avec Malet, 
treize hommes qui n’étaient coupables que d’avoir cru à la mort de 
l’Empereur. 

Dans la plaine de Grenelle, le 29 octobre, on rangea les quatorze 
condamnés, en face du double peloton qui faisait le triste office de 
bourreau. Malet demanda à commander lui-même le feu, et, d’une 
voix bien accentuée : « Soldats, dit-il, attention à mon commande- 
ment! — Portez armes! — Il n’y a pas d’ensemble, recommencez 
ce mouvement et tâchez de faire honneur à ceux qui vous ont 
montré l’exercice. — Portez armes! apprêtez armes! — Bien. — 
En joue! — Feu! — Vive l’Empereur! cria un des condamnés en 
tombant. — Ton Empereur, répondit une voix, il est comme toi, 
il est blessé à mort ! » C’était la voix prophétique de Malet. On 
dut achever, à coups de baïonnettes, l’héroïque supplicié qui fit 
encore entendre les mémorables paroles que nous avons rappelées 
en commençant : « Je tombe, mais je ne suis pas le dernier des 
Romains! » 

La famille du général Malet paraît complètement éteinte. 

Le fils de l’homme auquel Malet écrivait : « Non, tu ne peux 
penser, mon cher Sauria, que l’amitié fut chez moi un vain mot et 
surtout celle que je t’ai vouée; elle est sincère, véritable, et ton 
caractère, tes vertus doivent t’être un sur garant qu’elle ne finira 

li Histoire de la Franche-Comté , par Rougebief, p. 666. 


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- 860 — 

pas et que j’aurai toujours grand plaisir à t’en donner des assu- 
rances » (1). 

Ce flis de l’ami de Malet a regardé comme un devoir de rappeler 
la mémoire d’un homme dont il a tant entendu parler dans son en- 
fance, et dont il possède de précieux souvenirs. Il conserve aussi 
religieusement, de nombreux témoignages de sympathies bien 
flatteuses pour sa famille, de la digne femme à laquelle le général 
Malet avait, en la ravissant au oloître, associé sa vie d’une façon 
si chevaleresque (2). 

Le grand philosophe Auguste Comte, dans les derniers cours 
qu’il fit à Paris, au palais cardinal, a dit publiquement, en faisant 
l’éloge du général Malet : qu’il faudrait enlever le corps de Bona- 
parte des invalides pour le rapporter à Sainte-Hélène et le rem- 
placer dans son tombeau actuel par le général qui, seul, avait failli 
le renverser et mettre fin à sa tvrannie. 

SAURLA. 


NÉCROLOGIE 

RENÉ MOREL 

Nous venons de perdre un digne collègue qui appartenait à la 
ville de Poligny par son éducation première , et au département 
par une estimable famille bien connue pour ses opinions libérales. 

(1) Pièces et documents historiques extraits de la correspondance et des 
papiers de Jean-Charles Sauria , général de brigade, administrateur du 
département, etc., brochure in-8°, 1879. 

(2) Malet, alors jeune officier, passait à Arbois avec sou détachement. 
Ayant remarqué un rassemblement devant le couvent des Ursulincs, où 
siège actuellement le tribunal, il en demanda la cause. On lui apprit que 
M Ile de Balay prenait le voile, mais bien contre son gré. Malet assista à la 
cérémonie, puis se présenta comme parent de la novice, et proposa à 
M ,l ° de Balay de l’épouser, ce qui eut lieu. 


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— 86i — 


M. René Morel, mort à l’âge de 70 ans, était né à Arinthod. Son 
père, ancien militaire, était un des hommes les plus influents du 
grand parti libéral qui disputait alors au parti royaliste le gouver- 
nement de la France. Aussi, dès leur rentrée en France, les Bour- 
bons qui déportaient, fusillaient, destituaient, torturaient de mille 
manières les bons patriotes, les vrais français, emprisonnèrent-ils, 
à Lons-le-Saunier, M. Morel père, avec son flls aîné, M. Gustave 
Morel, qui, depuis, présida longtemps le Conseil général du dépar- 
tement du Jura. 

M. René Morel a donc appartenu, ainsi que nous-mème, à cette 
époque dont M. le Président Brisson vient de faire l’éloge, en par- 
lant de Louis Blanc. 

« Les souvenirs de cette brillante carrière, a-t-il dit, annoblie 
par la conviction, justifiée parle travail, nous reporte à plus d’un 
demi-siècle. La génération de cette époque reçoit parfois de ses 
successeurs le titre d’héroïque, moins, peut-être à cause des ba- 
tailles qu’elle a livrées et dont elle nous a dispensé qu’à raison de 
ce trait particulier; des mobiles de l’ordre purement moral et intel- 
lectuel la remuaient jusque dans scs profondeurs et lui arrachaient 
des accents d’une intensité peu commune. 

« Ses passions même et son langage, tout en elle so ressentait 
de la hauteur habituelle de sa pensée. Tout emportés d’ailleurs par 
l’action que fussent les hommes de ce temps, ils nous laissent des 
travaux qui nous effraient dans notre vie si dispersée. » 

Ses classes terminées, René Morel s’adonna à l’étude de la mé- 
decine. Nous le rencontrâmes à la Faculté de médecine de Paris 
en 1885, et une vieille amitié que je pourrais presque dire hérédi- 
taire, son père ayant été intimement lié avec le mien, ne fit que 
s’aceroitre beaucoup encore. Morel, au reste, a toujours su se faire 
aimer de tous ses condisciples, et estimer de ses maîtres, qu’il 
savait, de son côté, apprécier et respecter. 

L’étude des phénomènes relatifs à la vie, ouvre, comme on le 
sait, à l’esprit des horizons étendus et tout nouveaux pour lui. Plus 
on observe, plus on voit que les phénomènes dont la complication 
nous effrayait d’abord, se simplifient et s’éclairent. Pour le biolo- 
giste,, pour le physiologiste, plus non de surnaturel, plus de ces 
guérisons miraculeuses, dont on amuse les gens du monde, et dont 
sont ébahis les ignorants. 


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— m — 

Appelons donc de tous nos vœux le jour où l’on pourra donner à 
chacun, au moins une simple connaissance des lois des phéno- 
mènes qui régissent la vie 9 de manière à ce que tous se trouvent 
protégés contre certaines données absurdes. 

Riche et sans ambition personnelle, Morel désirait surtout être 
utile, faire du bien; aussi se contenta-t-il d’être maire de la com- 
mune qu’il habitait constamment, et où il possédait, du reste, un 
très beau domaine. 

Pendant de longues années, la commune de Mantry, qui est di- 
visée en trois sections ayant des intérêts souvent différents , fut 
administrée A la satisfaction de tous. 

Bien moins préoccupé de faire triompher ses propres idées, que 
soucieux des vrais intérêts communaux, ce maire modèle, nom- 
mait des commissions, consultait les notables du pays, cherchait 
à s’éclairer de toutes les lumières : c’était, en un mot, un adminis- 
trateur paternel. 

A une époque où l’idéal semblait être de bâtir et de démolir, M. 
Morel résista avec énergie même aux sollicitations administratives 
supérieures. Ce maire ne pensait pas qu’il pouvait y avoir deux 
manières de gérer la richesse collective ou individuelle : aussi, 
son administration fut véritablement celle d’un père de famille sage 
et éclairé. 

Nous croyons que M. Morel s’est trop tôt retiré de la vie active ; 
il voyait juste, et ses conseils eussent pu être encore fort utiles. 
Lorsque les anciens fonctionnaires , les vieux magistrats quittent 
tout-à-coup la vie active, une sorte de prostration s’en empare, et 
il est rare qu’ils y survivent. 

Le 8 décembre dernier , des citoyens de toutes les classes de la 
société, des hommes de toutes les opinions, se sont rencontrés à 
Mantry. Tous voulaient dire un dernier adieu à l’homme de bien 
que nous avons perdu. Tous ont reconnu implicitement ainsi, que, 
s’il est une chose dans le monde qui planera toujours au-dessus de 
tous les partis, une chose qui ne cessera jamais d’ètre honorée et 
respectée de tous, c’est la vertu. 

Nous avons aussi à rappeler la perte d’un bien honorable collè- 
gue, M. Vial, ancien directeur des contributions indirectes du dé- 
partement de l’Ardèche et de l’Orne, et celles de MM. Henri Jac- 
quemet, de Poligny; Rossignol, de Pierre; Albin Motte t, de Passe- 
nans; et Racine, de Marseille. SAUR1A. 


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MINISTÈRE DE L’AGRICULTURE 


DIRECTION DES HARAS 


CONCOURS RÉGIONAUX HIPPIQUES EN 4883 


Les concours régionaux hippiques auront lieu en 1883 
dans toutes les villes où doivent se tenir les Concours 
régionaux agricoles et aux mêmes époques. 

AMIENS, dans la première quinzaine du mois de mai. — La 
région comprend les départements de l’Aisne, du Nord, de l’Oise, 
du Pas-de-Calais, de la Seine, de Seine-et-Marne, de Seine-et- 
Oise et de la Somme. 

• 

AURILLAC, dans la deuxième quinzaine du mois de juin. — 
La région comprend les départements de l’Aveyron, du Cantal, de 
la Corrèze, de la Creuse, du Lot, du Tarn et de Tarn-et-Garonne. 

BLOIS, à la fin du mois de mai. — La région comprend les dé- 
partements de l’Ailier, du Cher, de l’Indre, d’Indre-et-Loire, de 
Loir-et-Cher, du Loiret et de la Nièvre. 

BOURG, dans la première quinzaine du mois de mai. — La ré- 
gion comprend les départements de l’Ain, de la Côte-d’Or, du 
Doubs, du Jura, de la Haute-Saône, de Saône-et-Loire, de l’Yonne 
et la circonscription de Belfort. 

CAEN, dans la deuxième huitaine du mois de juin. — La région 
comprend les départements du Calvados, de l’Eure, d’Eure-et- 
Loir, de la Manche, de l’Orne, de la Sarthe et de la Seine-Infé- 
rieure. 

DIGNE, dans la deuxième quinzaine du mois de mai. — La région 
comprend les départements des Basses-Alpes, des Hautes-Alpes, 
de la Drôme, de l’Isère, de la Savoie, de la* Haute-Savoie et de 
Vaucluse. 

FOIX, dans la première quinzaine du mois'de mai. — La région 
comprend les départements de l’Ariège, de la Haute-Garonne, du 


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— 804 — 

.Gers, des Landes, de Lot-et-Garonne, des Basses-Pyrénées et 
des Haute^f^réndy^/^iR v A* J 3 C c î. F c i 

MENDE, dans la première quinzaine du mois de septembre. — 
La région comprend lesdêpâ^tèiïferitskïé' l’Ardèche, de la Loire, 
de la Haute-Loire, de la Lozère, du Puy-de-Dôme et du Rhône. 

r&H(jE, £ une -époque sera ul^éjne^emetit indiquée. — La 
région comprend les départements, des Alpes-Maritimes, de l’Aude, 
des Bouches-du-Rhône, de la Corse, du Gard, de l’Hérault, des 
Py*énées-»Oiîientates et dus Vpr. 

ROOHÉF0RT, à la fin du mois dé mai. — La région comprend 
les départements de ia Charente, de la Charente-Inférieure, de la 
Dordogne, de la Gironde, des Deux-Sôvres, de la Vendée, de la 
Vienne et de la H^utè-Vienne. 

• * i i 

SID1-BEL-ABBÈS, dans la première quinzaine d’avril. — Cette 
circonscription comprend les communes de plein exercice de Aïn- 
Boudinar, Aïn-Nouissy, Aïn-Tédélès, Blad-Taouria, Bouguirat, 
La Stidia, Mazagran, Mostaganem, Pelissier, Pont-du-Chélifly 
Relizane, Rivoli, Sourk-el-Mitou, Tounin, Tiaret, Mascara, Saïda, 
Palikao, et les communes mixtes de Mascara, Saïda, Gassaigne, 
Inkermann, Relizane, Zemmorah. 

TROYES, dans la deuxième, quinzaine du mois de piai. — La 
région comprend les départements des Ardennes, de l’Aube, de 
la Marne, de Ja Haute-Marne, de Meurthe-et-Moselle, de la Meuse 
et des Vosges. 

VANNES, dans la deuxième quinzaine du mois de mai. — La 
région comprend les départements des Côtes-du-Nord, du Finis- 
tère, d’Ille-et-Vilaine, de la Loire-Inférieure, de Maine-et-Loire, 
de la Mayenne et du Morbihan. 

La date précise des réunions et leur durée seront fixées , pour 
chaque Concours, dans les programmes spéciaux qui paraîtront 
prochainement . 



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— 366 -r 


REVUE DES JOURNAUX SCIENTtflûUÉS ET AGRICOLES 


Nous lisons dans le* Moniteur de VAin dû 9 novètfibrç 
1882, ce qui suit : ‘ , 

Les baux de fermage 

La Société desiagriculteurs; die France ta fai-t deux enquêtes d’un 
intérêt vital pour l’agricultüne, l’une Sur. le ©étayage, l’autre sur 
les baux à ferme. , 

La première nous a valu un excellentitravail de M. le comte de 
Tourdonnet, qui a approfondi la question du métayage , et tracé 
aux propriétaires la meilleure marche .à suivre pour donner à la 
culture ae leurs métairies une direction avantageuse pour eux Ot 
pour leurs métayers, et cela dans les conditions les plus.diverses* 
en consultant la situation, les traditions, les exemples les.plusidé- 
cisifs sur tous les points du territoire où. la terre est cultivée Sui- 
vant cette coutume. 

La Gazette des tribunaux ajoute : 

La seconde enquête, sur les baux à ferme, a abouti à unrapport 
approfondi de M. le comte de Moustier, qui présente une, analyse 
exacte des relations actuelles entre les propriétaires et les fer* 
miers dans toutes les régions du territoire, notamment dans le 
Nord, en Brie, en Beauce, en Normandie, etc. 

La Société des agriculteurs a constaté quelesprogrèstéLe la cul- 
ture sont encore entravés par des stipulations qui javaiçnl autrefois 
une raison d’être et sont aujourd’hui nuisibles au .propriétaire et • 
au fermier, telles senties stipulations qui obligçnUe fermier àipra- 
tiquor telles ôu. telles rota üons^i à. Se renfermer jdans certaines cul- 
tures, à laisser un quart ou un tiers de ses terpes en jachères,; et. à 
abandonner les pailles des deux dernières années a sa sortie, le 
tout au profit exclusif de son futur successeur. Ces conditions 
étaient rationnelles à une époque où letfrumier diei fermé était L’uni- 
que fertilisant des terres et des rocoHes'* . ; t 

Aujourd’hui, l’usage des engrais commerciaux et industriels, des 
amendements, etc., la facilité de leurs transports et de ceux des 
récoltes, ont opéré une révolution complète d japs l’économie agri- 
cole et changé les bases rationnelles des. traités de location des 
terres. -o i *< ^ 

Pourvu que le fermier respecte les lois de la restitution telles 
que les explique l’agronomie moderne, le propriétaire n’a aucun 
intérêt à entraver sa liberté d’action, et dès lors toutes les restric- 
tions traditionnelles des anciens baux doivent être supprimées? p 


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une nouvelle clause doit les remplacer, c’est l’obligation pour lé 
fermier de rendre A sa sortie les terres dans l’état où il les a prises, 
et d’indemniser le propriétaire de la détérioration qu’elles ont su- 
bie, si la détérioration est démontrée — et réciproquement l’obli- 
gation pour le propriétaire^ au cas où il rompt le bail d’indeihniser 
le fermier de l'accroissement de fertilité qu’il a donné aux terres. 

Cette dernière clause a été longtemps agitée en Angleterre. Per- 
sonne n’en constatait la justice en théorie; mais on la combattait 
à raison des difficultés jugées insolubles en pratique. On a fini par 
adopter des bases séneuses d’estimation de l’état des terres à 
l’entrée et à la sortie du fermier. D’après cette loi, dite clause de 
lord Kames, si le fermier, A la fin du Sait, propose une augmenta- 
tion, le propriétaire qui refuse doit lui payer dix fois la plus-value 
proposée. Par exemple, un fermier sortant qui payait 5,000 francs 
propose de payer 6,000 : si le propriétaire refuse, il paiera dix 
rois au fermier la plus-value proposée, c’est-à-dire 10,000 francs, 
s’il accepte, le fermier est lié et paiera 6,000 francs pendant le nou- 
veau bail. 

Dans ces conditions, un fermier a intérêt A améliorer les terres 
qu’il cultive, et le propriétaire n’a pas intérêt A lui préférer un au- 
tre cultivateur. Ainsi, avec ce régime on ne subit pas les abus dé- 

{ dorables qui ont cours en France. Qui ne sait, en effet, que les 
èrmiers épuisent la terre dans les dernières années de leur bail, 
A tel point que leurs successeurs ne font que de pauvres récoltes 
dans les premières années, et n’en obtiennent de bonnes qu’au bout 
d’une période de dépenses et de sacrifices. Le régime adopté par 
les Anglais est donc favorable A tous les intérêts, A celui du fermier 
comme du propriétaire, et, ce qui est le plus important, à l’intérêt 
général du pays, qui demande un accroissement continu des pro- 
• duits agricoles. 

La Société des agriculteurs de France a continué de mettre A l’é- 
tude cette grosse question des baux A ferme pour la session 1883, 
et on pense aue la cpiestion résolue par la clause de lord Kames y 
sera l'objet d’un sérieux examen. Quant aux stipulations tradition- 
nelles indiquées plus haut, la Société les repousse comme toutes 
les conditions qui entravent l’essor de l’agriculture; elle pense que 
la liberté du fermier doit être entière, pourvu qu’il soit responsa- 
ble de l’appauvrissement des terres (1). 


(t) Cet Intéressant article nous rappelle le remarquable projet de loi présenté, Il y a quel- 
ques années, à ta Chambre des députés, sur le même sujet, par M. Wladimir Gagneur, député 
du Jura, et concluant dans le même sens que le trarail que nous citons. 

C. S. 



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TABLE DES MATIÈRES 


Agriculture (1*) jurassieune, page 178. 

Aux lecteurs du Bulletin de la Société d’agriculture, sciences et arts de 
Poligny, 338. 

Avis, 129, 160, 169, 257. 

Bibliographie, 112. — Les eaux minérales et les eaux-mères de Salins, 95. 
— Le médecin de Molière, 31. — Les miasmes de Paris, 64. — Du som- 
nambulisme en général , 25. 

Champignons (les) comestibles et vénéneux de la flore du Jura, 14, 47, 80, 
107, 149, 171,205, 229, 266, 302. 

Comète (la) de 1831, 23. 

Comptabilité du sol. — Enlèvement par les plantes et restitution par les 
engrais des substances organiques et minérales qu’il est indispensable de 
fournir aux terres, 61, 90. 

Concours de 1882. — Distribution des récompenses, 271. 

Concours de poésie, 153. 

Concours régional agricole d’Auxerre, 89. 

Concours régionaux hippiques en 1883, 363. 

Contribution à l’histoire de la médecine en Franche-Comté, 228, 289, 321. 

Contribution i l’histoire de l’instruction primaire en Franche-Comté, 129, 
161. 

Cure (la) aux raisins, 239. 

Discours deréception de M. Pasteur à l’Académie française, 137. 

Discours dé M. Chenot, 202. 

Dynamite (la), 317. 

Invasion (1’) phylloxérique, 20. 

Jeux (des’) pendant les récréations, 196. 

Journal de Guillaume Durand, 1, 33, 65, 97, 329. 

Moustique (le), 113, 

Nécrologie : René Morel, 360. 

Nomination de M. Jules Léon, membre de la commission de statistique 
agricole du département des Landes, 320. 

Notice biographique : le général Malet, 358. 

Notice sur le musée de la ville de Poligny, 313, 347. 

Notion (la) du progrès, 117. 


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Poésie : A l’ange de la nuit, 309. — A Richard de Saint-Lothain, 330. - 
A Ruysdaél, 337. — Aux 'Muses du Parnasse, 337. — Çà et là, 284. - 
Légende de Mario .de Montferrand, 51, #6. — Mariette, 310. — That i* 
the question, 170. * * ' ^ 

Programme du concours de 1882, 193. 

Rapport sur les améliorations agricèfes récompensées par la Société à son 
dernier concours, 282, 307. 

Régénération artificielle du combustible par l 'utilisation de toute la partie 
charbonneuse des détritus quelconques, 9, 42, 74. 

Revtiô des jonrtiâux agricoles et scientifiques : Composition du sang, 242. 

— Destruction des vers blancs, 93.— Economie (de T) mal entendue, 189. 

— Ensilage (de T) des plantes fourragères, 126, 157. — Extrait du rap- 
“poft de' Sf. J. -B. Dumas sur le sucrage des vins, 191, 210. — Fromage 
(le) artificiel, 260. — intelligence (V) chez un âne, 255. — Lumière la 
électrique, 55. — Miklew (le), 243. — Moyens de détruire le chiendent, 
252. — Plante (une) qui remplace. la vigne. 92.— Préparation (de la) des 
fruits à l eau de-vie, 246. — Quelle est la meilleure époque pour récolter 
le foin, 159. — Rations pour vaches laitières et juments suitées, le pou- 
lain avant deux mois, 254. — Réserves (les) de combustibles, 1 54 . — 
Sociétés (les) protectrices des animaux et les progrès de l’agriculture. 
184. — Vin (le) de sucre, 286.— Baux (les) de fermage, 365. 

Revue scientifique. — Nouveau réactif pohr reconnaître les falsifications 
des farines. — Vin de ronces et de fruits d’aubépine. — Le sucre de maïs 
et les vins, 310. 

Séance du 13 novembre 1882. 

Sellières, 106. 1 

Sentis (les) désignés françaises, 225. 

Vins (les) de marc, 240. 

Voie (la) lactée et la création de la lumière selon la Genèse, 234. - 


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